Valkyrie Apocalypse
Valkyrie Apocalypse : les dieux veulent rayer l’humanité de la carte, Brunehilde leur propose plutôt treize combats
Dans le manga Valkyrie Apocalypse, les dieux se réunissent tous les mille ans pour décider si l’humanité mérite encore de continuer. Cette fois, Zeus, Shiva, Odin et les autres arrivent rapidement à la même conclusion : entre les guerres, la violence et tout ce que les humains ont réussi à faire subir à leur planète, autant arrêter les frais.
La sentence tombe : l’humanité doit disparaître.
Puis Brunehilde intervient.
L’aînée des treize Valkyries possède visiblement un talent particulier pour parler aux divinités comme si elle cherchait volontairement à se faire foudroyer. Plutôt que d’accepter le verdict, elle leur rappelle une vieille possibilité : le Ragnarök.
Treize dieux affronteront treize représentants de l’humanité dans des duels à mort.
Le premier camp à obtenir sept victoires décidera du sort des humains.
Les dieux trouvent d’abord l’idée ridicule.
Brunehilde les provoque.
Quelques secondes plus tard, Zeus et ses collègues acceptent.
Le destin de plusieurs millions d’années d’histoire humaine vient donc de basculer parce qu’une Valkyrie a réussi à piquer l’orgueil de toute une assemblée divine.
Excellent début de tournoi.
Brunehilde ne cherche pas les héros les plus gentils de l’histoire
Pour affronter des dieux, il faut des humains capables de faire quelque chose d’absolument déraisonnable.
Brunehilde ne constitue donc pas son équipe avec les treize personnes qui auraient reçu le plus de prix de bonne conduite.
Elle va chercher des guerriers, des rois, des tueurs, des inventeurs et des hommes devenus légendaires.
Lü Bu représente la puissance militaire.
Adam arrive directement du commencement de l’humanité.
Sasaki Kojiro possède une vie entière passée à perdre, observer et apprendre.
Plus tard apparaissent Jack l’Éventreur, Raiden Tameemon, Qin Shi Huang, Nikola Tesla, Léonidas ou encore Soji Okita.
Le casting fonctionne précisément parce qu’il refuse une seule définition de la grandeur humaine.
Un champion peut être un père, un monstre, un génie scientifique, un souverain ou un homme que l’histoire n’a même pas retenu de la même manière que le manga.
Brunehilde, elle, ne semble pas très préoccupée par la cohérence d’une photo de groupe.
Le premier combat oppose Thor à Lü Bu, donc personne ne perd du temps avec l’échauffement
Le Ragnarök commence avec Thor contre Lü Bu.
D’un côté, le dieu nordique possède Mjöllnir et une réputation suffisamment claire pour que personne n’ait besoin de lui demander s’il frappe fort.
En face arrive Lü Bu Fengxian, guerrier chinois que Valkyrie Apocalypse transforme en véritable incarnation de la puissance martiale.
Le duel pose immédiatement les règles du manga.
Les combattants ne se contentent pas d’échanger quelques attaques avant qu’un narrateur annonce lequel possède trois points de force supplémentaires.
Chaque coup doit paraître capable de terminer le combat.
Pourtant, derrière cette brutalité, les auteurs racontent aussi deux êtres tellement puissants qu’ils ont passé une bonne partie de leur existence à chercher quelqu’un capable de leur répondre.
Thor n’a pas l’air très bavard.
Lü Bu non plus.
Heureusement, leurs armes savent parfaitement tenir une conversation.
Une arme humaine normale ne tiendrait pas longtemps face à Mjöllnir
Brunehilde connaît évidemment le problème principal.
Envoyer un humain contre un dieu avec une arme ordinaire reviendrait à organiser un match où l’un des participants reçoit une épée et l’autre un objet décoratif.
Les Valkyries possèdent donc une capacité essentielle : le Völundr.
En s’unissant à un combattant humain, une Valkyrie peut devenir une arme divine adaptée à son partenaire.
Cette transformation change complètement le tournoi.
Les treize sœurs ne restent pas dans les tribunes à encourager l’humanité.
Elles risquent leur propre existence avec les champions qu’elles accompagnent.
Pour Brunehilde, chaque choix devient donc très personnel.
Lorsqu’elle désigne un humain, elle choisit également laquelle de ses sœurs entrera avec lui dans l’arène.
Autrement dit, si son plan tourne mal, le tableau des scores n’est pas la seule chose qui prend un coup.
Göll commence le tournoi à peu près aussi rassurée que le lecteur
Göll est la plus jeune des treize Valkyries.
Elle accompagne Brunehilde et observe les combats avec une réaction assez différente de celle de sa grande sœur.
Brunehilde analyse.
Göll panique.
Ensuite, l’aînée prépare déjà le prochain duel.
Sa petite sœur, elle, vient encore de comprendre qu’une des Valkyries risque de mourir.
Ce contraste évite que le tournoi devienne une simple succession de tableaux tactiques.
Grâce à elle, on ressent constamment le prix du Völundr.
Elle permet aussi de voir quelque chose que Brunehilde cache beaucoup mieux : les Valkyries ne sont pas de simples pièces posées sur un échiquier.
Et lorsque l’aînée affiche son sourire le plus inquiétant, Göll possède souvent exactement la tête de quelqu’un qui se demande si elle a vraiment envie de connaître la suite du plan.
Adam contre Zeus répond enfin à une question que personne n’avait osé poser
Le deuxième duel devient encore plus improbable.
Adam, le premier homme, représente l’humanité.
En face, Zeus décide de descendre lui-même dans l’arène.
Le chef des dieux grecs possède une apparence de vieillard frêle qui dure approximativement jusqu’au moment où quelqu’un comprend que le vieillard en question est Zeus.
Adam, lui, ne ressemble pas à un guerrier couvert d’armures.
Pourtant, son corps possède une capacité qui rend immédiatement le combat beaucoup plus intéressant.
Les auteurs utilisent alors le mythe de l’homme créé à l’image des dieux pour imaginer une faculté adaptée à ce principe.
Mais le vrai cœur du personnage se trouve ailleurs.
Adam ne combat pas parce qu’il déteste les dieux.
Il combat parce qu’un père n’a pas besoin d’une justification particulièrement compliquée pour protéger ses enfants.
Vu le nombre de descendants concernés, la réunion de famille est simplement un peu grande.
Sasaki Kojiro arrive avec une réputation assez particulière : il a surtout perdu
Pour le troisième affrontement, Brunehilde choisit Sasaki Kojiro.
Historiquement, son nom reste notamment attaché à son duel contre Miyamoto Musashi.
Dans Valkyrie Apocalypse, les auteurs construisent le personnage autour de quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’un palmarès parfait.
Kojiro apprend de ses défaites.
Il observe ses adversaires.
Il rejoue mentalement les combats.
Puis il imagine leurs mouvements et continue à perfectionner son sabre même après sa mort.
Face à lui se tient Poséidon, dieu convaincu de sa propre perfection.
