Shaman King
Shaman King : Yoh veut devenir le roi des shamans, mais surtout éviter de se compliquer la vie
Dans le manga Shaman King, Manta Oyamada rentre un soir chez lui lorsqu’il tombe sur un garçon tranquillement installé dans un cimetière au milieu d’une bande de fantômes. Le garçon s’appelle Yoh Asakura. Il voit les morts, peut communiquer avec eux et appartient à une famille de shamans. Quant au fait de discuter avec des esprits en pleine nuit, Yoh ne comprend pas vraiment pourquoi Manta trouve ça bizarre.
Son objectif est pourtant énorme : participer au Shaman Fight, un tournoi organisé seulement tous les 500 ans. Le vainqueur deviendra Shaman King et pourra s’unir au Great Spirit, une puissance capable d’influencer le destin du monde.
On pourrait donc s’attendre à un héros obsédé par l’entraînement, le dépassement de soi et les discours sur la victoire.
Pas vraiment.
Yoh est probablement l’un des protagonistes de shonen les plus détendus jamais envoyés dans un tournoi susceptible de décider de l’avenir de l’humanité. Son expression favorite pourrait se résumer à « ça finira bien par s’arranger ». Il préfère écouter de la musique, dormir et prendre les événements comme ils viennent.
Seulement, lorsqu’une personne ou un esprit auquel il tient se retrouve en danger, le garçon qui semblait capable de remettre n’importe quoi au lendemain devient beaucoup moins conciliant.
Amidamaru attend depuis 600 ans au même endroit
Le premier véritable partenaire de Yoh est Amidamaru, fantôme d’un samouraï mort environ six siècles auparavant.
De son vivant, Amidamaru était un combattant tellement redouté qu’il avait gagné le surnom de démon. Son histoire est pourtant beaucoup moins simple que cette réputation.
Il reste attaché au monde des vivants à cause d’une promesse liée à son ami Mosuke, le forgeron qui avait créé son sabre Harusame.
Yoh comprend rapidement qu’un fantôme ne devient pas forcément dangereux parce qu’il est mauvais. Certains restent simplement parce qu’ils ont laissé quelque chose derrière eux.
Cette idée revient souvent dans Shaman King.
Les morts possèdent encore leurs regrets, leurs amitiés et leurs colères. Un shaman ne commande donc pas uniquement une sorte de familier magique. Il crée une relation avec un esprit qui a déjà vécu toute une existence avant lui.
Amidamaru finit ainsi par choisir Yoh comme partenaire.
Et pour quelqu’un qui avait attendu six siècles, il tombe plutôt bien : Yoh n’est pas exactement le type à presser les gens.
Manta n’a aucun pouvoir de combat, mais sans lui l’histoire ne commencerait même pas
Manta Oyamada est le premier ami humain de Yoh.
Il n’est pas shaman. En revanche, il possède la capacité suffisamment rare de voir les esprits.
Au début, il sert surtout de témoin complètement dépassé.
Yoh parle avec un fantôme ? Manta panique.
Un mort prend possession d’un corps ? Manta panique davantage.
Un tournoi mondial de shamans commence à apparaître derrière tout ça ? Là, il devient assez clair que rentrer simplement chez lui pour réviser aurait été beaucoup plus reposant.
Pourtant, Manta reste.
Il apporte au manga le regard de quelqu’un qui n’appartient pas à ce monde et permet aussi de comprendre une qualité fondamentale de Yoh : le garçon ne choisit pas ses amis selon leur puissance.
Dans une série remplie de personnages capables de faire surgir des esprits gigantesques, le petit type avec son dictionnaire reste donc important sans avoir besoin d’apprendre soudain une attaque ultime.
Le Shaman Fight commence vraiment lorsque Silva fait comprendre à Yoh qu’un esprit dans son corps ne suffira plus
Les premiers combats reposent beaucoup sur la fusion avec les esprits. Yoh laisse Amidamaru lui transmettre son expérience et ses capacités de sabreur.
Mais le Shaman Fight va demander davantage.
Lorsque Yoh rencontre Silva, membre de la tribu Patch chargé de tester les candidats, il découvre l’Over Soul.
Cette technique permet de matérialiser la puissance d’un esprit à travers un support physique.
Dans le cas de Yoh, Amidamaru peut notamment être associé au Harusame.
À partir de là, les combats changent complètement d’échelle.
Chaque shaman possède son esprit, son médium et sa manière d’utiliser le Fantôme qui l’accompagne. Le système permet donc à Hiroyuki Takei d’inventer des affrontements très différents sans distribuer simplement une nouvelle couleur d’énergie à chaque personnage.
Et comme les esprits peuvent venir de pratiquement n’importe quelle époque ou culture, le terrain de jeu devient immense.
Anna est la fiancée de Yoh, son entraîneuse et probablement la seule personne qu’il craint vraiment
Anna Kyoyama est une itako, une médium capable d’appeler les morts.
Elle est aussi la fiancée de Yoh.
Et si le futur Shaman King souhaite un jour vivre tranquillement, Anna a déjà prévu une partie de son avenir à sa place.
Son caractère tranche totalement avec celui de Yoh. Elle est autoritaire, exigeante et considère qu’un entraînement qui ne laisse pas son fiancé complètement épuisé manque probablement d’ambition.
Mais Anna n’est pas seulement là pour frapper Yoh avec un programme d’exercices impossible.
Elle possède une puissance impressionnante, comprend très bien le monde des esprits et sait mieux que beaucoup de personnages ce qui se cache derrière le calme de Yoh.
Leur relation gagne d’ailleurs énormément de profondeur lorsque le manga revient sur leur première rencontre au mont Osore.
Anna n’est pas devenue importante pour Yoh parce qu’un contrat de mariage disait qu’elle devait l’être.
Leur passé explique pourquoi ces deux personnalités complètement opposées fonctionnent si bien ensemble.
Tao Ren commence comme le rival parfait… puis Yoh gâche complètement la rivalité
Tao Ren vient d’une puissante famille chinoise de shamans.
Il maîtrise le combat, possède un énorme orgueil et travaille constamment pour devenir plus fort. Son esprit partenaire est Bason, ancien guerrier ayant servi la famille Tao.
Ren considère d’abord les esprits comme des instruments de puissance.
Yoh pense exactement l’inverse.
Leur confrontation dépasse donc rapidement le simple « qui est le plus fort ? ».
