Les Brigades Immunitaires

Les Brigades Immunitaires : dans votre corps, personne ne prend vraiment de jour de congé

Dans Les Brigades Immunitaires, Akane Shimizu transforme le corps humain en une immense ville où des milliards de cellules travaillent jour et nuit. Les globules rouges livrent l’oxygène, les globules blancs traquent les intrus, les plaquettes réparent les blessures et les cellules immunitaires interviennent dès qu’un virus ou une bactérie décide de s’installer sans invitation.

Au milieu de cette organisation gigantesque, on suit notamment une jeune hématie particulièrement douée pour se perdre et un leucocyte neutrophile dont la tenue blanche reste étonnamment propre compte tenu de la quantité de bactéries qu’il découpe au fil de ses journées.

Le principe est immédiatement génial : prendre ce qui se passe réellement dans notre organisme et le raconter comme un manga d’action. Une éraflure devient une brèche dans la ville. Une allergie ressemble à une mobilisation générale complètement disproportionnée. Une grippe déclenche une véritable invasion. Et pendant ce temps, le globule rouge aimerait simplement réussir à livrer ses cartons au bon endroit.

Le globule rouge transporte l’oxygène… quand il réussit à trouver son chemin

L’hématie que l’on suit régulièrement possède une mission essentielle : transporter notamment l’oxygène à travers le corps.

Le problème, c’est son orientation.

Elle peut avoir une carte, connaître sa destination et partir avec les meilleures intentions du monde. Quelques cases plus tard, elle se demande à nouveau où elle se trouve.

Ce running gag permet surtout à Akane Shimizu de nous promener dans l’organisme. En suivant ses livraisons, on découvre différents tissus, vaisseaux et organes sans avoir l’impression d’assister à un cours de biologie.

Et lorsqu’une bactérie surgit sur son trajet, sa réaction est assez proche de celle que l’on aurait probablement à sa place : laisser les professionnels de l’immunité gérer la situation et courir dans l’autre sens.

Le globule blanc a une définition très personnelle de l’accueil des microbes

Le leucocyte neutrophile est l’un de ces professionnels.

Quand un agent pathogène entre dans le corps, il ne passe pas beaucoup de temps à négocier ses conditions de départ. Son rôle consiste à repérer et éliminer les intrus.

Shimizu le représente donc comme un combattant en uniforme blanc, généralement armé et couvert du sang de ses adversaires.

Le contraste avec son caractère est particulièrement amusant. Face aux bactéries, il peut être terrifiant. Avec les cellules normales, il se montre souvent étonnamment calme et serviable.

Et puisqu’il croise régulièrement notre globule rouge égaré, il finit aussi par remplir une fonction qui n’apparaît probablement pas dans les manuels de médecine : service d’orientation.

Le pneumocoque transforme déjà le premier chapitre en film d’invasion

Le premier volume ne perd pas de temps. L’une des premières menaces est le pneumocoque.

Au lieu de montrer une simple bactérie au microscope, le manga lui donne l’apparence d’une créature agressive capable d’envahir l’organisme.

Le globule blanc part donc à sa poursuite pendant que les autres cellules tentent de continuer leur travail.

C’est là que l’idée de la série devient immédiatement claire. Les mécanismes biologiques servent de scénario.

On comprend ce que cherche l’envahisseur, quelles cellules réagissent et comment le corps essaie de l’éliminer, mais tout est transformé en poursuite et en combat.

Le résultat reste suffisamment ludique pour qu’on se surprenne à retenir le nom de l’ennemi après avoir refermé le tome. Ce qui est déjà plus que ce que certaines heures de SVT ont réussi à accomplir.

Les plaquettes sont adorables, mais elles travaillent sur de vrais chantiers

Impossible de parler des Brigades Immunitaires sans évoquer les plaquettes.

Akane Shimizu les représente comme de jeunes enfants portant de petits casques et des vêtements de chantier.

Leur travail consiste notamment à intervenir lorsque les vaisseaux sont endommagés.

Lorsqu’une éraflure ouvre littéralement une brèche dans le décor, les plaquettes arrivent avec leur matériel et commencent les réparations.

Leur apparence est devenue l’une des images les plus reconnaissables de la série, mais le gag n’est pas gratuit : leur rôle dans la coagulation est justement traduit comme celui d’une équipe venue colmater une route endommagée.

Et il faut reconnaître que voir une bande de minuscules ouvrières annoncer très sérieusement le début des travaux rend la cicatrisation beaucoup plus sympathique.