Le contraste est superbe.
D’un côté, un humain qui a passé toute son existence à reconnaître qu’il pouvait encore progresser.
De l’autre, un dieu qui ne voit aucune raison de changer quoi que ce soit.
Pour une série qui prétend décider si l’humanité mérite de survivre, le choix du duel n’est pas exactement innocent.
Poséidon n’a pas besoin de crier pour donner envie de quitter la pièce
Les dieux de Valkyrie Apocalypse ne possèdent pas tous le même tempérament.
Zeus adore le combat.
Thor paraît surtout chercher enfin un adversaire sérieux.
Poséidon, lui, regarde presque tout le monde comme une erreur de fabrication.
Il parle peu.
De plus, aucune démonstration spectaculaire ne lui semble nécessaire avant le combat.
Sa simple présence suffit à montrer ce que certains dieux pensent réellement des humains.
Ce mépris donne énormément de poids à Kojiro.
Le samouraï ne cherche pas seulement à survivre face à une lance divine.
Il représente tout ce que Poséidon refuse de comprendre : l’erreur, l’apprentissage et l’amélioration.
Et si quelqu’un devait expliquer au dieu des mers que perdre peut être utile, autant choisir l’homme qui en a fait une spécialité.
Jack l’Éventreur contre Héraclès transforme complètement le type de combat
Après plusieurs affrontements dominés par la puissance et la technique martiale, Brunehilde sort une carte beaucoup moins rassurante.
Jack l’Éventreur devient représentant de l’humanité.
Même les humains présents dans les tribunes ont quelques difficultés à applaudir.
Face à lui se tient Héraclès, l’un des dieux les plus attachés à l’humanité.
La confrontation fonctionne parce que les deux adversaires semblent presque appartenir aux mauvais camps.
Le dieu veut protéger les hommes.
L’humain est un tueur en série.
En plus, Jack obtient un avantage particulier : le terrain du combat reproduit Londres.
Dès lors, l’affrontement devient un jeu de pièges, de mensonges et de lecture psychologique.
Héraclès pourrait probablement résoudre beaucoup de problèmes avec ses poings.
Malheureusement, son adversaire a justement prévu plusieurs rues pour éviter d’être là lorsqu’ils arrivent.
Jack ne gagne jamais une scène uniquement parce qu’il est plus fort
C’est ce qui rend son combat aussi différent.
Jack observe.
Ensuite, il provoque son adversaire.
Le mensonge fait également partie de son arsenal.
Surtout, il cherche constamment à manipuler ce qu’Héraclès croit comprendre de son Völundr.
Le manga utilise aussi son passé pour construire un personnage fasciné par les émotions humaines.
Dans cette version, Jack peut les percevoir sous forme de couleurs.
La peur, la colère ou l’amour ne sont donc pas seulement des idées abstraites pour lui.
Il les regarde presque comme un artiste observerait une palette.
Cela ne le rend évidemment pas plus fréquentable.
En revanche, ça explique pourquoi affronter un homme aussi droit qu’Héraclès devient pour lui quelque chose de beaucoup plus personnel qu’un simple point à gagner.
Raiden Tameemon apporte quelque chose de rare dans ce tournoi : un corps humain trop puissant pour lui-même
Raiden Tameemon est présenté comme un géant du sumo.
Pourtant, sa puissance n’a pas toujours été un cadeau.
Depuis l’enfance, ses muscles possèdent une force que son propre corps peine à supporter.
Il doit donc apprendre à limiter ce qu’il peut réellement utiliser.
Le principe fonctionne particulièrement bien dans Valkyrie Apocalypse.
Les dieux semblent naturellement supérieurs aux humains.
Raiden arrive avec le problème inverse : son organisme humain doit littéralement contenir une puissance trop importante pour lui.
Son Völundr lui permet enfin de contrôler pleinement cette musculature.
Et puisqu’il affronte Shiva, autant dire que le moment choisi pour lever les limitations est plutôt bien trouvé.
Shiva attend son tour depuis le début, et sa patience possède forcément une limite
Shiva fait partie des dieux importants dès les premières réunions.
Il voulait combattre plus tôt.
Zeus lui passe devant.
Autant dire qu’il n’a pas oublié.
Quand vient enfin son tour, le manga développe aussi son histoire et son ascension parmi les divinités indiennes.
Son combat contre Raiden prend alors une tournure presque fraternelle.
Les deux hommes aiment l’affrontement physique.
Ils possèdent des corps hors normes.
De plus, chacun porte derrière lui les attentes de nombreuses personnes.
Le duel fonctionne parce qu’il ne repose pas sur une haine particulière.
Parfois, deux monstres de puissance peuvent simplement entrer dans une arène et décider de voir lequel restera debout.
Ce n’est pas la philosophie la plus compliquée de la série.
Mais visuellement, elle se défend très bien.
Bouddha réussit l’exploit de rendre la sélection des équipes encore plus chaotique
Puis arrive Bouddha.
Jusque-là, le principe semblait clair : dieux d’un côté, humains de l’autre.
Bouddha possède une opinion personnelle sur ce genre de règlement.
Son rapport avec les hommes et son rejet de l’autorité divine compliquent brutalement les plans.
Le personnage correspond parfaitement au ton de Valkyrie Apocalypse.
Il est extrêmement puissant.
Pourtant, il agit comme s’il n’avait de comptes à rendre à personne.
Sa première préoccupation peut même être de manger tranquillement quelque chose pendant que les dieux parlent de l’avenir de l’univers.
Bouddha n’entre pas dans une case simplement parce que Zeus a dessiné deux colonnes sur une feuille.
Évidemment, le tournoi n’allait pas rester parfaitement organisé jusqu’au treizième combat.
Zerofuku rappelle que même les dieux peuvent accumuler énormément de rancœur
L’histoire de Zerofuku apporte une dimension beaucoup plus émotionnelle.
Le personnage est lié au malheur des humains, mais aussi à la manière dont il a vécu leur incapacité à devenir heureux malgré son aide.
Face à Bouddha, le combat tourne autour de deux réactions opposées à la souffrance.
L’un s’est construit en cherchant sa propre voie.
À l’inverse, l’autre a laissé l’amertume grandir jusqu’à devenir une partie de lui.
Puis l’affrontement prend encore une autre direction avec l’apparition de Hajun.
À ce stade, même Heimdall doit probablement commencer à regretter l’époque où son travail consistait simplement à annoncer le nom des combattants.
Qin Shi Huang arrive comme s’il était déjà propriétaire du Valhalla
Le représentant suivant de l’humanité ne manque pas exactement de confiance.
Qin Shi Huang, premier empereur de Chine, entre dans l’histoire avec une présence très différente de celle de Lü Bu.
Lü Bu incarnait la force guerrière.
Qin incarne le souverain.
Il avance avec cette certitude particulière des gens qui n’ont pas l’habitude de demander si un siège est réservé avant de s’asseoir dessus.
