Tokyo Ghoul
Tokyo Ghoul : Kaneki voulait simplement boire un café avec une fille qui aimait les mêmes livres
Dans le manga Tokyo Ghoul, Ken Kaneki est un étudiant plutôt discret qui préfère les romans aux grosses soirées. Lorsqu’il remarque que la jolie Rize Kamishiro fréquente le même café que lui et lit le même auteur, il finit par trouver le courage de lui proposer un rendez-vous. Pour une fois, tout semble bien se passer. Puis Kaneki découvre que Rize n’est pas exactement intéressée par sa bibliothèque : c’est une goule, et elle comptait le mettre au menu.
L’agression tourne au drame. Mortellement blessé, Kaneki survit après une opération au cours de laquelle on lui greffe des organes provenant de Rize. Lorsqu’il se réveille, il ressemble encore à un humain. Seulement, son corps ne fonctionne plus comme avant. La nourriture le dégoûte et une faim beaucoup plus inquiétante commence à apparaître.
Sui Ishida place ainsi son héros exactement là où personne ne voudrait se retrouver : Kaneki n’est plus vraiment humain, mais il n’a jamais appris à vivre comme une goule. Et des deux côtés, certains préféreraient largement qu’il choisisse son camp.
Le premier ennemi de Kaneki n’est pas une goule : c’est sa propre faim
Tokyo Ghoul fonctionne immédiatement parce que la transformation de Kaneki n’est pas présentée comme l’obtention d’un super-pouvoir formidable.
Au début, c’est surtout une horreur.
Les plats qu’il aimait deviennent immangeables. Son corps réclame quelque chose qu’il refuse moralement d’accepter. Or Kaneki a passé toute sa vie parmi les humains. Ses amis sont humains. Pour lui, l’idée de devoir manger l’un d’entre eux est insupportable.
Il essaie donc de résister à sa nouvelle nature, parfois jusqu’à l’épuisement.
C’est là que le manga devient beaucoup plus intéressant qu’une simple chasse aux monstres. Kaneki possède désormais les besoins physiques du prédateur qu’il craignait quelques jours auparavant. Impossible de regarder les goules exactement comme avant lorsqu’on se réveille avec les mêmes instincts qu’elles.
Toka Kirishima n’a pas beaucoup de patience pour le nouveau venu
Toka Kirishima est l’une des premières goules que Kaneki apprend réellement à connaître.
Elle peut être sèche, agressive et assez peu impressionnée par les états d’âme du garçon. Pour elle, Kaneki vient d’entrer dans une réalité que les goules connaissent depuis toujours : vivre au milieu d’humains qui les élimineraient s’ils découvraient leur véritable nature.
Toka doit elle-même jongler entre deux vies. Elle fréquente les humains tout en cachant ce qu’elle est.
Kaneki l’agace notamment parce qu’il continue au départ à raisonner comme si les humains formaient naturellement le bon camp et les goules le mauvais.
Le problème, c’est que plus il passe de temps avec elle, moins cette séparation paraît tenir debout.
L’Antik montre à Kaneki que toutes les goules ne chassent pas de la même manière
Kaneki trouve progressivement refuge au café L’Antik, tenu par Yoshimura et fréquenté par plusieurs goules.
C’est un endroit essentiel dans la série. Jusque-là, Kaneki associait surtout les goules à Rize et à l’idée de prédation. À L’Antik, il découvre des personnes avec leurs habitudes, leurs liens et leurs propres règles.
Yoshimura lui offre notamment une manière d’apprendre à vivre avec son nouveau corps sans abandonner immédiatement tout ce qu’il était auparavant.
Le café devient alors beaucoup plus qu’un décor. C’est l’un des rares endroits où Kaneki peut exister sans devoir prétendre être totalement humain ou totalement goule.
Dans un manga où presque tout le monde veut finir par ranger les personnages dans une catégorie, trouver un endroit où personne ne vous demande de cocher immédiatement une case devient plutôt précieux.
Hinami rappelle très vite que « goule » ne veut pas dire « monstre sans famille »
Hinami Fueguchi fait partie des personnages qui changent profondément la manière dont Kaneki regarde ce nouveau monde.
Elle est jeune, sensible et loin de l’image du prédateur sanguinaire.
Pourtant, sa famille se retrouve prise pour cible par les inspecteurs du CCG. Lorsque le drame frappe, Kaneki et Toka cherchent à l’aider.
C’est à ce moment que la série commence réellement à brouiller les lignes. Du point de vue humain, les inspecteurs éliminent des créatures qui se nourrissent de personnes. Du point de vue de Hinami, ce sont des hommes armés qui viennent détruire sa famille.
