Tokyo Ghoul : Re

Tokyo Ghoul:re : Haise Sasaki chasse les goules, mais quelque chose dans sa propre tête refuse de rester enterré

Dans Tokyo Ghoul:re, Sui Ishida fait un choix assez gonflé : après avoir passé quatorze tomes à nous montrer Tokyo depuis le monde des goules, il nous installe cette fois directement au CCG, l’organisation chargée de les traquer. Au centre de l’histoire se trouve Haise Sasaki, inspecteur de première classe, mentor d’une nouvelle unité expérimentale et jeune homme dont les souvenirs commencent seulement… trois ans auparavant.

Haise est une semi-goule. Il peut utiliser un kagune, travaille pourtant pour ceux qui éliminent les goules et encadre quatre inspecteurs modifiés pour combattre avec des capacités semblables aux leurs : les Quinckes. Tout semble donc repartir sur de nouvelles bases. Jusqu’au moment où des visages, des odeurs et des sensations commencent à provoquer chez Haise des réactions qu’il ne comprend absolument pas.

Tokyo Ghoul:re est la suite directe de Tokyo Ghoul, pas un remake ni une nouvelle version de la même histoire. Et Sui Ishida s’amuse justement à faire croire pendant un moment que nous suivons un nouveau héros. Ceux qui ont terminé la première série comprendront assez vite que certaines pièces du puzzle ont simplement été retournées face cachée.

Haise Sasaki possède une vie entière… sauf les vingt premières années

Haise connaît son nom, son travail et les personnes qui l’entourent aujourd’hui. En revanche, il ne possède aucun souvenir de ses vingt premières années.

Le CCG lui a donné une place. Arima l’a entraîné. Akira Mado le supervise. Les Quinckes sont devenus les jeunes inspecteurs dont il doit s’occuper.

Haise s’accroche donc énormément à cette nouvelle existence.

Le problème commence lorsque son passé refuse de rester gentiment silencieux. Une voix apparaît dans sa tête. Certaines personnes provoquent chez lui une impression de déjà-vu. Un café peut réveiller quelque chose qu’il ne sait même pas nommer.

Et plus Haise approche de ce qu’il était, plus une question devient inquiétante : s’il retrouve ses souvenirs, est-ce que l’homme qu’il est aujourd’hui va disparaître ?

Les Quinckes utilisent les armes des goules contre elles

Le projet Quinckes constitue l’une des grandes nouveautés de :re.

Le CCG ne se contente plus d’équiper ses inspecteurs de quinques. Il modifie certains humains afin qu’ils puissent utiliser un kagune tout en continuant à vivre et travailler comme enquêteurs.

Haise devient le mentor de la première escouade.

Sur le papier, c’est une arme idéale contre les goules. Dans la réalité, confier des capacités de prédateur à quatre jeunes inspecteurs avec leurs ambitions, leurs traumatismes et leurs problèmes personnels donne un résultat beaucoup moins propre.

Et c’est justement ce qui rend cette équipe intéressante. Les Quinckes ne sont pas quatre soldats fabriqués en série. Chacun vit très différemment le fait d’avoir quelque chose de goule dans son propre corps.

Kuki Urie veut surtout monter en grade, et tout le reste peut attendre

Kuki Urie possède probablement le meilleur potentiel de combat du groupe au départ. Il le sait très bien.

Ambitieux, froid et particulièrement obsédé par sa progression au CCG, il considère d’abord ses coéquipiers davantage comme des variables susceptibles de ralentir sa carrière que comme une véritable équipe.

Urie veut devenir plus fort, obtenir des résultats et monter dans la hiérarchie.

Évidemment, Tokyo Ghoul:re ne va pas lui permettre de conserver cette vision très longtemps.

Son évolution fait partie des plus réussies de la série. Le garçon capable de penser constamment à lui-même doit progressivement apprendre ce que signifie réellement diriger d’autres personnes.

Et pour quelqu’un qui possède autant de choses à dire intérieurement, Urie développe une remarquable capacité à ne surtout pas les dire au bon moment.

Shirazu ressemble à un petit voyou, mais il devient rapidement le cœur de l’équipe

Ginshi Shirazu présente une apparence beaucoup moins rassurante que son caractère.

Il accepte de devenir Quincke notamment pour des raisons financières et paraît d’abord assez simple à comprendre : il veut de l’argent, se bagarre volontiers et n’a pas spécialement la finesse diplomatique d’un ambassadeur.

Pourtant, Shirazu se révèle extrêmement attaché à ses camarades.

Lorsqu’il prend des responsabilités dans l’escouade, il commence également à se poser des questions que personne ne lui avait vraiment demandé d’examiner. Utiliser un quinque, tuer une goule ou transformer son kagune en arme devient beaucoup moins abstrait lorsque l’on comprend précisément d’où viennent ces outils.

Chez Ishida, plus un personnage semble simple à sa première apparition, plus il faut se méfier. C’est souvent à ce moment-là qu’il prépare tranquillement le coup de marteau émotionnel.

Saiko Yonebayashi avait surtout prévu de jouer aux jeux vidéo

Saiko Yonebayashi n’a pas exactement l’enthousiasme d’Urie pour la carrière d’inspecteur.

Elle aime les jeux vidéo, les snacks et passer du temps à la maison. L’entraînement, les horaires et les missions officielles arrivent nettement plus bas dans sa liste de priorités.

Au début, on pourrait facilement la prendre pour le gag paresseux de l’équipe.

Mauvaise idée.

Saiko possède un potentiel impressionnant et devient particulièrement intéressante lorsqu’elle décide enfin que quelque chose mérite réellement son énergie.