L’allergie au pollen ressemble à une défense complètement partie en vrille

Le manga est particulièrement efficace lorsqu’il explique une réaction corporelle que tout le monde connaît sans forcément savoir ce qui se passe derrière.

L’allergie au pollen en est un excellent exemple.

Les cellules immunitaires détectent une menace et déploient leurs défenses. Seulement, la réaction elle-même peut devenir tellement importante qu’elle provoque une bonne partie des symptômes.

Shimizu transforme donc le problème en énorme mobilisation militaire où chacun accomplit son rôle avec beaucoup de sérieux… alors que le pauvre organisme subit le résultat.

C’est l’une des bonnes idées récurrentes de la série : les cellules essaient généralement de faire correctement leur travail, mais la situation peut malgré tout devenir catastrophique.

Un nez qui coule paraît tout de suite moins anodin lorsqu’on a vu l’état d’urgence déclenché en coulisses.

La grippe transforme certaines cellules en usines à virus

Avec la grippe, la menace change encore.

Cette fois, le virus utilise les cellules infectées pour se multiplier. L’organisme doit donc repérer celles qui ont été contaminées et empêcher l’infection de progresser.

Plusieurs acteurs du système immunitaire entrent alors en scène.

Macrophages, lymphocytes T, cellules NK et autres défenseurs commencent progressivement à former une vraie galerie de personnages.

Le manga trouve ici son équilibre : chaque nouveau type cellulaire arrive avec une apparence et une personnalité adaptées à sa fonction.

On apprend qui fait quoi presque sans s’en rendre compte.

Et comme dans toute bonne équipe d’intervention, certains sont beaucoup plus enthousiastes que d’autres lorsqu’on leur annonce qu’il va falloir taper sur quelque chose.

Le lymphocyte T Killer n’est pas vraiment recruté pour son sens de la diplomatie

Les lymphocytes T cytotoxiques deviennent une autre force de frappe importante.

Dans le manga, ils ressemblent davantage à une unité militaire particulièrement musclée qu’à de petites cellules vues sous microscope.

Leur rôle consiste notamment à éliminer des cellules infectées ou devenues dangereuses.

Akane Shimizu pousse donc naturellement le concept vers le commando d’élite.

Le chef des Killer T Cells ne respire pas exactement la douceur lorsqu’une menace apparaît. Pourtant, derrière la caricature de brute, la série montre aussi la spécialisation de ces différentes cellules et la coordination nécessaire pour protéger le corps.

Parce qu’un système immunitaire où tout le monde ferait exactement la même chose serait un peu comme une caserne composée uniquement de types qui veulent défoncer la porte.

Les macrophages ont trouvé le moyen d’être élégantes tout en massacrant des bactéries

Les macrophages offrent probablement l’un des meilleurs contrastes visuels de la série.

Akane Shimizu les dessine comme des femmes élégantes et souriantes, habillées presque comme si elles allaient servir le thé.

Puis une bactérie arrive.

Et le sourire reste, mais l’ambiance change légèrement.

Les macrophages participent notamment à l’élimination d’agents étrangers et au nettoyage des débris cellulaires. Le manga transforme donc ces fonctions en interventions particulièrement musclées.

Cette manière de donner une personnalité immédiatement identifiable à chaque type de cellule fait beaucoup pour la lisibilité de la série.

Quelques chapitres suffisent généralement pour reconnaître l’équipe qui vient d’arriver avant même que son nom soit rappelé.

Le cancer donne au manga un adversaire beaucoup plus compliqué qu’une bactérie étrangère

L’un des passages les plus intéressants concerne la cellule cancéreuse.

Cette fois, l’ennemi ne vient pas de l’extérieur.

Il s’agit d’une cellule du corps devenue anormale.

Cette différence permet à Shimizu de raconter un conflit beaucoup plus troublant. Les cellules immunitaires doivent éliminer quelque chose qui appartient pourtant au même organisme qu’elles.

Le manga donne même une personnalité à cette cellule cancéreuse et s’intéresse à sa manière de voir les autres.

On reste dans une œuvre de vulgarisation et d’action, mais l’épisode montre bien pourquoi le principe peut aller beaucoup plus loin qu’une simple succession de « bactérie du jour ».

Le corps humain possède largement assez de problèmes internes pour alimenter le scénario tout seul.

Même une simple chaleur excessive peut devenir une catastrophe logistique

Les ennemis ne sont d’ailleurs pas toujours vivants.

La série aborde par exemple le coup de chaleur.

Lorsque l’environnement devient trop chaud et que l’organisme ne réussit plus à maintenir correctement ses conditions internes, tout le fonctionnement de la ville commence à souffrir.