Les deux réalités existent en même temps.
Sui Ishida ne demande pas d’oublier ce que mangent les goules. Il montre simplement que leur réduire toute identité à ce besoin produit une vision beaucoup trop confortable du problème.
Amon ne se considère évidemment pas comme le méchant de l’histoire
Face aux goules se trouve le CCG, organisation chargée de les traquer et de les éliminer. Ses inspecteurs sont parfois surnommés les « colombes ».
Kotaro Amon devient rapidement l’un des visages importants de ce camp.
Et c’est une excellente décision de Sui Ishida, parce qu’Amon n’est pas écrit comme un salaud placé là pour que le lecteur puisse encourager Kaneki sans réfléchir.
Il possède ses convictions, son expérience et d’excellentes raisons de considérer les goules comme une menace.
Kaneki et lui finissent donc par représenter deux hommes capables de se combattre tout en découvrant progressivement que l’autre n’entre pas parfaitement dans l’image de l’ennemi qu’on leur avait apprise.
Le manga revient constamment à cette idée : une histoire change énormément selon le côté de la rue depuis lequel on la regarde.
Les quinques permettent aux humains de combattre des créatures beaucoup plus fortes qu’eux
Les goules possèdent une force et une résistance qui les rendent extrêmement dangereuses pour un humain ordinaire. Elles peuvent également déployer un kagune, leur arme organique.
Les inspecteurs du CCG ont donc développé leur propre arsenal : les quinques.
Cette opposition donne aux affrontements de Tokyo Ghoul une identité très particulière. D’un côté, les kagunes changent de forme selon les individus. De l’autre, les inspecteurs utilisent des armes conçues précisément pour pouvoir tenir tête aux goules.
Sui Ishida peut ainsi créer des styles de combat très différents sans transformer son univers en catalogue de pouvoirs sortis de nulle part.
Et lorsqu’un personnage connaît l’origine de certaines armes du CCG, la confrontation devient encore un peu moins confortable.
Shu Tsukiyama est le genre de gourmet qu’on évite d’inviter à dîner
Puis arrive Shu Tsukiyama.
Élégant, théâtral et complètement fasciné par les expériences gastronomiques rares, il porte parfaitement son surnom de Gourmet.
Et Kaneki devient rapidement très intéressant à ses yeux.
Un humain transformé en goule après une transplantation représente quelque chose d’assez exceptionnel. Pour quelqu’un qui considère déjà ses repas avec un enthousiasme légèrement inquiétant, c’est forcément tentant.
Tsukiyama apporte au manga un personnage capable de passer du raffinement absolu à une obsession franchement dérangeante en quelques cases.
Il fait également partie de ces créations où le dessin d’Ishida s’amuse énormément avec les expressions. On comprend parfois ce que Tsukiyama pense avant même qu’il ouvre la bouche, et ce n’est généralement pas rassurant pour la personne en face.
Aogiri fait comprendre que toutes les goules n’ont aucune envie de vivre discrètement
L’Arbre Aogiri représente une autre réponse au conflit entre humains et goules.
Là où L’Antik cherche une forme de coexistence et de discrétion, Aogiri rassemble des goules beaucoup plus violentes et organisées.
Cette différence est importante. Tokyo Ghoul refuse aussi l’idée inverse selon laquelle toutes les goules seraient simplement des victimes incomprises.
Il existe parmi elles des prédateurs, des tueurs et des individus prêts à utiliser leur puissance contre les autres.
Kaneki se retrouve donc coincé entre plusieurs façons de vivre sa nouvelle nature. Certaines cherchent à éviter la confrontation. D’autres pensent qu’il n’y a aucune raison pour que les goules continuent à se cacher.
Pour quelqu’un qui n’arrivait déjà pas à décider ce qu’il était au premier tome, le choix ne devient pas franchement plus simple.
Yamori fait franchir à Kaneki un point de non-retour
Parmi les membres les plus terrifiants qu’il rencontre se trouve Yamori, également connu sous le nom de Jason.
Je ne vais pas détailler ce qu’il inflige à Kaneki. Disons simplement que les événements du septième tome marquent un changement majeur dans le personnage.
Jusque-là, Kaneki cherche énormément à éviter de blesser les autres et tente de conserver coûte que coûte son ancienne manière de penser.
Après Yamori, quelque chose se brise.
Sa transformation physique devient visible, mais le plus important se passe ailleurs. Kaneki commence à accepter qu’il devra parfois utiliser la violence s’il veut protéger les personnes auxquelles il tient.
Et là, Tokyo Ghoul change de vitesse.