Face à lui se tient Hadès, roi des Enfers.
Les auteurs construisent alors un duel entre deux hommes qui portent chacun la notion de roi d’une manière différente.
Qu’est-ce qui fait un souverain : sa puissance, son peuple, son devoir ou la façon dont il porte la responsabilité des autres ?
Les coups restent énormes.
Mais derrière les murs qui explosent, le débat existe vraiment.
Nikola Tesla refuse que l’humanité soit représentée uniquement par des guerriers
Le choix de Nikola Tesla est probablement l’un des plus réjouissants de toute la sélection.
Brunehilde a déjà envoyé des combattants légendaires, un tueur et plusieurs rois.
Puis arrive un scientifique.
Tesla ne prétend pas être un grand maître des arts martiaux.
Sa force vient de ce que l’humanité sait faire lorsqu’elle observe, expérimente et invente.
Son Völundr prend donc une forme très différente des armes classiques.
Face à Belzébuth, le duel oppose notamment science, recherche et destruction.
Tesla transforme le combat en démonstration de tout ce que l’être humain peut construire avec son intelligence.
Et évidemment, il profite de l’occasion pour donner à ses techniques des noms suffisamment grandioses pour rappeler qu’un scientifique peut très bien avoir lui aussi le sens du spectacle.
Belzébuth n’a pas exactement la personnalité d’un collègue avec qui l’on prendrait volontiers un café
Belzébuth possède une histoire beaucoup plus sombre.
Ses recherches, son rapport à la mort et la malédiction qui l’accompagne en font l’un des personnages les plus tourmentés du camp divin.
Le contraste avec Tesla est donc très fort.
Le scientifique humain regarde le progrès avec enthousiasme.
Belzébuth vit dans une relation presque obsessionnelle avec la destruction.
Pourtant, les deux partagent aussi un goût pour l’expérimentation.
C’est précisément là que le duel devient intéressant.
Deux chercheurs peuvent poursuivre la connaissance pour des raisons totalement opposées.
Et lorsque l’un des laboratoires possède accès aux pouvoirs divins, il vaut mieux ne pas toucher aux éprouvettes sans demander.
Léonidas attendait probablement Apollon depuis plus longtemps que le tournoi
Léonidas représente Sparte et arrive avec une colère très personnelle envers Apollon.
Le dieu grec possède tout ce qui peut agacer le roi spartiate.
Beau, il le sait parfaitement.
Très attaché à l’image qu’il renvoie, il apprécie également d’être admiré.
Son culte a surtout occupé une place dans l’histoire que Léonidas associe à des décisions qu’il méprise.
Leur combat devient donc immédiatement plus personnel qu’une simple opposition dieu contre humain.
Apollon, cependant, n’est pas seulement un joli visage entouré d’admirateurs.
Le manga développe sa propre conception de la beauté, liée à l’effort et à la manière dont quelqu’un cherche à devenir meilleur.
Encore une fois, Valkyrie Apocalypse prend une caricature efficace puis lui ajoute suffisamment de profondeur pour que le duel gagne en intérêt.
Soji Okita et Susanoo-no-Mikoto donnent enfin le sabre japonais au tournoi
Avec Soji Okita, le Shinsengumi entre à son tour dans l’arène.
Son adversaire, Susanoo-no-Mikoto, entretient lui-même une relation profonde avec le sabre et les techniques humaines.
Le choix est particulièrement savoureux.
Un dieu finit par affronter un humain dans un domaine que les hommes ont développé, perfectionné et transmis pendant des générations.
Le duel peut donc parler autant de technique que de puissance.
Et Okita possède exactement le tempérament nécessaire pour apprécier un combat où chaque échange risque de le couper en deux.
Chez certains personnages, l’instinct de conservation n’a clairement pas été retenu comme critère de sélection.
Le manga ne prend jamais l’Histoire comme un manuel scolaire
Il vaut mieux le savoir avant de commencer.
Valkyrie Apocalypse utilise des personnages historiques et mythologiques, mais il les réinvente librement.
Adam, Zeus ou Thor viennent des mythes.
Lü Bu, Kojiro, Raiden, Qin Shi Huang, Tesla ou Léonidas viennent de périodes historiques très différentes.
Les auteurs mélangent ensuite les sources avec leur propre imagination.
Un détail réel peut servir de point de départ.
Puis le manga invente une enfance, une technique, une relation ou une motivation capable de nourrir le duel.
Ce n’est donc pas une encyclopédie illustrée de Nikola Tesla ou du Shinsengumi.
C’est un tournoi où Tesla peut affronter Belzébuth avec une technologie issue d’un Völundr.
Le professeur d’histoire ne validera pas forcément la copie.
Le lecteur venu pour voir le combat, en revanche, risque de passer une excellente soirée.
Chaque combat prend le temps de raconter pourquoi ces deux adversaires ont été placés face à face
La vraie formule de Valkyrie Apocalypse ne consiste pas uniquement à annoncer deux noms célèbres.
Le manga commence souvent par le choc.
Ensuite, il remonte dans leur passé.
On découvre ce qu’un humain cherchait pendant sa vie.
Puis les auteurs expliquent ce qu’un dieu représente ou ce qui l’a conduit à devenir celui que l’on voit dans l’arène.
Finalement, les deux histoires finissent par se répondre.
Thor et Lü Bu partagent la solitude de la force.
Kojiro et Poséidon opposent progrès et perfection.
Jack et Héraclès font se rencontrer vice et vertu.
Tesla et Belzébuth confrontent deux rapports à la connaissance.
Ainsi, même lorsque le principe reste « deux types se frappent jusqu’à ce qu’un tombe », la raison de regarder change à chaque fois.
Heimdall est probablement l’homme qui possède le métier le plus dangereux du spectacle
Dans l’arène, Heimdall sert d’annonceur.
Il présente les combattants, chauffe le public et commente les moments importants.
Sur le papier, le poste semble plutôt confortable.
Dans les faits, il se retrouve régulièrement à proximité de deux êtres capables de détruire une partie du stade.
Heimdall apporte surtout une vraie ambiance de grand événement sportif.
Les présentations sont énormes.
Les tribunes réagissent.
Dieux et humains prennent parti.
Enfin, chaque nouvel arrivant bénéficie de son entrée.
Le Ragnarök ressemble autant à la fin du monde qu’au tournoi le plus démesuré jamais organisé.
Seul détail : ici, le perdant ne récupère pas une médaille d’argent.
Les tribunes sont presque aussi importantes que l’arène
Les combattants ne sont jamais seuls.
Les figures liées à leur histoire apparaissent dans les gradins.
Des guerriers ayant connu Lü Bu observent son combat.
La famille humaine d’Adam est évidemment légèrement plus nombreuse.
Du côté de Raiden, les grands noms du sumo suivent l’affrontement.
Quant à Tesla, plusieurs scientifiques réagissent à ses inventions.
Les panthéons commentent eux aussi les performances de leurs représentants.
