Time Shadows
Time Shadows : Shinpei revient pour un enterrement et se fait tuer avant d’avoir compris qui copie les habitants de son île
Dans le manga Time Shadows, Shinpei Ajiro revient sur l’île de son enfance après deux années d’absence. Son amie d’enfance Ushio Kofune vient de mourir en mer en tentant de sauver une petite fille. Il rentre donc à Hitogashima pour assister à ses funérailles et retrouver Mio, la sœur cadette d’Ushio, Sô Hishigata et les autres habitants qu’il connaît depuis toujours.
Seulement, la mort d’Ushio présente rapidement des détails inquiétants.
Une autopsie a été demandée. Sô soupçonne un homicide. De son côté, Mio raconte une vieille histoire de l’île : celui qui voit son propre « ombre » mourra peu après.
Puis Shinpei aperçoit des choses qui ne devraient pas exister.
Enfin, lui et Mio sont assassinés par un double de cette dernière.
Fin de l’enquête.
Ou presque.
Shinpei rouvre les yeux sur le bateau qui l’amène vers Hitogashima, le 22 juillet, avant les événements qu’il vient de vivre.
Il se souvient de sa mort.
Cette fois, il sait aussi qu’une personne familière peut parfaitement être autre chose qu’une personne familière.
Shinpei possède une qualité très pratique quand on revit plusieurs fois la même catastrophe : il réfléchit
Un héros capable de revenir dans le temps pourrait facilement passer son existence à foncer jusqu’à trouver la bonne combinaison.
Shinpei fonctionne autrement.
Il a l’habitude de prendre mentalement du recul et d’observer sa propre situation comme s’il la regardait de l’extérieur. Cette capacité à se « mettre en vue plongeante » devient essentielle lorsqu’il comprend qu’il est pris dans une boucle temporelle.
Chaque mort apporte une information.
Une conversation peut être rejouée différemment. Un trajet permet de vérifier une hypothèse. Un détail aperçu trop tard lors d’une première boucle peut devenir l’objectif principal de la suivante.
Cependant, Time Shadows ne transforme jamais le retour dans le passé en sauvegarde illimitée sans conséquence.
Shinpei ne peut pas simplement se suicider cinquante fois jusqu’à obtenir le résultat parfait.
Et plus il comprend les règles de son pouvoir, moins mourir ressemble à une solution confortable.
Le point de retour avance : chaque nouvelle boucle peut donc supprimer définitivement une possibilité
C’est l’une des meilleures idées du manga.
Lorsque Shinpei meurt, son point de départ ne reste pas éternellement fixé au même instant.
Il se décale progressivement vers l’avant.
Ainsi, certaines erreurs deviennent impossibles à corriger après un certain nombre de boucles. Si un événement dramatique se produit avant le nouveau point de retour, Shinpei ne pourra plus simplement remonter suffisamment loin pour l’empêcher.
La mécanique change totalement la tension.
Au début, mourir permet d’obtenir une deuxième chance.
Ensuite, chaque mort consomme aussi une partie du passé accessible.
Et lorsque les ennemis finissent par comprendre le fonctionnement de la boucle, ils peuvent commencer à réfléchir exactement comme lui.
Le bouton « recommencer » devient donc progressivement un compte à rebours.
Les Ombres ne sont pas seulement des sosies un peu inquiétants
L’île possède depuis longtemps une légende autour de la maladie des Ombres.
On raconte qu’une personne qui voit son double est condamnée.
Shinpei découvre assez vite qu’il ne s’agit pas uniquement d’une superstition inventée pour effrayer les enfants.
Les Ombres peuvent prendre l’apparence d’êtres humains.
Elles reproduisent suffisamment bien leurs modèles pour rendre une question très simple particulièrement désagréable : la personne qui se tient devant vous est-elle encore celle que vous connaissez ?
Un village entier devient alors un terrain idéal pour un thriller paranoïaque.
Tout le monde se connaît.
Justement.
Si votre voisin agit bizarrement, vous le remarquez.
Mais lorsque son double connaît son visage, sa voix et suffisamment de choses pour jouer son rôle, le doute arrive beaucoup plus vite que la certitude.
Mio est encore en train d’encaisser la mort de sa sœur quand son propre double commence à se promener sur l’île
Mio Kofune est la petite sœur d’Ushio.
Elle essaie de rester énergique malgré les funérailles et le retour de Shinpei. Cependant, la disparition de sa sœur pèse évidemment sur elle.
Puis apparaît une autre Mio.
Pas une sœur jumelle cachée.
Une Ombre.
La copie possède le même visage mais absolument pas les mêmes intentions.
Cette opposition fonctionne particulièrement bien parce que Mio représente l’un des points d’ancrage les plus familiers de Shinpei sur l’île.
Quand même son visage peut devenir celui d’un prédateur, plus personne ne paraît totalement sûr.
Et Yasuki Tanaka sait parfaitement profiter du contraste entre la vraie Mio, spontanée et attachante, et cette silhouette identique capable de devenir glaciale en une case.
Ushio est morte avant le premier chapitre, pourtant elle refuse assez vite de rester absente de l’histoire
Tout commence par sa mort.
Ushio Kofune s’est noyée en essayant de sauver Shiori Kobayakawa.
Elle était l’amie d’enfance de Shinpei, mais aussi pratiquement sa famille : après la mort de ses parents, il a été recueilli par Alain Kofune et a grandi aux côtés d’Ushio et Mio.
Son absence devrait donc rester au centre du deuil.
Seulement, Shinpei entend sa voix.
Puis une Ushio apparaît alors que l’originale est censée être morte.
À partir de là, le manga complique merveilleusement la notion de copie.
Toutes les Ombres ne semblent pas vouloir la même chose.
Et lorsque l’une d’elles commence elle-même à chercher ce qu’elle est réellement, la frontière entre humain et imitation devient nettement moins confortable.
Le duo Shinpei-Ushio change complètement la logique habituelle d’une histoire de boucle temporelle
Yasuki Tanaka a expliqué qu’il voulait précisément arriver à ce moment.
Dans beaucoup d’histoires de boucle, une seule personne conserve la connaissance des événements précédents.
Time Shadows finit par casser ce confort.
Shinpei peut compter sur Ushio comme véritable partenaire dans la boucle.
Du coup, les plans deviennent plus riches.
Deux personnages peuvent comparer leurs informations.
L’un peut agir pendant que l’autre vérifie une piste.
Et surtout, Shinpei n’est plus forcément condamné à convaincre encore et encore quelqu’un qui a oublié tout ce qu’ils avaient découvert ensemble.
L’auteur considérait d’ailleurs la fin du deuxième volume comme un moment particulièrement important : c’est là que plusieurs éléments préparés depuis le début commencent enfin à s’emboîter.
Après ça, la partie vient vraiment de commencer.
