Seraph of the End

Seraph of the End : Yûichirô veut exterminer les vampires, jusqu’au jour où il retrouve celui qu’il croyait mort

Dans le manga Seraph of the End, un mystérieux virus a ravagé l’humanité. Les adultes sont morts en masse et les enfants survivants ont été récupérés par des vampires, puis conduits sous terre. Là, ils ne sont pas exactement considérés comme des réfugiés : ils servent de réserve de sang.

Yûichirô Hyakuya grandit dans cette captivité avec les autres enfants de l’orphelinat Hyakuya. Parmi eux, Mikaela est celui qui compte le plus pour lui. Les deux garçons n’ont pas du tout le même tempérament. Mika réfléchit, prépare et cherche la meilleure solution. Yû, lui, possède déjà cette formidable capacité à foncer avant que le plan ait eu le temps de finir sa phrase.

Lorsqu’ils tentent de s’échapper, tout tourne au massacre. Yûichirô parvient seul à atteindre la surface et jure de venger sa famille en exterminant les vampires.

Quelques années plus tard, il rejoint l’armée humaine et commence enfin à combattre ceux qu’il tient responsables de tout. Puis il découvre que Mikaela n’est pas mort.

Il est devenu vampire.

À partir de là, la jolie guerre « humains contre vampires » commence sérieusement à manquer de cases suffisamment grandes pour contenir toutes les complications.

Yûichirô avait déjà perdu sa famille avant même la fin du monde

La vengeance donne au héros son premier objectif, mais la famille est le véritable moteur de Seraph of the End.

Yû n’arrive pas à considérer facilement les autres comme ses proches. Il a grandi avec l’idée qu’il devait pouvoir se débrouiller seul et supporte assez mal qu’on lui explique ce qu’il doit faire.

L’orphelinat Hyakuya change progressivement cela.

Mika et les autres enfants deviennent sa famille, même si Yû met du temps à employer le mot.

Le massacre lors de leur fuite est donc beaucoup plus qu’un prétexte pour lui donner une jolie motivation de héros furieux. Il détruit la première famille qu’il avait réussi à accepter.

Quand Glenn Ichinose lui parle ensuite de camarades, de coopération et de confiance, Yû réagit avec toute la maturité que l’on peut attendre d’un adolescent traumatisé qui possède une énorme épée démoniaque : il préfère généralement faire les choses seul.

Ça va lui demander un peu de travail.

Glenn Ichinose recrute Yû, mais il ne lui raconte certainement pas tout

Glenn Ichinose est lieutenant-colonel de l’Armée démoniaque impériale japonaise et dirige une unité d’extermination des vampires.

C’est lui qui récupère Yû après son évasion et le pousse progressivement vers l’armée.

Au premier regard, Glenn peut passer pour le mentor classique : puissant, expérimenté, légèrement moqueur et suffisamment mystérieux pour que son élève ait envie de lui prouver quelque chose.

Seulement, Glenn possède ses propres objectifs.

Il connaît beaucoup mieux que Yû les expériences menées avant l’apocalypse, la famille Hiiragi et les organisations qui se disputent le pouvoir. Surtout, certaines décisions qu’il prend deviennent de plus en plus difficiles à classer dans la catégorie « le professeur fait ça pour votre bien ».

Son passé est développé dans Seraph of the End – Glenn Ichinose, adaptation manga complète en 12 tomes qui remonte à son adolescence, avant la catastrophe. On y découvre notamment son conflit avec la famille Hiiragi, Mahiru et plusieurs événements qui donnent ensuite un tout autre poids à ses choix dans la série principale.

Autrement dit, lorsque Glenn répond à une question par un sourire fatigué et « ce n’est pas important », il y a de bonnes chances pour que ce soit justement très important.

Shinoa Hiiragi a été chargée de surveiller Yû, ce qui revient parfois à garder un chat près d’une fenêtre ouverte

Shinoa Hiiragi devient rapidement l’un des personnages centraux.

Elle commande l’escouade à laquelle Yû appartient et vient de la très puissante famille Hiiragi, qui domine l’Armée démoniaque impériale.

Au lieu d’adopter l’attitude très solennelle que son nom pourrait laisser attendre, Shinoa préfère régulièrement se moquer de ses camarades.

Yû constitue évidemment une cible idéale.

Pourtant, son humour cache une histoire beaucoup moins légère. Sa sœur aînée Mahiru a joué un rôle essentiel dans la mise au point des armes démoniaques, et la relation de Shinoa avec sa propre famille est loin d’être paisible.

Elle reçoit également de Glenn la mission de surveiller Yû.

Mission raisonnable sur le papier.

En pratique, surveiller quelqu’un qui considère « ne touche surtout pas à ça » comme une invitation personnelle à vérifier ce qui se passe demande une certaine endurance.

Yoichi semble trop gentil pour cette armée, jusqu’à ce qu’on découvre pourquoi il veut y entrer

Yoichi Saotome possède une personnalité beaucoup plus douce que celle de Yû.

Il évite volontiers les conflits et ne ressemble pas exactement au soldat que l’on imagine en première ligne contre des vampires capables de découper un humain en quelques secondes.

Pourtant, lui aussi a perdu quelqu’un.

Sa sœur a été tuée par un vampire et cette blessure l’a conduit vers l’armée.

Son parcours permet surtout de découvrir l’un des mécanismes les plus dangereux de l’univers : les contrats avec les démons contenus dans les armes maudites.

Pour obtenir une puissance suffisante contre les vampires, les humains doivent accepter de laisser entrer quelque chose de franchement peu rassurant dans leur esprit.

Et le démon ne demande évidemment pas gentiment : « Quel pouvoir souhaitez-vous aujourd’hui ? »

Il cherche plutôt la faiblesse qui permettra de prendre le contrôle.

Kimizuki et Yû se disputent énormément pour deux garçons qui ont finalement beaucoup en commun

Shiho Kimizuki rejoint lui aussi l’équipe.