Elle apporte aussi énormément à la dynamique familiale des Quinckes. Haise n’agit pas seulement comme leur supérieur : il cuisine, surveille les disputes et tente parfois simplement de faire fonctionner une maison remplie de jeunes gens capables de sortir un kagune lorsqu’ils sont de mauvaise humeur.

Le poste de mentor n’était probablement pas vendu comme ça à l’entretien.

Tooru Mutsuki commence comme le membre le plus fragile du groupe

Tooru Mutsuki semble beaucoup moins à l’aise au combat que les autres Quinckes.

Son passé est lourd, son rapport aux goules profondément marqué et sa manière de vivre sa propre identité est complexe.

Au début, Mutsuki manque notamment de maîtrise face au sang et aux situations dangereuses. Haise essaie donc de lui apporter la sécurité qu’il aurait lui-même aimé posséder.

Seulement, Tokyo Ghoul n’a jamais été un univers très généreux avec les personnages fragiles.

Le parcours de Mutsuki devient progressivement l’un des plus sombres de :re. Sui Ishida travaille encore une fois sur ce qui arrive lorsqu’un traumatisme enfoui n’est jamais réellement traité et finit par trouver une autre manière de sortir.

Haise traite les Quinckes comme une famille avant de comprendre pourquoi il en avait autant besoin

L’une des différences les plus touchantes avec la première série vient du rôle de Haise.

Kaneki cherchait constamment quelqu’un capable de lui apprendre où était sa place. Haise, lui, commence :re en devenant directement celui qui doit prendre soin des autres.

Il cuisine pour les Quinckes, surveille leur progression et s’inquiète lorsqu’ils prennent des risques.

Cette petite famille bricolée donne beaucoup de chaleur aux premiers volumes.

Mais elle rend également le conflit intérieur de Haise beaucoup plus cruel. Retrouver son passé pourrait lui rendre quelque chose d’essentiel. Pourtant, il possède désormais des personnes qui ne connaissent que Sasaki.

Pour lui, la mémoire n’est donc pas simplement une réponse à chercher. Elle peut aussi menacer tout ce qu’il vient enfin de construire.

Akira Mado se retrouve de l’autre côté de la relation maître-élève

Akira Mado revient avec davantage de responsabilités au CCG.

Elle encadre notamment Haise, après avoir elle-même été formée dans un univers où les goules représentaient avant tout des cibles à éliminer.

Or son nouvel élève est précisément un être qui ne rentre plus dans cette séparation confortable.

La relation entre Akira et Haise fonctionne parce qu’elle contient beaucoup de non-dits. Elle doit travailler avec quelqu’un dont l’existence aurait semblé impossible quelques années auparavant.

Et Haise, qui cherche désespérément des repères, s’attache profondément aux personnes qui lui ont donné une nouvelle vie.

Sui Ishida remet ainsi plusieurs personnages de Tokyo Ghoul dans des positions différentes et observe ce que cela change chez eux.

Arima n’a jamais eu besoin de beaucoup parler pour être terrifiant

Kisho Arima était déjà une légende du CCG dans Tokyo Ghoul.

Dans :re, sa relation avec Haise prend une importance beaucoup plus grande.

Arima est l’inspecteur que presque tout le CCG admire. Calme, incroyablement efficace et pratiquement imbattable, il possède cette manière peu rassurante de donner l’impression qu’un combat est terminé avant même d’avoir commencé.

Haise le respecte profondément et le considère comme l’un de ses principaux repères.

Seulement, plus l’histoire avance, plus le lecteur comprend que la place d’Arima dans ce monde ne se résume absolument pas à celle du meilleur chasseur de goules.

Et lorsque Sui Ishida commence enfin à ouvrir ce dossier, plusieurs certitudes installées depuis la première série prennent un sacré coup.

L’enquête sur Torso montre tout de suite que :re n’a pas abandonné l’ambiance policière

Les premiers volumes s’intéressent notamment à Torso, une goule recherchée pour des meurtres particulièrement inquiétants.

Cette enquête permet d’installer le nouveau fonctionnement du manga.

Nous suivons désormais les inspecteurs pendant qu’ils recueillent des informations, identifient des habitudes et remontent progressivement jusqu’aux goules recherchées.

Les Quinckes ajoutent cependant un problème inédit : ceux qui enquêtent ressemblent biologiquement de plus en plus à ceux qu’ils chassent.

Et Haise lui-même peut comprendre certaines choses que des inspecteurs humains ne ressentiraient jamais.

Le CCG vient donc de créer une excellente arme. Il a simplement oublié que donner aux chasseurs une partie de la nature de leur proie risquait aussi de modifier leur manière de regarder la chasse.

L’opération des enchères remet Juuzou Suzuya au premier plan

Juuzou Suzuya revient évidemment dans :re, mais il n’est plus exactement le jeune inspecteur incontrôlable découvert dans la première série.

Il a pris de l’expérience, dirige désormais ses propres hommes et commence à montrer une forme de responsabilité que son ancien comportement aurait difficilement laissé prévoir.

L’arc des enchères de goules met particulièrement en valeur cette évolution.

La vente clandestine réunit plusieurs personnages connus et nouveaux dans un même endroit. Le CCG prépare une opération de grande ampleur tandis que les Quinckes doivent faire leurs preuves sur le terrain.

Ce genre d’arc résume très bien :re : Ishida installe une enquête, rassemble plusieurs camps, puis laisse tout le monde se croiser jusqu’à ce que la situation devienne beaucoup trop compliquée pour rester propre.

Toka n’a pas disparu : elle tient désormais un café au nom particulièrement bien choisi

Les lecteurs de la première série attendent évidemment de retrouver Toka Kirishima.

Sa réapparition est volontairement beaucoup plus calme qu’une grande entrée de combat.

Toka travaille désormais dans un café appelé :re.