Hizuru Minakata arrive sur l’île avec des lunettes, une valise et beaucoup plus d’informations que Shinpei
Au milieu des voyageurs présents sur le bateau se trouve Hizuru Minakata.
Grande, vêtue d’un costume et portant de longs cheveux noirs, elle revient sur Hitogashima après quatorze années d’absence.
Son retour n’a rien d’une visite touristique.
Hizuru connaît les Ombres.
Elle sait qu’elles sont dangereuses.
Et contrairement à Shinpei lors de sa première journée, elle est venue préparée à les affronter.
Ses méthodes passent notamment par une arme dont la discrétion reste assez relative : un énorme marteau.
Face à des créatures capables d’aplatir leur corps en une forme sombre, frapper fort avec une grande surface possède finalement une certaine logique.
On a vu des plans plus compliqués.
Pas forcément plus efficaces.
Le marteau de Hizuru vient aussi d’une réflexion très concrète sur la manière de frapper une Ombre
L’arme n’a pas été choisie uniquement parce qu’une femme élégante avec un immense marteau donne une bonne silhouette.
L’équipe créative cherchait une manière visuelle de combattre un ennemi capable de devenir presque plat.
Un choc écrasant convenait donc particulièrement bien.
L’idée colle aussi à la manière dont Time Shadows construit son action.
Les personnages ne débloquent pas soudainement une attaque nommée parce que le combat dure depuis trop longtemps.
Ils cherchent ce qui fonctionne contre l’ennemi qu’ils ont devant eux.
Une connaissance supplémentaire peut parfois être plus utile qu’une arme supplémentaire.
Évidemment, si on peut avoir la connaissance et un énorme marteau, Hizuru semble considérer qu’il n’y a aucune raison de choisir.
Ryûnosuke rend Hizuru encore plus étrange qu’elle ne le paraissait déjà
Hizuru n’est pas seule dans sa propre tête.
Son frère jumeau Ryûnosuke est mort sur l’île quatorze ans auparavant.
Pourtant, sa personnalité et ses souvenirs existent toujours en elle.
Selon les situations, Ryûnosuke peut utiliser le corps de sa sœur pour combattre.
Ce détail ouvre toute une partie du passé de Hitogashima.
Que s’est-il réellement passé quatorze ans auparavant ?
Pourquoi Ryûnosuke est-il mort ?
Que sait Hizuru des Ombres ?
Et surtout, quel lien cette histoire entretient-elle avec Heine, cette mystérieuse jeune fille en kimono que les Ombres appellent leur mère ?
Plus Shinpei remonte le fil, plus l’affaire cesse de concerner uniquement la mort récente d’Ushio.
Nezu ressemble d’abord à un vieux chasseur peu sociable, ce qui est plutôt pratique lorsqu’on a besoin d’un tireur
Ginjiro Nezu vit sur Hitogashima et se promène avec un fusil.
Ce n’est pas uniquement une excentricité locale.
Il connaît lui aussi l’existence des Ombres et travaille avec Hizuru.
Nezu apporte quelque chose d’important au groupe : l’expérience.
Shinpei comprend rapidement les problèmes, mais il vient seulement de découvrir leur existence.
Nezu, lui, sait déjà ce qu’une Ombre peut faire et comment certains affrontements risquent de tourner.
En plus, un tireur capable de couvrir une zone à distance devient particulièrement utile lorsque l’ennemi peut prendre l’apparence de quelqu’un que vous connaissez.
Se rapprocher pour vérifier n’est pas toujours la meilleure méthode.
Enfin un problème que les jumelles maléfiques peuvent résoudre en faveur des introvertis.
Sô Hishigata n’est pas seulement le meilleur ami chargé d’attendre que le héros lui raconte tout
Sô était présent lors de l’accident qui a coûté la vie à Ushio.
Fils du directeur de l’unique hôpital de l’île, il veut devenir médecin et remarque lui-même que la mort de la jeune fille présente des éléments suspects.
Lorsque Shinpei commence à comprendre ce qui se passe, Sô ne reste pas éternellement à l’écart.
Son lien avec l’hôpital Hishigata devient même de plus en plus important.
En parallèle, sa sœur Tokiko cache des choses que Mio et lui sont loin d’imaginer.
Le manga utilise ainsi très bien les familles de l’île.
Les secrets ne sont jamais seulement cachés derrière une porte mystérieuse située au sommet d’une montagne.
Ils peuvent être dans l’hôpital du père de votre meilleur ami.
C’est tout de suite moins pratique pour les repas de famille.
L’hôpital Hishigata et la grotte de Hiruko font basculer l’enquête vers quelque chose de beaucoup plus ancien
À mesure que les boucles progressent, Shinpei et ses alliés découvrent que l’île cache un véritable réseau de secrets.
Les sous-sols de l’hôpital Hishigata prennent une importance particulière.
Plus loin, la grotte de Hiruko ramène l’enquête vers les croyances et l’histoire de Hitogashima.
Le manga passe alors très naturellement d’un thriller autour d’un double meurtrier à quelque chose de beaucoup plus vaste.
Qui nourrit les Ombres ?
Pourquoi certaines familles connaissent-elles leur existence ?
Que représente exactement Hiruko ?
Et depuis combien de temps les habitants vivent-ils avec ce problème ?
Le mystère ne s’ajoute pas artificiellement à chaque tome : les nouvelles réponses changent le sens des indices précédents.
C’est le genre de série où un détail banal du début peut soudain redevenir très intéressant cinq volumes plus tard.
Heine ne se contente pas d’attendre que Shinpei trouve enfin la bonne boucle
Une histoire de voyage temporel devient beaucoup plus dangereuse lorsque l’adversaire comprend ce qui se passe.
Heine n’est pas un boss immobile que Shinpei pourrait étudier tranquillement à chaque tentative.
Elle observe.
Elle apprend.
Plus tard, elle comprend même que le point de départ des boucles de Shinpei se déplace.
Dès lors, une nouvelle stratégie devient possible : provoquer sa mort de manière à pousser sa sauvegarde temporelle toujours plus près d’un point où il n’aura plus le temps de changer l’issue.
La chasse change alors de sens.
Shinpei exploitait sa connaissance du futur.
Désormais, l’ennemi peut exploiter son pouvoir contre lui.
Quand les monstres commencent à comprendre les règles du jeu aussi bien que le joueur, la difficulté monte assez vite.
Shide apporte exactement le genre de problème qu’un plan soigneusement préparé déteste
Parmi les adversaires apparaît aussi une imposante Ombre à quatre bras.
Shinpei et ses alliés finissent par l’identifier sous le nom de Shide.
Il est puissant, rapide et beaucoup plus difficile à neutraliser qu’une Ombre ordinaire.
Surtout, il ne se comporte pas comme une simple créature guidée par l’instinct.
Face à lui, le groupe doit revoir plusieurs fois ses certitudes.