Pour les personnages, ce n’est donc pas un monstre qu’il suffit d’éliminer au couteau.

Les cellules continuent leur travail dans un environnement de plus en plus difficile.

Ce type d’épisode est particulièrement réussi parce qu’il change complètement la structure habituelle. Le corps lui-même devient le problème.

Et notre leucocyte peut être aussi motivé qu’il veut : impossible d’arrêter une canicule en lui sautant dessus avec une lame.

Les jeunes globules permettent même de visiter la moelle osseuse

Akane Shimizu s’intéresse également à l’origine de certains de ses personnages.

Le deuxième tome revient notamment sur les stades plus jeunes du globule rouge et du globule blanc à travers un passage consacré à l’érythroblaste et au myélocyte.

On quitte donc momentanément leurs missions habituelles pour découvrir leur formation dans la moelle osseuse.

C’est une bonne manière d’élargir encore la métaphore de la ville.

Les cellules ne surgissent pas simplement toutes adultes avec leur uniforme et une fiche de poste dans la main.

Elles se développent, se spécialisent puis rejoignent leurs fonctions.

Et découvrir notre hématie lorsqu’elle était encore apprentie permet aussi de constater une chose essentielle : son sens de l’orientation ne semble pas être un problème apparu récemment.

Les bactéries ne sont pas automatiquement toutes classées dans la catégorie « à éliminer »

Au fil des volumes, le manga nuance aussi la relation avec les bactéries.

Certaines sont évidemment dangereuses. D’autres peuvent au contraire participer au bon fonctionnement de l’organisme.

Le cinquième tome met notamment en scène des bactéries lactiques et montre que « bactérie » n’est pas nécessairement synonyme d’ennemi.

Le corps est un écosystème beaucoup plus compliqué que gentils globules contre méchants microbes.

Ça rejoint l’une des qualités de la série : elle part d’une idée très simple pour devenir progressivement plus précise.

Les personnages eux-mêmes doivent parfois comprendre que la bonne réaction n’est pas forcément d’éliminer tout ce qui leur paraît étranger.

Pour certains membres des brigades immunitaires, cette découverte demande naturellement un petit effort.

Le dernier tome va jusqu’au coronavirus

Après une première publication très rapprochée des cinq premiers volumes, Akane Shimizu revient plusieurs années plus tard avec un sixième et dernier tome.

Il aborde notamment la bosse, certains phénomènes liés à la production des cellules sanguines, les cellules iPS, le psoriasis et le nouveau coronavirus.

Le principe reste le même : montrer ce que la menace provoque à l’intérieur du corps plutôt que de rester uniquement du côté des symptômes visibles.

Kodansha présente d’ailleurs explicitement ce volume comme la conclusion de la série principale.

La boucle est assez jolie. Le premier tome commençait avec pneumocoque, allergie, grippe et éraflure. Six volumes plus tard, la petite ville intérieure en a vu suffisamment pour réclamer quelques jours de récupération.

Malheureusement, une cellule n’a pas vraiment de formulaire de congé payé.

Akane Shimizu a créé la série à partir d’un manga récompensé avant même sa première grande publication

L’origine des Brigades Immunitaires mérite vraiment d’être racontée.

Avant la série, Akane Shimizu dessine une histoire intitulée Saibô no Hanashi, littéralement « L’histoire des cellules ».

Ce travail remporte le grand prix du 27e Shonen Sirius Newcomer Award.

Le concept va ensuite évoluer pour devenir Hataraku Saibô, publié à partir de 2015 dans le Monthly Shonen Sirius.

Kodansha a même réédité ce manga d’origine dans le guide officiel de la série.

C’est intéressant parce que toute l’idée fondamentale était donc déjà là : transformer les cellules en personnages et rendre visible leur travail quotidien.

Ensuite, Shimizu a simplement découvert qu’un organisme humain contient assez de personnel pour créer un casting absolument déraisonnable.

Le succès a créé toute une famille de spin-off

Le concept était tellement adaptable qu’il n’est pas resté limité aux six volumes d’Akane Shimizu.

L’univers japonais a développé des séries autour de différentes facettes du corps : bactéries, plaquettes, cellules qui ne travaillent pas, bébés, femmes, muscles et bien d’autres sujets.

Mais l’une des déclinaisons les plus connues change complètement l’ambiance.

Dans Les Brigades Immunitaires Black, les cellules travaillent cette fois dans un corps ravagé par une mauvaise hygiène de vie.

Tabac, alcool, stress, cholestérol et autres problèmes transforment leur environnement en véritable entreprise au bord de l’effondrement.