Lorsque Haise entre dans cet endroit, quelque chose réagit en lui avant même qu’il puisse comprendre pourquoi. Une odeur de café suffit à réveiller une émotion qui n’appartient apparemment pas à sa nouvelle vie.

C’est l’un des beaux choix de Sui Ishida. Le passé de Kaneki ne revient pas uniquement sous forme de flashbacks ou de grosses révélations.

Il revient aussi par les sensations.

Un lieu, une personne ou une simple tasse peuvent produire davantage de dégâts dans la mémoire de Haise qu’une longue explication.

Tsukiyama vit particulièrement mal l’absence de son repas préféré

Shu Tsukiyama revient lui aussi, mais dans un état très différent du Gourmet théâtral de Tokyo Ghoul.

La disparition de Kaneki l’a profondément atteint.

Oui, l’homme qui voulait autrefois littéralement manger le héros finit par souffrir suffisamment de son absence pour que la situation devienne presque touchante. Tokyo Ghoul a parfois des relations difficiles à expliquer à quelqu’un qui passe juste devant l’étagère.

Lorsque Tsukiyama commence à reconnaître quelque chose de familier chez Haise, l’histoire prend évidemment une nouvelle direction.

Son retour permet surtout à Ishida de montrer combien la disparition de Kaneki a affecté ceux qui l’entouraient.

Haise possède une nouvelle vie. Pendant ce temps, l’ancienne n’a pas simplement attendu en pause.

Le manga fait constamment se percuter Haise Sasaki et Ken Kaneki

Le cœur de la première moitié de :re se trouve là.

Haise n’est pas un déguisement vide. Il possède de vrais souvenirs, des liens et une personnalité construite pendant les années passées au CCG.

Kaneki n’est pas non plus un fantôme extérieur qui chercherait simplement à prendre possession de son corps.

Les deux sont le même homme, séparé par une mémoire brisée et des expériences radicalement différentes.

Cette idée rend la question beaucoup plus intéressante que « quand Kaneki va-t-il revenir ? ».

Car s’il revient complètement, qu’advient-il de Sasaki ?

Et si Haise refuse définitivement ses souvenirs, que fait-il de toutes les personnes qui ont connu et aimé Kaneki ?

Sui Ishida oblige son personnage à comprendre qu’on ne peut pas toujours résoudre une identité en choisissant une moitié et en jetant l’autre.

L’Arbre Aogiri reste dans le paysage, mais le CCG lui-même devient de plus en plus suspect

Aogiri n’a évidemment pas disparu après Tokyo Ghoul. L’organisation continue ses activités et demeure une cible importante du CCG.

Pourtant, plus Haise progresse dans ses enquêtes, plus le manga commence à retourner le regard vers ceux qui donnent les ordres.

La famille Washu, l’histoire du CCG, les expériences, les demi-goules et certaines décisions prises depuis longtemps soulèvent de plus en plus de questions.

C’est là que :re prend une dimension supplémentaire.

Dans Tokyo Ghoul, Kaneki découvrait que les goules n’étaient pas toutes les monstres décrits par les humains. Dans :re, Haise découvre que l’institution chargée de protéger ces humains possède elle aussi des choses qu’elle préférerait garder dans l’ombre.

Nimura Furuta est drôle exactement assez longtemps pour devenir inquiétant

Nimura Furuta possède l’un des talents les plus dangereux de la série : il donne parfois l’impression d’être un personnage secondaire un peu étrange que personne ne devrait prendre très au sérieux.

Erreur.

Furuta sourit, plaisante et peut jouer les employés presque insignifiants.

Puis les pièces commencent à s’assembler.

Sui Ishida construit le personnage en utilisant justement ce décalage. Furuta paraît léger au milieu d’un univers très sombre, jusqu’au moment où l’on réalise que certaines de ses plaisanteries se produisent beaucoup trop près de choses absolument terrifiantes.

Et lorsqu’il devient clair qu’il possède ses propres projets pour Tokyo, le petit inspecteur bizarre des premiers passages change complètement de dimension.

Le Roi à l’Œil unique devient beaucoup plus qu’une légende de goules

Depuis la première série, plusieurs noms circulent autour des goules les plus puissantes : la Chouette, Aogiri, le fameux Roi à l’Œil unique.

:re commence enfin à relier ces éléments.

Mais là encore, Ishida évite la réponse la plus simple. Le titre de Roi ne concerne pas seulement le combattant le plus fort.

Il porte une idée politique : réunir des goules derrière une figure capable de changer l’équilibre avec les humains.

Cette question devient centrale lorsque Kaneki doit lui-même décider ce qu’il souhaite faire de la puissance qu’il a accumulée.

Survivre ne suffit plus. Il faut désormais choisir quel monde mérite d’exister après le combat.

La seconde moitié ne parle plus seulement de chasse aux goules

À mesure que les secrets tombent, le conflit change complètement d’échelle.

Les anciennes alliances éclatent. Des ennemis se retrouvent parfois du même côté. Le CCG lui-même traverse des bouleversements qui remettent en cause toute sa structure.

Et surtout, humains et goules ne peuvent plus continuer éternellement à répéter le même cycle.

La série revient alors à l’une des grandes idées de Tokyo Ghoul : les deux espèces se sont tellement habituées à regarder l’autre comme un monstre qu’elles ne savent presque plus imaginer une autre relation.

Kaneki représente depuis le début la preuve vivante que cette frontière n’est pas aussi nette.

Dans :re, cette particularité cesse enfin d’être uniquement son problème personnel. Elle devient un enjeu pour toute la ville.

Les Quinckes changent autant que leur mentor

Une des bonnes surprises de :re vient du fait que les Quinckes ne disparaissent pas lorsque l’histoire de Kaneki reprend davantage de place.

Urie, Saiko, Mutsuki et les autres continuent d’évoluer.