Ce procédé permet d’ajouter de l’émotion sans interrompre constamment le combat avec une voix off.
Un personnage peut raconter ce que le combattant représentait pour lui pendant que celui-ci continue à se battre.
Et lorsque toute l’humanité se retrouve derrière Adam, disons que le public à domicile possède une définition assez large.
Ajichika est en réalité un duo
Le dessin de Valkyrie Apocalypse est signé Ajichika.
Derrière ce nom de plume se cache en réalité un duo d’artistes.
Ça explique peut-être comment le manga peut accumuler autant de muscles, d’armures, d’armes divines et de visages hurlant dans la même bataille sans que quelqu’un demande une semaine de repos après chaque double page.
Le trait cherche constamment l’impact.
Les corps sont énormes.
Quant aux expressions, elles peuvent devenir presque monstrueuses.
Une attaque importante reçoit suffisamment d’espace pour que le lecteur sente immédiatement qu’elle ne sert pas à tester la garde adverse.
Pourtant, les combats restent généralement lisibles.
La démesure ne fonctionne que si l’on comprend encore qui vient de frapper qui.
Et sur ce point, Ajichika sait parfaitement où placer le coup.
Shinya Umemura imagine le scénario, Takumi Fukui transforme les idées en combats
La création du manga repose sur plusieurs personnes.
Shinya Umemura signe le scénario.
Takumi Fukui travaille ensuite sur les storyboards et la mise en scène à partir de cette histoire.
Enfin, Ajichika assure le dessin.
Cette répartition correspond parfaitement à un manga construit autour des affrontements.
Il faut d’abord trouver pourquoi Thor et Lü Bu méritent de se rencontrer.
Ensuite, il faut imaginer comment ce combat raconte quelque chose.
Puis quelqu’un doit effectivement dessiner Mjöllnir en train d’arriver avec suffisamment de violence pour que le lecteur entende presque le bruit.
Valkyrie Apocalypse ressemble à une énorme improvisation, mais ses duels sont en réalité construits très précisément.
Le manga japonais porte un titre différent : Shūmatsu no Valkyrie
Au Japon, la série s’intitule Shūmatsu no Valkyrie, que l’on peut rapprocher de « Valkyrie de la fin » ou « Valkyrie de l’Apocalypse ».
L’édition française de Ki-oon retient Valkyrie Apocalypse.
Dans les pays anglophones, on rencontre surtout le titre Record of Ragnarok.
Trois noms pour la même idée : l’humanité est au bord de la fin et les Valkyries viennent mettre un joyeux bazar dans le jugement divin.
La publication japonaise débute en 2017 dans le Monthly Comic Zenon.
Ki-oon lance ensuite l’édition française en 2019.
Le format seinen convient parfaitement à ces combats violents, à certaines morts assez graphiques et au mélange de mythologie, d’histoire et de pur spectacle.
Le succès a rapidement donné naissance à plusieurs histoires parallèles
L’univers ne s’est pas limité au tournoi principal.
La Légende de Lü Bu revient sur le premier champion de l’humanité et développe sa vie avant son duel contre Thor.
Cette série parallèle permet de retrouver le guerrier chinois dans des batailles beaucoup plus terrestres, même si « terrestre » reste relatif dès que Lü Bu décide de frapper quelque chose.
Un autre spin-off se concentre sur Jack l’Éventreur et son passé londonien.
Enfin, une série consacrée aux dieux s’intéresse à la sélection de leurs représentants avant le Ragnarök.
C’est assez logique.
Quand le manga principal rassemble autant de personnages capables de remplir leur propre histoire, certains finissent forcément par réclamer davantage de pages.
Et Jack n’est probablement pas le type à qui l’on répond facilement « désolé, plus de place ».
L’anime a permis au Ragnarök de quitter les pages
Une adaptation animée de Valkyrie Apocalypse est lancée en 2021.
Elle reprend le principe du tournoi, Brunehilde, Göll et les premiers grands affrontements.
Le passage à l’animation permet évidemment d’ajouter voix, musique et mouvement aux attaques.
Le casting japonais rassemble notamment Miyuki Sawashiro pour Brunehilde, Tomoyo Kurosawa pour Göll et de nombreux comédiens connus pour les différents champions.
L’adaptation a surtout permis à beaucoup de spectateurs de découvrir cette idée délicieusement absurde : mettre Zeus, Adam, Thor et Lü Bu sur la même affiche comme si quelqu’un organisait le tournoi ultime d’un jeu de combat.
Une fois le principe accepté, le plus difficile consiste surtout à choisir son favori.
Pourquoi commencer Valkyrie Apocalypse ?
Parce que la série comprend parfaitement une chose : si vous annoncez les dieux contre les plus grands représentants de l’humanité, il faut assumer le spectacle derrière.
Et elle l’assume.
Thor contre Lü Bu ne ressemble pas à Adam contre Zeus.
Kojiro contre Poséidon change encore la formule.
Jack transforme Londres en piège géant.
Raiden et Shiva jouent davantage sur le corps-à-corps.
Bouddha bouleverse directement les camps.
Qin et Hadès mettent deux rois face à face.
Tesla arrive ensuite avec une réponse scientifique à un tournoi rempli d’armes mythologiques.
Cette variété empêche le principe des duels successifs de tourner à vide.
Chaque confrontation devient une petite histoire avec ses propres règles, ses flashbacks et sa question centrale.
Un tournoi spectaculaire, mais pas une leçon d’histoire
Le manga convient particulièrement aux lecteurs qui aiment les tournois, les combats très spectaculaires et les personnages historiques complètement réinterprétés.
Il faut simplement accepter dès le départ que la fidélité historique n’est clairement pas la priorité.
Nikola Tesla n’a pas laissé de plans secrets pour un Völundr.
Enfin, à notre connaissance.
En revanche, voir un scientifique se présenter devant un dieu en expliquant que la science humaine peut encore lui réserver quelques surprises correspond parfaitement à l’esprit de la série.
Au fond, c’est peut-être ce que Brunehilde cherche à prouver depuis le premier chapitre.
Les humains sont imparfaits, violents, contradictoires et capables de faire énormément de bêtises.
Pourtant, ils apprennent.
L’invention et la curiosité leur permettent également d’aller plus loin.
Même après une défaite, certains trouvent encore la force de se relever.
Et lorsqu’un dieu leur annonce que tout est terminé, il s’en trouve toujours un pour demander s’il reste une place dans l’arène.
Lire plus
Valkyrie Apocalypse réunit Brunehilde, les treize Valkyries et des champions venus de toute l’histoire humaine face aux dieux du Ragnarök. Lü Bu, Adam, Kojiro, Jack l’Éventreur, Tesla et bien d’autres doivent gagner sept duels pour empêcher l’extermination de l’humanité. Un dernier conseil : si Brunehilde vous demande quel personnage historique vous choisiriez pour affronter un dieu, réfléchissez bien avant de répondre. Avec elle, une simple discussion peut très vite devenir une convocation officielle dans l’arène.