Ren a été élevé dans une famille où la violence, la domination et la haine jouent un rôle énorme. Yoh arrive avec son calme agaçant et cette conviction qu’un esprit doit être traité comme un compagnon.
Et comme Yoh possède le talent très particulier de transformer certains adversaires en amis avant qu’ils aient donné leur accord, la grande rivalité commence progressivement à ressembler à autre chose.
Ren conserve heureusement suffisamment de fierté pour empêcher la situation de devenir trop sentimentale.
Horohoro veut devenir Shaman King pour créer un immense champ de fuki
Horohoro vient d’Hokkaido et appartient au peuple aïnou.
Son esprit partenaire, Kororo, est un koropokkuru lié à la nature et à la glace.
Horohoro possède un tempérament beaucoup plus explosif que Yoh. Il adore la compétition, parle fort et peut parfaitement transformer un désaccord amical en concours.
Mais derrière cette énergie se cache un vrai projet.
Il veut protéger les koropokkuru et leur environnement en créant un vaste champ où ils pourraient vivre.
Le personnage permet aussi à Takei d’introduire des éléments de culture aïnoue dans son univers.
Et plus on avance, plus on découvre que son attitude joyeuse cache elle aussi une histoire qu’il n’a pas particulièrement envie de raconter.
Dans Shaman King, les personnages les plus bruyants ne sont pas forcément ceux qui parlent le plus facilement de ce qui leur fait mal.
Ryû cherchait son « Best Place » avant de découvrir que les fantômes pouvaient lui gâcher la coiffure
Ryunosuke Umemiya, généralement appelé Ryû, commence comme chef d’une petite bande de voyous.
Son obsession est de trouver son fameux Best Place, l’endroit parfait où lui et ses amis pourraient enfin s’installer.
Son chemin croise malheureusement celui de Yoh, d’Amidamaru et surtout du fantôme Tokageroh.
Ce dernier prend possession de Ryû pour régler un vieux compte avec Amidamaru.
On pourrait imaginer qu’une expérience pareille suffise à convaincre n’importe qui de rester très loin du surnaturel.
Ryû choisit évidemment l’autre option.
Il finit lui-même par suivre la voie des shamans.
Et son énorme banane capillaire devient presque aussi résistante que sa motivation. Ce qui, compte tenu des combats traversés ensuite, mérite déjà une forme de respect.
Faust VIII pousse la nécromancie jusqu’à un niveau où même les autres shamans commencent à trouver ça inquiétant
Faust VIII est médecin et nécromancien allemand.
Il possède d’immenses connaissances en anatomie et les utilise pour contrôler des squelettes.
Mais derrière l’apparence du savant complètement dérangé se trouve surtout une obsession : Eliza, sa femme décédée.
Faust participe au Shaman Fight dans l’espoir de pouvoir la ramener définitivement à la vie.
Son amour est sincère.
Sa manière de l’exprimer est parfois beaucoup moins rassurante.
Le personnage illustre parfaitement le ton particulier de Shaman King. Takei peut commencer avec un médecin capable de démonter méthodiquement un corps humain et finir quelques chapitres plus tard par rendre sa relation avec Eliza réellement touchante.
Dans cette série, même le nécromancien qui donne envie de changer de trottoir peut devenir quelqu’un qu’on est content de revoir.
Lyserg montre ce que la vengeance peut faire à quelqu’un qui avait pourtant de bonnes raisons d’être en colère
Lyserg Diethel est un jeune shaman anglais capable d’utiliser le dowsing.
Ses parents ont été tués par Hao.
Il veut donc le retrouver et se venger.
Au départ, son objectif paraît difficile à lui reprocher.
Puis Lyserg rencontre les X-Laws.
Cette organisation considère Hao comme le mal absolu et accepte pratiquement n’importe quel sacrifice pour l’éliminer.
À leur tête se trouve Iron Maiden Jeanne, jeune femme traitée comme une sainte par ses partisans et prête à subir elle-même des souffrances extrêmes au nom de sa justice.
Le manga commence alors à opposer deux visions.
Yoh peut haïr ce que fait Hao sans croire que toute personne liée à lui doit automatiquement mourir.
Les X-Laws voient au contraire le monde avec une séparation beaucoup plus nette entre le bien et le mal.
Lyserg doit décider ce qu’il est prêt à devenir pour punir celui qui lui a tout pris.
Hao n’est pas inquiétant parce qu’il crie très fort : il est inquiétant parce qu’il n’en a pas besoin
Hao apparaît avec un visage étrangement proche de celui de Yoh.
Il possède une puissance qui place rapidement la plupart des participants au Shaman Fight dans une autre catégorie.
Surtout, il rassemble autour de lui de nombreux shamans qui le considèrent presque comme une figure sacrée.
Hao ne veut pas simplement gagner le tournoi.
Il possède sa propre vision de ce que devrait devenir le monde.
Son mépris envers une grande partie de l’humanité vient d’une histoire beaucoup plus ancienne que le Shaman Fight actuel.
Et lorsque Takei commence à révéler le lien entre Hao, la famille Asakura et Yoh, le tournoi prend une dimension complètement différente.
Le plus inquiétant est son calme.
Hao peut observer un adversaire, sourire et parler doucement tout en donnant l’impression que personne dans la pièce ne joue réellement dans la même catégorie.
Quand le grand méchant n’a même pas besoin de hausser le ton pour rappeler qu’il pourrait tuer tout le monde, l’ambiance se détend rarement.
Le Shaman Fight est un tournoi, mais Shaman King refuse très vite d’être seulement un manga de tournoi
Les participants passent des épreuves, gagnent des combats et forment des équipes.
Sur le papier, nous sommes donc en plein tournoi shonen.
Pourtant, Hiroyuki Takei utilise surtout cette structure pour réunir des shamans venus de partout.
Chacun apporte ses croyances, son rapport aux morts et sa propre raison de vouloir devenir Shaman King.
Certains cherchent la paix.
D’autres veulent réparer une injustice.
Quelques-uns poursuivent un projet franchement moins sympathique.
Et plusieurs personnages finissent par comprendre que gagner le tournoi n’est peut-être pas la seule manière de changer quelque chose.
Cette idée devient essentielle face à Hao.
Car lorsqu’un adversaire possède une puissance presque impossible à dépasser, simplement s’entraîner encore plus ne suffit plus forcément.
La tribu Patch organise le tournoi depuis tellement longtemps qu’on devrait probablement commencer à poser des questions
Le Shaman Fight est supervisé par la tribu Patch.