Le principe biologique reste reconnaissable, mais l’humour devient beaucoup plus noir.

Les Brigades Immunitaires Black montrent exactement ce qui change quand le corps ne les aide plus

La différence entre les deux séries est particulièrement intéressante.

Dans Les Brigades Immunitaires, les cellules affrontent des maladies, blessures et infections dans un organisme qui dispose généralement des moyens de réagir.

Dans Les Brigades Immunitaires Black, elles doivent en plus supporter les conséquences du mode de vie de leur propre corps.

Le spin-off est scénarisé par Shigemitsu Harada, dessiné par Issey Hatsuyoshiya et supervisé par Akane Shimizu.

Il est complet en 8 tomes.

Si la série originale ressemble à une équipe de secours extrêmement occupée, Black ressemble davantage aux mêmes secours après qu’on leur a supprimé la moitié du matériel, coupé la climatisation et demandé de faire des heures supplémentaires.

Autant dire que l’ambiance n’est pas exactement la même à la machine à café.

Six tomes suffisent pour faire un sacré tour de l’organisme

Les Brigades Immunitaires est une série complète en 6 tomes, écrite et dessinée par Akane Shimizu.

Le premier volume japonais paraît en 2015 et le sixième conclut la série en 2021. En français, Pika a publié l’intégralité dans sa collection shonen.

La longueur est idéale pour le concept.

Chaque chapitre peut se concentrer sur une nouvelle situation sans avoir besoin de construire artificiellement une quête de cinquante volumes.

Pneumocoque, allergie, grippe, éraflure, intoxication alimentaire, coup de chaleur, cellules cancéreuses, bactéries utiles ou coronavirus permettent déjà de visiter pas mal de services.

Et surtout, les personnages récurrents donnent suffisamment de continuité pour que l’on finisse par réellement s’attacher à cette petite population intérieure.

Ce manga réussit quelque chose d’assez rare : donner envie de comprendre ce qui vient de se passer

Le côté éducatif pourrait facilement devenir lourd.

Pourtant, Akane Shimizu utilise généralement la biologie pour fabriquer l’histoire plutôt que d’interrompre l’histoire pour faire cours.

On voit d’abord une cellule accomplir une action. Ensuite, on comprend pourquoi elle la fait.

Les noms scientifiques, les petites explications et les encadrés complètent ce qui vient de se dérouler dans le récit.

Évidemment, Les Brigades Immunitaires reste un manga de vulgarisation et non un manuel médical. Les cellules n’ont pas réellement des uniformes, les plaquettes ne portent pas de petits casques et les neutrophiles n’utilisent malheureusement pas de couteaux.

Mais comme moyen de mémoriser qui intervient lorsqu’un problème apparaît, la personnification fonctionne remarquablement bien.

Une fois qu’on a rencontré les macrophages d’Akane Shimizu, il devient franchement difficile de les imaginer comme de simples mots imprimés au fond d’une page.

Pourquoi commencer Les Brigades Immunitaires ?

Parce qu’il y a peu de mangas capables de faire cohabiter aussi naturellement action, humour et fonctionnement du corps humain.

On peut venir simplement pour le concept et s’amuser avec le globule rouge qui se perd, les plaquettes de chantier ou le neutrophile qui prend son travail beaucoup trop à cœur.

Mais la série fonctionne aussi parce que chaque nouvelle situation fait découvrir une autre facette de l’organisme.

Une éraflure devient un chantier d’urgence. La grippe, une invasion. Une allergie, une intervention excessive. Le cancer, une menace née au sein même du corps.

Et plus on avance, plus on réalise la quantité hallucinante de choses qui doivent fonctionner correctement à chaque instant sans qu’on en ait conscience.

Si vous aimez les mangas originaux, les sciences, les séries faciles à offrir à un ado curieux ou simplement les histoires qui réussissent à vous apprendre quelque chose sans vous donner l’impression de réviser, les six volumes se lisent avec énormément de plaisir.

Seul petit effet secondaire : après quelques tomes, il devient beaucoup plus difficile de regarder une petite coupure sans imaginer une équipe de plaquettes arrivant en courant avec des panneaux de chantier.

Lire plus

Les Brigades Immunitaires est une série complète en 6 tomes écrite et dessinée par Akane Shimizu. Globules rouges, globules blancs, plaquettes et cellules immunitaires deviennent les employés d’une immense ville appelée corps humain, où chaque infection peut déclencher une nouvelle urgence. Un dernier conseil : la prochaine fois que vous vous éraflez le doigt, évitez de râler trop fort. À l’intérieur, les plaquettes viennent déjà d’ouvrir le chantier.