Il est intelligent, compétitif et supporte assez mal le comportement impulsif de Yû.

Le sentiment est réciproque.

Leurs premières rencontres donnent donc régulièrement l’impression que l’armée a placé deux coqs dans la même cour en espérant qu’ils développent naturellement un excellent esprit d’équipe.

Pourtant, Kimizuki possède une raison profondément personnelle de vouloir devenir fort : sa petite sœur Mirai est gravement malade.

Cette motivation rapproche finalement les deux garçons.

Yû veut protéger ce qu’il considère comme sa famille. Kimizuki aussi.

Ils peuvent continuer à s’envoyer des remarques pendant les entraînements, mais lorsqu’un des leurs est menacé, le débat devient beaucoup plus court.

Mitsuba sait exactement ce qui arrive lorsqu’un soldat oublie son équipe

Mitsuba Sangu complète le noyau principal de l’escouade de Shinoa.

Elle possède davantage d’expérience sur le terrain que Yû et prend les règles militaires très au sérieux.

Évidemment, elle tombe donc sur le garçon qui considère les ordres comme des suggestions.

Mais Mitsuba n’insiste pas sur le travail d’équipe uniquement parce qu’elle aime les règlements.

Une ancienne mission lui a appris de manière brutale ce que peut coûter une mauvaise décision prise individuellement.

Son irritation envers Yû devient alors beaucoup plus compréhensible.

Quand il abandonne la formation pour poursuivre un ennemi, elle ne voit pas seulement un adolescent pénible. Elle voit quelqu’un capable de reproduire exactement le genre d’erreur qu’elle ne veut plus jamais vivre.

L’escouade Shinoa fonctionne parce que chacun arrive avec ses propres blessures avant d’apprendre à porter aussi celles des autres.

Les armes démoniaques donnent aux humains une chance contre les vampires, mais le mode d’emploi est légèrement inquiétant

Un humain ordinaire n’a pratiquement aucune chance face à un vampire de haut rang.

L’armée utilise donc des armes maudites habitées par des démons.

Pour les manier, il faut conclure une forme de contrat et parvenir à ne pas se faire dévorer mentalement par l’entité qui se trouve à l’intérieur.

Yû obtient ainsi Ashuramaru.

Le démon peut lui fournir une puissance énorme, mais il cherche également à exploiter ses désirs et ses faiblesses.

La relation devient donc beaucoup plus intéressante qu’un simple sabre magique.

Chaque utilisation rappelle que les humains combattent des monstres grâce à des créatures qu’ils appellent eux-mêmes des démons.

À ce stade, les frontières morales commencent déjà à prendre quelques coups.

Mikaela revient du mauvais côté de la bataille

Le retour de Mikaela Hyakuya constitue évidemment l’un des grands chocs du début.

Yû le croyait mort lors de leur fuite.

Mika a pourtant survécu et se retrouve auprès des vampires.

La reine vampire Krul Tepes joue un rôle essentiel dans sa survie et sa transformation.

Mika, lui, n’oublie absolument pas Yû.

Le plus cruel est que les deux garçons développent alors des visions complètement opposées de la situation.

Yû croit que les vampires ont détruit sa famille et que l’armée humaine lui a offert une nouvelle place.

Mika voit au contraire les humains comme responsables d’expériences atroces et considère que l’organisation entourant Yû est loin d’être digne de confiance.

Chacun veut sauver l’autre du camp auquel il appartient.

Ce qui est adorable sur le principe et extrêmement compliqué lorsqu’on se retrouve face à face au milieu d’une bataille.

Ferid Bathory possède le sourire exact du type qu’on ne devrait jamais croire

Ferid Bathory est l’un des vampires les plus mémorables de la série.

Il parle avec élégance, garde souvent le sourire et semble s’amuser énormément.

C’est généralement mauvais signe pour quelqu’un.

Ferid est directement lié au massacre qui marque Yû et Mika dans leur enfance. Pourtant, même lorsqu’on comprend davantage ses objectifs, il reste très difficile de savoir jusqu’où il a déjà anticipé les événements.

Il manipule les humains, les vampires et parfois ses propres alliés.

Son comportement donne constamment l’impression qu’il possède une information supplémentaire et qu’il attend simplement le moment le plus pénible pour la partager.

Dans une série où presque toutes les factions cachent un plan secret, Ferid réussit encore à paraître particulièrement suspect.

C’est une performance.

Les vampires ne forment pas davantage une grande famille heureuse que les humains

Au début, Yû les voit comme un bloc unique.

Ils boivent du sang humain, règnent sur les enfants et ont massacré ceux qu’il aimait.

Mais le monde vampire possède lui aussi sa hiérarchie, ses nobles, ses luttes de pouvoir et ses secrets.

Krul Tepes gouverne les vampires du Japon. Ferid poursuit ses propres objectifs. Crowley Eusford affiche une décontraction presque insultante compte tenu de sa puissance. D’autres progéniteurs possèdent encore leur propre histoire.

Mika devient justement le meilleur moyen de découvrir ce monde autrement.

Il est vampire sans avoir oublié son humanité.

Il déteste ce qu’il est devenu, refuse longtemps certaines règles de son nouveau corps et conserve une obsession : retrouver Yû.

À travers lui, la série complique progressivement l’idée qu’un vampire serait automatiquement un ennemi et qu’un humain porterait forcément le bon uniforme.

La famille Hiiragi dirige l’armée humaine avec une ambiance qui ne donne pas spécialement envie aux réunions de Noël

Du côté humain, la famille Hiiragi contrôle une grande partie de l’Armée démoniaque impériale japonaise.

Shinoa en est issue, tout comme sa sœur Mahiru et son frère Kureto.

Mais partager un nom ne signifie pas partager les mêmes objectifs.

Kureto Hiiragi veut renforcer la domination humaine et possède des ambitions qui dépassent largement une simple guerre défensive contre les vampires.