Le garçon timide qui paniquait devant sa propre faim ne disparaît pas complètement. Mais il va désormais devoir cohabiter avec quelqu’un capable de devenir beaucoup plus dangereux.
Les cheveux blancs de Kaneki ne sont pas là uniquement pour fabriquer une jolie couverture
L’évolution visuelle de Kaneki est devenue l’une des images les plus connues de Tokyo Ghoul.
Ses cheveux changent, son regard aussi, et sa manière de se tenir n’a plus grand-chose à voir avec celle du jeune étudiant du premier tome.
Mais ce design fonctionne parce qu’il accompagne une véritable rupture dans son parcours.
Kaneki commence à prendre des décisions qu’il aurait auparavant refusé d’envisager. Il veut devenir suffisamment fort pour éviter que d’autres subissent ce qu’il vient de traverser.
Le problème, évidemment, c’est qu’essayer de protéger tout le monde en portant soi-même toute la douleur n’est pas forcément une stratégie très saine.
Une bonne partie de Tokyo Ghoul consiste justement à voir jusqu’où cette logique va entraîner Kaneki.
Les masques cachent un visage, mais disent souvent énormément sur celui qui les porte
Les goules doivent évidemment éviter d’être reconnues lorsqu’elles combattent ou chassent. Les masques prennent donc une place importante dans leur identité clandestine.
Et Sui Ishida en profite visuellement.
Certains sont élégants. D’autres franchement inquiétants. Celui de Kaneki, avec sa bouche artificielle et son aspect presque médical, est devenu l’un des symboles de la série.
Le personnage d’Uta, qui fabrique notamment des masques, permet à Ishida de donner à cet élément pratique une vraie dimension esthétique.
Cela colle parfaitement au manga : tout le monde cache quelque chose. Une goule cache son visage aux inspecteurs. Kaneki cache son état à son meilleur ami Hide. Des personnages humains cachent leurs blessures ou leurs motivations.
À Tokyo, le masque n’est finalement pas toujours porté par celui qu’on croit.
Tokyo Ghoul devient passionnant quand on cesse de savoir exactement qui encourager
C’est probablement la grande réussite de la série.
Au premier chapitre, le problème paraît très simple : des créatures ressemblant à des humains les chassent pour les manger.
Puis Kaneki devient l’une d’elles.
Il rencontre Toka, Yoshimura, Hinami et d’autres goules capables d’aimer et de souffrir. Ensuite, il croise Amon et des inspecteurs qui ont eux aussi perdu des proches à cause des goules.
À partir de là, chaque victoire peut avoir un autre visage.
Le CCG peut éliminer une menace et détruire en même temps la famille de quelqu’un. Une goule peut se défendre contre un inspecteur tout en restant un prédateur pour un humain innocent.
Ishida ne cherche donc pas à fournir rapidement la bonne réponse. Il oblige surtout Kaneki à vivre entre ces deux mondes.
Sui Ishida explique lui-même que le « choix » est au cœur de Tokyo Ghoul
Cette position intermédiaire de Kaneki n’est pas accidentelle.
Dans une interview publiée par Glénat, Sui Ishida explique qu’il se retrouvait personnellement dans cette situation d’« entre-deux ». Enfant, il avait beaucoup déménagé et se retrouvait souvent entre différents groupes plutôt que complètement intégré à un seul.
Il reconnaît que cette expérience a probablement influencé la construction de Kaneki.
L’auteur donne également une réponse intéressante lorsqu’on lui demande quel thème définirait le mieux Tokyo Ghoul : pour lui, il s’agit surtout du « choix ».
Et lorsqu’on regarde Kaneki, ça paraît évident. Humain ou goule ? Fuir ou combattre ? Pardonner ou se venger ? Protéger quelqu’un ou accepter qu’il prenne ses propres risques ?
La série passe son temps à lui offrir deux mauvaises réponses et à lui demander d’en trouver une troisième.
Ishida a même repris des cours de dessin pendant la publication
L’évolution graphique de Tokyo Ghoul est particulièrement visible lorsque l’on compare les premiers et les derniers volumes.
Sui Ishida a raconté qu’au début de la publication, il estimait avoir des lacunes dans sa manière de dessiner les personnages. Plutôt que d’attendre que ça s’améliore tout seul, il s’est inscrit à des cours dans une école spécialisée.
Il y allait environ deux fois par mois tout en continuant à produire sa série.
L’auteur reconnaît également que les scènes d’action lui demandent beaucoup de travail, notamment le mouvement des kagunes, dont les formes peuvent devenir particulièrement complexes.