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Les Brigades Immunitaires : dans votre corps, personne ne prend vraiment de jour de congé

Dans Les Brigades Immunitaires, Akane Shimizu transforme le corps humain en une immense ville où des milliards de cellules travaillent jour et nuit. Les globules rouges livrent l’oxygène, les globules blancs traquent les intrus, les plaquettes réparent les blessures et les cellules immunitaires interviennent dès qu’un virus ou une bactérie décide de s’installer sans invitation.

Au milieu de cette organisation gigantesque, on suit notamment une jeune hématie particulièrement douée pour se perdre et un leucocyte neutrophile dont la tenue blanche reste étonnamment propre compte tenu de la quantité de bactéries qu’il découpe au fil de ses journées.

Le principe est immédiatement génial : prendre ce qui se passe réellement dans notre organisme et le raconter comme un manga d’action. Une éraflure devient une brèche dans la ville. Une allergie ressemble à une mobilisation générale complètement disproportionnée. Une grippe déclenche une véritable invasion. Et pendant ce temps, le globule rouge aimerait simplement réussir à livrer ses cartons au bon endroit.

Le globule rouge transporte l’oxygène… quand il réussit à trouver son chemin

L’hématie que l’on suit régulièrement possède une mission essentielle : transporter notamment l’oxygène à travers le corps.

Le problème, c’est son orientation.

Elle peut avoir une carte, connaître sa destination et partir avec les meilleures intentions du monde. Quelques cases plus tard, elle se demande à nouveau où elle se trouve.

Ce running gag permet surtout à Akane Shimizu de nous promener dans l’organisme. En suivant ses livraisons, on découvre différents tissus, vaisseaux et organes sans avoir l’impression d’assister à un cours de biologie.

Et lorsqu’une bactérie surgit sur son trajet, sa réaction est assez proche de celle que l’on aurait probablement à sa place : laisser les professionnels de l’immunité gérer la situation et courir dans l’autre sens.

Le globule blanc a une définition très personnelle de l’accueil des microbes

Le leucocyte neutrophile est l’un de ces professionnels.

Quand un agent pathogène entre dans le corps, il ne passe pas beaucoup de temps à négocier ses conditions de départ. Son rôle consiste à repérer et éliminer les intrus.

Shimizu le représente donc comme un combattant en uniforme blanc, généralement armé et couvert du sang de ses adversaires.

Le contraste avec son caractère est particulièrement amusant. Face aux bactéries, il peut être terrifiant. Avec les cellules normales, il se montre souvent étonnamment calme et serviable.

Et puisqu’il croise régulièrement notre globule rouge égaré, il finit aussi par remplir une fonction qui n’apparaît probablement pas dans les manuels de médecine : service d’orientation.

Le pneumocoque transforme déjà le premier chapitre en film d’invasion

Le premier volume ne perd pas de temps. L’une des premières menaces est le pneumocoque.

Au lieu de montrer une simple bactérie au microscope, le manga lui donne l’apparence d’une créature agressive capable d’envahir l’organisme.

Le globule blanc part donc à sa poursuite pendant que les autres cellules tentent de continuer leur travail.

C’est là que l’idée de la série devient immédiatement claire. Les mécanismes biologiques servent de scénario.

On comprend ce que cherche l’envahisseur, quelles cellules réagissent et comment le corps essaie de l’éliminer, mais tout est transformé en poursuite et en combat.

Le résultat reste suffisamment ludique pour qu’on se surprenne à retenir le nom de l’ennemi après avoir refermé le tome. Ce qui est déjà plus que ce que certaines heures de SVT ont réussi à accomplir.

Les plaquettes sont adorables, mais elles travaillent sur de vrais chantiers

Impossible de parler des Brigades Immunitaires sans évoquer les plaquettes.

Akane Shimizu les représente comme de jeunes enfants portant de petits casques et des vêtements de chantier.

Leur travail consiste notamment à intervenir lorsque les vaisseaux sont endommagés.

Lorsqu’une éraflure ouvre littéralement une brèche dans le décor, les plaquettes arrivent avec leur matériel et commencent les réparations.

Leur apparence est devenue l’une des images les plus reconnaissables de la série, mais le gag n’est pas gratuit : leur rôle dans la coagulation est justement traduit comme celui d’une équipe venue colmater une route endommagée.

Et il faut reconnaître que voir une bande de minuscules ouvrières annoncer très sérieusement le début des travaux rend la cicatrisation beaucoup plus sympathique.