Voici le seul résultat
Valkyrie Apocalypse : les dieux veulent rayer l’humanité de la carte, Brunehilde leur propose plutôt treize combats
Dans le manga Valkyrie Apocalypse, les dieux se réunissent tous les mille ans pour décider si l’humanité mérite encore de continuer. Cette fois, Zeus, Shiva, Odin et les autres arrivent rapidement à la même conclusion : entre les guerres, la violence et tout ce que les humains ont réussi à faire subir à leur planète, autant arrêter les frais.
La sentence tombe : l’humanité doit disparaître.
Puis Brunehilde intervient.
L’aînée des treize Valkyries possède visiblement un talent particulier pour parler aux divinités comme si elle cherchait volontairement à se faire foudroyer. Plutôt que d’accepter le verdict, elle leur rappelle une vieille possibilité : le Ragnarök.
Treize dieux affronteront treize représentants de l’humanité dans des duels à mort.
Le premier camp à obtenir sept victoires décidera du sort des humains.
Les dieux trouvent d’abord l’idée ridicule.
Brunehilde les provoque.
Quelques secondes plus tard, Zeus et ses collègues acceptent.
Le destin de plusieurs millions d’années d’histoire humaine vient donc de basculer parce qu’une Valkyrie a réussi à piquer l’orgueil de toute une assemblée divine.
Excellent début de tournoi.
Brunehilde ne cherche pas les héros les plus gentils de l’histoire
Pour affronter des dieux, il faut des humains capables de faire quelque chose d’absolument déraisonnable.
Brunehilde ne constitue donc pas son équipe avec les treize personnes qui auraient reçu le plus de prix de bonne conduite.
Elle va chercher des guerriers, des rois, des tueurs, des inventeurs et des hommes devenus légendaires.
Lü Bu représente la puissance militaire.
Adam arrive directement du commencement de l’humanité.
Sasaki Kojiro possède une vie entière passée à perdre, observer et apprendre.
Plus tard apparaissent Jack l’Éventreur, Raiden Tameemon, Qin Shi Huang, Nikola Tesla, Léonidas ou encore Soji Okita.
Le casting fonctionne précisément parce qu’il refuse une seule définition de la grandeur humaine.
Un champion peut être un père, un monstre, un génie scientifique, un souverain ou un homme que l’histoire n’a même pas retenu de la même manière que le manga.
Brunehilde, elle, ne semble pas très préoccupée par la cohérence d’une photo de groupe.
Le premier combat oppose Thor à Lü Bu, donc personne ne perd du temps avec l’échauffement
Le Ragnarök commence avec Thor contre Lü Bu.
D’un côté, le dieu nordique possède Mjöllnir et une réputation suffisamment claire pour que personne n’ait besoin de lui demander s’il frappe fort.
En face arrive Lü Bu Fengxian, guerrier chinois que Valkyrie Apocalypse transforme en véritable incarnation de la puissance martiale.
Le duel pose immédiatement les règles du manga.
Les combattants ne se contentent pas d’échanger quelques attaques avant qu’un narrateur annonce lequel possède trois points de force supplémentaires.
Chaque coup doit paraître capable de terminer le combat.
Pourtant, derrière cette brutalité, les auteurs racontent aussi deux êtres tellement puissants qu’ils ont passé une bonne partie de leur existence à chercher quelqu’un capable de leur répondre.
Thor n’a pas l’air très bavard.
Lü Bu non plus.
Heureusement, leurs armes savent parfaitement tenir une conversation.
Une arme humaine normale ne tiendrait pas longtemps face à Mjöllnir
Brunehilde connaît évidemment le problème principal.
Envoyer un humain contre un dieu avec une arme ordinaire reviendrait à organiser un match où l’un des participants reçoit une épée et l’autre un objet décoratif.
Les Valkyries possèdent donc une capacité essentielle : le Völundr.
En s’unissant à un combattant humain, une Valkyrie peut devenir une arme divine adaptée à son partenaire.
Cette transformation change complètement le tournoi.
Les treize sœurs ne restent pas dans les tribunes à encourager l’humanité.
Elles risquent leur propre existence avec les champions qu’elles accompagnent.
Pour Brunehilde, chaque choix devient donc très personnel.
Lorsqu’elle désigne un humain, elle choisit également laquelle de ses sœurs entrera avec lui dans l’arène.
Autrement dit, si son plan tourne mal, le tableau des scores n’est pas la seule chose qui prend un coup.
Göll commence le tournoi à peu près aussi rassurée que le lecteur
Göll est la plus jeune des treize Valkyries.
Elle accompagne Brunehilde et observe les combats avec une réaction assez différente de celle de sa grande sœur.
Brunehilde analyse.
Göll panique.
Ensuite, l’aînée prépare déjà le prochain duel.
Sa petite sœur, elle, vient encore de comprendre qu’une des Valkyries risque de mourir.
Ce contraste évite que le tournoi devienne une simple succession de tableaux tactiques.
Grâce à elle, on ressent constamment le prix du Völundr.
Elle permet aussi de voir quelque chose que Brunehilde cache beaucoup mieux : les Valkyries ne sont pas de simples pièces posées sur un échiquier.
Et lorsque l’aînée affiche son sourire le plus inquiétant, Göll possède souvent exactement la tête de quelqu’un qui se demande si elle a vraiment envie de connaître la suite du plan.
Adam contre Zeus répond enfin à une question que personne n’avait osé poser
Le deuxième duel devient encore plus improbable.
Adam, le premier homme, représente l’humanité.
En face, Zeus décide de descendre lui-même dans l’arène.
Le chef des dieux grecs possède une apparence de vieillard frêle qui dure approximativement jusqu’au moment où quelqu’un comprend que le vieillard en question est Zeus.
Adam, lui, ne ressemble pas à un guerrier couvert d’armures.
Pourtant, son corps possède une capacité qui rend immédiatement le combat beaucoup plus intéressant.
Les auteurs utilisent alors le mythe de l’homme créé à l’image des dieux pour imaginer une faculté adaptée à ce principe.
Mais le vrai cœur du personnage se trouve ailleurs.
Adam ne combat pas parce qu’il déteste les dieux.
Il combat parce qu’un père n’a pas besoin d’une justification particulièrement compliquée pour protéger ses enfants.
Vu le nombre de descendants concernés, la réunion de famille est simplement un peu grande.
Sasaki Kojiro arrive avec une réputation assez particulière : il a surtout perdu
Pour le troisième affrontement, Brunehilde choisit Sasaki Kojiro.
Historiquement, son nom reste notamment attaché à son duel contre Miyamoto Musashi.
Dans Valkyrie Apocalypse, les auteurs construisent le personnage autour de quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’un palmarès parfait.
Kojiro apprend de ses défaites.
Il observe ses adversaires.
Il rejoue mentalement les combats.
Puis il imagine leurs mouvements et continue à perfectionner son sabre même après sa mort.
Face à lui se tient Poséidon, dieu convaincu de sa propre perfection.