Leurs rapports changent. De nouveaux Quinckes apparaissent. Certains prennent des responsabilités que personne ne leur aurait confiées au premier tome.

Urie, en particulier, illustre parfaitement cette progression. L’inspecteur obsédé par sa carrière doit progressivement apprendre à regarder ceux qui l’entourent autrement.

Saiko révèle elle aussi que son manque d’enthousiasme initial ne disait absolument rien de la puissance ni de l’affection qu’elle était capable de développer.

Quand Haise crée cette famille au début, il ne sait pas encore qu’elle finira parfois par devoir avancer sans lui.

Le dessin de Sui Ishida devient encore plus libre dans :re

Visuellement, Tokyo Ghoul:re poursuit l’évolution déjà visible dans les derniers volumes de la première série.

Sui Ishida joue énormément avec les visages, les aplats noirs, les silhouettes et les compositions presque abstraites.

Les kagunes deviennent plus spectaculaires. Certains combats explosent littéralement sur la page. Pourtant, Ishida peut aussi arrêter toute cette violence sur un regard ou quelques cases presque silencieuses.

Ses couvertures sont particulièrement reconnaissables. Couleurs très vives, portraits déformés ou délicats et personnages rarement représentés comme dans une simple photo d’identité : chaque volume possède sa propre ambiance.

Le contraste avec le contenu est parfois formidable. Une couverture magnifique peut envelopper environ deux cents pages de personnages qui prennent des décisions absolument catastrophiques pour leur santé mentale.

Le « :re » du titre prend plusieurs sens au fil de l’histoire

Le choix du titre n’est pas simplement une façon d’ajouter un suffixe cool à Tokyo Ghoul.

:re apparaît directement dans l’univers comme le nom du café de Toka.

Mais le terme évoque aussi naturellement le retour, le recommencement ou la réponse. Des idées qui collent parfaitement au parcours de Haise.

Il recommence une vie. Il retrouve progressivement des personnes appartenant à son passé. Puis il doit décider s’il veut reproduire ce qui existait déjà ou construire autre chose.

La série entière fonctionne ainsi comme une seconde lecture de Tokyo Ghoul.

Les mêmes camps existent, mais le point de vue change. Certains ennemis deviennent compréhensibles. Certaines autorités deviennent nettement moins rassurantes.

16 tomes pour conclure toute l’histoire de Tokyo Ghoul

Tokyo Ghoul:re est une série complète en 16 tomes, écrite et dessinée par Sui Ishida.

La publication japonaise commence en 2014 dans le Weekly Young Jump et le seizième volume clôt définitivement cette seconde partie en 2018.

Glénat a publié l’intégralité en français entre 2016 et 2019.

Avec les 14 volumes de Tokyo Ghoul et les 16 volumes de Tokyo Ghoul:re, l’histoire principale forme donc un ensemble de 30 tomes.

Et les deux parties ont vraiment besoin l’une de l’autre. Tokyo Ghoul raconte comment Kaneki perd la vie qu’il connaissait. :re s’intéresse beaucoup plus à ce qu’il peut construire après avoir survécu à tout ce qui l’a brisé.

Le tome 16 ne s’arrête pas juste après le dernier combat

Le dernier volume est particulièrement généreux : l’édition japonaise compte plus de trois cents pages et va jusqu’au chapitre 179.

Sui Ishida prend ainsi le temps d’aller au-delà de la simple résolution du conflit.

C’est important pour une histoire qui a passé autant de temps à demander si humains et goules pouvaient vivre autrement.

Après toutes les enquêtes, les tortures, les masques, les quinques et les kagunes, il fallait bien finir par regarder ce qui reste lorsque les personnages cessent enfin de se battre.

Et après trente volumes passés dans ce Tokyo-là, avoir quelques réponses sur l’avenir de ses habitants paraît presque luxueux.

Pourquoi commencer Tokyo Ghoul:re ?

Parce que :re ne se contente pas d’ajouter seize tomes après une série populaire.

Sui Ishida retourne complètement son propre univers. Le lecteur commence du côté du CCG, découvre les Quinckes et s’attache à Haise avant que l’histoire ne fasse remonter tout ce que Tokyo Ghoul avait laissé derrière elle.

Urie, Shirazu, Saiko et Mutsuki donnent une nouvelle dynamique au récit. Arima et Akira prennent davantage d’importance. Toka, Tsukiyama, Hinami et les autres reviennent dans des positions différentes.

Puis les questions deviennent beaucoup plus grandes : qui contrôle réellement le CCG ? Que représente le Roi à l’Œil unique ? Jusqu’où peut-on continuer à séparer humains et goules lorsque tant de personnages se trouvent désormais entre les deux ?

Si vous avez aimé la première série pour son ambiguïté morale, Tokyo Ghoul:re pousse cette idée encore plus loin. Les chasseurs utilisent les pouvoirs des goules. Les anciennes certitudes s’effondrent. Et Kaneki doit finalement décider ce qu’il veut faire de cette place impossible entre deux mondes.

Une seule chose est sûre : si vous entrez dans un café et qu’une simple tasse vous donne soudain l’impression d’avoir oublié vingt ans de votre vie, ne commandez peut-être pas immédiatement la deuxième. Haise a testé, et la mémoire revient parfois avec l’addition.

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Tokyo Ghoul:re est la suite directe de Tokyo Ghoul, complète en 16 tomes. Sui Ishida place d’abord le lecteur aux côtés de Haise Sasaki et des Quinckes du CCG avant de reconnecter progressivement cette nouvelle vie aux blessures et aux personnages de la première série. Un dernier conseil : si quelqu’un vous affirme qu’il ne se souvient absolument pas de ses vingt premières années mais qu’il prépare d’excellents repas pour quatre inspecteurs capables de sortir un kagune, évitez de lui organiser une fête surprise sur le thème de son passé.