L’allergie au pollen ressemble à une défense complètement partie en vrille

Le manga est particulièrement efficace lorsqu’il explique une réaction corporelle que tout le monde connaît sans forcément savoir ce qui se passe derrière.

L’allergie au pollen en est un excellent exemple.

Les cellules immunitaires détectent une menace et déploient leurs défenses. Seulement, la réaction elle-même peut devenir tellement importante qu’elle provoque une bonne partie des symptômes.

Shimizu transforme donc le problème en énorme mobilisation militaire où chacun accomplit son rôle avec beaucoup de sérieux… alors que le pauvre organisme subit le résultat.

C’est l’une des bonnes idées récurrentes de la série : les cellules essaient généralement de faire correctement leur travail, mais la situation peut malgré tout devenir catastrophique.

Un nez qui coule paraît tout de suite moins anodin lorsqu’on a vu l’état d’urgence déclenché en coulisses.

La grippe transforme certaines cellules en usines à virus

Avec la grippe, la menace change encore.

Cette fois, le virus utilise les cellules infectées pour se multiplier. L’organisme doit donc repérer celles qui ont été contaminées et empêcher l’infection de progresser.

Plusieurs acteurs du système immunitaire entrent alors en scène.

Macrophages, lymphocytes T, cellules NK et autres défenseurs commencent progressivement à former une vraie galerie de personnages.

Le manga trouve ici son équilibre : chaque nouveau type cellulaire arrive avec une apparence et une personnalité adaptées à sa fonction.

On apprend qui fait quoi presque sans s’en rendre compte.

Et comme dans toute bonne équipe d’intervention, certains sont beaucoup plus enthousiastes que d’autres lorsqu’on leur annonce qu’il va falloir taper sur quelque chose.

Le lymphocyte T Killer n’est pas vraiment recruté pour son sens de la diplomatie

Les lymphocytes T cytotoxiques deviennent une autre force de frappe importante.

Dans le manga, ils ressemblent davantage à une unité militaire particulièrement musclée qu’à de petites cellules vues sous microscope.

Leur rôle consiste notamment à éliminer des cellules infectées ou devenues dangereuses.

Akane Shimizu pousse donc naturellement le concept vers le commando d’élite.

Le chef des Killer T Cells ne respire pas exactement la douceur lorsqu’une menace apparaît. Pourtant, derrière la caricature de brute, la série montre aussi la spécialisation de ces différentes cellules et la coordination nécessaire pour protéger le corps.

Parce qu’un système immunitaire où tout le monde ferait exactement la même chose serait un peu comme une caserne composée uniquement de types qui veulent défoncer la porte.

Les macrophages ont trouvé le moyen d’être élégantes tout en massacrant des bactéries

Les macrophages offrent probablement l’un des meilleurs contrastes visuels de la série.

Akane Shimizu les dessine comme des femmes élégantes et souriantes, habillées presque comme si elles allaient servir le thé.

Puis une bactérie arrive.

Et le sourire reste, mais l’ambiance change légèrement.

Les macrophages participent notamment à l’élimination d’agents étrangers et au nettoyage des débris cellulaires. Le manga transforme donc ces fonctions en interventions particulièrement musclées.

Cette manière de donner une personnalité immédiatement identifiable à chaque type de cellule fait beaucoup pour la lisibilité de la série.

Quelques chapitres suffisent généralement pour reconnaître l’équipe qui vient d’arriver avant même que son nom soit rappelé.

Le cancer donne au manga un adversaire beaucoup plus compliqué qu’une bactérie étrangère

L’un des passages les plus intéressants concerne la cellule cancéreuse.

Cette fois, l’ennemi ne vient pas de l’extérieur.

Il s’agit d’une cellule du corps devenue anormale.

Cette différence permet à Shimizu de raconter un conflit beaucoup plus troublant. Les cellules immunitaires doivent éliminer quelque chose qui appartient pourtant au même organisme qu’elles.

Le manga donne même une personnalité à cette cellule cancéreuse et s’intéresse à sa manière de voir les autres.

On reste dans une œuvre de vulgarisation et d’action, mais l’épisode montre bien pourquoi le principe peut aller beaucoup plus loin qu’une simple succession de « bactérie du jour ».

Le corps humain possède largement assez de problèmes internes pour alimenter le scénario tout seul.

Même une simple chaleur excessive peut devenir une catastrophe logistique

Les ennemis ne sont d’ailleurs pas toujours vivants.

La série aborde par exemple le coup de chaleur.

Lorsque l’environnement devient trop chaud et que l’organisme ne réussit plus à maintenir correctement ses conditions internes, tout le fonctionnement de la ville commence à souffrir.