Quand on voit certaines planches des derniers arcs, les heures supplémentaires ont clairement servi à quelque chose.
14 tomes pour la première partie de l’histoire
Tokyo Ghoul est une série complète en 14 tomes.
Sui Ishida mène cette première grande partie de l’histoire de Kaneki jusqu’à une conclusion qui ne cherche absolument pas à rassurer le lecteur avec un joli nœud sur le paquet.
Glénat a publié l’intégralité en français et propose également un coffret réunissant les quatorze volumes.
Cette longueur donne à Tokyo Ghoul un rythme assez dense. Les premiers tomes prennent le temps de faire découvrir le quotidien des goules à Kaneki. Ensuite, Aogiri et le CCG accélèrent considérablement les choses.
Et plus le récit avance, plus les personnages rencontrés au début deviennent importants. Amon, Toka, Yoshimura ou même Rize continuent à peser bien après leur première apparition.
Tokyo Ghoul:re poursuit directement l’univers en 16 tomes
Le tome 14 ne constitue pas la fin de tout l’univers imaginé par Sui Ishida. L’histoire se poursuit avec Tokyo Ghoul:re, une seconde série complète en 16 tomes.
Tokyo Ghoul:re change d’abord le point de vue et installe un nouveau cadre autour du CCG avant de reconnecter progressivement ses personnages et ses mystères avec ceux de la première série.
C’est là que plusieurs questions laissées ouvertes prennent toute leur importance.
Les deux séries forment donc ensemble la grande histoire de Tokyo Ghoul : 14 tomes pour la première partie, puis 16 pour Tokyo Ghoul:re.
Et si la fin du tome 14 vous laisse quelques secondes à fixer la dernière page en vous demandant ce que vous venez de lire, rassurez-vous : c’est une réaction parfaitement normale.
Il existe aussi Tokyo Ghoul: Jack pour remonter avant Kaneki
Sui Ishida a également dessiné Tokyo Ghoul: Jack, un récit situé avant l’histoire principale.
Il suit notamment Taishi Fura et un jeune Kisho Arima, alors encore lycéen tout en travaillant déjà comme inspecteur contre les goules.
Le récit permet donc de voir un personnage majeur de l’univers bien avant les événements qui concernent Kaneki.
Ce n’est pas indispensable pour comprendre les quatorze tomes, mais c’est un complément intéressant lorsque certains inspecteurs du CCG commencent à vous intriguer autant que les goules.
Pourquoi commencer Tokyo Ghoul ?
Parce que le point de départ est immédiatement fort : un humain victime d’une goule survit grâce aux organes de son agresseuse et devient lui-même incapable de vivre comme avant.
Ensuite, Sui Ishida exploite vraiment cette idée.
Kaneki ne devient pas simplement plus puissant. Il doit apprendre à manger, mentir à ses proches, comprendre une société cachée et découvrir que ceux qu’il appelait « monstres » possèdent parfois davantage d’humanité que certains humains.
Le manga devient également de plus en plus nerveux. Le CCG, Aogiri, Tsukiyama, Yamori et les nombreux conflits entre arrondissements font progressivement basculer l’histoire vers des affrontements beaucoup plus violents.
Mais même lorsque les kagunes sortent et que les corps commencent à sérieusement souffrir, Tokyo Ghoul reste surtout l’histoire d’un garçon qui cherche où il peut appartenir.
Si vous aimez l’horreur, les combats, les personnages moralement compliqués et les mangas qui refusent de désigner un camp entièrement propre, les 14 tomes de Tokyo Ghoul ont encore largement de quoi mordre.
Et si une inconnue très séduisante vous explique au premier rendez-vous qu’elle adore exactement le même auteur que vous, inutile de devenir paranoïaque. Mais si elle vous propose ensuite de prendre un raccourci par une ruelle déserte, Kaneki conseillerait probablement de rester dans le café.
Lire plus
Tokyo Ghoul est une série complète en 14 tomes écrite et dessinée par Sui Ishida, avant une continuation en 16 volumes avec Tokyo Ghoul:re. Après une greffe d’organes de goule, Ken Kaneki se retrouve prisonnier entre le monde des humains et celui de leurs prédateurs. Un dernier conseil : pour un premier rendez-vous, le café reste une excellente idée. En revanche, laissez Rize choisir quelqu’un d’autre pour le trajet du retour.