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Tokyo Ghoul:re : Haise Sasaki chasse les goules, mais quelque chose dans sa propre tête refuse de rester enterré

Dans Tokyo Ghoul:re, Sui Ishida fait un choix assez gonflé : après avoir passé quatorze tomes à nous montrer Tokyo depuis le monde des goules, il nous installe cette fois directement au CCG, l’organisation chargée de les traquer. Au centre de l’histoire se trouve Haise Sasaki, inspecteur de première classe, mentor d’une nouvelle unité expérimentale et jeune homme dont les souvenirs commencent seulement… trois ans auparavant.

Haise est une semi-goule. Il peut utiliser un kagune, travaille pourtant pour ceux qui éliminent les goules et encadre quatre inspecteurs modifiés pour combattre avec des capacités semblables aux leurs : les Quinckes. Tout semble donc repartir sur de nouvelles bases. Jusqu’au moment où des visages, des odeurs et des sensations commencent à provoquer chez Haise des réactions qu’il ne comprend absolument pas.

Tokyo Ghoul:re est la suite directe de Tokyo Ghoul, pas un remake ni une nouvelle version de la même histoire. Et Sui Ishida s’amuse justement à faire croire pendant un moment que nous suivons un nouveau héros. Ceux qui ont terminé la première série comprendront assez vite que certaines pièces du puzzle ont simplement été retournées face cachée.

Haise Sasaki possède une vie entière… sauf les vingt premières années

Haise connaît son nom, son travail et les personnes qui l’entourent aujourd’hui. En revanche, il ne possède aucun souvenir de ses vingt premières années.

Le CCG lui a donné une place. Arima l’a entraîné. Akira Mado le supervise. Les Quinckes sont devenus les jeunes inspecteurs dont il doit s’occuper.

Haise s’accroche donc énormément à cette nouvelle existence.

Le problème commence lorsque son passé refuse de rester gentiment silencieux. Une voix apparaît dans sa tête. Certaines personnes provoquent chez lui une impression de déjà-vu. Un café peut réveiller quelque chose qu’il ne sait même pas nommer.

Et plus Haise approche de ce qu’il était, plus une question devient inquiétante : s’il retrouve ses souvenirs, est-ce que l’homme qu’il est aujourd’hui va disparaître ?

Les Quinckes utilisent les armes des goules contre elles

Le projet Quinckes constitue l’une des grandes nouveautés de :re.

Le CCG ne se contente plus d’équiper ses inspecteurs de quinques. Il modifie certains humains afin qu’ils puissent utiliser un kagune tout en continuant à vivre et travailler comme enquêteurs.

Haise devient le mentor de la première escouade.

Sur le papier, c’est une arme idéale contre les goules. Dans la réalité, confier des capacités de prédateur à quatre jeunes inspecteurs avec leurs ambitions, leurs traumatismes et leurs problèmes personnels donne un résultat beaucoup moins propre.

Et c’est justement ce qui rend cette équipe intéressante. Les Quinckes ne sont pas quatre soldats fabriqués en série. Chacun vit très différemment le fait d’avoir quelque chose de goule dans son propre corps.

Kuki Urie veut surtout monter en grade, et tout le reste peut attendre

Kuki Urie possède probablement le meilleur potentiel de combat du groupe au départ. Il le sait très bien.

Ambitieux, froid et particulièrement obsédé par sa progression au CCG, il considère d’abord ses coéquipiers davantage comme des variables susceptibles de ralentir sa carrière que comme une véritable équipe.

Urie veut devenir plus fort, obtenir des résultats et monter dans la hiérarchie.

Évidemment, Tokyo Ghoul:re ne va pas lui permettre de conserver cette vision très longtemps.

Son évolution fait partie des plus réussies de la série. Le garçon capable de penser constamment à lui-même doit progressivement apprendre ce que signifie réellement diriger d’autres personnes.

Et pour quelqu’un qui possède autant de choses à dire intérieurement, Urie développe une remarquable capacité à ne surtout pas les dire au bon moment.

Shirazu ressemble à un petit voyou, mais il devient rapidement le cœur de l’équipe

Ginshi Shirazu présente une apparence beaucoup moins rassurante que son caractère.

Il accepte de devenir Quincke notamment pour des raisons financières et paraît d’abord assez simple à comprendre : il veut de l’argent, se bagarre volontiers et n’a pas spécialement la finesse diplomatique d’un ambassadeur.

Pourtant, Shirazu se révèle extrêmement attaché à ses camarades.

Lorsqu’il prend des responsabilités dans l’escouade, il commence également à se poser des questions que personne ne lui avait vraiment demandé d’examiner. Utiliser un quinque, tuer une goule ou transformer son kagune en arme devient beaucoup moins abstrait lorsque l’on comprend précisément d’où viennent ces outils.

Chez Ishida, plus un personnage semble simple à sa première apparition, plus il faut se méfier. C’est souvent à ce moment-là qu’il prépare tranquillement le coup de marteau émotionnel.

Saiko Yonebayashi avait surtout prévu de jouer aux jeux vidéo

Saiko Yonebayashi n’a pas exactement l’enthousiasme d’Urie pour la carrière d’inspecteur.

Elle aime les jeux vidéo, les snacks et passer du temps à la maison. L’entraînement, les horaires et les missions officielles arrivent nettement plus bas dans sa liste de priorités.

Au début, on pourrait facilement la prendre pour le gag paresseux de l’équipe.

Mauvaise idée.

Saiko possède un potentiel impressionnant et devient particulièrement intéressante lorsqu’elle décide enfin que quelque chose mérite réellement son énergie.

Elle apporte aussi énormément à la dynamique familiale des Quinckes. Haise n’agit pas seulement comme leur supérieur : il cuisine, surveille les disputes et tente parfois simplement de faire fonctionner une maison remplie de jeunes gens capables de sortir un kagune lorsqu’ils sont de mauvaise humeur.