À mesure que l’histoire avance, le rôle de Shide se lie aux secrets les plus anciens de l’île et à Masahito Karikiri, le responsable du sanctuaire Hito.
Tanaka conserve longtemps suffisamment de zones d’ombre pour éviter de révéler immédiatement comment toutes les pièces sont reliées.
Et quand un homme apparemment ordinaire commence à poser davantage de questions après avoir perdu la tête, on peut considérer que l’enquête a quitté depuis longtemps le commissariat local.
Le festival d’été aurait pu être le moment où tout le monde souffle un peu
Hitogashima possède les images parfaites d’un été japonais.
La mer.
Les vélos.
Les petits restaurants.
Le sanctuaire.
Puis arrive le festival d’été, ses lumières et ses feux d’artifice.
Évidemment, Yasuki Tanaka choisit précisément ce décor pour faire monter l’horreur.
L’auteur a d’ailleurs cité le climax du deuxième tome autour du festival parmi ses passages préférés à dessiner.
Il expliquait s’être tellement laissé emporter pendant la réalisation des planches qu’il travaillait presque en criant avec Shinpei.
Le contraste entre la beauté de la nuit d’été et ce qui se passe réellement sur l’île résume parfaitement Time Shadows.
On peut avoir envie d’y passer ses vacances.
Après quelques chapitres, on vérifie quand même l’horaire du dernier bateau.
Hitogashima est fictive, mais l’île possède un modèle très réel dans la région de Wakayama
Yasuki Tanaka est lui-même originaire de Wakayama.
L’île de son manga s’inspire directement de Tomogashima, un véritable ensemble insulaire situé au large de la ville.
La municipalité de Wakayama assume aujourd’hui pleinement ce lien.
Plusieurs lieux réels rappellent même des scènes de la série, notamment des quais, des chemins, des paysages côtiers et les anciennes installations militaires présentes sur Tomogashima.
Cela explique pourquoi l’île paraît aussi crédible.
Les rues ne donnent pas l’impression d’un décor générique construit uniquement pour permettre aux personnages de courir jusqu’à la prochaine scène.
On sent une géographie, des distances et des habitudes locales.
Pour une histoire où savoir combien de temps prend un déplacement peut décider d’une boucle entière, c’est particulièrement utile.
Tanaka voulait depuis longtemps dessiner une histoire située dans sa région natale
L’auteur a raconté qu’il souhaitait depuis longtemps utiliser Wakayama comme décor.
Le choix d’une petite île apporte ensuite quelque chose d’essentiel au thriller : il n’existe pas cinquante sorties.
La mer enferme les personnages.
Tout le monde connaît tout le monde.
Un ferry possède des horaires.
Certains chemins deviennent obligatoires.
Et lorsque quelque chose rôde sur l’île, partir en courant tout droit finit assez rapidement dans l’eau.
Tanaka associe aussi cet isolement à un folklore local et à une ambiance de croyance ancienne.
Le résultat mélange alors deux sensations très différentes : la chaleur familière d’un village natal et la peur très simple de découvrir que cet endroit que vous connaissez depuis l’enfance cache quelque chose sous sa surface.
Les Ombres ont été pensées comme un phénomène presque numérique, pas comme de simples métamorphes folkloriques
C’est l’une des anecdotes les plus intéressantes sur la création du manga.
Yasuki Tanaka ne voulait pas seulement imaginer une créature qui « se transforme » en humain.
Dans son esprit, l’Ombre scanne sa cible, analyse sa structure puis la reconstitue.
Le fameux aspect parasité et presque pixelisé des Ombres vient de cette idée.
Au départ, leur apparence devait être plus organique.
Finalement, l’auteur préfère un effet proche d’une image numérique corrompue parce qu’il correspond mieux au versant science-fiction du récit.
Ce choix explique également le titre japonais, Summer Time Rendering.
Le mot « rendering » vient notamment de l’informatique : un système calcule et produit une image.
Shinpei observe et « rend » cet été encore et encore, tandis que les Ombres reproduisent elles-mêmes les êtres humains.
Tout à coup, le titre devient beaucoup moins décoratif.
L’idée de la boucle temporelle n’était même pas présente sous cette forme au tout début
Tanaka a expliqué qu’un simple mot aperçu dans un article consacré à un jeu indépendant avait déclenché quelque chose : « loop ».
À partir de là, les idées ont commencé à s’emboîter.
L’auteur ne considère d’ailleurs pas son scénario comme une structure qu’il doit protéger coûte que coûte contre toute modification.
Lorsqu’une nouvelle idée lui paraît clairement meilleure, il préfère ajuster son plan.
C’est aussi pour cette raison que Time Shadows change progressivement de genre.
Les premiers chapitres ressemblent à un mystère horrifique.
Puis la boucle temporelle prend le dessus.
Ensuite arrivent l’enquête collective, la science-fiction et des affrontements beaucoup plus physiques.
La série ne reste donc jamais douze tomes à demander uniquement « qui est une Ombre ? ».
Une fois la réponse trouvée, elle cherche immédiatement une question plus dangereuse.
Les influences de Tanaka vont des romans policiers aux jeux d’horreur
L’auteur aime profondément les récits de mystère.
Il a notamment évoqué ses lectures de Natsuhiko Kyogoku et de la série Kindaichi Kosuke de Seishi Yokomizo parmi les œuvres ayant nourri sa manière d’aborder les énigmes et les croyances locales.
Les jeux et romans d’horreur comptent également beaucoup.
Tanaka apprécie particulièrement l’association entre folklore japonais, espace fermé et menace surnaturelle.
D’ailleurs, les créatures liées à la mer et certaines formes monstrueuses évoquent volontairement une peur humide, presque lovecraftienne.
Mais l’auteur évite de transformer la série en concours de viscères.
Il a expliqué avoir volontairement limité le gore explicite.
Une Ombre peut tuer de façon très brutale sans que chaque scène se transforme en page anatomique.
L’ambiance reste sombre.
Le lecteur peut néanmoins déjeuner en même temps.
Enfin, normalement.
Yasuki Tanaka dessinait Time Shadows presque entièrement seul
Voilà une information qui devient assez impressionnante lorsqu’on regarde la quantité de décors.
Lors d’une interview pendant la publication, Tanaka expliquait réaliser lui-même le dessin, y compris les arrière-plans, sans l’équipe d’assistants que l’on imagine souvent derrière une série hebdomadaire.
Les routes, les maisons, le port, les escaliers, la végétation et les intérieurs ne sont pourtant pas secondaires.
Ils participent directement à la compréhension des boucles.
Le lecteur doit savoir où se trouvent les personnages.
Une ruelle aperçue dans une première boucle peut devenir importante dans la suivante.
Un bâtiment possède un accès, une sortie et parfois quelque chose de nettement moins sympathique au sous-sol.
La précision du décor sert donc autant le suspense que l’ambiance.