Silva est l’un des officiants chargés des participants, mais il appartient à une organisation beaucoup plus vaste.
Les Patch protègent les règles du tournoi et accompagnent le futur Shaman King jusqu’au Great Spirit.
À mesure que Yoh et ses amis avancent, la tribu cesse donc d’être simplement « les types qui organisent le championnat ».
Ses membres possèdent leurs responsabilités, leurs traditions et une loyauté très particulière envers le fonctionnement du Shaman Fight.
Ce qui crée une situation assez intéressante lorsque les intérêts de Yoh ne correspondent plus exactement au règlement.
Un organisateur de tournoi qui vous explique que les règles passent avant la survie de l’humanité mérite peut-être qu’on relise les conditions d’inscription.
Osorezan Revoir raconte enfin pourquoi Yoh et Anna se comprennent aussi bien
L’un des arcs les plus appréciés revient plusieurs années en arrière, lorsque Yoh n’a encore que dix ans.
Il part au mont Osore pour rencontrer la jeune fille choisie comme sa future épouse.
À ses côtés se trouve Matamune, un esprit félin qui sert la famille Asakura depuis près d’un millénaire.
Cette histoire change complètement la manière de regarder Yoh et Anna.
On découvre une Anna bien plus fragile que la femme autoritaire du présent et un Yoh encore jeune qui doit apprendre ce que signifie réellement accepter quelqu’un avec tout ce qu’il porte.
Matamune, lui, devient en quelques chapitres l’un des personnages les plus mémorables de l’univers.
L’arc rappelle surtout que la plus grande force de Yoh n’a jamais été de frapper plus fort que les autres.
Il sait laisser une place à quelqu’un que tout le monde préférerait fuir.
Takei préfère souvent transformer un adversaire en personnage plutôt qu’en obstacle
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la galerie de Shaman King reste aussi attachante.
Ren commence comme ennemi.
Ryû aussi.
Faust est franchement terrifiant lors de sa première confrontation avec Yoh.
Lyserg suit un chemin qui l’éloigne momentanément du groupe.
Même certains membres d’autres factions gagnent progressivement une personnalité bien plus riche que leur simple fonction dans le tournoi.
Takei ne cherche pas systématiquement à excuser tout le monde.
En revanche, il adore montrer ce qui a conduit quelqu’un à devenir cette personne.
Cela convient parfaitement à une histoire où les morts eux-mêmes peuvent encore raconter leur version des événements.
Quand le fantôme de la victime peut littéralement venir témoigner, les histoires ont tendance à devenir légèrement moins simples.
La philosophie « ça va s’arranger » de Yoh n’est pas de la paresse déguisée
Au début, il est facile de voir Yoh comme un garçon simplement fainéant.
Il aime prendre son temps.
Il ne s’énerve pas facilement.
Et face à des rivaux qui passent leur vie à s’entraîner, sa décontraction peut devenir franchement agaçante.
Mais son fameux « nantoka naru », cette idée que les choses finiront par s’arranger, devient progressivement une vraie manière de vivre.
Yoh ne nie pas les problèmes.
Il refuse surtout de laisser la peur de ce qui pourrait arriver l’empêcher d’avancer.
Face à Ren, Hao, aux X-Laws ou même à ses propres faiblesses, il conserve une capacité étonnante à écouter avant de condamner.
Et dans un manga où pratiquement tout le monde possède une raison de haïr quelqu’un, le type le plus détendu devient finalement celui qui résiste le mieux à la haine.
Hiroyuki Takei avait déjà travaillé autour des esprits avant de créer Shaman King
Hiroyuki Takei est né en 1972 dans la préfecture d’Aomori.
Avant Shaman King, il obtient en 1994 une mention au Prix Tezuka avec ITAKO no ANNA.
Il publie ensuite Butsu Zone dans le Weekly Shonen Jump en 1997.
Les thèmes spirituels ne débarquent donc pas soudainement avec Yoh.
Takei s’intéressait déjà aux médiums, au bouddhisme et aux relations entre monde matériel et monde spirituel.
Il avait également travaillé comme assistant de Nobuhiro Watsuki, l’auteur de Rurouni Kenshin, avant de développer ses propres séries.
Lorsque Shaman King commence en 1998 dans le Weekly Shonen Jump, Takei possède donc déjà plusieurs des idées qui vont donner à son manga une identité très différente des simples tournois de combattants.
Le dessin devient spectaculaire sans perdre le goût de Takei pour les designs complètement improbables
Les premiers volumes possèdent un trait très marqué par la fin des années 1990.
Puis le dessin évolue énormément.
Les silhouettes se simplifient parfois tandis que les Over Souls deviennent de plus en plus imposants et mécaniques.
Takei adore les voitures, les machines et le design industriel. Ça finit par se sentir jusque dans certaines matérialisations spirituelles.
Mais il conserve en même temps un goût évident pour les vêtements improbables, les coiffures impossibles et les personnages qu’on reconnaît immédiatement à leur silhouette.
Ren possède littéralement une pointe de cheveux dressée au sommet du crâne.
Ryû transporte l’équivalent capillaire d’un monument national.
Jeanne combat enfermée dans une Iron Maiden.
Et malgré tout cela, personne dans l’univers ne semble considérer les coiffures comme le phénomène surnaturel le plus inquiétant.
L’ancienne édition s’arrêtait au tome 32, et ce n’était pas la véritable conclusion voulue par Takei
Shaman King possède une histoire éditoriale assez particulière.
Lors de sa première publication, le manga s’est arrêté avec 32 tomes et une conclusion abrupte qui avait laissé beaucoup de lecteurs sur leur faim.
Hiroyuki Takei a ensuite pu reprendre son œuvre et créer une véritable fin.
De nouveaux chapitres sont venus prolonger l’histoire jusqu’à sa conclusion complète.
Au Japon, l’édition actuelle du récit principal compte 35 volumes.
En France, Kana a choisi une organisation différente avec la Star Edition complète en 17 gros tomes.
Les seize premiers regroupent approximativement deux volumes classiques chacun. Le dernier est beaucoup plus épais et contient notamment la partie qui manquait à l’ancienne édition française.
Ainsi, quelqu’un qui se souvient d’un Shaman King interrompu après 32 volumes ne rêve pas : la fin que l’on peut lire aujourd’hui n’est réellement pas celle disponible lors de la première publication.