11 résultats affichés
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Tokyo Ghoul Coffret intégrale
159,00CHF -

Tokyo Ghoul tome 02
11,50CHF -

Tokyo Ghoul tome 03
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Tokyo Ghoul tome 04
11,50CHF -

Tokyo Ghoul tome 07
11,50CHF -

Tokyo Ghoul tome 08
11,50CHF -

Tokyo Ghoul tome 09
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Tokyo Ghoul tome 10
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Tokyo Ghoul tome 11
11,50CHF -

Tokyo Ghoul tome 12
11,50CHF -

Tokyo Ghoul tome 13
11,50CHF
Tokyo Ghoul : Kaneki voulait simplement boire un café avec une fille qui aimait les mêmes livres
Dans le manga Tokyo Ghoul, Ken Kaneki est un étudiant plutôt discret qui préfère les romans aux grosses soirées. Lorsqu’il remarque que la jolie Rize Kamishiro fréquente le même café que lui et lit le même auteur, il finit par trouver le courage de lui proposer un rendez-vous. Pour une fois, tout semble bien se passer. Puis Kaneki découvre que Rize n’est pas exactement intéressée par sa bibliothèque : c’est une goule, et elle comptait le mettre au menu.
L’agression tourne au drame. Mortellement blessé, Kaneki survit après une opération au cours de laquelle on lui greffe des organes provenant de Rize. Lorsqu’il se réveille, il ressemble encore à un humain. Seulement, son corps ne fonctionne plus comme avant. La nourriture le dégoûte et une faim beaucoup plus inquiétante commence à apparaître.
Sui Ishida place ainsi son héros exactement là où personne ne voudrait se retrouver : Kaneki n’est plus vraiment humain, mais il n’a jamais appris à vivre comme une goule. Et des deux côtés, certains préféreraient largement qu’il choisisse son camp.
Le premier ennemi de Kaneki n’est pas une goule : c’est sa propre faim
Tokyo Ghoul fonctionne immédiatement parce que la transformation de Kaneki n’est pas présentée comme l’obtention d’un super-pouvoir formidable.
Au début, c’est surtout une horreur.
Les plats qu’il aimait deviennent immangeables. Son corps réclame quelque chose qu’il refuse moralement d’accepter. Or Kaneki a passé toute sa vie parmi les humains. Ses amis sont humains. Pour lui, l’idée de devoir manger l’un d’entre eux est insupportable.
Il essaie donc de résister à sa nouvelle nature, parfois jusqu’à l’épuisement.
C’est là que le manga devient beaucoup plus intéressant qu’une simple chasse aux monstres. Kaneki possède désormais les besoins physiques du prédateur qu’il craignait quelques jours auparavant. Impossible de regarder les goules exactement comme avant lorsqu’on se réveille avec les mêmes instincts qu’elles.
Toka Kirishima n’a pas beaucoup de patience pour le nouveau venu
Toka Kirishima est l’une des premières goules que Kaneki apprend réellement à connaître.
Elle peut être sèche, agressive et assez peu impressionnée par les états d’âme du garçon. Pour elle, Kaneki vient d’entrer dans une réalité que les goules connaissent depuis toujours : vivre au milieu d’humains qui les élimineraient s’ils découvraient leur véritable nature.
Toka doit elle-même jongler entre deux vies. Elle fréquente les humains tout en cachant ce qu’elle est.
Kaneki l’agace notamment parce qu’il continue au départ à raisonner comme si les humains formaient naturellement le bon camp et les goules le mauvais.
Le problème, c’est que plus il passe de temps avec elle, moins cette séparation paraît tenir debout.
L’Antik montre à Kaneki que toutes les goules ne chassent pas de la même manière
Kaneki trouve progressivement refuge au café L’Antik, tenu par Yoshimura et fréquenté par plusieurs goules.
C’est un endroit essentiel dans la série. Jusque-là, Kaneki associait surtout les goules à Rize et à l’idée de prédation. À L’Antik, il découvre des personnes avec leurs habitudes, leurs liens et leurs propres règles.
Yoshimura lui offre notamment une manière d’apprendre à vivre avec son nouveau corps sans abandonner immédiatement tout ce qu’il était auparavant.
Le café devient alors beaucoup plus qu’un décor. C’est l’un des rares endroits où Kaneki peut exister sans devoir prétendre être totalement humain ou totalement goule.
Dans un manga où presque tout le monde veut finir par ranger les personnages dans une catégorie, trouver un endroit où personne ne vous demande de cocher immédiatement une case devient plutôt précieux.
Hinami rappelle très vite que « goule » ne veut pas dire « monstre sans famille »
Hinami Fueguchi fait partie des personnages qui changent profondément la manière dont Kaneki regarde ce nouveau monde.
Elle est jeune, sensible et loin de l’image du prédateur sanguinaire.