Pour les personnages, ce n’est donc pas un monstre qu’il suffit d’éliminer au couteau.

Les cellules continuent leur travail dans un environnement de plus en plus difficile.

Ce type d’épisode est particulièrement réussi parce qu’il change complètement la structure habituelle. Le corps lui-même devient le problème.

Et notre leucocyte peut être aussi motivé qu’il veut : impossible d’arrêter une canicule en lui sautant dessus avec une lame.

Les jeunes globules permettent même de visiter la moelle osseuse

Akane Shimizu s’intéresse également à l’origine de certains de ses personnages.

Le deuxième tome revient notamment sur les stades plus jeunes du globule rouge et du globule blanc à travers un passage consacré à l’érythroblaste et au myélocyte.

On quitte donc momentanément leurs missions habituelles pour découvrir leur formation dans la moelle osseuse.

C’est une bonne manière d’élargir encore la métaphore de la ville.

Les cellules ne surgissent pas simplement toutes adultes avec leur uniforme et une fiche de poste dans la main.

Elles se développent, se spécialisent puis rejoignent leurs fonctions.

Et découvrir notre hématie lorsqu’elle était encore apprentie permet aussi de constater une chose essentielle : son sens de l’orientation ne semble pas être un problème apparu récemment.

Les bactéries ne sont pas automatiquement toutes classées dans la catégorie « à éliminer »

Au fil des volumes, le manga nuance aussi la relation avec les bactéries.

Certaines sont évidemment dangereuses. D’autres peuvent au contraire participer au bon fonctionnement de l’organisme.

Le cinquième tome met notamment en scène des bactéries lactiques et montre que « bactérie » n’est pas nécessairement synonyme d’ennemi.

Le corps est un écosystème beaucoup plus compliqué que gentils globules contre méchants microbes.

Ça rejoint l’une des qualités de la série : elle part d’une idée très simple pour devenir progressivement plus précise.

Les personnages eux-mêmes doivent parfois comprendre que la bonne réaction n’est pas forcément d’éliminer tout ce qui leur paraît étranger.

Pour certains membres des brigades immunitaires, cette découverte demande naturellement un petit effort.

Le dernier tome va jusqu’au coronavirus

Après une première publication très rapprochée des cinq premiers volumes, Akane Shimizu revient plusieurs années plus tard avec un sixième et dernier tome.

Il aborde notamment la bosse, certains phénomènes liés à la production des cellules sanguines, les cellules iPS, le psoriasis et le nouveau coronavirus.

Le principe reste le même : montrer ce que la menace provoque à l’intérieur du corps plutôt que de rester uniquement du côté des symptômes visibles.

Kodansha présente d’ailleurs explicitement ce volume comme la conclusion de la série principale.

La boucle est assez jolie. Le premier tome commençait avec pneumocoque, allergie, grippe et éraflure. Six volumes plus tard, la petite ville intérieure en a vu suffisamment pour réclamer quelques jours de récupération.

Malheureusement, une cellule n’a pas vraiment de formulaire de congé payé.

Akane Shimizu a créé la série à partir d’un manga récompensé avant même sa première grande publication

L’origine des Brigades Immunitaires mérite vraiment d’être racontée.

Avant la série, Akane Shimizu dessine une histoire intitulée Saibô no Hanashi, littéralement « L’histoire des cellules ».

Ce travail remporte le grand prix du 27e Shonen Sirius Newcomer Award.

Le concept va ensuite évoluer pour devenir Hataraku Saibô, publié à partir de 2015 dans le Monthly Shonen Sirius.

Kodansha a même réédité ce manga d’origine dans le guide officiel de la série.

C’est intéressant parce que toute l’idée fondamentale était donc déjà là : transformer les cellules en personnages et rendre visible leur travail quotidien.

Ensuite, Shimizu a simplement découvert qu’un organisme humain contient assez de personnel pour créer un casting absolument déraisonnable.

Le succès a créé toute une famille de spin-off

Le concept était tellement adaptable qu’il n’est pas resté limité aux six volumes d’Akane Shimizu.

L’univers japonais a développé des séries autour de différentes facettes du corps : bactéries, plaquettes, cellules qui ne travaillent pas, bébés, femmes, muscles et bien d’autres sujets.

Mais l’une des déclinaisons les plus connues change complètement l’ambiance.

Dans Les Brigades Immunitaires Black, les cellules travaillent cette fois dans un corps ravagé par une mauvaise hygiène de vie.

Tabac, alcool, stress, cholestérol et autres problèmes transforment leur environnement en véritable entreprise au bord de l’effondrement.