La Star Edition ajoute près de 550 pages que les anciens lecteurs français n’avaient jamais eues
Kana a relancé Shaman King en France en 2020 avec cette Star Edition.
Le dernier volume atteint à lui seul 552 pages.
Il contient le chapitre permettant de rejoindre la nouvelle conclusion, une quinzaine de chapitres qui n’existaient pas dans l’ancienne édition française et plusieurs bonus.
L’ensemble bénéficie également d’éléments retravaillés par Hiroyuki Takei, avec des dessins et des détails retouchés au fil de l’édition.
C’est particulièrement intéressant pour une série dont le graphisme a énormément évolué entre ses débuts et sa fin.
Et surtout, cette édition permet enfin de lire l’aventure de Yoh jusqu’au bout sans terminer le dernier tome en se demandant si trois chapitres ne sont pas tombés derrière l’imprimerie.
Avant le tournoi, Ren, Horohoro, Lyserg et les autres avaient déjà leurs propres blessures
Plusieurs personnages arrivent dans Shaman King avec une histoire dont on ne découvre qu’une partie pendant le tournoi.
Shaman King 0 revient précisément sur cette période.
Cette série complète en deux tomes rassemble des histoires situées avant le Shaman Fight et centrées notamment sur Yoh, Ren, Horohoro, Lyserg et d’autres personnages.
On y retrouve leurs hésitations, leurs rencontres et plusieurs événements qui expliquent pourquoi ils arrivent au tournoi avec des objectifs aussi différents.
Pour Ren ou Lyserg en particulier, connaître ce qu’ils ont vécu permet de comprendre que certaines colères n’ont vraiment pas commencé le jour où ils ont rencontré Yoh.
La victoire finale ne signifie pas que l’univers s’arrête 500 ans en attendant le prochain tournoi
L’histoire principale possède une véritable conclusion, mais Hiroyuki Takei a continué à développer son monde.
Shaman King Flowers se déroule après le Shaman Fight et place au centre de l’histoire Hana Asakura, le fils de Yoh et Anna.
Le garçon possède l’héritage familial, un énorme potentiel et une personnalité qui rappelle parfois ses parents sans réellement ressembler à l’un ou à l’autre.
Un nouveau conflit entre shamans se prépare alors autour du Flower of Maize, une confrontation liée aux anciens Shaman Kings.
Et si Yoh donnait parfois l’impression qu’aucune urgence n’était assez importante pour le faire paniquer, son fils possède une relation légèrement différente avec la colère.
La génétique sait manifestement varier les recettes.
The Super Star reprend directement là où Flowers avait dû s’arrêter
L’univers de Hana continue ensuite dans Shaman King – The Super Star.
Cette suite reprend les enjeux laissés par Flowers et développe le Flower of Maize, les différents Shaman Kings ainsi que de nouveaux personnages comme Alumi.
Les générations commencent alors à se mélanger.
Des conséquences du tournoi de Yoh continuent à peser sur leurs enfants, tandis que des rivalités beaucoup plus anciennes réapparaissent.
C’est assez fidèle à la philosophie générale de Takei : les morts ne disparaissent jamais complètement, et les décisions d’une génération trouvent toujours un moyen de revenir discuter avec la suivante.
L’anime de 2021 a enfin pu adapter toute l’histoire
Shaman King avait déjà connu une première adaptation animée au début des années 2000.
Seulement, le manga n’étant pas terminé, cette version avait fini par prendre sa propre direction.
Une nouvelle série télévisée débute donc en 2021 avec un objectif différent : raconter l’histoire complète, y compris la véritable conclusion créée plus tard par Takei.
Cette adaptation compte 52 épisodes.
Elle va jusqu’au dernier affrontement et intègre notamment l’arc du mont Osore avec Matamune, absent de l’ancienne version télévisée.
Plusieurs comédiens japonais historiques sont même revenus reprendre leurs rôles, notamment Megumi Hayashibara pour Anna, Minami Takayama pour Hao et Katsuyuki Konishi pour Amidamaru.
Pour une série dont toute la philosophie tourne autour du retour des esprits, retrouver une partie des voix vingt ans plus tard était plutôt bien dans le thème.
Pourquoi commencer Shaman King ?
Parce que derrière son tournoi, ses énormes Over Souls et ses combats, Shaman King parle surtout de gens qui transportent quelque chose avec eux.
Parfois littéralement : un samouraï mort depuis 600 ans, un guerrier chinois, un esprit de la nature ou l’âme de la femme que l’on refuse de perdre.
Mais les vivants portent également leurs histoires.
Ren arrive avec la haine héritée de sa famille. Horohoro cache sa culpabilité. Lyserg veut venger ses parents. Faust refuse d’accepter la mort d’Eliza. Anna a appris très jeune à vivre avec ce que les autres ne comprennent pas. Hao transporte une colère accumulée sur une durée que la plupart des humains ne peuvent même pas imaginer.
Au milieu se trouve Yoh.
Il n’est pas toujours le plus fort. Il n’est certainement pas le plus travailleur. Et il n’a aucune envie de prononcer un discours de dix pages avant chaque combat.
Mais il possède cette capacité à écouter un esprit ou un adversaire jusqu’au moment où il comprend ce qui se cache derrière la colère.
C’est ce qui donne à Shaman King une personnalité très différente de beaucoup de shonen de son époque.
Le manga aime les combats. Takei adore les designs spectaculaires. Le Shaman Fight fournit de vrais affrontements et la puissance monte énormément au fil de l’histoire.
Pourtant, la solution finale n’est jamais simplement « devenir assez fort pour frapper encore plus fort ».
Parce que face à quelqu’un qui possède des siècles de haine, gagner le combat ne règle pas forcément le problème.
Et si vous commencez la série en pensant que Yoh est beaucoup trop détendu pour devenir le roi de quoi que ce soit, laissez-lui quelques volumes.
Il vous répondrait probablement qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter.
Lire plus
Shaman King est le grand shonen surnaturel de Hiroyuki Takei, complet en français dans une Star Edition de 17 volumes. Yoh Asakura et le samouraï Amidamaru participent au Shaman Fight face à Ren, Horohoro, Faust, Lyserg, Hao et quantité de shamans venus poursuivre leurs propres rêves. Un dernier conseil : si Yoh vous répond « ça va s’arranger » alors qu’un esprit gigantesque vient d’apparaître derrière lui, ne paniquez pas tout de suite. En revanche, si Anna arrive avec le programme d’entraînement, courez.