Pourtant, sa famille se retrouve prise pour cible par les inspecteurs du CCG. Lorsque le drame frappe, Kaneki et Toka cherchent à l’aider.
C’est à ce moment que la série commence réellement à brouiller les lignes. Du point de vue humain, les inspecteurs éliminent des créatures qui se nourrissent de personnes. Du point de vue de Hinami, ce sont des hommes armés qui viennent détruire sa famille.
Les deux réalités existent en même temps.
Sui Ishida ne demande pas d’oublier ce que mangent les goules. Il montre simplement que leur réduire toute identité à ce besoin produit une vision beaucoup trop confortable du problème.
Amon ne se considère évidemment pas comme le méchant de l’histoire
Face aux goules se trouve le CCG, organisation chargée de les traquer et de les éliminer. Ses inspecteurs sont parfois surnommés les « colombes ».
Kotaro Amon devient rapidement l’un des visages importants de ce camp.
Et c’est une excellente décision de Sui Ishida, parce qu’Amon n’est pas écrit comme un salaud placé là pour que le lecteur puisse encourager Kaneki sans réfléchir.
Il possède ses convictions, son expérience et d’excellentes raisons de considérer les goules comme une menace.
Kaneki et lui finissent donc par représenter deux hommes capables de se combattre tout en découvrant progressivement que l’autre n’entre pas parfaitement dans l’image de l’ennemi qu’on leur avait apprise.
Le manga revient constamment à cette idée : une histoire change énormément selon le côté de la rue depuis lequel on la regarde.
Les quinques permettent aux humains de combattre des créatures beaucoup plus fortes qu’eux
Les goules possèdent une force et une résistance qui les rendent extrêmement dangereuses pour un humain ordinaire. Elles peuvent également déployer un kagune, leur arme organique.
Les inspecteurs du CCG ont donc développé leur propre arsenal : les quinques.
Cette opposition donne aux affrontements de Tokyo Ghoul une identité très particulière. D’un côté, les kagunes changent de forme selon les individus. De l’autre, les inspecteurs utilisent des armes conçues précisément pour pouvoir tenir tête aux goules.
Sui Ishida peut ainsi créer des styles de combat très différents sans transformer son univers en catalogue de pouvoirs sortis de nulle part.
Et lorsqu’un personnage connaît l’origine de certaines armes du CCG, la confrontation devient encore un peu moins confortable.
Shu Tsukiyama est le genre de gourmet qu’on évite d’inviter à dîner
Puis arrive Shu Tsukiyama.
Élégant, théâtral et complètement fasciné par les expériences gastronomiques rares, il porte parfaitement son surnom de Gourmet.
Et Kaneki devient rapidement très intéressant à ses yeux.
Un humain transformé en goule après une transplantation représente quelque chose d’assez exceptionnel. Pour quelqu’un qui considère déjà ses repas avec un enthousiasme légèrement inquiétant, c’est forcément tentant.
Tsukiyama apporte au manga un personnage capable de passer du raffinement absolu à une obsession franchement dérangeante en quelques cases.
Il fait également partie de ces créations où le dessin d’Ishida s’amuse énormément avec les expressions. On comprend parfois ce que Tsukiyama pense avant même qu’il ouvre la bouche, et ce n’est généralement pas rassurant pour la personne en face.
Aogiri fait comprendre que toutes les goules n’ont aucune envie de vivre discrètement
L’Arbre Aogiri représente une autre réponse au conflit entre humains et goules.
Là où L’Antik cherche une forme de coexistence et de discrétion, Aogiri rassemble des goules beaucoup plus violentes et organisées.
Cette différence est importante. Tokyo Ghoul refuse aussi l’idée inverse selon laquelle toutes les goules seraient simplement des victimes incomprises.
Il existe parmi elles des prédateurs, des tueurs et des individus prêts à utiliser leur puissance contre les autres.
Kaneki se retrouve donc coincé entre plusieurs façons de vivre sa nouvelle nature. Certaines cherchent à éviter la confrontation. D’autres pensent qu’il n’y a aucune raison pour que les goules continuent à se cacher.
Pour quelqu’un qui n’arrivait déjà pas à décider ce qu’il était au premier tome, le choix ne devient pas franchement plus simple.
Yamori fait franchir à Kaneki un point de non-retour
Parmi les membres les plus terrifiants qu’il rencontre se trouve Yamori, également connu sous le nom de Jason.
Je ne vais pas détailler ce qu’il inflige à Kaneki. Disons simplement que les événements du septième tome marquent un changement majeur dans le personnage.
Jusque-là, Kaneki cherche énormément à éviter de blesser les autres et tente de conserver coûte que coûte son ancienne manière de penser.