Le poste de mentor n’était probablement pas vendu comme ça à l’entretien.

Tooru Mutsuki commence comme le membre le plus fragile du groupe

Tooru Mutsuki semble beaucoup moins à l’aise au combat que les autres Quinckes.

Son passé est lourd, son rapport aux goules profondément marqué et sa manière de vivre sa propre identité est complexe.

Au début, Mutsuki manque notamment de maîtrise face au sang et aux situations dangereuses. Haise essaie donc de lui apporter la sécurité qu’il aurait lui-même aimé posséder.

Seulement, Tokyo Ghoul n’a jamais été un univers très généreux avec les personnages fragiles.

Le parcours de Mutsuki devient progressivement l’un des plus sombres de :re. Sui Ishida travaille encore une fois sur ce qui arrive lorsqu’un traumatisme enfoui n’est jamais réellement traité et finit par trouver une autre manière de sortir.

Haise traite les Quinckes comme une famille avant de comprendre pourquoi il en avait autant besoin

L’une des différences les plus touchantes avec la première série vient du rôle de Haise.

Kaneki cherchait constamment quelqu’un capable de lui apprendre où était sa place. Haise, lui, commence :re en devenant directement celui qui doit prendre soin des autres.

Il cuisine pour les Quinckes, surveille leur progression et s’inquiète lorsqu’ils prennent des risques.

Cette petite famille bricolée donne beaucoup de chaleur aux premiers volumes.

Mais elle rend également le conflit intérieur de Haise beaucoup plus cruel. Retrouver son passé pourrait lui rendre quelque chose d’essentiel. Pourtant, il possède désormais des personnes qui ne connaissent que Sasaki.

Pour lui, la mémoire n’est donc pas simplement une réponse à chercher. Elle peut aussi menacer tout ce qu’il vient enfin de construire.

Akira Mado se retrouve de l’autre côté de la relation maître-élève

Akira Mado revient avec davantage de responsabilités au CCG.

Elle encadre notamment Haise, après avoir elle-même été formée dans un univers où les goules représentaient avant tout des cibles à éliminer.

Or son nouvel élève est précisément un être qui ne rentre plus dans cette séparation confortable.

La relation entre Akira et Haise fonctionne parce qu’elle contient beaucoup de non-dits. Elle doit travailler avec quelqu’un dont l’existence aurait semblé impossible quelques années auparavant.

Et Haise, qui cherche désespérément des repères, s’attache profondément aux personnes qui lui ont donné une nouvelle vie.

Sui Ishida remet ainsi plusieurs personnages de Tokyo Ghoul dans des positions différentes et observe ce que cela change chez eux.

Arima n’a jamais eu besoin de beaucoup parler pour être terrifiant

Kisho Arima était déjà une légende du CCG dans Tokyo Ghoul.

Dans :re, sa relation avec Haise prend une importance beaucoup plus grande.

Arima est l’inspecteur que presque tout le CCG admire. Calme, incroyablement efficace et pratiquement imbattable, il possède cette manière peu rassurante de donner l’impression qu’un combat est terminé avant même d’avoir commencé.

Haise le respecte profondément et le considère comme l’un de ses principaux repères.

Seulement, plus l’histoire avance, plus le lecteur comprend que la place d’Arima dans ce monde ne se résume absolument pas à celle du meilleur chasseur de goules.

Et lorsque Sui Ishida commence enfin à ouvrir ce dossier, plusieurs certitudes installées depuis la première série prennent un sacré coup.

L’enquête sur Torso montre tout de suite que :re n’a pas abandonné l’ambiance policière

Les premiers volumes s’intéressent notamment à Torso, une goule recherchée pour des meurtres particulièrement inquiétants.

Cette enquête permet d’installer le nouveau fonctionnement du manga.

Nous suivons désormais les inspecteurs pendant qu’ils recueillent des informations, identifient des habitudes et remontent progressivement jusqu’aux goules recherchées.

Les Quinckes ajoutent cependant un problème inédit : ceux qui enquêtent ressemblent biologiquement de plus en plus à ceux qu’ils chassent.

Et Haise lui-même peut comprendre certaines choses que des inspecteurs humains ne ressentiraient jamais.

Le CCG vient donc de créer une excellente arme. Il a simplement oublié que donner aux chasseurs une partie de la nature de leur proie risquait aussi de modifier leur manière de regarder la chasse.

L’opération des enchères remet Juuzou Suzuya au premier plan

Juuzou Suzuya revient évidemment dans :re, mais il n’est plus exactement le jeune inspecteur incontrôlable découvert dans la première série.

Il a pris de l’expérience, dirige désormais ses propres hommes et commence à montrer une forme de responsabilité que son ancien comportement aurait difficilement laissé prévoir.

L’arc des enchères de goules met particulièrement en valeur cette évolution.

La vente clandestine réunit plusieurs personnages connus et nouveaux dans un même endroit. Le CCG prépare une opération de grande ampleur tandis que les Quinckes doivent faire leurs preuves sur le terrain.

Ce genre d’arc résume très bien :re : Ishida installe une enquête, rassemble plusieurs camps, puis laisse tout le monde se croiser jusqu’à ce que la situation devienne beaucoup trop compliquée pour rester propre.

Toka n’a pas disparu : elle tient désormais un café au nom particulièrement bien choisi

Les lecteurs de la première série attendent évidemment de retrouver Toka Kirishima.

Sa réapparition est volontairement beaucoup plus calme qu’une grande entrée de combat.

Toka travaille désormais dans un café appelé :re.