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Shaman King : Yoh veut devenir le roi des shamans, mais surtout éviter de se compliquer la vie
Dans le manga Shaman King, Manta Oyamada rentre un soir chez lui lorsqu’il tombe sur un garçon tranquillement installé dans un cimetière au milieu d’une bande de fantômes. Le garçon s’appelle Yoh Asakura. Il voit les morts, peut communiquer avec eux et appartient à une famille de shamans. Quant au fait de discuter avec des esprits en pleine nuit, Yoh ne comprend pas vraiment pourquoi Manta trouve ça bizarre.
Son objectif est pourtant énorme : participer au Shaman Fight, un tournoi organisé seulement tous les 500 ans. Le vainqueur deviendra Shaman King et pourra s’unir au Great Spirit, une puissance capable d’influencer le destin du monde.
On pourrait donc s’attendre à un héros obsédé par l’entraînement, le dépassement de soi et les discours sur la victoire.
Pas vraiment.
Yoh est probablement l’un des protagonistes de shonen les plus détendus jamais envoyés dans un tournoi susceptible de décider de l’avenir de l’humanité. Son expression favorite pourrait se résumer à « ça finira bien par s’arranger ». Il préfère écouter de la musique, dormir et prendre les événements comme ils viennent.
Seulement, lorsqu’une personne ou un esprit auquel il tient se retrouve en danger, le garçon qui semblait capable de remettre n’importe quoi au lendemain devient beaucoup moins conciliant.
Amidamaru attend depuis 600 ans au même endroit
Le premier véritable partenaire de Yoh est Amidamaru, fantôme d’un samouraï mort environ six siècles auparavant.
De son vivant, Amidamaru était un combattant tellement redouté qu’il avait gagné le surnom de démon. Son histoire est pourtant beaucoup moins simple que cette réputation.
Il reste attaché au monde des vivants à cause d’une promesse liée à son ami Mosuke, le forgeron qui avait créé son sabre Harusame.
Yoh comprend rapidement qu’un fantôme ne devient pas forcément dangereux parce qu’il est mauvais. Certains restent simplement parce qu’ils ont laissé quelque chose derrière eux.
Cette idée revient souvent dans Shaman King.
Les morts possèdent encore leurs regrets, leurs amitiés et leurs colères. Un shaman ne commande donc pas uniquement une sorte de familier magique. Il crée une relation avec un esprit qui a déjà vécu toute une existence avant lui.
Amidamaru finit ainsi par choisir Yoh comme partenaire.
Et pour quelqu’un qui avait attendu six siècles, il tombe plutôt bien : Yoh n’est pas exactement le type à presser les gens.
Manta n’a aucun pouvoir de combat, mais sans lui l’histoire ne commencerait même pas
Manta Oyamada est le premier ami humain de Yoh.
Il n’est pas shaman. En revanche, il possède la capacité suffisamment rare de voir les esprits.
Au début, il sert surtout de témoin complètement dépassé.
Yoh parle avec un fantôme ? Manta panique.
Un mort prend possession d’un corps ? Manta panique davantage.
Un tournoi mondial de shamans commence à apparaître derrière tout ça ? Là, il devient assez clair que rentrer simplement chez lui pour réviser aurait été beaucoup plus reposant.
Pourtant, Manta reste.
Il apporte au manga le regard de quelqu’un qui n’appartient pas à ce monde et permet aussi de comprendre une qualité fondamentale de Yoh : le garçon ne choisit pas ses amis selon leur puissance.
Dans une série remplie de personnages capables de faire surgir des esprits gigantesques, le petit type avec son dictionnaire reste donc important sans avoir besoin d’apprendre soudain une attaque ultime.
Le Shaman Fight commence vraiment lorsque Silva fait comprendre à Yoh qu’un esprit dans son corps ne suffira plus
Les premiers combats reposent beaucoup sur la fusion avec les esprits. Yoh laisse Amidamaru lui transmettre son expérience et ses capacités de sabreur.
Mais le Shaman Fight va demander davantage.
Lorsque Yoh rencontre Silva, membre de la tribu Patch chargé de tester les candidats, il découvre l’Over Soul.
Cette technique permet de matérialiser la puissance d’un esprit à travers un support physique.
Dans le cas de Yoh, Amidamaru peut notamment être associé au Harusame.
À partir de là, les combats changent complètement d’échelle.
Chaque shaman possède son esprit, son médium et sa manière d’utiliser le Fantôme qui l’accompagne. Le système permet donc à Hiroyuki Takei d’inventer des affrontements très différents sans distribuer simplement une nouvelle couleur d’énergie à chaque personnage.
Et comme les esprits peuvent venir de pratiquement n’importe quelle époque ou culture, le terrain de jeu devient immense.
Anna est la fiancée de Yoh, son entraîneuse et probablement la seule personne qu’il craint vraiment
Anna Kyoyama est une itako, une médium capable d’appeler les morts.
Elle est aussi la fiancée de Yoh.
Et si le futur Shaman King souhaite un jour vivre tranquillement, Anna a déjà prévu une partie de son avenir à sa place.
Son caractère tranche totalement avec celui de Yoh. Elle est autoritaire, exigeante et considère qu’un entraînement qui ne laisse pas son fiancé complètement épuisé manque probablement d’ambition.
Mais Anna n’est pas seulement là pour frapper Yoh avec un programme d’exercices impossible.
Elle possède une puissance impressionnante, comprend très bien le monde des esprits et sait mieux que beaucoup de personnages ce qui se cache derrière le calme de Yoh.
Leur relation gagne d’ailleurs énormément de profondeur lorsque le manga revient sur leur première rencontre au mont Osore.
Anna n’est pas devenue importante pour Yoh parce qu’un contrat de mariage disait qu’elle devait l’être.
Leur passé explique pourquoi ces deux personnalités complètement opposées fonctionnent si bien ensemble.
Tao Ren commence comme le rival parfait… puis Yoh gâche complètement la rivalité
Tao Ren vient d’une puissante famille chinoise de shamans.
Il maîtrise le combat, possède un énorme orgueil et travaille constamment pour devenir plus fort. Son esprit partenaire est Bason, ancien guerrier ayant servi la famille Tao.
Ren considère d’abord les esprits comme des instruments de puissance.
Yoh pense exactement l’inverse.
Leur confrontation dépasse donc rapidement le simple « qui est le plus fort ? ».