Le principe biologique reste reconnaissable, mais l’humour devient beaucoup plus noir.

Les Brigades Immunitaires Black montrent exactement ce qui change quand le corps ne les aide plus

La différence entre les deux séries est particulièrement intéressante.

Dans Les Brigades Immunitaires, les cellules affrontent des maladies, blessures et infections dans un organisme qui dispose généralement des moyens de réagir.

Dans Les Brigades Immunitaires Black, elles doivent en plus supporter les conséquences du mode de vie de leur propre corps.

Le spin-off est scénarisé par Shigemitsu Harada, dessiné par Issey Hatsuyoshiya et supervisé par Akane Shimizu.

Il est complet en 8 tomes.

Si la série originale ressemble à une équipe de secours extrêmement occupée, Black ressemble davantage aux mêmes secours après qu’on leur a supprimé la moitié du matériel, coupé la climatisation et demandé de faire des heures supplémentaires.

Autant dire que l’ambiance n’est pas exactement la même à la machine à café.

Six tomes suffisent pour faire un sacré tour de l’organisme

Les Brigades Immunitaires est une série complète en 6 tomes, écrite et dessinée par Akane Shimizu.

Le premier volume japonais paraît en 2015 et le sixième conclut la série en 2021. En français, Pika a publié l’intégralité dans sa collection shonen.

La longueur est idéale pour le concept.

Chaque chapitre peut se concentrer sur une nouvelle situation sans avoir besoin de construire artificiellement une quête de cinquante volumes.

Pneumocoque, allergie, grippe, éraflure, intoxication alimentaire, coup de chaleur, cellules cancéreuses, bactéries utiles ou coronavirus permettent déjà de visiter pas mal de services.

Et surtout, les personnages récurrents donnent suffisamment de continuité pour que l’on finisse par réellement s’attacher à cette petite population intérieure.

Ce manga réussit quelque chose d’assez rare : donner envie de comprendre ce qui vient de se passer

Le côté éducatif pourrait facilement devenir lourd.

Pourtant, Akane Shimizu utilise généralement la biologie pour fabriquer l’histoire plutôt que d’interrompre l’histoire pour faire cours.

On voit d’abord une cellule accomplir une action. Ensuite, on comprend pourquoi elle la fait.

Les noms scientifiques, les petites explications et les encadrés complètent ce qui vient de se dérouler dans le récit.

Évidemment, Les Brigades Immunitaires reste un manga de vulgarisation et non un manuel médical. Les cellules n’ont pas réellement des uniformes, les plaquettes ne portent pas de petits casques et les neutrophiles n’utilisent malheureusement pas de couteaux.

Mais comme moyen de mémoriser qui intervient lorsqu’un problème apparaît, la personnification fonctionne remarquablement bien.

Une fois qu’on a rencontré les macrophages d’Akane Shimizu, il devient franchement difficile de les imaginer comme de simples mots imprimés au fond d’une page.

Pourquoi commencer Les Brigades Immunitaires ?

Parce qu’il y a peu de mangas capables de faire cohabiter aussi naturellement action, humour et fonctionnement du corps humain.

On peut venir simplement pour le concept et s’amuser avec le globule rouge qui se perd, les plaquettes de chantier ou le neutrophile qui prend son travail beaucoup trop à cœur.

Mais la série fonctionne aussi parce que chaque nouvelle situation fait découvrir une autre facette de l’organisme.

Une éraflure devient un chantier d’urgence. La grippe, une invasion. Une allergie, une intervention excessive. Le cancer, une menace née au sein même du corps.

Et plus on avance, plus on réalise la quantité hallucinante de choses qui doivent fonctionner correctement à chaque instant sans qu’on en ait conscience.

Si vous aimez les mangas originaux, les sciences, les séries faciles à offrir à un ado curieux ou simplement les histoires qui réussissent à vous apprendre quelque chose sans vous donner l’impression de réviser, les six volumes se lisent avec énormément de plaisir.

Seul petit effet secondaire : après quelques tomes, il devient beaucoup plus difficile de regarder une petite coupure sans imaginer une équipe de plaquettes arrivant en courant avec des panneaux de chantier.

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Les Brigades Immunitaires est une série complète en 6 tomes écrite et dessinée par Akane Shimizu. Globules rouges, globules blancs, plaquettes et cellules immunitaires deviennent les employés d’une immense ville appelée corps humain, où chaque infection peut déclencher une nouvelle urgence. Un dernier conseil : la prochaine fois que vous vous éraflez le doigt, évitez de râler trop fort. À l’intérieur, les plaquettes viennent déjà d’ouvrir le chantier.