Mahiru, elle, est liée à la création des équipements démoniaques et au passé de Glenn.

Shinoa grandit donc au milieu d’une famille où pouvoir politique, magie, expériences et rivalités internes sont impossibles à séparer.

Quand Yû découvre progressivement ce qui se cache derrière l’armée qu’il admirait, sa vengeance commence à perdre encore quelques certitudes.

Le « Seraph of the End » n’est pas seulement un joli titre apocalyptique

Au début, le titre reste mystérieux.

Puis apparaissent des expériences appelées Seraph of the End, liées à des enfants, aux pouvoirs surnaturels et aux événements qui ont précédé ou suivi la catastrophe.

Yû et plusieurs personnages ne se retrouvent pas au centre de cette histoire par hasard.

L’orphelinat Hyakuya lui-même commence à prendre une autre dimension.

La secte Hyakuya, l’armée démoniaque, les vampires et différents chercheurs ont touché à des forces dont les conséquences dépassent largement une simple bataille territoriale.

Le manga change alors d’échelle.

On part d’un adolescent qui veut tuer les vampires responsables de la mort de ses amis.

On finit par chercher qui a réellement provoqué l’apocalypse, ce que sont les démons, d’où viennent certaines expériences et ce que plusieurs personnages essaient de ressusciter ou de récupérer.

Autant dire que la petite mission de vengeance du premier tome prend rapidement un sérieux supplément de dossier.

Le monde d’avant la catastrophe devient presque aussi important que celui d’après

Plus l’histoire avance, plus le passé revient.

Les événements précédant l’effondrement de la civilisation expliquent Glenn, Mahiru, les Hiiragi, les expériences Hyakuya et plusieurs conflits dont Yû hérite sans même savoir qu’ils existaient.

La série joue beaucoup avec cette construction.

Une information qui semblait appartenir au décor peut devenir essentielle bien plus tard.

Un personnage présenté comme simple supérieur militaire peut être lié à un événement survenu des années auparavant.

Et même la catastrophe qui a donné le pouvoir aux vampires cesse progressivement d’être un simple « virus mystérieux » tombé du ciel.

Seraph of the End raconte donc autant l’après-apocalypse que les gens qui ont participé à sa préparation.

Chez Yû, le mot « famille » finit par prendre une définition particulièrement large

Yû commence en ne voulant dépendre de personne.

Puis il retrouve Mika.

Entre-temps, Shinoa, Yoichi, Kimizuki et Mitsuba sont devenus ses compagnons.

Glenn occupe une place presque paternelle malgré ses secrets. D’autres alliés s’ajoutent encore au fil des conflits.

Le problème est que Yû finit par considérer pratiquement toute personne importante pour lui comme sa famille.

Et dès lors, lui demander de sacrifier quelqu’un « pour sauver le monde » devient très compliqué.

Il refuse régulièrement le choix que les adultes autour de lui présentent comme inévitable.

C’est parfois naïf. Souvent dangereux. Et complètement cohérent avec son histoire.

Après avoir déjà perdu une famille entière, Yû n’a aucune intention de laisser quelqu’un lui expliquer tranquillement qu’il doit recommencer.

Takaya Kagami voulait justement construire Yû à travers les personnes qui lui donnent une raison de vivre

Cette évolution ne vient pas d’un hasard de scénario.

Dans une longue interview officielle de Jump SQ., Takaya Kagami explique que Yû est construit par les personnes qu’il rencontre.

Mika lui donne une raison d’avancer. Glenn lui en apporte une autre. Puis Shinoa et ses camarades modifient encore sa manière de voir le monde.

Kagami voulait ainsi un protagoniste dont l’identité se construit grâce aux liens qu’il crée plutôt qu’un héros arrivant dès le premier chapitre avec une grande philosophie déjà parfaitement définie.

Ça explique énormément de choses chez Yû.

Il change d’objectif, se contredit parfois et peut prendre une décision simplement parce qu’une personne qu’il aime se trouve devant lui.

Pour quelqu’un qui prétendait autrefois n’avoir besoin de personne, le résultat est assez spectaculaire.

Le manga est réellement fabriqué par trois personnes, et ce n’est pas juste une ligne de crédits bizarre

Takaya Kagami écrit l’histoire, Yamato Yamamoto assure le dessin et Daisuke Furuya travaille sur la composition des storyboards.

Le fonctionnement est suffisamment inhabituel pour que Jump SQ. ait consacré une longue interview aux trois créateurs.

Kagami prépare le scénario. Furuya le transforme ensuite en découpage manga, avant que Yamamoto réalise les planches définitives.

Les trois auteurs expliquent que l’univers passe donc réellement par plusieurs sensibilités avant d’arriver sur la page.

Cette organisation convient particulièrement bien à une série qui doit gérer énormément de personnages, de dialogues, de combats et de révélations.

Et lorsque vous voyez une double page remplie de vampires, de soldats, d’armes démoniaques et de sang, vous pouvez au moins savoir que le chaos a été organisé professionnellement.

Ils ont retravaillé le lancement pendant environ un an et demi avant la publication

L’anecdote de création est assez révélatrice.

Dans cette même interview, l’équipe raconte avoir passé environ un an et demi à reprendre les storyboards avant le lancement.

Le début était particulièrement important parce que la série devait changer radicalement d’environnement entre ses premiers chapitres.

On commence sous terre avec les enfants prisonniers des vampires.

Puis le récit bascule vers le monde de la surface, l’armée et les démons.

Les auteurs savaient donc qu’il fallait réussir ce changement sans perdre le lecteur.

Furuya plaisante même sur les premières indications de bataille écrites par Kagami : elles pouvaient parfois se résumer à des répétitions du genre « le sang vole », avant que leurs méthodes de travail deviennent beaucoup plus précises.

Quand on regarde la quantité de sang qui finit réellement par voler dans Seraph of the End, on peut reconnaître au moins une chose : l’intention de départ a été respectée.