Quand on dessine soi-même chaque endroit où ses personnages vont mourir, autant savoir où se trouvent les portes.
Avant Time Shadows, Tanaka avait même travaillé dans le studio de Hirohiko Araki
Le parcours de Yasuki Tanaka contient une autre belle anecdote.
Avant ses propres séries, il a travaillé comme assistant dans le studio de Hirohiko Araki, l’auteur de JoJo’s Bizarre Adventure.
Il obtient ensuite sa propre publication dans le Weekly Shonen Jump avec Hitomi no Catoblepas.
Time Shadows arrive plus tard sur Shonen Jump+, où le format numérique lui permet de développer son thriller sur la durée.
Ce parcours aide peut-être à comprendre pourquoi la série peut passer d’une enquête silencieuse à un affrontement franchement spectaculaire sans avoir l’impression de changer complètement de manga.
Tanaka aime le mystère.
Mais lorsqu’il faut frapper une Ombre avec un marteau ou déclencher une bataille dans un gymnase, il ne se fait pas spécialement prier.
La série a été publiée sur Shonen Jump+ entre 2017 et 2021
Summer Time Rendering débute au Japon en octobre 2017 sur Shonen Jump+.
La publication s’achève en février 2021.
Shueisha rassemble ensuite l’histoire en 13 volumes.
En France, Kana publie la série sous le titre Time Shadows dans sa collection Dark Kana à partir de juin 2019.
L’édition française atteint elle aussi son terme avec le tome 13, paru en avril 2022.
L’histoire possède donc une véritable fin.
Et dans une série où chaque chapitre peut modifier le passé, promettre au lecteur qu’un dernier tome existe constitue une information particulièrement agréable.
Les treize volumes forment l’intégralité du récit principal de Shinpei, Ushio et Hitogashima.
L’anime a fait un choix assez rare : raconter les 13 tomes jusqu’au bout en 25 épisodes
L’adaptation animée de Summer Time Rendering débute en 2022.
Elle est réalisée par Ayumu Watanabe, avec Hiroshi Seko à la composition de la série et une animation produite par OLM.
Surtout, le projet annonce dès le départ son intention de couvrir l’histoire entière.
Les 25 épisodes, diffusés sur deux cours consécutifs, vont jusqu’à la conclusion du manga.
Ce point compte beaucoup pour un thriller à énigme.
On n’arrive pas au dernier épisode avec Shinpei regardant une mystérieuse porte pendant qu’un carton annonce « peut-être une saison 2 un jour ».
L’anime peut donc construire ses révélations et ses boucles en sachant exactement où il va.
Pour une fois, le vrai voyage temporel consiste surtout à trouver vingt-cinq épisodes disponibles pour enchaîner la série sans dormir.
Le réalisateur de l’anime a lui-même eu du mal à ranger Time Shadows dans une seule case
Ayumu Watanabe décrivait l’œuvre avec une formule assez parlante : un mélange de suspense insulaire, action, émotion et histoire d’amour.
C’est exactement ce qui rend la série difficile à résumer après quelques tomes.
Le premier volume peut faire croire à un thriller fantastique.
Ensuite, la mécanique temporelle devient centrale.
Plus tard, les combats prennent davantage de place.
Pourtant, la relation entre Shinpei et Ushio reste importante jusqu’au bout.
Les liens familiaux de Mio, Hizuru ou Sô comptent également.
Par conséquent, Time Shadows ne repose jamais uniquement sur son « truc » de boucle temporelle.
Si les personnages n’avaient rien à sauver, remonter dans le temps serait simplement un exercice de logique.
Le parler de Wakayama fait lui aussi partie de l’identité de l’histoire
Le décor ne repose pas uniquement sur les paysages.
Tanaka utilise également des tournures et une manière de parler liées à sa région natale.
L’adaptation animée a même demandé un vrai travail aux comédiens pour restituer cette couleur locale.
Ce choix évite à Hitogashima de devenir « petite île japonaise numéro 17 ».
Les personnages appartiennent réellement au lieu.
Shinpei, qui a vécu ailleurs pendant deux ans, revient donc dans un environnement qu’il connaît intimement tout en le regardant avec une légère distance.
C’est exactement la bonne position pour le lecteur.
Tout paraît familier à Shinpei, mais quelque chose ne colle plus.
Et dans Time Shadows, lorsqu’un détail semble légèrement faux, il vaut mieux éviter de le ranger dans la catégorie « sûrement rien ».
Pourquoi commencer Time Shadows ?
Parce que le manga réussit à faire quelque chose de difficile avec les boucles temporelles : il impose des règles suffisamment dures pour empêcher le héros de tricher avec son propre pouvoir.
Shinpei peut revenir.
Cependant, son point de sauvegarde avance.
Les Ombres apprennent.
Ses ennemis peuvent anticiper ses plans.
Et certaines pertes deviennent progressivement impossibles à annuler.
Ensuite, Yasuki Tanaka ajoute un vrai mystère.
Pourquoi Ushio est-elle morte ?
Que sont exactement les Ombres ?
Pourquoi certaines personnes de l’île semblent-elles déjà connaître leur existence ?
Que s’est-il passé quatorze ans plus tôt ?
Enfin, lorsque suffisamment de réponses sont connues, la série ne traîne pas artificiellement l’enquête. Elle accélère et transforme l’information accumulée en stratégie.
Treize tomes, et très peu de temps pour s’ennuyer entre deux boucles
Time Shadows est complet en 13 tomes.
C’est suffisamment long pour construire Hitogashima, ses familles, son folklore et les règles du voyage temporel sans demander quarante volumes pour révéler ce qu’est une Ombre.
Le rythme évolue aussi en permanence.
Une boucle peut servir à enquêter.
La suivante devient une opération de sauvetage.
Plus tard, le groupe utilise ce qu’il sait pour préparer directement un affrontement.
Et puisque les antagonistes finissent par connaître certaines cartes de Shinpei, les anciennes stratégies ne restent jamais valables très longtemps.
Le manga convient donc particulièrement aux lecteurs qui aiment les thrillers, les mystères à indices, la science-fiction temporelle et les personnages obligés de réfléchir pendant que quelque chose essaie de les tuer.
Le décor d’été apporte le contraste parfait.
Mer bleue, cigales, festival, petits chemins entre les maisons.
Magnifique.
Mais si quelqu’un qui vous ressemble exactement sort de derrière un arbre, ne perdez pas votre temps à demander s’il est de la famille.
Courez.
Lire plus
Time Shadows est le thriller complet en 13 tomes de Yasuki Tanaka, entre doubles meurtriers, folklore insulaire et boucles temporelles dont le point de retour avance à chaque nouvelle tentative. Un dernier conseil : si vous arrivez sur une petite île et qu’un habitant vous explique que voir votre propre double porte malheur, ne cherchez pas à faire un selfie avec lui pour vérifier. À Hitogashima, personne n’a jamais amélioré sa journée comme ça.