Après Yamori, quelque chose se brise.
Sa transformation physique devient visible, mais le plus important se passe ailleurs. Kaneki commence à accepter qu’il devra parfois utiliser la violence s’il veut protéger les personnes auxquelles il tient.
Et là, Tokyo Ghoul change de vitesse.
Le garçon timide qui paniquait devant sa propre faim ne disparaît pas complètement. Mais il va désormais devoir cohabiter avec quelqu’un capable de devenir beaucoup plus dangereux.
Les cheveux blancs de Kaneki ne sont pas là uniquement pour fabriquer une jolie couverture
L’évolution visuelle de Kaneki est devenue l’une des images les plus connues de Tokyo Ghoul.
Ses cheveux changent, son regard aussi, et sa manière de se tenir n’a plus grand-chose à voir avec celle du jeune étudiant du premier tome.
Mais ce design fonctionne parce qu’il accompagne une véritable rupture dans son parcours.
Kaneki commence à prendre des décisions qu’il aurait auparavant refusé d’envisager. Il veut devenir suffisamment fort pour éviter que d’autres subissent ce qu’il vient de traverser.
Le problème, évidemment, c’est qu’essayer de protéger tout le monde en portant soi-même toute la douleur n’est pas forcément une stratégie très saine.
Une bonne partie de Tokyo Ghoul consiste justement à voir jusqu’où cette logique va entraîner Kaneki.
Les masques cachent un visage, mais disent souvent énormément sur celui qui les porte
Les goules doivent évidemment éviter d’être reconnues lorsqu’elles combattent ou chassent. Les masques prennent donc une place importante dans leur identité clandestine.
Et Sui Ishida en profite visuellement.
Certains sont élégants. D’autres franchement inquiétants. Celui de Kaneki, avec sa bouche artificielle et son aspect presque médical, est devenu l’un des symboles de la série.
Le personnage d’Uta, qui fabrique notamment des masques, permet à Ishida de donner à cet élément pratique une vraie dimension esthétique.
Cela colle parfaitement au manga : tout le monde cache quelque chose. Une goule cache son visage aux inspecteurs. Kaneki cache son état à son meilleur ami Hide. Des personnages humains cachent leurs blessures ou leurs motivations.
À Tokyo, le masque n’est finalement pas toujours porté par celui qu’on croit.
Tokyo Ghoul devient passionnant quand on cesse de savoir exactement qui encourager
C’est probablement la grande réussite de la série.
Au premier chapitre, le problème paraît très simple : des créatures ressemblant à des humains les chassent pour les manger.
Puis Kaneki devient l’une d’elles.
Il rencontre Toka, Yoshimura, Hinami et d’autres goules capables d’aimer et de souffrir. Ensuite, il croise Amon et des inspecteurs qui ont eux aussi perdu des proches à cause des goules.
À partir de là, chaque victoire peut avoir un autre visage.
Le CCG peut éliminer une menace et détruire en même temps la famille de quelqu’un. Une goule peut se défendre contre un inspecteur tout en restant un prédateur pour un humain innocent.
Ishida ne cherche donc pas à fournir rapidement la bonne réponse. Il oblige surtout Kaneki à vivre entre ces deux mondes.
Sui Ishida explique lui-même que le « choix » est au cœur de Tokyo Ghoul
Cette position intermédiaire de Kaneki n’est pas accidentelle.
Dans une interview publiée par Glénat, Sui Ishida explique qu’il se retrouvait personnellement dans cette situation d’« entre-deux ». Enfant, il avait beaucoup déménagé et se retrouvait souvent entre différents groupes plutôt que complètement intégré à un seul.
Il reconnaît que cette expérience a probablement influencé la construction de Kaneki.
L’auteur donne également une réponse intéressante lorsqu’on lui demande quel thème définirait le mieux Tokyo Ghoul : pour lui, il s’agit surtout du « choix ».
Et lorsqu’on regarde Kaneki, ça paraît évident. Humain ou goule ? Fuir ou combattre ? Pardonner ou se venger ? Protéger quelqu’un ou accepter qu’il prenne ses propres risques ?
La série passe son temps à lui offrir deux mauvaises réponses et à lui demander d’en trouver une troisième.
Ishida a même repris des cours de dessin pendant la publication
L’évolution graphique de Tokyo Ghoul est particulièrement visible lorsque l’on compare les premiers et les derniers volumes.
Sui Ishida a raconté qu’au début de la publication, il estimait avoir des lacunes dans sa manière de dessiner les personnages. Plutôt que d’attendre que ça s’améliore tout seul, il s’est inscrit à des cours dans une école spécialisée.