Ren a été élevé dans une famille où la violence, la domination et la haine jouent un rôle énorme. Yoh arrive avec son calme agaçant et cette conviction qu’un esprit doit être traité comme un compagnon.
Et comme Yoh possède le talent très particulier de transformer certains adversaires en amis avant qu’ils aient donné leur accord, la grande rivalité commence progressivement à ressembler à autre chose.
Ren conserve heureusement suffisamment de fierté pour empêcher la situation de devenir trop sentimentale.
Horohoro veut devenir Shaman King pour créer un immense champ de fuki
Horohoro vient d’Hokkaido et appartient au peuple aïnou.
Son esprit partenaire, Kororo, est un koropokkuru lié à la nature et à la glace.
Horohoro possède un tempérament beaucoup plus explosif que Yoh. Il adore la compétition, parle fort et peut parfaitement transformer un désaccord amical en concours.
Mais derrière cette énergie se cache un vrai projet.
Il veut protéger les koropokkuru et leur environnement en créant un vaste champ où ils pourraient vivre.
Le personnage permet aussi à Takei d’introduire des éléments de culture aïnoue dans son univers.
Et plus on avance, plus on découvre que son attitude joyeuse cache elle aussi une histoire qu’il n’a pas particulièrement envie de raconter.
Dans Shaman King, les personnages les plus bruyants ne sont pas forcément ceux qui parlent le plus facilement de ce qui leur fait mal.
Ryû cherchait son « Best Place » avant de découvrir que les fantômes pouvaient lui gâcher la coiffure
Ryunosuke Umemiya, généralement appelé Ryû, commence comme chef d’une petite bande de voyous.
Son obsession est de trouver son fameux Best Place, l’endroit parfait où lui et ses amis pourraient enfin s’installer.
Son chemin croise malheureusement celui de Yoh, d’Amidamaru et surtout du fantôme Tokageroh.
Ce dernier prend possession de Ryû pour régler un vieux compte avec Amidamaru.
On pourrait imaginer qu’une expérience pareille suffise à convaincre n’importe qui de rester très loin du surnaturel.
Ryû choisit évidemment l’autre option.
Il finit lui-même par suivre la voie des shamans.
Et son énorme banane capillaire devient presque aussi résistante que sa motivation. Ce qui, compte tenu des combats traversés ensuite, mérite déjà une forme de respect.
Faust VIII pousse la nécromancie jusqu’à un niveau où même les autres shamans commencent à trouver ça inquiétant
Faust VIII est médecin et nécromancien allemand.
Il possède d’immenses connaissances en anatomie et les utilise pour contrôler des squelettes.
Mais derrière l’apparence du savant complètement dérangé se trouve surtout une obsession : Eliza, sa femme décédée.
Faust participe au Shaman Fight dans l’espoir de pouvoir la ramener définitivement à la vie.
Son amour est sincère.
Sa manière de l’exprimer est parfois beaucoup moins rassurante.
Le personnage illustre parfaitement le ton particulier de Shaman King. Takei peut commencer avec un médecin capable de démonter méthodiquement un corps humain et finir quelques chapitres plus tard par rendre sa relation avec Eliza réellement touchante.
Dans cette série, même le nécromancien qui donne envie de changer de trottoir peut devenir quelqu’un qu’on est content de revoir.
Lyserg montre ce que la vengeance peut faire à quelqu’un qui avait pourtant de bonnes raisons d’être en colère
Lyserg Diethel est un jeune shaman anglais capable d’utiliser le dowsing.
Ses parents ont été tués par Hao.
Il veut donc le retrouver et se venger.
Au départ, son objectif paraît difficile à lui reprocher.
Puis Lyserg rencontre les X-Laws.
Cette organisation considère Hao comme le mal absolu et accepte pratiquement n’importe quel sacrifice pour l’éliminer.
À leur tête se trouve Iron Maiden Jeanne, jeune femme traitée comme une sainte par ses partisans et prête à subir elle-même des souffrances extrêmes au nom de sa justice.
Le manga commence alors à opposer deux visions.
Yoh peut haïr ce que fait Hao sans croire que toute personne liée à lui doit automatiquement mourir.
Les X-Laws voient au contraire le monde avec une séparation beaucoup plus nette entre le bien et le mal.
Lyserg doit décider ce qu’il est prêt à devenir pour punir celui qui lui a tout pris.
Hao n’est pas inquiétant parce qu’il crie très fort : il est inquiétant parce qu’il n’en a pas besoin
Hao apparaît avec un visage étrangement proche de celui de Yoh.
Il possède une puissance qui place rapidement la plupart des participants au Shaman Fight dans une autre catégorie.
Surtout, il rassemble autour de lui de nombreux shamans qui le considèrent presque comme une figure sacrée.
Hao ne veut pas simplement gagner le tournoi.
Il possède sa propre vision de ce que devrait devenir le monde.
Son mépris envers une grande partie de l’humanité vient d’une histoire beaucoup plus ancienne que le Shaman Fight actuel.
Et lorsque Takei commence à révéler le lien entre Hao, la famille Asakura et Yoh, le tournoi prend une dimension complètement différente.
Le plus inquiétant est son calme.
Hao peut observer un adversaire, sourire et parler doucement tout en donnant l’impression que personne dans la pièce ne joue réellement dans la même catégorie.
Quand le grand méchant n’a même pas besoin de hausser le ton pour rappeler qu’il pourrait tuer tout le monde, l’ambiance se détend rarement.
Le Shaman Fight est un tournoi, mais Shaman King refuse très vite d’être seulement un manga de tournoi
Les participants passent des épreuves, gagnent des combats et forment des équipes.
Sur le papier, nous sommes donc en plein tournoi shonen.
Pourtant, Hiroyuki Takei utilise surtout cette structure pour réunir des shamans venus de partout.
Chacun apporte ses croyances, son rapport aux morts et sa propre raison de vouloir devenir Shaman King.
Certains cherchent la paix.
D’autres veulent réparer une injustice.
Quelques-uns poursuivent un projet franchement moins sympathique.
Et plusieurs personnages finissent par comprendre que gagner le tournoi n’est peut-être pas la seule manière de changer quelque chose.
Cette idée devient essentielle face à Hao.
Car lorsqu’un adversaire possède une puissance presque impossible à dépasser, simplement s’entraîner encore plus ne suffit plus forcément.
La tribu Patch organise le tournoi depuis tellement longtemps qu’on devrait probablement commencer à poser des questions
Le Shaman Fight est supervisé par la tribu Patch.