Le contraste est superbe.
D’un côté, un humain qui a passé toute son existence à reconnaître qu’il pouvait encore progresser.
De l’autre, un dieu qui ne voit aucune raison de changer quoi que ce soit.
Pour une série qui prétend décider si l’humanité mérite de survivre, le choix du duel n’est pas exactement innocent.
Poséidon n’a pas besoin de crier pour donner envie de quitter la pièce
Les dieux de Valkyrie Apocalypse ne possèdent pas tous le même tempérament.
Zeus adore le combat.
Thor paraît surtout chercher enfin un adversaire sérieux.
Poséidon, lui, regarde presque tout le monde comme une erreur de fabrication.
Il parle peu.
De plus, aucune démonstration spectaculaire ne lui semble nécessaire avant le combat.
Sa simple présence suffit à montrer ce que certains dieux pensent réellement des humains.
Ce mépris donne énormément de poids à Kojiro.
Le samouraï ne cherche pas seulement à survivre face à une lance divine.
Il représente tout ce que Poséidon refuse de comprendre : l’erreur, l’apprentissage et l’amélioration.
Et si quelqu’un devait expliquer au dieu des mers que perdre peut être utile, autant choisir l’homme qui en a fait une spécialité.
Jack l’Éventreur contre Héraclès transforme complètement le type de combat
Après plusieurs affrontements dominés par la puissance et la technique martiale, Brunehilde sort une carte beaucoup moins rassurante.
Jack l’Éventreur devient représentant de l’humanité.
Même les humains présents dans les tribunes ont quelques difficultés à applaudir.
Face à lui se tient Héraclès, l’un des dieux les plus attachés à l’humanité.
La confrontation fonctionne parce que les deux adversaires semblent presque appartenir aux mauvais camps.
Le dieu veut protéger les hommes.
L’humain est un tueur en série.
En plus, Jack obtient un avantage particulier : le terrain du combat reproduit Londres.
Dès lors, l’affrontement devient un jeu de pièges, de mensonges et de lecture psychologique.
Héraclès pourrait probablement résoudre beaucoup de problèmes avec ses poings.
Malheureusement, son adversaire a justement prévu plusieurs rues pour éviter d’être là lorsqu’ils arrivent.
Jack ne gagne jamais une scène uniquement parce qu’il est plus fort
C’est ce qui rend son combat aussi différent.
Jack observe.
Ensuite, il provoque son adversaire.
Le mensonge fait également partie de son arsenal.
Surtout, il cherche constamment à manipuler ce qu’Héraclès croit comprendre de son Völundr.
Le manga utilise aussi son passé pour construire un personnage fasciné par les émotions humaines.
Dans cette version, Jack peut les percevoir sous forme de couleurs.
La peur, la colère ou l’amour ne sont donc pas seulement des idées abstraites pour lui.
Il les regarde presque comme un artiste observerait une palette.
Cela ne le rend évidemment pas plus fréquentable.
En revanche, ça explique pourquoi affronter un homme aussi droit qu’Héraclès devient pour lui quelque chose de beaucoup plus personnel qu’un simple point à gagner.
Raiden Tameemon apporte quelque chose de rare dans ce tournoi : un corps humain trop puissant pour lui-même
Raiden Tameemon est présenté comme un géant du sumo.
Pourtant, sa puissance n’a pas toujours été un cadeau.
Depuis l’enfance, ses muscles possèdent une force que son propre corps peine à supporter.
Il doit donc apprendre à limiter ce qu’il peut réellement utiliser.
Le principe fonctionne particulièrement bien dans Valkyrie Apocalypse.
Les dieux semblent naturellement supérieurs aux humains.
Raiden arrive avec le problème inverse : son organisme humain doit littéralement contenir une puissance trop importante pour lui.
Son Völundr lui permet enfin de contrôler pleinement cette musculature.
Et puisqu’il affronte Shiva, autant dire que le moment choisi pour lever les limitations est plutôt bien trouvé.
Shiva attend son tour depuis le début, et sa patience possède forcément une limite
Shiva fait partie des dieux importants dès les premières réunions.
Il voulait combattre plus tôt.
Zeus lui passe devant.
Autant dire qu’il n’a pas oublié.
Quand vient enfin son tour, le manga développe aussi son histoire et son ascension parmi les divinités indiennes.
Son combat contre Raiden prend alors une tournure presque fraternelle.
Les deux hommes aiment l’affrontement physique.
Ils possèdent des corps hors normes.
De plus, chacun porte derrière lui les attentes de nombreuses personnes.
Le duel fonctionne parce qu’il ne repose pas sur une haine particulière.
Parfois, deux monstres de puissance peuvent simplement entrer dans une arène et décider de voir lequel restera debout.
Ce n’est pas la philosophie la plus compliquée de la série.
Mais visuellement, elle se défend très bien.
Bouddha réussit l’exploit de rendre la sélection des équipes encore plus chaotique
Puis arrive Bouddha.
Jusque-là, le principe semblait clair : dieux d’un côté, humains de l’autre.
Bouddha possède une opinion personnelle sur ce genre de règlement.
Son rapport avec les hommes et son rejet de l’autorité divine compliquent brutalement les plans.
Le personnage correspond parfaitement au ton de Valkyrie Apocalypse.
Il est extrêmement puissant.
Pourtant, il agit comme s’il n’avait de comptes à rendre à personne.
Sa première préoccupation peut même être de manger tranquillement quelque chose pendant que les dieux parlent de l’avenir de l’univers.
Bouddha n’entre pas dans une case simplement parce que Zeus a dessiné deux colonnes sur une feuille.
Évidemment, le tournoi n’allait pas rester parfaitement organisé jusqu’au treizième combat.
Zerofuku rappelle que même les dieux peuvent accumuler énormément de rancœur
L’histoire de Zerofuku apporte une dimension beaucoup plus émotionnelle.
Le personnage est lié au malheur des humains, mais aussi à la manière dont il a vécu leur incapacité à devenir heureux malgré son aide.
Face à Bouddha, le combat tourne autour de deux réactions opposées à la souffrance.
L’un s’est construit en cherchant sa propre voie.
À l’inverse, l’autre a laissé l’amertume grandir jusqu’à devenir une partie de lui.
Puis l’affrontement prend encore une autre direction avec l’apparition de Hajun.
À ce stade, même Heimdall doit probablement commencer à regretter l’époque où son travail consistait simplement à annoncer le nom des combattants.
Qin Shi Huang arrive comme s’il était déjà propriétaire du Valhalla
Le représentant suivant de l’humanité ne manque pas exactement de confiance.
Qin Shi Huang, premier empereur de Chine, entre dans l’histoire avec une présence très différente de celle de Lü Bu.
Lü Bu incarnait la force guerrière.
Qin incarne le souverain.
Il avance avec cette certitude particulière des gens qui n’ont pas l’habitude de demander si un siège est réservé avant de s’asseoir dessus.