Kagami avait déjà prévu une grande partie des mystères bien avant leurs révélations

Toujours dans l’entretien de Jump SQ., Takaya Kagami explique qu’il préfère avant tout écrire les personnages et observer comment leurs histoires s’enchaînent.

Mais il précise également que plusieurs grandes réponses étaient déjà largement décidées : la naissance des vampires, la nature du Seraph of the End et la direction générale du monde.

C’est important dans une série aussi chargée en mystères.

Les révélations peuvent arriver très longtemps après la première question, mais elles sont souvent reliées à des éléments introduits bien plus tôt.

Glenn possède sa propre histoire avant Yû. Yû et Mika héritent ensuite de conséquences qu’ils ne comprennent pas encore. Puis les vampires ajoutent leur propre passé à l’ensemble.

Le récit ressemble parfois à plusieurs générations ayant toutes laissé leurs problèmes dans la même pièce en espérant que les suivantes s’en occupent.

Yû a visiblement hérité de la clé.

Yamato Yamamoto donne aux vampires une élégance qui rend leur régime presque trop beau

Visuellement, Yamato Yamamoto apporte énormément à l’identité de Seraph of the End.

Les uniformes militaires humains sont très travaillés. Les vampires possèdent au contraire de longues silhouettes, des capes et des vêtements qui les rendent immédiatement reconnaissables.

Les armes maudites donnent encore une autre personnalité aux combattants.

Yamamoto est particulièrement à l’aise avec les visages fins et les personnages élégants, ce qui crée un contraste efficace avec la violence.

Un vampire peut sembler parfaitement calme et distingué juste avant de vider quelqu’un de son sang.

Ce qui est probablement la manière la plus polie possible de rappeler qu’une belle veste blanche n’est pas un indicateur fiable de bonnes intentions.

L’artiste a également expliqué travailler entièrement en numérique pour ses illustrations couleur, depuis le brouillon jusqu’à la mise en couleur finale.

L’anime de WIT Studio a donné à Yû et Mika 24 épisodes de plus pour souffrir

Seraph of the End a été adapté en anime en 2015 par WIT Studio, le studio qui travaillait également à cette époque sur L’Attaque des Titans.

La série télévisée compte 24 épisodes répartis en deux parties.

La première installe Yû, Mika, l’escouade Shinoa et l’affrontement de Shinjuku. La seconde développe notamment la grande opération de Nagoya.

La musique bénéficie entre autres du travail de Hiroyuki Sawano, ce qui colle plutôt bien aux batailles où l’armée démoniaque et les vampires décident que la discrétion n’est plus nécessaire.

L’anime reprend seulement une partie de l’histoire développée dans le manga.

Depuis, l’univers papier a largement approfondi les expériences, les vampires, les démons et le passé des personnages.

Seraph of the End devient de moins en moins une histoire où il suffit de choisir humains ou vampires

C’est probablement sa principale force sur la durée.

Au départ, le choix semble évident.

Les vampires ont enfermé des enfants et les utilisent pour leur sang. Yû veut les tuer. Fin du débat.

Puis Mika revient.

Ensuite, certains humains commencent à paraître nettement moins recommandables. L’armée mène des expériences. Les familles dominantes manipulent leurs subordonnés. Glenn ment. Les vampires eux-mêmes ne partagent pas tous les mêmes objectifs.

Et derrière ces camps apparaissent encore les démons, la secte Hyakuya et des forces beaucoup plus anciennes.

Le véritable choix de Yû devient alors beaucoup plus simple à formuler et beaucoup plus difficile à réaliser : protéger les gens qu’il aime, peu importe ce qu’ils sont devenus.

C’est précisément le genre de philosophie qui fonctionne merveilleusement bien jusqu’au moment où deux membres de votre famille se retrouvent dans des camps qui ont décidé de s’exterminer.

Pourquoi commencer Seraph of the End ?

Parce que le premier volume pose immédiatement une situation efficace : l’humanité s’est effondrée, les vampires ont pris les enfants survivants et un garçon échappe au massacre de sa famille avec une seule idée en tête, se venger.

Puis le manga refuse de rester aussi simple.

Mika est vivant. Les humains utilisent des démons. Glenn possède un passé beaucoup plus lourd qu’il ne le laisse entendre. Les Hiiragi manipulent l’armée. Les expériences Hyakuya dépassent la guerre contre les vampires et le fameux Seraph of the End commence progressivement à expliquer pourquoi autant de personnages tournent autour de Yû.

L’escouade Shinoa apporte en parallèle quelque chose d’essentiel : une véritable bande.

Shinoa se moque de tout le monde, Kimizuki se dispute avec Yû, Yoichi essaie généralement d’éviter que la conversation ne dégénère et Mitsuba aimerait parfois simplement que ses équipiers suivent un ordre pendant plus de trente secondes.

Au milieu des complots, c’est cette dynamique qui garde le manga humain.

Si vous aimez les vampires, la dark fantasy, les armes démoniaques, les conspirations et les histoires où les personnages deviennent plus importants que le camp auquel ils appartiennent, Seraph of the End possède largement de quoi accrocher.

Et une dernière règle paraît assez vite évidente : si Glenn vous assure qu’il a un plan et qu’il refuse d’expliquer la deuxième moitié, évitez de répondre « je te fais confiance » trop rapidement.

Dans cette série, même la première moitié cache probablement déjà quelque chose.

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Seraph of the End réunit Takaya Kagami au scénario, Yamato Yamamoto au dessin et Daisuke Furuya à la composition. Yûichirô Hyakuya rejoint l’armée pour exterminer les vampires avant de découvrir que Mika, le garçon qu’il considérait comme sa famille, a survécu dans leur camp. Un dernier conseil : dans cet univers, si quelqu’un vous tend une arme en précisant qu’un démon habite à l’intérieur, demandez le mode d’emploi avant de répondre « génial ». Yû a déjà suffisamment testé la méthode inverse.