Silva est l’un des officiants chargés des participants, mais il appartient à une organisation beaucoup plus vaste.
Les Patch protègent les règles du tournoi et accompagnent le futur Shaman King jusqu’au Great Spirit.
À mesure que Yoh et ses amis avancent, la tribu cesse donc d’être simplement « les types qui organisent le championnat ».
Ses membres possèdent leurs responsabilités, leurs traditions et une loyauté très particulière envers le fonctionnement du Shaman Fight.
Ce qui crée une situation assez intéressante lorsque les intérêts de Yoh ne correspondent plus exactement au règlement.
Un organisateur de tournoi qui vous explique que les règles passent avant la survie de l’humanité mérite peut-être qu’on relise les conditions d’inscription.
Osorezan Revoir raconte enfin pourquoi Yoh et Anna se comprennent aussi bien
L’un des arcs les plus appréciés revient plusieurs années en arrière, lorsque Yoh n’a encore que dix ans.
Il part au mont Osore pour rencontrer la jeune fille choisie comme sa future épouse.
À ses côtés se trouve Matamune, un esprit félin qui sert la famille Asakura depuis près d’un millénaire.
Cette histoire change complètement la manière de regarder Yoh et Anna.
On découvre une Anna bien plus fragile que la femme autoritaire du présent et un Yoh encore jeune qui doit apprendre ce que signifie réellement accepter quelqu’un avec tout ce qu’il porte.
Matamune, lui, devient en quelques chapitres l’un des personnages les plus mémorables de l’univers.
L’arc rappelle surtout que la plus grande force de Yoh n’a jamais été de frapper plus fort que les autres.
Il sait laisser une place à quelqu’un que tout le monde préférerait fuir.
Takei préfère souvent transformer un adversaire en personnage plutôt qu’en obstacle
C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la galerie de Shaman King reste aussi attachante.
Ren commence comme ennemi.
Ryû aussi.
Faust est franchement terrifiant lors de sa première confrontation avec Yoh.
Lyserg suit un chemin qui l’éloigne momentanément du groupe.
Même certains membres d’autres factions gagnent progressivement une personnalité bien plus riche que leur simple fonction dans le tournoi.
Takei ne cherche pas systématiquement à excuser tout le monde.
En revanche, il adore montrer ce qui a conduit quelqu’un à devenir cette personne.
Cela convient parfaitement à une histoire où les morts eux-mêmes peuvent encore raconter leur version des événements.
Quand le fantôme de la victime peut littéralement venir témoigner, les histoires ont tendance à devenir légèrement moins simples.
La philosophie « ça va s’arranger » de Yoh n’est pas de la paresse déguisée
Au début, il est facile de voir Yoh comme un garçon simplement fainéant.
Il aime prendre son temps.
Il ne s’énerve pas facilement.
Et face à des rivaux qui passent leur vie à s’entraîner, sa décontraction peut devenir franchement agaçante.
Mais son fameux « nantoka naru », cette idée que les choses finiront par s’arranger, devient progressivement une vraie manière de vivre.
Yoh ne nie pas les problèmes.
Il refuse surtout de laisser la peur de ce qui pourrait arriver l’empêcher d’avancer.
Face à Ren, Hao, aux X-Laws ou même à ses propres faiblesses, il conserve une capacité étonnante à écouter avant de condamner.
Et dans un manga où pratiquement tout le monde possède une raison de haïr quelqu’un, le type le plus détendu devient finalement celui qui résiste le mieux à la haine.
Hiroyuki Takei avait déjà travaillé autour des esprits avant de créer Shaman King
Hiroyuki Takei est né en 1972 dans la préfecture d’Aomori.
Avant Shaman King, il obtient en 1994 une mention au Prix Tezuka avec ITAKO no ANNA.
Il publie ensuite Butsu Zone dans le Weekly Shonen Jump en 1997.
Les thèmes spirituels ne débarquent donc pas soudainement avec Yoh.
Takei s’intéressait déjà aux médiums, au bouddhisme et aux relations entre monde matériel et monde spirituel.
Il avait également travaillé comme assistant de Nobuhiro Watsuki, l’auteur de Rurouni Kenshin, avant de développer ses propres séries.
Lorsque Shaman King commence en 1998 dans le Weekly Shonen Jump, Takei possède donc déjà plusieurs des idées qui vont donner à son manga une identité très différente des simples tournois de combattants.
Le dessin devient spectaculaire sans perdre le goût de Takei pour les designs complètement improbables
Les premiers volumes possèdent un trait très marqué par la fin des années 1990.
Puis le dessin évolue énormément.
Les silhouettes se simplifient parfois tandis que les Over Souls deviennent de plus en plus imposants et mécaniques.
Takei adore les voitures, les machines et le design industriel. Ça finit par se sentir jusque dans certaines matérialisations spirituelles.
Mais il conserve en même temps un goût évident pour les vêtements improbables, les coiffures impossibles et les personnages qu’on reconnaît immédiatement à leur silhouette.
Ren possède littéralement une pointe de cheveux dressée au sommet du crâne.
Ryû transporte l’équivalent capillaire d’un monument national.
Jeanne combat enfermée dans une Iron Maiden.
Et malgré tout cela, personne dans l’univers ne semble considérer les coiffures comme le phénomène surnaturel le plus inquiétant.
L’ancienne édition s’arrêtait au tome 32, et ce n’était pas la véritable conclusion voulue par Takei
Shaman King possède une histoire éditoriale assez particulière.
Lors de sa première publication, le manga s’est arrêté avec 32 tomes et une conclusion abrupte qui avait laissé beaucoup de lecteurs sur leur faim.
Hiroyuki Takei a ensuite pu reprendre son œuvre et créer une véritable fin.
De nouveaux chapitres sont venus prolonger l’histoire jusqu’à sa conclusion complète.
Au Japon, l’édition actuelle du récit principal compte 35 volumes.
En France, Kana a choisi une organisation différente avec la Star Edition complète en 17 gros tomes.
Les seize premiers regroupent approximativement deux volumes classiques chacun. Le dernier est beaucoup plus épais et contient notamment la partie qui manquait à l’ancienne édition française.
Ainsi, quelqu’un qui se souvient d’un Shaman King interrompu après 32 volumes ne rêve pas : la fin que l’on peut lire aujourd’hui n’est réellement pas celle disponible lors de la première publication.