Il y allait environ deux fois par mois tout en continuant à produire sa série.
L’auteur reconnaît également que les scènes d’action lui demandent beaucoup de travail, notamment le mouvement des kagunes, dont les formes peuvent devenir particulièrement complexes.
Quand on voit certaines planches des derniers arcs, les heures supplémentaires ont clairement servi à quelque chose.
14 tomes pour la première partie de l’histoire
Tokyo Ghoul est une série complète en 14 tomes.
Sui Ishida mène cette première grande partie de l’histoire de Kaneki jusqu’à une conclusion qui ne cherche absolument pas à rassurer le lecteur avec un joli nœud sur le paquet.
Glénat a publié l’intégralité en français et propose également un coffret réunissant les quatorze volumes.
Cette longueur donne à Tokyo Ghoul un rythme assez dense. Les premiers tomes prennent le temps de faire découvrir le quotidien des goules à Kaneki. Ensuite, Aogiri et le CCG accélèrent considérablement les choses.
Et plus le récit avance, plus les personnages rencontrés au début deviennent importants. Amon, Toka, Yoshimura ou même Rize continuent à peser bien après leur première apparition.
Tokyo Ghoul:re poursuit directement l’univers en 16 tomes
Le tome 14 ne constitue pas la fin de tout l’univers imaginé par Sui Ishida. L’histoire se poursuit avec Tokyo Ghoul:re, une seconde série complète en 16 tomes.
Tokyo Ghoul:re change d’abord le point de vue et installe un nouveau cadre autour du CCG avant de reconnecter progressivement ses personnages et ses mystères avec ceux de la première série.
C’est là que plusieurs questions laissées ouvertes prennent toute leur importance.
Les deux séries forment donc ensemble la grande histoire de Tokyo Ghoul : 14 tomes pour la première partie, puis 16 pour Tokyo Ghoul:re.
Et si la fin du tome 14 vous laisse quelques secondes à fixer la dernière page en vous demandant ce que vous venez de lire, rassurez-vous : c’est une réaction parfaitement normale.
Il existe aussi Tokyo Ghoul: Jack pour remonter avant Kaneki
Sui Ishida a également dessiné Tokyo Ghoul: Jack, un récit situé avant l’histoire principale.
Il suit notamment Taishi Fura et un jeune Kisho Arima, alors encore lycéen tout en travaillant déjà comme inspecteur contre les goules.
Le récit permet donc de voir un personnage majeur de l’univers bien avant les événements qui concernent Kaneki.
Ce n’est pas indispensable pour comprendre les quatorze tomes, mais c’est un complément intéressant lorsque certains inspecteurs du CCG commencent à vous intriguer autant que les goules.
Pourquoi commencer Tokyo Ghoul ?
Parce que le point de départ est immédiatement fort : un humain victime d’une goule survit grâce aux organes de son agresseuse et devient lui-même incapable de vivre comme avant.
Ensuite, Sui Ishida exploite vraiment cette idée.
Kaneki ne devient pas simplement plus puissant. Il doit apprendre à manger, mentir à ses proches, comprendre une société cachée et découvrir que ceux qu’il appelait « monstres » possèdent parfois davantage d’humanité que certains humains.
Le manga devient également de plus en plus nerveux. Le CCG, Aogiri, Tsukiyama, Yamori et les nombreux conflits entre arrondissements font progressivement basculer l’histoire vers des affrontements beaucoup plus violents.
Mais même lorsque les kagunes sortent et que les corps commencent à sérieusement souffrir, Tokyo Ghoul reste surtout l’histoire d’un garçon qui cherche où il peut appartenir.
Si vous aimez l’horreur, les combats, les personnages moralement compliqués et les mangas qui refusent de désigner un camp entièrement propre, les 14 tomes de Tokyo Ghoul ont encore largement de quoi mordre.
Et si une inconnue très séduisante vous explique au premier rendez-vous qu’elle adore exactement le même auteur que vous, inutile de devenir paranoïaque. Mais si elle vous propose ensuite de prendre un raccourci par une ruelle déserte, Kaneki conseillerait probablement de rester dans le café.
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Tokyo Ghoul est une série complète en 14 tomes écrite et dessinée par Sui Ishida, avant une continuation en 16 volumes avec Tokyo Ghoul:re. Après une greffe d’organes de goule, Ken Kaneki se retrouve prisonnier entre le monde des humains et celui de leurs prédateurs. Un dernier conseil : pour un premier rendez-vous, le café reste une excellente idée. En revanche, laissez Rize choisir quelqu’un d’autre pour le trajet du retour.