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Seraph of the End : Yûichirô veut exterminer les vampires, jusqu’au jour où il retrouve celui qu’il croyait mort

Dans le manga Seraph of the End, un mystérieux virus a ravagé l’humanité. Les adultes sont morts en masse et les enfants survivants ont été récupérés par des vampires, puis conduits sous terre. Là, ils ne sont pas exactement considérés comme des réfugiés : ils servent de réserve de sang.

Yûichirô Hyakuya grandit dans cette captivité avec les autres enfants de l’orphelinat Hyakuya. Parmi eux, Mikaela est celui qui compte le plus pour lui. Les deux garçons n’ont pas du tout le même tempérament. Mika réfléchit, prépare et cherche la meilleure solution. Yû, lui, possède déjà cette formidable capacité à foncer avant que le plan ait eu le temps de finir sa phrase.

Lorsqu’ils tentent de s’échapper, tout tourne au massacre. Yûichirô parvient seul à atteindre la surface et jure de venger sa famille en exterminant les vampires.

Quelques années plus tard, il rejoint l’armée humaine et commence enfin à combattre ceux qu’il tient responsables de tout. Puis il découvre que Mikaela n’est pas mort.

Il est devenu vampire.

À partir de là, la jolie guerre « humains contre vampires » commence sérieusement à manquer de cases suffisamment grandes pour contenir toutes les complications.

Yûichirô avait déjà perdu sa famille avant même la fin du monde

La vengeance donne au héros son premier objectif, mais la famille est le véritable moteur de Seraph of the End.

Yû n’arrive pas à considérer facilement les autres comme ses proches. Il a grandi avec l’idée qu’il devait pouvoir se débrouiller seul et supporte assez mal qu’on lui explique ce qu’il doit faire.

L’orphelinat Hyakuya change progressivement cela.

Mika et les autres enfants deviennent sa famille, même si Yû met du temps à employer le mot.

Le massacre lors de leur fuite est donc beaucoup plus qu’un prétexte pour lui donner une jolie motivation de héros furieux. Il détruit la première famille qu’il avait réussi à accepter.

Quand Glenn Ichinose lui parle ensuite de camarades, de coopération et de confiance, Yû réagit avec toute la maturité que l’on peut attendre d’un adolescent traumatisé qui possède une énorme épée démoniaque : il préfère généralement faire les choses seul.

Ça va lui demander un peu de travail.

Glenn Ichinose recrute Yû, mais il ne lui raconte certainement pas tout

Glenn Ichinose est lieutenant-colonel de l’Armée démoniaque impériale japonaise et dirige une unité d’extermination des vampires.

C’est lui qui récupère Yû après son évasion et le pousse progressivement vers l’armée.

Au premier regard, Glenn peut passer pour le mentor classique : puissant, expérimenté, légèrement moqueur et suffisamment mystérieux pour que son élève ait envie de lui prouver quelque chose.

Seulement, Glenn possède ses propres objectifs.

Il connaît beaucoup mieux que Yû les expériences menées avant l’apocalypse, la famille Hiiragi et les organisations qui se disputent le pouvoir. Surtout, certaines décisions qu’il prend deviennent de plus en plus difficiles à classer dans la catégorie « le professeur fait ça pour votre bien ».

Son passé est développé dans Seraph of the End – Glenn Ichinose, adaptation manga complète en 12 tomes qui remonte à son adolescence, avant la catastrophe. On y découvre notamment son conflit avec la famille Hiiragi, Mahiru et plusieurs événements qui donnent ensuite un tout autre poids à ses choix dans la série principale.

Autrement dit, lorsque Glenn répond à une question par un sourire fatigué et « ce n’est pas important », il y a de bonnes chances pour que ce soit justement très important.

Shinoa Hiiragi a été chargée de surveiller Yû, ce qui revient parfois à garder un chat près d’une fenêtre ouverte

Shinoa Hiiragi devient rapidement l’un des personnages centraux.

Elle commande l’escouade à laquelle Yû appartient et vient de la très puissante famille Hiiragi, qui domine l’Armée démoniaque impériale.

Au lieu d’adopter l’attitude très solennelle que son nom pourrait laisser attendre, Shinoa préfère régulièrement se moquer de ses camarades.

Yû constitue évidemment une cible idéale.

Pourtant, son humour cache une histoire beaucoup moins légère. Sa sœur aînée Mahiru a joué un rôle essentiel dans la mise au point des armes démoniaques, et la relation de Shinoa avec sa propre famille est loin d’être paisible.

Elle reçoit également de Glenn la mission de surveiller Yû.

Mission raisonnable sur le papier.

En pratique, surveiller quelqu’un qui considère « ne touche surtout pas à ça » comme une invitation personnelle à vérifier ce qui se passe demande une certaine endurance.

Yoichi semble trop gentil pour cette armée, jusqu’à ce qu’on découvre pourquoi il veut y entrer

Yoichi Saotome possède une personnalité beaucoup plus douce que celle de Yû.

Il évite volontiers les conflits et ne ressemble pas exactement au soldat que l’on imagine en première ligne contre des vampires capables de découper un humain en quelques secondes.

Pourtant, lui aussi a perdu quelqu’un.

Sa sœur a été tuée par un vampire et cette blessure l’a conduit vers l’armée.

Son parcours permet surtout de découvrir l’un des mécanismes les plus dangereux de l’univers : les contrats avec les démons contenus dans les armes maudites.

Pour obtenir une puissance suffisante contre les vampires, les humains doivent accepter de laisser entrer quelque chose de franchement peu rassurant dans leur esprit.

Et le démon ne demande évidemment pas gentiment : « Quel pouvoir souhaitez-vous aujourd’hui ? »

Il cherche plutôt la faiblesse qui permettra de prendre le contrôle.

Kimizuki et Yû se disputent énormément pour deux garçons qui ont finalement beaucoup en commun

Shiho Kimizuki rejoint lui aussi l’équipe.