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Time Shadows : Shinpei revient pour un enterrement et se fait tuer avant d’avoir compris qui copie les habitants de son île
Dans le manga Time Shadows, Shinpei Ajiro revient sur l’île de son enfance après deux années d’absence. Son amie d’enfance Ushio Kofune vient de mourir en mer en tentant de sauver une petite fille. Il rentre donc à Hitogashima pour assister à ses funérailles et retrouver Mio, la sœur cadette d’Ushio, Sô Hishigata et les autres habitants qu’il connaît depuis toujours.
Seulement, la mort d’Ushio présente rapidement des détails inquiétants.
Une autopsie a été demandée. Sô soupçonne un homicide. De son côté, Mio raconte une vieille histoire de l’île : celui qui voit son propre « ombre » mourra peu après.
Puis Shinpei aperçoit des choses qui ne devraient pas exister.
Enfin, lui et Mio sont assassinés par un double de cette dernière.
Fin de l’enquête.
Ou presque.
Shinpei rouvre les yeux sur le bateau qui l’amène vers Hitogashima, le 22 juillet, avant les événements qu’il vient de vivre.
Il se souvient de sa mort.
Cette fois, il sait aussi qu’une personne familière peut parfaitement être autre chose qu’une personne familière.
Shinpei possède une qualité très pratique quand on revit plusieurs fois la même catastrophe : il réfléchit
Un héros capable de revenir dans le temps pourrait facilement passer son existence à foncer jusqu’à trouver la bonne combinaison.
Shinpei fonctionne autrement.
Il a l’habitude de prendre mentalement du recul et d’observer sa propre situation comme s’il la regardait de l’extérieur. Cette capacité à se « mettre en vue plongeante » devient essentielle lorsqu’il comprend qu’il est pris dans une boucle temporelle.
Chaque mort apporte une information.
Une conversation peut être rejouée différemment. Un trajet permet de vérifier une hypothèse. Un détail aperçu trop tard lors d’une première boucle peut devenir l’objectif principal de la suivante.
Cependant, Time Shadows ne transforme jamais le retour dans le passé en sauvegarde illimitée sans conséquence.
Shinpei ne peut pas simplement se suicider cinquante fois jusqu’à obtenir le résultat parfait.
Et plus il comprend les règles de son pouvoir, moins mourir ressemble à une solution confortable.
Le point de retour avance : chaque nouvelle boucle peut donc supprimer définitivement une possibilité
C’est l’une des meilleures idées du manga.
Lorsque Shinpei meurt, son point de départ ne reste pas éternellement fixé au même instant.
Il se décale progressivement vers l’avant.
Ainsi, certaines erreurs deviennent impossibles à corriger après un certain nombre de boucles. Si un événement dramatique se produit avant le nouveau point de retour, Shinpei ne pourra plus simplement remonter suffisamment loin pour l’empêcher.
La mécanique change totalement la tension.
Au début, mourir permet d’obtenir une deuxième chance.
Ensuite, chaque mort consomme aussi une partie du passé accessible.
Et lorsque les ennemis finissent par comprendre le fonctionnement de la boucle, ils peuvent commencer à réfléchir exactement comme lui.
Le bouton « recommencer » devient donc progressivement un compte à rebours.
Les Ombres ne sont pas seulement des sosies un peu inquiétants
L’île possède depuis longtemps une légende autour de la maladie des Ombres.
On raconte qu’une personne qui voit son double est condamnée.
Shinpei découvre assez vite qu’il ne s’agit pas uniquement d’une superstition inventée pour effrayer les enfants.
Les Ombres peuvent prendre l’apparence d’êtres humains.
Elles reproduisent suffisamment bien leurs modèles pour rendre une question très simple particulièrement désagréable : la personne qui se tient devant vous est-elle encore celle que vous connaissez ?
Un village entier devient alors un terrain idéal pour un thriller paranoïaque.
Tout le monde se connaît.
Justement.
Si votre voisin agit bizarrement, vous le remarquez.
Mais lorsque son double connaît son visage, sa voix et suffisamment de choses pour jouer son rôle, le doute arrive beaucoup plus vite que la certitude.
Mio est encore en train d’encaisser la mort de sa sœur quand son propre double commence à se promener sur l’île
Mio Kofune est la petite sœur d’Ushio.
Elle essaie de rester énergique malgré les funérailles et le retour de Shinpei. Cependant, la disparition de sa sœur pèse évidemment sur elle.
Puis apparaît une autre Mio.
Pas une sœur jumelle cachée.
Une Ombre.
La copie possède le même visage mais absolument pas les mêmes intentions.
Cette opposition fonctionne particulièrement bien parce que Mio représente l’un des points d’ancrage les plus familiers de Shinpei sur l’île.
Quand même son visage peut devenir celui d’un prédateur, plus personne ne paraît totalement sûr.
Et Yasuki Tanaka sait parfaitement profiter du contraste entre la vraie Mio, spontanée et attachante, et cette silhouette identique capable de devenir glaciale en une case.
Ushio est morte avant le premier chapitre, pourtant elle refuse assez vite de rester absente de l’histoire
Tout commence par sa mort.
Ushio Kofune s’est noyée en essayant de sauver Shiori Kobayakawa.
Elle était l’amie d’enfance de Shinpei, mais aussi pratiquement sa famille : après la mort de ses parents, il a été recueilli par Alain Kofune et a grandi aux côtés d’Ushio et Mio.
Son absence devrait donc rester au centre du deuil.
Seulement, Shinpei entend sa voix.
Puis une Ushio apparaît alors que l’originale est censée être morte.
À partir de là, le manga complique merveilleusement la notion de copie.
Toutes les Ombres ne semblent pas vouloir la même chose.
Et lorsque l’une d’elles commence elle-même à chercher ce qu’elle est réellement, la frontière entre humain et imitation devient nettement moins confortable.
Le duo Shinpei-Ushio change complètement la logique habituelle d’une histoire de boucle temporelle
Yasuki Tanaka a expliqué qu’il voulait précisément arriver à ce moment.
Dans beaucoup d’histoires de boucle, une seule personne conserve la connaissance des événements précédents.
Time Shadows finit par casser ce confort.
Shinpei peut compter sur Ushio comme véritable partenaire dans la boucle.
Du coup, les plans deviennent plus riches.
Deux personnages peuvent comparer leurs informations.
L’un peut agir pendant que l’autre vérifie une piste.
Et surtout, Shinpei n’est plus forcément condamné à convaincre encore et encore quelqu’un qui a oublié tout ce qu’ils avaient découvert ensemble.
L’auteur considérait d’ailleurs la fin du deuxième volume comme un moment particulièrement important : c’est là que plusieurs éléments préparés depuis le début commencent enfin à s’emboîter.
Après ça, la partie vient vraiment de commencer.