Face à lui se tient Hadès, roi des Enfers.
Les auteurs construisent alors un duel entre deux hommes qui portent chacun la notion de roi d’une manière différente.
Qu’est-ce qui fait un souverain : sa puissance, son peuple, son devoir ou la façon dont il porte la responsabilité des autres ?
Les coups restent énormes.
Mais derrière les murs qui explosent, le débat existe vraiment.
Nikola Tesla refuse que l’humanité soit représentée uniquement par des guerriers
Le choix de Nikola Tesla est probablement l’un des plus réjouissants de toute la sélection.
Brunehilde a déjà envoyé des combattants légendaires, un tueur et plusieurs rois.
Puis arrive un scientifique.
Tesla ne prétend pas être un grand maître des arts martiaux.
Sa force vient de ce que l’humanité sait faire lorsqu’elle observe, expérimente et invente.
Son Völundr prend donc une forme très différente des armes classiques.
Face à Belzébuth, le duel oppose notamment science, recherche et destruction.
Tesla transforme le combat en démonstration de tout ce que l’être humain peut construire avec son intelligence.
Et évidemment, il profite de l’occasion pour donner à ses techniques des noms suffisamment grandioses pour rappeler qu’un scientifique peut très bien avoir lui aussi le sens du spectacle.
Belzébuth n’a pas exactement la personnalité d’un collègue avec qui l’on prendrait volontiers un café
Belzébuth possède une histoire beaucoup plus sombre.
Ses recherches, son rapport à la mort et la malédiction qui l’accompagne en font l’un des personnages les plus tourmentés du camp divin.
Le contraste avec Tesla est donc très fort.
Le scientifique humain regarde le progrès avec enthousiasme.
Belzébuth vit dans une relation presque obsessionnelle avec la destruction.
Pourtant, les deux partagent aussi un goût pour l’expérimentation.
C’est précisément là que le duel devient intéressant.
Deux chercheurs peuvent poursuivre la connaissance pour des raisons totalement opposées.
Et lorsque l’un des laboratoires possède accès aux pouvoirs divins, il vaut mieux ne pas toucher aux éprouvettes sans demander.
Léonidas attendait probablement Apollon depuis plus longtemps que le tournoi
Léonidas représente Sparte et arrive avec une colère très personnelle envers Apollon.
Le dieu grec possède tout ce qui peut agacer le roi spartiate.
Beau, il le sait parfaitement.
Très attaché à l’image qu’il renvoie, il apprécie également d’être admiré.
Son culte a surtout occupé une place dans l’histoire que Léonidas associe à des décisions qu’il méprise.
Leur combat devient donc immédiatement plus personnel qu’une simple opposition dieu contre humain.
Apollon, cependant, n’est pas seulement un joli visage entouré d’admirateurs.
Le manga développe sa propre conception de la beauté, liée à l’effort et à la manière dont quelqu’un cherche à devenir meilleur.
Encore une fois, Valkyrie Apocalypse prend une caricature efficace puis lui ajoute suffisamment de profondeur pour que le duel gagne en intérêt.
Soji Okita et Susanoo-no-Mikoto donnent enfin le sabre japonais au tournoi
Avec Soji Okita, le Shinsengumi entre à son tour dans l’arène.
Son adversaire, Susanoo-no-Mikoto, entretient lui-même une relation profonde avec le sabre et les techniques humaines.
Le choix est particulièrement savoureux.
Un dieu finit par affronter un humain dans un domaine que les hommes ont développé, perfectionné et transmis pendant des générations.
Le duel peut donc parler autant de technique que de puissance.
Et Okita possède exactement le tempérament nécessaire pour apprécier un combat où chaque échange risque de le couper en deux.
Chez certains personnages, l’instinct de conservation n’a clairement pas été retenu comme critère de sélection.
Le manga ne prend jamais l’Histoire comme un manuel scolaire
Il vaut mieux le savoir avant de commencer.
Valkyrie Apocalypse utilise des personnages historiques et mythologiques, mais il les réinvente librement.
Adam, Zeus ou Thor viennent des mythes.
Lü Bu, Kojiro, Raiden, Qin Shi Huang, Tesla ou Léonidas viennent de périodes historiques très différentes.
Les auteurs mélangent ensuite les sources avec leur propre imagination.
Un détail réel peut servir de point de départ.
Puis le manga invente une enfance, une technique, une relation ou une motivation capable de nourrir le duel.
Ce n’est donc pas une encyclopédie illustrée de Nikola Tesla ou du Shinsengumi.
C’est un tournoi où Tesla peut affronter Belzébuth avec une technologie issue d’un Völundr.
Le professeur d’histoire ne validera pas forcément la copie.
Le lecteur venu pour voir le combat, en revanche, risque de passer une excellente soirée.
Chaque combat prend le temps de raconter pourquoi ces deux adversaires ont été placés face à face
La vraie formule de Valkyrie Apocalypse ne consiste pas uniquement à annoncer deux noms célèbres.
Le manga commence souvent par le choc.
Ensuite, il remonte dans leur passé.
On découvre ce qu’un humain cherchait pendant sa vie.
Puis les auteurs expliquent ce qu’un dieu représente ou ce qui l’a conduit à devenir celui que l’on voit dans l’arène.
Finalement, les deux histoires finissent par se répondre.
Thor et Lü Bu partagent la solitude de la force.
Kojiro et Poséidon opposent progrès et perfection.
Jack et Héraclès font se rencontrer vice et vertu.
Tesla et Belzébuth confrontent deux rapports à la connaissance.
Ainsi, même lorsque le principe reste « deux types se frappent jusqu’à ce qu’un tombe », la raison de regarder change à chaque fois.
Heimdall est probablement l’homme qui possède le métier le plus dangereux du spectacle
Dans l’arène, Heimdall sert d’annonceur.
Il présente les combattants, chauffe le public et commente les moments importants.
Sur le papier, le poste semble plutôt confortable.
Dans les faits, il se retrouve régulièrement à proximité de deux êtres capables de détruire une partie du stade.
Heimdall apporte surtout une vraie ambiance de grand événement sportif.
Les présentations sont énormes.
Les tribunes réagissent.
Dieux et humains prennent parti.
Enfin, chaque nouvel arrivant bénéficie de son entrée.
Le Ragnarök ressemble autant à la fin du monde qu’au tournoi le plus démesuré jamais organisé.
Seul détail : ici, le perdant ne récupère pas une médaille d’argent.
Les tribunes sont presque aussi importantes que l’arène
Les combattants ne sont jamais seuls.
Les figures liées à leur histoire apparaissent dans les gradins.
Des guerriers ayant connu Lü Bu observent son combat.
La famille humaine d’Adam est évidemment légèrement plus nombreuse.
Du côté de Raiden, les grands noms du sumo suivent l’affrontement.
Quant à Tesla, plusieurs scientifiques réagissent à ses inventions.
Les panthéons commentent eux aussi les performances de leurs représentants.