Lorsque Haise entre dans cet endroit, quelque chose réagit en lui avant même qu’il puisse comprendre pourquoi. Une odeur de café suffit à réveiller une émotion qui n’appartient apparemment pas à sa nouvelle vie.

C’est l’un des beaux choix de Sui Ishida. Le passé de Kaneki ne revient pas uniquement sous forme de flashbacks ou de grosses révélations.

Il revient aussi par les sensations.

Un lieu, une personne ou une simple tasse peuvent produire davantage de dégâts dans la mémoire de Haise qu’une longue explication.

Tsukiyama vit particulièrement mal l’absence de son repas préféré

Shu Tsukiyama revient lui aussi, mais dans un état très différent du Gourmet théâtral de Tokyo Ghoul.

La disparition de Kaneki l’a profondément atteint.

Oui, l’homme qui voulait autrefois littéralement manger le héros finit par souffrir suffisamment de son absence pour que la situation devienne presque touchante. Tokyo Ghoul a parfois des relations difficiles à expliquer à quelqu’un qui passe juste devant l’étagère.

Lorsque Tsukiyama commence à reconnaître quelque chose de familier chez Haise, l’histoire prend évidemment une nouvelle direction.

Son retour permet surtout à Ishida de montrer combien la disparition de Kaneki a affecté ceux qui l’entouraient.

Haise possède une nouvelle vie. Pendant ce temps, l’ancienne n’a pas simplement attendu en pause.

Le manga fait constamment se percuter Haise Sasaki et Ken Kaneki

Le cœur de la première moitié de :re se trouve là.

Haise n’est pas un déguisement vide. Il possède de vrais souvenirs, des liens et une personnalité construite pendant les années passées au CCG.

Kaneki n’est pas non plus un fantôme extérieur qui chercherait simplement à prendre possession de son corps.

Les deux sont le même homme, séparé par une mémoire brisée et des expériences radicalement différentes.

Cette idée rend la question beaucoup plus intéressante que « quand Kaneki va-t-il revenir ? ».

Car s’il revient complètement, qu’advient-il de Sasaki ?

Et si Haise refuse définitivement ses souvenirs, que fait-il de toutes les personnes qui ont connu et aimé Kaneki ?

Sui Ishida oblige son personnage à comprendre qu’on ne peut pas toujours résoudre une identité en choisissant une moitié et en jetant l’autre.

L’Arbre Aogiri reste dans le paysage, mais le CCG lui-même devient de plus en plus suspect

Aogiri n’a évidemment pas disparu après Tokyo Ghoul. L’organisation continue ses activités et demeure une cible importante du CCG.

Pourtant, plus Haise progresse dans ses enquêtes, plus le manga commence à retourner le regard vers ceux qui donnent les ordres.

La famille Washu, l’histoire du CCG, les expériences, les demi-goules et certaines décisions prises depuis longtemps soulèvent de plus en plus de questions.

C’est là que :re prend une dimension supplémentaire.

Dans Tokyo Ghoul, Kaneki découvrait que les goules n’étaient pas toutes les monstres décrits par les humains. Dans :re, Haise découvre que l’institution chargée de protéger ces humains possède elle aussi des choses qu’elle préférerait garder dans l’ombre.

Nimura Furuta est drôle exactement assez longtemps pour devenir inquiétant

Nimura Furuta possède l’un des talents les plus dangereux de la série : il donne parfois l’impression d’être un personnage secondaire un peu étrange que personne ne devrait prendre très au sérieux.

Erreur.

Furuta sourit, plaisante et peut jouer les employés presque insignifiants.

Puis les pièces commencent à s’assembler.

Sui Ishida construit le personnage en utilisant justement ce décalage. Furuta paraît léger au milieu d’un univers très sombre, jusqu’au moment où l’on réalise que certaines de ses plaisanteries se produisent beaucoup trop près de choses absolument terrifiantes.

Et lorsqu’il devient clair qu’il possède ses propres projets pour Tokyo, le petit inspecteur bizarre des premiers passages change complètement de dimension.

Le Roi à l’Œil unique devient beaucoup plus qu’une légende de goules

Depuis la première série, plusieurs noms circulent autour des goules les plus puissantes : la Chouette, Aogiri, le fameux Roi à l’Œil unique.

:re commence enfin à relier ces éléments.

Mais là encore, Ishida évite la réponse la plus simple. Le titre de Roi ne concerne pas seulement le combattant le plus fort.

Il porte une idée politique : réunir des goules derrière une figure capable de changer l’équilibre avec les humains.

Cette question devient centrale lorsque Kaneki doit lui-même décider ce qu’il souhaite faire de la puissance qu’il a accumulée.

Survivre ne suffit plus. Il faut désormais choisir quel monde mérite d’exister après le combat.

La seconde moitié ne parle plus seulement de chasse aux goules

À mesure que les secrets tombent, le conflit change complètement d’échelle.

Les anciennes alliances éclatent. Des ennemis se retrouvent parfois du même côté. Le CCG lui-même traverse des bouleversements qui remettent en cause toute sa structure.

Et surtout, humains et goules ne peuvent plus continuer éternellement à répéter le même cycle.

La série revient alors à l’une des grandes idées de Tokyo Ghoul : les deux espèces se sont tellement habituées à regarder l’autre comme un monstre qu’elles ne savent presque plus imaginer une autre relation.

Kaneki représente depuis le début la preuve vivante que cette frontière n’est pas aussi nette.

Dans :re, cette particularité cesse enfin d’être uniquement son problème personnel. Elle devient un enjeu pour toute la ville.

Les Quinckes changent autant que leur mentor

Une des bonnes surprises de :re vient du fait que les Quinckes ne disparaissent pas lorsque l’histoire de Kaneki reprend davantage de place.

Urie, Saiko, Mutsuki et les autres continuent d’évoluer.