Il est intelligent, compétitif et supporte assez mal le comportement impulsif de Yû.

Le sentiment est réciproque.

Leurs premières rencontres donnent donc régulièrement l’impression que l’armée a placé deux coqs dans la même cour en espérant qu’ils développent naturellement un excellent esprit d’équipe.

Pourtant, Kimizuki possède une raison profondément personnelle de vouloir devenir fort : sa petite sœur Mirai est gravement malade.

Cette motivation rapproche finalement les deux garçons.

Yû veut protéger ce qu’il considère comme sa famille. Kimizuki aussi.

Ils peuvent continuer à s’envoyer des remarques pendant les entraînements, mais lorsqu’un des leurs est menacé, le débat devient beaucoup plus court.

Mitsuba sait exactement ce qui arrive lorsqu’un soldat oublie son équipe

Mitsuba Sangu complète le noyau principal de l’escouade de Shinoa.

Elle possède davantage d’expérience sur le terrain que Yû et prend les règles militaires très au sérieux.

Évidemment, elle tombe donc sur le garçon qui considère les ordres comme des suggestions.

Mais Mitsuba n’insiste pas sur le travail d’équipe uniquement parce qu’elle aime les règlements.

Une ancienne mission lui a appris de manière brutale ce que peut coûter une mauvaise décision prise individuellement.

Son irritation envers Yû devient alors beaucoup plus compréhensible.

Quand il abandonne la formation pour poursuivre un ennemi, elle ne voit pas seulement un adolescent pénible. Elle voit quelqu’un capable de reproduire exactement le genre d’erreur qu’elle ne veut plus jamais vivre.

L’escouade Shinoa fonctionne parce que chacun arrive avec ses propres blessures avant d’apprendre à porter aussi celles des autres.

Les armes démoniaques donnent aux humains une chance contre les vampires, mais le mode d’emploi est légèrement inquiétant

Un humain ordinaire n’a pratiquement aucune chance face à un vampire de haut rang.

L’armée utilise donc des armes maudites habitées par des démons.

Pour les manier, il faut conclure une forme de contrat et parvenir à ne pas se faire dévorer mentalement par l’entité qui se trouve à l’intérieur.

Yû obtient ainsi Ashuramaru.

Le démon peut lui fournir une puissance énorme, mais il cherche également à exploiter ses désirs et ses faiblesses.

La relation devient donc beaucoup plus intéressante qu’un simple sabre magique.

Chaque utilisation rappelle que les humains combattent des monstres grâce à des créatures qu’ils appellent eux-mêmes des démons.

À ce stade, les frontières morales commencent déjà à prendre quelques coups.

Mikaela revient du mauvais côté de la bataille

Le retour de Mikaela Hyakuya constitue évidemment l’un des grands chocs du début.

Yû le croyait mort lors de leur fuite.

Mika a pourtant survécu et se retrouve auprès des vampires.

La reine vampire Krul Tepes joue un rôle essentiel dans sa survie et sa transformation.

Mika, lui, n’oublie absolument pas Yû.

Le plus cruel est que les deux garçons développent alors des visions complètement opposées de la situation.

Yû croit que les vampires ont détruit sa famille et que l’armée humaine lui a offert une nouvelle place.

Mika voit au contraire les humains comme responsables d’expériences atroces et considère que l’organisation entourant Yû est loin d’être digne de confiance.

Chacun veut sauver l’autre du camp auquel il appartient.

Ce qui est adorable sur le principe et extrêmement compliqué lorsqu’on se retrouve face à face au milieu d’une bataille.

Ferid Bathory possède le sourire exact du type qu’on ne devrait jamais croire

Ferid Bathory est l’un des vampires les plus mémorables de la série.

Il parle avec élégance, garde souvent le sourire et semble s’amuser énormément.

C’est généralement mauvais signe pour quelqu’un.

Ferid est directement lié au massacre qui marque Yû et Mika dans leur enfance. Pourtant, même lorsqu’on comprend davantage ses objectifs, il reste très difficile de savoir jusqu’où il a déjà anticipé les événements.

Il manipule les humains, les vampires et parfois ses propres alliés.

Son comportement donne constamment l’impression qu’il possède une information supplémentaire et qu’il attend simplement le moment le plus pénible pour la partager.

Dans une série où presque toutes les factions cachent un plan secret, Ferid réussit encore à paraître particulièrement suspect.

C’est une performance.

Les vampires ne forment pas davantage une grande famille heureuse que les humains

Au début, Yû les voit comme un bloc unique.

Ils boivent du sang humain, règnent sur les enfants et ont massacré ceux qu’il aimait.

Mais le monde vampire possède lui aussi sa hiérarchie, ses nobles, ses luttes de pouvoir et ses secrets.

Krul Tepes gouverne les vampires du Japon. Ferid poursuit ses propres objectifs. Crowley Eusford affiche une décontraction presque insultante compte tenu de sa puissance. D’autres progéniteurs possèdent encore leur propre histoire.

Mika devient justement le meilleur moyen de découvrir ce monde autrement.

Il est vampire sans avoir oublié son humanité.

Il déteste ce qu’il est devenu, refuse longtemps certaines règles de son nouveau corps et conserve une obsession : retrouver Yû.

À travers lui, la série complique progressivement l’idée qu’un vampire serait automatiquement un ennemi et qu’un humain porterait forcément le bon uniforme.

La famille Hiiragi dirige l’armée humaine avec une ambiance qui ne donne pas spécialement envie aux réunions de Noël

Du côté humain, la famille Hiiragi contrôle une grande partie de l’Armée démoniaque impériale japonaise.

Shinoa en est issue, tout comme sa sœur Mahiru et son frère Kureto.

Mais partager un nom ne signifie pas partager les mêmes objectifs.

Kureto Hiiragi veut renforcer la domination humaine et possède des ambitions qui dépassent largement une simple guerre défensive contre les vampires.