Ce procédé permet d’ajouter de l’émotion sans interrompre constamment le combat avec une voix off.
Un personnage peut raconter ce que le combattant représentait pour lui pendant que celui-ci continue à se battre.
Et lorsque toute l’humanité se retrouve derrière Adam, disons que le public à domicile possède une définition assez large.
Ajichika est en réalité un duo
Le dessin de Valkyrie Apocalypse est signé Ajichika.
Derrière ce nom de plume se cache en réalité un duo d’artistes.
Ça explique peut-être comment le manga peut accumuler autant de muscles, d’armures, d’armes divines et de visages hurlant dans la même bataille sans que quelqu’un demande une semaine de repos après chaque double page.
Le trait cherche constamment l’impact.
Les corps sont énormes.
Quant aux expressions, elles peuvent devenir presque monstrueuses.
Une attaque importante reçoit suffisamment d’espace pour que le lecteur sente immédiatement qu’elle ne sert pas à tester la garde adverse.
Pourtant, les combats restent généralement lisibles.
La démesure ne fonctionne que si l’on comprend encore qui vient de frapper qui.
Et sur ce point, Ajichika sait parfaitement où placer le coup.
Shinya Umemura imagine le scénario, Takumi Fukui transforme les idées en combats
La création du manga repose sur plusieurs personnes.
Shinya Umemura signe le scénario.
Takumi Fukui travaille ensuite sur les storyboards et la mise en scène à partir de cette histoire.
Enfin, Ajichika assure le dessin.
Cette répartition correspond parfaitement à un manga construit autour des affrontements.
Il faut d’abord trouver pourquoi Thor et Lü Bu méritent de se rencontrer.
Ensuite, il faut imaginer comment ce combat raconte quelque chose.
Puis quelqu’un doit effectivement dessiner Mjöllnir en train d’arriver avec suffisamment de violence pour que le lecteur entende presque le bruit.
Valkyrie Apocalypse ressemble à une énorme improvisation, mais ses duels sont en réalité construits très précisément.
Le manga japonais porte un titre différent : Shūmatsu no Valkyrie
Au Japon, la série s’intitule Shūmatsu no Valkyrie, que l’on peut rapprocher de « Valkyrie de la fin » ou « Valkyrie de l’Apocalypse ».
L’édition française de Ki-oon retient Valkyrie Apocalypse.
Dans les pays anglophones, on rencontre surtout le titre Record of Ragnarok.
Trois noms pour la même idée : l’humanité est au bord de la fin et les Valkyries viennent mettre un joyeux bazar dans le jugement divin.
La publication japonaise débute en 2017 dans le Monthly Comic Zenon.
Ki-oon lance ensuite l’édition française en 2019.
Le format seinen convient parfaitement à ces combats violents, à certaines morts assez graphiques et au mélange de mythologie, d’histoire et de pur spectacle.
Le succès a rapidement donné naissance à plusieurs histoires parallèles
L’univers ne s’est pas limité au tournoi principal.
La Légende de Lü Bu revient sur le premier champion de l’humanité et développe sa vie avant son duel contre Thor.
Cette série parallèle permet de retrouver le guerrier chinois dans des batailles beaucoup plus terrestres, même si « terrestre » reste relatif dès que Lü Bu décide de frapper quelque chose.
Un autre spin-off se concentre sur Jack l’Éventreur et son passé londonien.
Enfin, une série consacrée aux dieux s’intéresse à la sélection de leurs représentants avant le Ragnarök.
C’est assez logique.
Quand le manga principal rassemble autant de personnages capables de remplir leur propre histoire, certains finissent forcément par réclamer davantage de pages.
Et Jack n’est probablement pas le type à qui l’on répond facilement « désolé, plus de place ».
L’anime a permis au Ragnarök de quitter les pages
Une adaptation animée de Valkyrie Apocalypse est lancée en 2021.
Elle reprend le principe du tournoi, Brunehilde, Göll et les premiers grands affrontements.
Le passage à l’animation permet évidemment d’ajouter voix, musique et mouvement aux attaques.
Le casting japonais rassemble notamment Miyuki Sawashiro pour Brunehilde, Tomoyo Kurosawa pour Göll et de nombreux comédiens connus pour les différents champions.
L’adaptation a surtout permis à beaucoup de spectateurs de découvrir cette idée délicieusement absurde : mettre Zeus, Adam, Thor et Lü Bu sur la même affiche comme si quelqu’un organisait le tournoi ultime d’un jeu de combat.
Une fois le principe accepté, le plus difficile consiste surtout à choisir son favori.
Pourquoi commencer Valkyrie Apocalypse ?
Parce que la série comprend parfaitement une chose : si vous annoncez les dieux contre les plus grands représentants de l’humanité, il faut assumer le spectacle derrière.
Et elle l’assume.
Thor contre Lü Bu ne ressemble pas à Adam contre Zeus.
Kojiro contre Poséidon change encore la formule.
Jack transforme Londres en piège géant.
Raiden et Shiva jouent davantage sur le corps-à-corps.
Bouddha bouleverse directement les camps.
Qin et Hadès mettent deux rois face à face.
Tesla arrive ensuite avec une réponse scientifique à un tournoi rempli d’armes mythologiques.
Cette variété empêche le principe des duels successifs de tourner à vide.
Chaque confrontation devient une petite histoire avec ses propres règles, ses flashbacks et sa question centrale.
Un tournoi spectaculaire, mais pas une leçon d’histoire
Le manga convient particulièrement aux lecteurs qui aiment les tournois, les combats très spectaculaires et les personnages historiques complètement réinterprétés.
Il faut simplement accepter dès le départ que la fidélité historique n’est clairement pas la priorité.
Nikola Tesla n’a pas laissé de plans secrets pour un Völundr.
Enfin, à notre connaissance.
En revanche, voir un scientifique se présenter devant un dieu en expliquant que la science humaine peut encore lui réserver quelques surprises correspond parfaitement à l’esprit de la série.
Au fond, c’est peut-être ce que Brunehilde cherche à prouver depuis le premier chapitre.
Les humains sont imparfaits, violents, contradictoires et capables de faire énormément de bêtises.
Pourtant, ils apprennent.
L’invention et la curiosité leur permettent également d’aller plus loin.
Même après une défaite, certains trouvent encore la force de se relever.
Et lorsqu’un dieu leur annonce que tout est terminé, il s’en trouve toujours un pour demander s’il reste une place dans l’arène.
Lire plus
Valkyrie Apocalypse réunit Brunehilde, les treize Valkyries et des champions venus de toute l’histoire humaine face aux dieux du Ragnarök. Lü Bu, Adam, Kojiro, Jack l’Éventreur, Tesla et bien d’autres doivent gagner sept duels pour empêcher l’extermination de l’humanité. Un dernier conseil : si Brunehilde vous demande quel personnage historique vous choisiriez pour affronter un dieu, réfléchissez bien avant de répondre. Avec elle, une simple discussion peut très vite devenir une convocation officielle dans l’arène.