Leurs rapports changent. De nouveaux Quinckes apparaissent. Certains prennent des responsabilités que personne ne leur aurait confiées au premier tome.

Urie, en particulier, illustre parfaitement cette progression. L’inspecteur obsédé par sa carrière doit progressivement apprendre à regarder ceux qui l’entourent autrement.

Saiko révèle elle aussi que son manque d’enthousiasme initial ne disait absolument rien de la puissance ni de l’affection qu’elle était capable de développer.

Quand Haise crée cette famille au début, il ne sait pas encore qu’elle finira parfois par devoir avancer sans lui.

Le dessin de Sui Ishida devient encore plus libre dans :re

Visuellement, Tokyo Ghoul:re poursuit l’évolution déjà visible dans les derniers volumes de la première série.

Sui Ishida joue énormément avec les visages, les aplats noirs, les silhouettes et les compositions presque abstraites.

Les kagunes deviennent plus spectaculaires. Certains combats explosent littéralement sur la page. Pourtant, Ishida peut aussi arrêter toute cette violence sur un regard ou quelques cases presque silencieuses.

Ses couvertures sont particulièrement reconnaissables. Couleurs très vives, portraits déformés ou délicats et personnages rarement représentés comme dans une simple photo d’identité : chaque volume possède sa propre ambiance.

Le contraste avec le contenu est parfois formidable. Une couverture magnifique peut envelopper environ deux cents pages de personnages qui prennent des décisions absolument catastrophiques pour leur santé mentale.

Le « :re » du titre prend plusieurs sens au fil de l’histoire

Le choix du titre n’est pas simplement une façon d’ajouter un suffixe cool à Tokyo Ghoul.

:re apparaît directement dans l’univers comme le nom du café de Toka.

Mais le terme évoque aussi naturellement le retour, le recommencement ou la réponse. Des idées qui collent parfaitement au parcours de Haise.

Il recommence une vie. Il retrouve progressivement des personnes appartenant à son passé. Puis il doit décider s’il veut reproduire ce qui existait déjà ou construire autre chose.

La série entière fonctionne ainsi comme une seconde lecture de Tokyo Ghoul.

Les mêmes camps existent, mais le point de vue change. Certains ennemis deviennent compréhensibles. Certaines autorités deviennent nettement moins rassurantes.

16 tomes pour conclure toute l’histoire de Tokyo Ghoul

Tokyo Ghoul:re est une série complète en 16 tomes, écrite et dessinée par Sui Ishida.

La publication japonaise commence en 2014 dans le Weekly Young Jump et le seizième volume clôt définitivement cette seconde partie en 2018.

Glénat a publié l’intégralité en français entre 2016 et 2019.

Avec les 14 volumes de Tokyo Ghoul et les 16 volumes de Tokyo Ghoul:re, l’histoire principale forme donc un ensemble de 30 tomes.

Et les deux parties ont vraiment besoin l’une de l’autre. Tokyo Ghoul raconte comment Kaneki perd la vie qu’il connaissait. :re s’intéresse beaucoup plus à ce qu’il peut construire après avoir survécu à tout ce qui l’a brisé.

Le tome 16 ne s’arrête pas juste après le dernier combat

Le dernier volume est particulièrement généreux : l’édition japonaise compte plus de trois cents pages et va jusqu’au chapitre 179.

Sui Ishida prend ainsi le temps d’aller au-delà de la simple résolution du conflit.

C’est important pour une histoire qui a passé autant de temps à demander si humains et goules pouvaient vivre autrement.

Après toutes les enquêtes, les tortures, les masques, les quinques et les kagunes, il fallait bien finir par regarder ce qui reste lorsque les personnages cessent enfin de se battre.

Et après trente volumes passés dans ce Tokyo-là, avoir quelques réponses sur l’avenir de ses habitants paraît presque luxueux.

Pourquoi commencer Tokyo Ghoul:re ?

Parce que :re ne se contente pas d’ajouter seize tomes après une série populaire.

Sui Ishida retourne complètement son propre univers. Le lecteur commence du côté du CCG, découvre les Quinckes et s’attache à Haise avant que l’histoire ne fasse remonter tout ce que Tokyo Ghoul avait laissé derrière elle.

Urie, Shirazu, Saiko et Mutsuki donnent une nouvelle dynamique au récit. Arima et Akira prennent davantage d’importance. Toka, Tsukiyama, Hinami et les autres reviennent dans des positions différentes.

Puis les questions deviennent beaucoup plus grandes : qui contrôle réellement le CCG ? Que représente le Roi à l’Œil unique ? Jusqu’où peut-on continuer à séparer humains et goules lorsque tant de personnages se trouvent désormais entre les deux ?

Si vous avez aimé la première série pour son ambiguïté morale, Tokyo Ghoul:re pousse cette idée encore plus loin. Les chasseurs utilisent les pouvoirs des goules. Les anciennes certitudes s’effondrent. Et Kaneki doit finalement décider ce qu’il veut faire de cette place impossible entre deux mondes.

Une seule chose est sûre : si vous entrez dans un café et qu’une simple tasse vous donne soudain l’impression d’avoir oublié vingt ans de votre vie, ne commandez peut-être pas immédiatement la deuxième. Haise a testé, et la mémoire revient parfois avec l’addition.

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Tokyo Ghoul:re est la suite directe de Tokyo Ghoul, complète en 16 tomes. Sui Ishida place d’abord le lecteur aux côtés de Haise Sasaki et des Quinckes du CCG avant de reconnecter progressivement cette nouvelle vie aux blessures et aux personnages de la première série. Un dernier conseil : si quelqu’un vous affirme qu’il ne se souvient absolument pas de ses vingt premières années mais qu’il prépare d’excellents repas pour quatre inspecteurs capables de sortir un kagune, évitez de lui organiser une fête surprise sur le thème de son passé.