Hizuru Minakata arrive sur l’île avec des lunettes, une valise et beaucoup plus d’informations que Shinpei
Au milieu des voyageurs présents sur le bateau se trouve Hizuru Minakata.
Grande, vêtue d’un costume et portant de longs cheveux noirs, elle revient sur Hitogashima après quatorze années d’absence.
Son retour n’a rien d’une visite touristique.
Hizuru connaît les Ombres.
Elle sait qu’elles sont dangereuses.
Et contrairement à Shinpei lors de sa première journée, elle est venue préparée à les affronter.
Ses méthodes passent notamment par une arme dont la discrétion reste assez relative : un énorme marteau.
Face à des créatures capables d’aplatir leur corps en une forme sombre, frapper fort avec une grande surface possède finalement une certaine logique.
On a vu des plans plus compliqués.
Pas forcément plus efficaces.
Le marteau de Hizuru vient aussi d’une réflexion très concrète sur la manière de frapper une Ombre
L’arme n’a pas été choisie uniquement parce qu’une femme élégante avec un immense marteau donne une bonne silhouette.
L’équipe créative cherchait une manière visuelle de combattre un ennemi capable de devenir presque plat.
Un choc écrasant convenait donc particulièrement bien.
L’idée colle aussi à la manière dont Time Shadows construit son action.
Les personnages ne débloquent pas soudainement une attaque nommée parce que le combat dure depuis trop longtemps.
Ils cherchent ce qui fonctionne contre l’ennemi qu’ils ont devant eux.
Une connaissance supplémentaire peut parfois être plus utile qu’une arme supplémentaire.
Évidemment, si on peut avoir la connaissance et un énorme marteau, Hizuru semble considérer qu’il n’y a aucune raison de choisir.
Ryûnosuke rend Hizuru encore plus étrange qu’elle ne le paraissait déjà
Hizuru n’est pas seule dans sa propre tête.
Son frère jumeau Ryûnosuke est mort sur l’île quatorze ans auparavant.
Pourtant, sa personnalité et ses souvenirs existent toujours en elle.
Selon les situations, Ryûnosuke peut utiliser le corps de sa sœur pour combattre.
Ce détail ouvre toute une partie du passé de Hitogashima.
Que s’est-il réellement passé quatorze ans auparavant ?
Pourquoi Ryûnosuke est-il mort ?
Que sait Hizuru des Ombres ?
Et surtout, quel lien cette histoire entretient-elle avec Heine, cette mystérieuse jeune fille en kimono que les Ombres appellent leur mère ?
Plus Shinpei remonte le fil, plus l’affaire cesse de concerner uniquement la mort récente d’Ushio.
Nezu ressemble d’abord à un vieux chasseur peu sociable, ce qui est plutôt pratique lorsqu’on a besoin d’un tireur
Ginjiro Nezu vit sur Hitogashima et se promène avec un fusil.
Ce n’est pas uniquement une excentricité locale.
Il connaît lui aussi l’existence des Ombres et travaille avec Hizuru.
Nezu apporte quelque chose d’important au groupe : l’expérience.
Shinpei comprend rapidement les problèmes, mais il vient seulement de découvrir leur existence.
Nezu, lui, sait déjà ce qu’une Ombre peut faire et comment certains affrontements risquent de tourner.
En plus, un tireur capable de couvrir une zone à distance devient particulièrement utile lorsque l’ennemi peut prendre l’apparence de quelqu’un que vous connaissez.
Se rapprocher pour vérifier n’est pas toujours la meilleure méthode.
Enfin un problème que les jumelles maléfiques peuvent résoudre en faveur des introvertis.
Sô Hishigata n’est pas seulement le meilleur ami chargé d’attendre que le héros lui raconte tout
Sô était présent lors de l’accident qui a coûté la vie à Ushio.
Fils du directeur de l’unique hôpital de l’île, il veut devenir médecin et remarque lui-même que la mort de la jeune fille présente des éléments suspects.
Lorsque Shinpei commence à comprendre ce qui se passe, Sô ne reste pas éternellement à l’écart.
Son lien avec l’hôpital Hishigata devient même de plus en plus important.
En parallèle, sa sœur Tokiko cache des choses que Mio et lui sont loin d’imaginer.
Le manga utilise ainsi très bien les familles de l’île.
Les secrets ne sont jamais seulement cachés derrière une porte mystérieuse située au sommet d’une montagne.
Ils peuvent être dans l’hôpital du père de votre meilleur ami.
C’est tout de suite moins pratique pour les repas de famille.
L’hôpital Hishigata et la grotte de Hiruko font basculer l’enquête vers quelque chose de beaucoup plus ancien
À mesure que les boucles progressent, Shinpei et ses alliés découvrent que l’île cache un véritable réseau de secrets.
Les sous-sols de l’hôpital Hishigata prennent une importance particulière.
Plus loin, la grotte de Hiruko ramène l’enquête vers les croyances et l’histoire de Hitogashima.
Le manga passe alors très naturellement d’un thriller autour d’un double meurtrier à quelque chose de beaucoup plus vaste.
Qui nourrit les Ombres ?
Pourquoi certaines familles connaissent-elles leur existence ?
Que représente exactement Hiruko ?
Et depuis combien de temps les habitants vivent-ils avec ce problème ?
Le mystère ne s’ajoute pas artificiellement à chaque tome : les nouvelles réponses changent le sens des indices précédents.
C’est le genre de série où un détail banal du début peut soudain redevenir très intéressant cinq volumes plus tard.
Heine ne se contente pas d’attendre que Shinpei trouve enfin la bonne boucle
Une histoire de voyage temporel devient beaucoup plus dangereuse lorsque l’adversaire comprend ce qui se passe.
Heine n’est pas un boss immobile que Shinpei pourrait étudier tranquillement à chaque tentative.
Elle observe.
Elle apprend.
Plus tard, elle comprend même que le point de départ des boucles de Shinpei se déplace.
Dès lors, une nouvelle stratégie devient possible : provoquer sa mort de manière à pousser sa sauvegarde temporelle toujours plus près d’un point où il n’aura plus le temps de changer l’issue.
La chasse change alors de sens.
Shinpei exploitait sa connaissance du futur.
Désormais, l’ennemi peut exploiter son pouvoir contre lui.
Quand les monstres commencent à comprendre les règles du jeu aussi bien que le joueur, la difficulté monte assez vite.
Shide apporte exactement le genre de problème qu’un plan soigneusement préparé déteste
Parmi les adversaires apparaît aussi une imposante Ombre à quatre bras.
Shinpei et ses alliés finissent par l’identifier sous le nom de Shide.
Il est puissant, rapide et beaucoup plus difficile à neutraliser qu’une Ombre ordinaire.
Surtout, il ne se comporte pas comme une simple créature guidée par l’instinct.
Face à lui, le groupe doit revoir plusieurs fois ses certitudes.