La Star Edition ajoute près de 550 pages que les anciens lecteurs français n’avaient jamais eues
Kana a relancé Shaman King en France en 2020 avec cette Star Edition.
Le dernier volume atteint à lui seul 552 pages.
Il contient le chapitre permettant de rejoindre la nouvelle conclusion, une quinzaine de chapitres qui n’existaient pas dans l’ancienne édition française et plusieurs bonus.
L’ensemble bénéficie également d’éléments retravaillés par Hiroyuki Takei, avec des dessins et des détails retouchés au fil de l’édition.
C’est particulièrement intéressant pour une série dont le graphisme a énormément évolué entre ses débuts et sa fin.
Et surtout, cette édition permet enfin de lire l’aventure de Yoh jusqu’au bout sans terminer le dernier tome en se demandant si trois chapitres ne sont pas tombés derrière l’imprimerie.
Avant le tournoi, Ren, Horohoro, Lyserg et les autres avaient déjà leurs propres blessures
Plusieurs personnages arrivent dans Shaman King avec une histoire dont on ne découvre qu’une partie pendant le tournoi.
Shaman King 0 revient précisément sur cette période.
Cette série complète en deux tomes rassemble des histoires situées avant le Shaman Fight et centrées notamment sur Yoh, Ren, Horohoro, Lyserg et d’autres personnages.
On y retrouve leurs hésitations, leurs rencontres et plusieurs événements qui expliquent pourquoi ils arrivent au tournoi avec des objectifs aussi différents.
Pour Ren ou Lyserg en particulier, connaître ce qu’ils ont vécu permet de comprendre que certaines colères n’ont vraiment pas commencé le jour où ils ont rencontré Yoh.
La victoire finale ne signifie pas que l’univers s’arrête 500 ans en attendant le prochain tournoi
L’histoire principale possède une véritable conclusion, mais Hiroyuki Takei a continué à développer son monde.
Shaman King Flowers se déroule après le Shaman Fight et place au centre de l’histoire Hana Asakura, le fils de Yoh et Anna.
Le garçon possède l’héritage familial, un énorme potentiel et une personnalité qui rappelle parfois ses parents sans réellement ressembler à l’un ou à l’autre.
Un nouveau conflit entre shamans se prépare alors autour du Flower of Maize, une confrontation liée aux anciens Shaman Kings.
Et si Yoh donnait parfois l’impression qu’aucune urgence n’était assez importante pour le faire paniquer, son fils possède une relation légèrement différente avec la colère.
La génétique sait manifestement varier les recettes.
The Super Star reprend directement là où Flowers avait dû s’arrêter
L’univers de Hana continue ensuite dans Shaman King – The Super Star.
Cette suite reprend les enjeux laissés par Flowers et développe le Flower of Maize, les différents Shaman Kings ainsi que de nouveaux personnages comme Alumi.
Les générations commencent alors à se mélanger.
Des conséquences du tournoi de Yoh continuent à peser sur leurs enfants, tandis que des rivalités beaucoup plus anciennes réapparaissent.
C’est assez fidèle à la philosophie générale de Takei : les morts ne disparaissent jamais complètement, et les décisions d’une génération trouvent toujours un moyen de revenir discuter avec la suivante.
L’anime de 2021 a enfin pu adapter toute l’histoire
Shaman King avait déjà connu une première adaptation animée au début des années 2000.
Seulement, le manga n’étant pas terminé, cette version avait fini par prendre sa propre direction.
Une nouvelle série télévisée débute donc en 2021 avec un objectif différent : raconter l’histoire complète, y compris la véritable conclusion créée plus tard par Takei.
Cette adaptation compte 52 épisodes.
Elle va jusqu’au dernier affrontement et intègre notamment l’arc du mont Osore avec Matamune, absent de l’ancienne version télévisée.
Plusieurs comédiens japonais historiques sont même revenus reprendre leurs rôles, notamment Megumi Hayashibara pour Anna, Minami Takayama pour Hao et Katsuyuki Konishi pour Amidamaru.
Pour une série dont toute la philosophie tourne autour du retour des esprits, retrouver une partie des voix vingt ans plus tard était plutôt bien dans le thème.
Pourquoi commencer Shaman King ?
Parce que derrière son tournoi, ses énormes Over Souls et ses combats, Shaman King parle surtout de gens qui transportent quelque chose avec eux.
Parfois littéralement : un samouraï mort depuis 600 ans, un guerrier chinois, un esprit de la nature ou l’âme de la femme que l’on refuse de perdre.
Mais les vivants portent également leurs histoires.
Ren arrive avec la haine héritée de sa famille. Horohoro cache sa culpabilité. Lyserg veut venger ses parents. Faust refuse d’accepter la mort d’Eliza. Anna a appris très jeune à vivre avec ce que les autres ne comprennent pas. Hao transporte une colère accumulée sur une durée que la plupart des humains ne peuvent même pas imaginer.
Au milieu se trouve Yoh.
Il n’est pas toujours le plus fort. Il n’est certainement pas le plus travailleur. Et il n’a aucune envie de prononcer un discours de dix pages avant chaque combat.
Mais il possède cette capacité à écouter un esprit ou un adversaire jusqu’au moment où il comprend ce qui se cache derrière la colère.
C’est ce qui donne à Shaman King une personnalité très différente de beaucoup de shonen de son époque.
Le manga aime les combats. Takei adore les designs spectaculaires. Le Shaman Fight fournit de vrais affrontements et la puissance monte énormément au fil de l’histoire.
Pourtant, la solution finale n’est jamais simplement « devenir assez fort pour frapper encore plus fort ».
Parce que face à quelqu’un qui possède des siècles de haine, gagner le combat ne règle pas forcément le problème.
Et si vous commencez la série en pensant que Yoh est beaucoup trop détendu pour devenir le roi de quoi que ce soit, laissez-lui quelques volumes.
Il vous répondrait probablement qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter.
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Shaman King est le grand shonen surnaturel de Hiroyuki Takei, complet en français dans une Star Edition de 17 volumes. Yoh Asakura et le samouraï Amidamaru participent au Shaman Fight face à Ren, Horohoro, Faust, Lyserg, Hao et quantité de shamans venus poursuivre leurs propres rêves. Un dernier conseil : si Yoh vous répond « ça va s’arranger » alors qu’un esprit gigantesque vient d’apparaître derrière lui, ne paniquez pas tout de suite. En revanche, si Anna arrive avec le programme d’entraînement, courez.