Mahiru, elle, est liée à la création des équipements démoniaques et au passé de Glenn.

Shinoa grandit donc au milieu d’une famille où pouvoir politique, magie, expériences et rivalités internes sont impossibles à séparer.

Quand Yû découvre progressivement ce qui se cache derrière l’armée qu’il admirait, sa vengeance commence à perdre encore quelques certitudes.

Le « Seraph of the End » n’est pas seulement un joli titre apocalyptique

Au début, le titre reste mystérieux.

Puis apparaissent des expériences appelées Seraph of the End, liées à des enfants, aux pouvoirs surnaturels et aux événements qui ont précédé ou suivi la catastrophe.

Yû et plusieurs personnages ne se retrouvent pas au centre de cette histoire par hasard.

L’orphelinat Hyakuya lui-même commence à prendre une autre dimension.

La secte Hyakuya, l’armée démoniaque, les vampires et différents chercheurs ont touché à des forces dont les conséquences dépassent largement une simple bataille territoriale.

Le manga change alors d’échelle.

On part d’un adolescent qui veut tuer les vampires responsables de la mort de ses amis.

On finit par chercher qui a réellement provoqué l’apocalypse, ce que sont les démons, d’où viennent certaines expériences et ce que plusieurs personnages essaient de ressusciter ou de récupérer.

Autant dire que la petite mission de vengeance du premier tome prend rapidement un sérieux supplément de dossier.

Le monde d’avant la catastrophe devient presque aussi important que celui d’après

Plus l’histoire avance, plus le passé revient.

Les événements précédant l’effondrement de la civilisation expliquent Glenn, Mahiru, les Hiiragi, les expériences Hyakuya et plusieurs conflits dont Yû hérite sans même savoir qu’ils existaient.

La série joue beaucoup avec cette construction.

Une information qui semblait appartenir au décor peut devenir essentielle bien plus tard.

Un personnage présenté comme simple supérieur militaire peut être lié à un événement survenu des années auparavant.

Et même la catastrophe qui a donné le pouvoir aux vampires cesse progressivement d’être un simple « virus mystérieux » tombé du ciel.

Seraph of the End raconte donc autant l’après-apocalypse que les gens qui ont participé à sa préparation.

Chez Yû, le mot « famille » finit par prendre une définition particulièrement large

Yû commence en ne voulant dépendre de personne.

Puis il retrouve Mika.

Entre-temps, Shinoa, Yoichi, Kimizuki et Mitsuba sont devenus ses compagnons.

Glenn occupe une place presque paternelle malgré ses secrets. D’autres alliés s’ajoutent encore au fil des conflits.

Le problème est que Yû finit par considérer pratiquement toute personne importante pour lui comme sa famille.

Et dès lors, lui demander de sacrifier quelqu’un « pour sauver le monde » devient très compliqué.

Il refuse régulièrement le choix que les adultes autour de lui présentent comme inévitable.

C’est parfois naïf. Souvent dangereux. Et complètement cohérent avec son histoire.

Après avoir déjà perdu une famille entière, Yû n’a aucune intention de laisser quelqu’un lui expliquer tranquillement qu’il doit recommencer.

Takaya Kagami voulait justement construire Yû à travers les personnes qui lui donnent une raison de vivre

Cette évolution ne vient pas d’un hasard de scénario.

Dans une longue interview officielle de Jump SQ., Takaya Kagami explique que Yû est construit par les personnes qu’il rencontre.

Mika lui donne une raison d’avancer. Glenn lui en apporte une autre. Puis Shinoa et ses camarades modifient encore sa manière de voir le monde.

Kagami voulait ainsi un protagoniste dont l’identité se construit grâce aux liens qu’il crée plutôt qu’un héros arrivant dès le premier chapitre avec une grande philosophie déjà parfaitement définie.

Ça explique énormément de choses chez Yû.

Il change d’objectif, se contredit parfois et peut prendre une décision simplement parce qu’une personne qu’il aime se trouve devant lui.

Pour quelqu’un qui prétendait autrefois n’avoir besoin de personne, le résultat est assez spectaculaire.

Le manga est réellement fabriqué par trois personnes, et ce n’est pas juste une ligne de crédits bizarre

Takaya Kagami écrit l’histoire, Yamato Yamamoto assure le dessin et Daisuke Furuya travaille sur la composition des storyboards.

Le fonctionnement est suffisamment inhabituel pour que Jump SQ. ait consacré une longue interview aux trois créateurs.

Kagami prépare le scénario. Furuya le transforme ensuite en découpage manga, avant que Yamamoto réalise les planches définitives.

Les trois auteurs expliquent que l’univers passe donc réellement par plusieurs sensibilités avant d’arriver sur la page.

Cette organisation convient particulièrement bien à une série qui doit gérer énormément de personnages, de dialogues, de combats et de révélations.

Et lorsque vous voyez une double page remplie de vampires, de soldats, d’armes démoniaques et de sang, vous pouvez au moins savoir que le chaos a été organisé professionnellement.

Ils ont retravaillé le lancement pendant environ un an et demi avant la publication

L’anecdote de création est assez révélatrice.

Dans cette même interview, l’équipe raconte avoir passé environ un an et demi à reprendre les storyboards avant le lancement.

Le début était particulièrement important parce que la série devait changer radicalement d’environnement entre ses premiers chapitres.

On commence sous terre avec les enfants prisonniers des vampires.

Puis le récit bascule vers le monde de la surface, l’armée et les démons.

Les auteurs savaient donc qu’il fallait réussir ce changement sans perdre le lecteur.

Furuya plaisante même sur les premières indications de bataille écrites par Kagami : elles pouvaient parfois se résumer à des répétitions du genre « le sang vole », avant que leurs méthodes de travail deviennent beaucoup plus précises.

Quand on regarde la quantité de sang qui finit réellement par voler dans Seraph of the End, on peut reconnaître au moins une chose : l’intention de départ a été respectée.