À mesure que l’histoire avance, le rôle de Shide se lie aux secrets les plus anciens de l’île et à Masahito Karikiri, le responsable du sanctuaire Hito.
Tanaka conserve longtemps suffisamment de zones d’ombre pour éviter de révéler immédiatement comment toutes les pièces sont reliées.
Et quand un homme apparemment ordinaire commence à poser davantage de questions après avoir perdu la tête, on peut considérer que l’enquête a quitté depuis longtemps le commissariat local.
Le festival d’été aurait pu être le moment où tout le monde souffle un peu
Hitogashima possède les images parfaites d’un été japonais.
La mer.
Les vélos.
Les petits restaurants.
Le sanctuaire.
Puis arrive le festival d’été, ses lumières et ses feux d’artifice.
Évidemment, Yasuki Tanaka choisit précisément ce décor pour faire monter l’horreur.
L’auteur a d’ailleurs cité le climax du deuxième tome autour du festival parmi ses passages préférés à dessiner.
Il expliquait s’être tellement laissé emporter pendant la réalisation des planches qu’il travaillait presque en criant avec Shinpei.
Le contraste entre la beauté de la nuit d’été et ce qui se passe réellement sur l’île résume parfaitement Time Shadows.
On peut avoir envie d’y passer ses vacances.
Après quelques chapitres, on vérifie quand même l’horaire du dernier bateau.
Hitogashima est fictive, mais l’île possède un modèle très réel dans la région de Wakayama
Yasuki Tanaka est lui-même originaire de Wakayama.
L’île de son manga s’inspire directement de Tomogashima, un véritable ensemble insulaire situé au large de la ville.
La municipalité de Wakayama assume aujourd’hui pleinement ce lien.
Plusieurs lieux réels rappellent même des scènes de la série, notamment des quais, des chemins, des paysages côtiers et les anciennes installations militaires présentes sur Tomogashima.
Cela explique pourquoi l’île paraît aussi crédible.
Les rues ne donnent pas l’impression d’un décor générique construit uniquement pour permettre aux personnages de courir jusqu’à la prochaine scène.
On sent une géographie, des distances et des habitudes locales.
Pour une histoire où savoir combien de temps prend un déplacement peut décider d’une boucle entière, c’est particulièrement utile.
Tanaka voulait depuis longtemps dessiner une histoire située dans sa région natale
L’auteur a raconté qu’il souhaitait depuis longtemps utiliser Wakayama comme décor.
Le choix d’une petite île apporte ensuite quelque chose d’essentiel au thriller : il n’existe pas cinquante sorties.
La mer enferme les personnages.
Tout le monde connaît tout le monde.
Un ferry possède des horaires.
Certains chemins deviennent obligatoires.
Et lorsque quelque chose rôde sur l’île, partir en courant tout droit finit assez rapidement dans l’eau.
Tanaka associe aussi cet isolement à un folklore local et à une ambiance de croyance ancienne.
Le résultat mélange alors deux sensations très différentes : la chaleur familière d’un village natal et la peur très simple de découvrir que cet endroit que vous connaissez depuis l’enfance cache quelque chose sous sa surface.
Les Ombres ont été pensées comme un phénomène presque numérique, pas comme de simples métamorphes folkloriques
C’est l’une des anecdotes les plus intéressantes sur la création du manga.
Yasuki Tanaka ne voulait pas seulement imaginer une créature qui « se transforme » en humain.
Dans son esprit, l’Ombre scanne sa cible, analyse sa structure puis la reconstitue.
Le fameux aspect parasité et presque pixelisé des Ombres vient de cette idée.
Au départ, leur apparence devait être plus organique.
Finalement, l’auteur préfère un effet proche d’une image numérique corrompue parce qu’il correspond mieux au versant science-fiction du récit.
Ce choix explique également le titre japonais, Summer Time Rendering.
Le mot « rendering » vient notamment de l’informatique : un système calcule et produit une image.
Shinpei observe et « rend » cet été encore et encore, tandis que les Ombres reproduisent elles-mêmes les êtres humains.
Tout à coup, le titre devient beaucoup moins décoratif.
L’idée de la boucle temporelle n’était même pas présente sous cette forme au tout début
Tanaka a expliqué qu’un simple mot aperçu dans un article consacré à un jeu indépendant avait déclenché quelque chose : « loop ».
À partir de là, les idées ont commencé à s’emboîter.
L’auteur ne considère d’ailleurs pas son scénario comme une structure qu’il doit protéger coûte que coûte contre toute modification.
Lorsqu’une nouvelle idée lui paraît clairement meilleure, il préfère ajuster son plan.
C’est aussi pour cette raison que Time Shadows change progressivement de genre.
Les premiers chapitres ressemblent à un mystère horrifique.
Puis la boucle temporelle prend le dessus.
Ensuite arrivent l’enquête collective, la science-fiction et des affrontements beaucoup plus physiques.
La série ne reste donc jamais douze tomes à demander uniquement « qui est une Ombre ? ».
Une fois la réponse trouvée, elle cherche immédiatement une question plus dangereuse.
Les influences de Tanaka vont des romans policiers aux jeux d’horreur
L’auteur aime profondément les récits de mystère.
Il a notamment évoqué ses lectures de Natsuhiko Kyogoku et de la série Kindaichi Kosuke de Seishi Yokomizo parmi les œuvres ayant nourri sa manière d’aborder les énigmes et les croyances locales.
Les jeux et romans d’horreur comptent également beaucoup.
Tanaka apprécie particulièrement l’association entre folklore japonais, espace fermé et menace surnaturelle.
D’ailleurs, les créatures liées à la mer et certaines formes monstrueuses évoquent volontairement une peur humide, presque lovecraftienne.
Mais l’auteur évite de transformer la série en concours de viscères.
Il a expliqué avoir volontairement limité le gore explicite.
Une Ombre peut tuer de façon très brutale sans que chaque scène se transforme en page anatomique.
L’ambiance reste sombre.
Le lecteur peut néanmoins déjeuner en même temps.
Enfin, normalement.
Yasuki Tanaka dessinait Time Shadows presque entièrement seul
Voilà une information qui devient assez impressionnante lorsqu’on regarde la quantité de décors.
Lors d’une interview pendant la publication, Tanaka expliquait réaliser lui-même le dessin, y compris les arrière-plans, sans l’équipe d’assistants que l’on imagine souvent derrière une série hebdomadaire.
Les routes, les maisons, le port, les escaliers, la végétation et les intérieurs ne sont pourtant pas secondaires.
Ils participent directement à la compréhension des boucles.
Le lecteur doit savoir où se trouvent les personnages.
Une ruelle aperçue dans une première boucle peut devenir importante dans la suivante.
Un bâtiment possède un accès, une sortie et parfois quelque chose de nettement moins sympathique au sous-sol.
La précision du décor sert donc autant le suspense que l’ambiance.
Quand on dessine soi-même chaque endroit où ses personnages vont mourir, autant savoir où se trouvent les portes.
Avant Time Shadows, Tanaka avait même travaillé dans le studio de Hirohiko Araki
Le parcours de Yasuki Tanaka contient une autre belle anecdote.
Avant ses propres séries, il a travaillé comme assistant dans le studio de Hirohiko Araki, l’auteur de JoJo’s Bizarre Adventure.
Il obtient ensuite sa propre publication dans le Weekly Shonen Jump avec Hitomi no Catoblepas.
Time Shadows arrive plus tard sur Shonen Jump+, où le format numérique lui permet de développer son thriller sur la durée.
Ce parcours aide peut-être à comprendre pourquoi la série peut passer d’une enquête silencieuse à un affrontement franchement spectaculaire sans avoir l’impression de changer complètement de manga.
Tanaka aime le mystère.
Mais lorsqu’il faut frapper une Ombre avec un marteau ou déclencher une bataille dans un gymnase, il ne se fait pas spécialement prier.
La série a été publiée sur Shonen Jump+ entre 2017 et 2021
Summer Time Rendering débute au Japon en octobre 2017 sur Shonen Jump+.
La publication s’achève en février 2021.
Shueisha rassemble ensuite l’histoire en 13 volumes.
En France, Kana publie la série sous le titre Time Shadows dans sa collection Dark Kana à partir de juin 2019.
L’édition française atteint elle aussi son terme avec le tome 13, paru en avril 2022.
L’histoire possède donc une véritable fin.
Et dans une série où chaque chapitre peut modifier le passé, promettre au lecteur qu’un dernier tome existe constitue une information particulièrement agréable.
Les treize volumes forment l’intégralité du récit principal de Shinpei, Ushio et Hitogashima.
L’anime a fait un choix assez rare : raconter les 13 tomes jusqu’au bout en 25 épisodes
L’adaptation animée de Summer Time Rendering débute en 2022.
Elle est réalisée par Ayumu Watanabe, avec Hiroshi Seko à la composition de la série et une animation produite par OLM.
Surtout, le projet annonce dès le départ son intention de couvrir l’histoire entière.
Les 25 épisodes, diffusés sur deux cours consécutifs, vont jusqu’à la conclusion du manga.
Ce point compte beaucoup pour un thriller à énigme.
On n’arrive pas au dernier épisode avec Shinpei regardant une mystérieuse porte pendant qu’un carton annonce « peut-être une saison 2 un jour ».
L’anime peut donc construire ses révélations et ses boucles en sachant exactement où il va.
Pour une fois, le vrai voyage temporel consiste surtout à trouver vingt-cinq épisodes disponibles pour enchaîner la série sans dormir.
Le réalisateur de l’anime a lui-même eu du mal à ranger Time Shadows dans une seule case
Ayumu Watanabe décrivait l’œuvre avec une formule assez parlante : un mélange de suspense insulaire, action, émotion et histoire d’amour.
C’est exactement ce qui rend la série difficile à résumer après quelques tomes.
Le premier volume peut faire croire à un thriller fantastique.
Ensuite, la mécanique temporelle devient centrale.
Plus tard, les combats prennent davantage de place.
Pourtant, la relation entre Shinpei et Ushio reste importante jusqu’au bout.
Les liens familiaux de Mio, Hizuru ou Sô comptent également.
Par conséquent, Time Shadows ne repose jamais uniquement sur son « truc » de boucle temporelle.
Si les personnages n’avaient rien à sauver, remonter dans le temps serait simplement un exercice de logique.
Le parler de Wakayama fait lui aussi partie de l’identité de l’histoire
Le décor ne repose pas uniquement sur les paysages.
Tanaka utilise également des tournures et une manière de parler liées à sa région natale.
L’adaptation animée a même demandé un vrai travail aux comédiens pour restituer cette couleur locale.
Ce choix évite à Hitogashima de devenir « petite île japonaise numéro 17 ».
Les personnages appartiennent réellement au lieu.
Shinpei, qui a vécu ailleurs pendant deux ans, revient donc dans un environnement qu’il connaît intimement tout en le regardant avec une légère distance.
C’est exactement la bonne position pour le lecteur.
Tout paraît familier à Shinpei, mais quelque chose ne colle plus.
Et dans Time Shadows, lorsqu’un détail semble légèrement faux, il vaut mieux éviter de le ranger dans la catégorie « sûrement rien ».
Pourquoi commencer Time Shadows ?
Parce que le manga réussit à faire quelque chose de difficile avec les boucles temporelles : il impose des règles suffisamment dures pour empêcher le héros de tricher avec son propre pouvoir.
Shinpei peut revenir.
Cependant, son point de sauvegarde avance.
Les Ombres apprennent.
Ses ennemis peuvent anticiper ses plans.
Et certaines pertes deviennent progressivement impossibles à annuler.
Ensuite, Yasuki Tanaka ajoute un vrai mystère.
Pourquoi Ushio est-elle morte ?
Que sont exactement les Ombres ?
Pourquoi certaines personnes de l’île semblent-elles déjà connaître leur existence ?
Que s’est-il passé quatorze ans plus tôt ?
Enfin, lorsque suffisamment de réponses sont connues, la série ne traîne pas artificiellement l’enquête. Elle accélère et transforme l’information accumulée en stratégie.
Treize tomes, et très peu de temps pour s’ennuyer entre deux boucles
Time Shadows est complet en 13 tomes.
C’est suffisamment long pour construire Hitogashima, ses familles, son folklore et les règles du voyage temporel sans demander quarante volumes pour révéler ce qu’est une Ombre.
Le rythme évolue aussi en permanence.
Une boucle peut servir à enquêter.
La suivante devient une opération de sauvetage.
Plus tard, le groupe utilise ce qu’il sait pour préparer directement un affrontement.
Et puisque les antagonistes finissent par connaître certaines cartes de Shinpei, les anciennes stratégies ne restent jamais valables très longtemps.
Le manga convient donc particulièrement aux lecteurs qui aiment les thrillers, les mystères à indices, la science-fiction temporelle et les personnages obligés de réfléchir pendant que quelque chose essaie de les tuer.
Le décor d’été apporte le contraste parfait.
Mer bleue, cigales, festival, petits chemins entre les maisons.
Magnifique.
Mais si quelqu’un qui vous ressemble exactement sort de derrière un arbre, ne perdez pas votre temps à demander s’il est de la famille.
Courez.
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Time Shadows est le thriller complet en 13 tomes de Yasuki Tanaka, entre doubles meurtriers, folklore insulaire et boucles temporelles dont le point de retour avance à chaque nouvelle tentative. Un dernier conseil : si vous arrivez sur une petite île et qu’un habitant vous explique que voir votre propre double porte malheur, ne cherchez pas à faire un selfie avec lui pour vérifier. À Hitogashima, personne n’a jamais amélioré sa journée comme ça.