Kagami avait déjà prévu une grande partie des mystères bien avant leurs révélations

Toujours dans l’entretien de Jump SQ., Takaya Kagami explique qu’il préfère avant tout écrire les personnages et observer comment leurs histoires s’enchaînent.

Mais il précise également que plusieurs grandes réponses étaient déjà largement décidées : la naissance des vampires, la nature du Seraph of the End et la direction générale du monde.

C’est important dans une série aussi chargée en mystères.

Les révélations peuvent arriver très longtemps après la première question, mais elles sont souvent reliées à des éléments introduits bien plus tôt.

Glenn possède sa propre histoire avant Yû. Yû et Mika héritent ensuite de conséquences qu’ils ne comprennent pas encore. Puis les vampires ajoutent leur propre passé à l’ensemble.

Le récit ressemble parfois à plusieurs générations ayant toutes laissé leurs problèmes dans la même pièce en espérant que les suivantes s’en occupent.

Yû a visiblement hérité de la clé.

Yamato Yamamoto donne aux vampires une élégance qui rend leur régime presque trop beau

Visuellement, Yamato Yamamoto apporte énormément à l’identité de Seraph of the End.

Les uniformes militaires humains sont très travaillés. Les vampires possèdent au contraire de longues silhouettes, des capes et des vêtements qui les rendent immédiatement reconnaissables.

Les armes maudites donnent encore une autre personnalité aux combattants.

Yamamoto est particulièrement à l’aise avec les visages fins et les personnages élégants, ce qui crée un contraste efficace avec la violence.

Un vampire peut sembler parfaitement calme et distingué juste avant de vider quelqu’un de son sang.

Ce qui est probablement la manière la plus polie possible de rappeler qu’une belle veste blanche n’est pas un indicateur fiable de bonnes intentions.

L’artiste a également expliqué travailler entièrement en numérique pour ses illustrations couleur, depuis le brouillon jusqu’à la mise en couleur finale.

L’anime de WIT Studio a donné à Yû et Mika 24 épisodes de plus pour souffrir

Seraph of the End a été adapté en anime en 2015 par WIT Studio, le studio qui travaillait également à cette époque sur L’Attaque des Titans.

La série télévisée compte 24 épisodes répartis en deux parties.

La première installe Yû, Mika, l’escouade Shinoa et l’affrontement de Shinjuku. La seconde développe notamment la grande opération de Nagoya.

La musique bénéficie entre autres du travail de Hiroyuki Sawano, ce qui colle plutôt bien aux batailles où l’armée démoniaque et les vampires décident que la discrétion n’est plus nécessaire.

L’anime reprend seulement une partie de l’histoire développée dans le manga.

Depuis, l’univers papier a largement approfondi les expériences, les vampires, les démons et le passé des personnages.

Seraph of the End devient de moins en moins une histoire où il suffit de choisir humains ou vampires

C’est probablement sa principale force sur la durée.

Au départ, le choix semble évident.

Les vampires ont enfermé des enfants et les utilisent pour leur sang. Yû veut les tuer. Fin du débat.

Puis Mika revient.

Ensuite, certains humains commencent à paraître nettement moins recommandables. L’armée mène des expériences. Les familles dominantes manipulent leurs subordonnés. Glenn ment. Les vampires eux-mêmes ne partagent pas tous les mêmes objectifs.

Et derrière ces camps apparaissent encore les démons, la secte Hyakuya et des forces beaucoup plus anciennes.

Le véritable choix de Yû devient alors beaucoup plus simple à formuler et beaucoup plus difficile à réaliser : protéger les gens qu’il aime, peu importe ce qu’ils sont devenus.

C’est précisément le genre de philosophie qui fonctionne merveilleusement bien jusqu’au moment où deux membres de votre famille se retrouvent dans des camps qui ont décidé de s’exterminer.

Pourquoi commencer Seraph of the End ?

Parce que le premier volume pose immédiatement une situation efficace : l’humanité s’est effondrée, les vampires ont pris les enfants survivants et un garçon échappe au massacre de sa famille avec une seule idée en tête, se venger.

Puis le manga refuse de rester aussi simple.

Mika est vivant. Les humains utilisent des démons. Glenn possède un passé beaucoup plus lourd qu’il ne le laisse entendre. Les Hiiragi manipulent l’armée. Les expériences Hyakuya dépassent la guerre contre les vampires et le fameux Seraph of the End commence progressivement à expliquer pourquoi autant de personnages tournent autour de Yû.

L’escouade Shinoa apporte en parallèle quelque chose d’essentiel : une véritable bande.

Shinoa se moque de tout le monde, Kimizuki se dispute avec Yû, Yoichi essaie généralement d’éviter que la conversation ne dégénère et Mitsuba aimerait parfois simplement que ses équipiers suivent un ordre pendant plus de trente secondes.

Au milieu des complots, c’est cette dynamique qui garde le manga humain.

Si vous aimez les vampires, la dark fantasy, les armes démoniaques, les conspirations et les histoires où les personnages deviennent plus importants que le camp auquel ils appartiennent, Seraph of the End possède largement de quoi accrocher.

Et une dernière règle paraît assez vite évidente : si Glenn vous assure qu’il a un plan et qu’il refuse d’expliquer la deuxième moitié, évitez de répondre « je te fais confiance » trop rapidement.

Dans cette série, même la première moitié cache probablement déjà quelque chose.

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Seraph of the End réunit Takaya Kagami au scénario, Yamato Yamamoto au dessin et Daisuke Furuya à la composition. Yûichirô Hyakuya rejoint l’armée pour exterminer les vampires avant de découvrir que Mika, le garçon qu’il considérait comme sa famille, a survécu dans leur camp. Un dernier conseil : dans cet univers, si quelqu’un vous tend une arme en précisant qu’un démon habite à l’intérieur, demandez le mode d’emploi avant de répondre « génial ». Yû a déjà suffisamment testé la méthode inverse.