Radiant
Radiant : Seth veut détruire le berceau des Némésis, mais le vrai monstre n’est pas toujours celui qui tombe du ciel
Dans le manga Radiant, d’énormes créatures appelées Némésis tombent du ciel et ravagent tout sur leur passage. Ceux qui entrent en contact avec elles meurent généralement. Quelques rares survivants restent pourtant en vie, marqués à jamais par une infection. On les appelle les infectés. Et comme l’être humain possède un talent remarquable pour avoir peur de ce qu’il ne comprend pas, ces survivants deviennent souvent des parias.
Seth est l’un d’eux. Deux petites cornes dépassent de son crâne, il pratique la magie et il a grandi avec Alma, la sorcière qui l’a recueilli après une attaque de Némésis. Son idée pour résoudre le problème est d’une simplicité très shonen : plutôt que d’attendre que les monstres continuent à tomber, il va trouver l’endroit d’où ils viennent.
Cet endroit mythique porte un nom : le Radiant.
Seth veut le trouver et le détruire afin que les Némésis cessent d’apparaître. Sur le trajet, il va surtout découvrir un monde où les monstres ne sont qu’une partie du problème. L’Inquisition traque les sorciers, les populations craignent les infectés, plusieurs factions possèdent leur propre idée de ce qu’il faudrait faire des Némésis et même les alliés de Seth cachent parfois des choses franchement compliquées.
Tony Valente part donc d’une grande chasse aux monstres et construit progressivement une aventure sur la peur, la différence et la manière dont une société fabrique elle-même certains de ses ennemis. Avec, heureusement, assez de magie, de bastons et de personnages complètement barrés pour éviter que tout cela ressemble à un cours de sociologie avec des chapeaux pointus.
Seth possède deux cornes qui ne l’aident pas vraiment à convaincre les gens qu’il n’est pas dangereux
Être infecté signifie avoir survécu au contact d’un Némésis, mais cette survie laisse des traces.
Chez Seth, elles sont particulièrement visibles : deux cornes poussent sur son crâne.
Pour un garçon qui aimerait convaincre les humains que les sorciers ne sont pas des monstres, l’apparence n’est donc pas exactement de son côté.
Son caractère non plus, parfois.
Seth agit avant de réfléchir, fonce lorsqu’il pense pouvoir aider quelqu’un et possède un talent certain pour créer un problème en essayant d’en résoudre un autre.
Pourtant, cette impulsivité cache un idéal assez simple. Il veut pouvoir combattre les Némésis sans être traité comme l’un d’eux.
Il refuse surtout d’accepter que la peur des humains soit une fatalité.
Ce mélange d’entêtement, de naïveté et de vraie générosité fait fonctionner le personnage. Seth n’est pas intéressant parce qu’il serait l’apprenti sorcier le plus subtil du monde. Il l’est parce qu’il continue à vouloir rapprocher des gens qui passent une bonne partie de leur temps à lui expliquer qu’ils préfèrent se détester.
Alma a élevé Seth et maîtrise déjà parfaitement la technique du « tu vas encore faire une connerie »
Alma est la sorcière qui a sauvé Seth lorsqu’il était enfant et l’a ensuite pris sous son aile.
Elle connaît les Némésis, chasse les créatures qui menacent sa région et possède surtout beaucoup plus d’expérience que son jeune protégé.
Autant dire qu’elle voit venir certaines catastrophes longtemps avant lui.
Leur relation apporte immédiatement quelque chose de chaleureux à Radiant. Alma n’est pas seulement le maître qui fournit deux techniques avant de disparaître pour laisser le héros partir à l’aventure.
Elle représente la famille de Seth.
Et lorsqu’il décide de chercher le Radiant, il ne part pas parce qu’il déteste sa vie avec elle. Il veut justement résoudre le problème qui condamne tous les infectés à vivre sous la menace des Némésis et sous le regard hostile des autres humains.
Seulement, expliquer à Alma qu’on va partir trouver un endroit légendaire dont personne ne connaît l’emplacement pour détruire la source de tous les monstres demande un niveau de confiance en soi assez remarquable.
Seth ne manque heureusement pas de ce genre de ressource.
Le Radiant est peut-être une légende, mais Seth n’a jamais laissé un détail pareil gâcher un bon plan
Personne ne vient remettre à Seth une jolie carte avec une croix rouge et « berceau des Némésis » écrit dessus.
Le Radiant est un lieu dont l’existence même reste mystérieuse.
Pourtant, Seth part du principe que si les Némésis viennent quelque part, alors leur origine doit pouvoir être trouvée.
Sa quête possède donc un côté très aventureux : rechercher des informations, rencontrer d’autres sorciers et explorer des régions dont chacune possède ses propres règles.
Le monde imaginé par Tony Valente est formé notamment d’îlots et de territoires très différents. On passe d’un environnement rural aux installations de l’Institut Artémis, puis à une ville industrielle ou à un royaume gouverné par des Chevaliers-Sorciers.
Le voyage ne consiste donc jamais uniquement à marcher dans la même forêt en attendant que le prochain Némésis sorte derrière un arbre.
Et surtout, chaque nouvelle région permet de voir une autre manière de considérer les infectés.
L’Institut Artémis prouve que même les sorciers ont besoin d’une administration
En quittant Alma, Seth rejoint notamment l’Institut Artémis, un lieu où vivent de nombreux sorciers.
Il y rencontre plusieurs personnages qui vont devenir essentiels à son voyage.
Parmi eux se trouve Yaga, qui l’aide à mieux utiliser sa magie.
Parce qu’un autre problème accompagne Seth : il possède un rapport au Fantasia, l’énergie magique de cet univers, qui ne fonctionne pas exactement comme celui des autres sorciers.
Il doit donc apprendre à contrôler quelque chose qu’il utilise déjà de manière très instinctive.
Le résultat donne parfois l’impression d’essayer d’enseigner le code de la route à quelqu’un qui sait déjà conduire très vite mais qui considère les panneaux comme de jolies décorations.
Heureusement, l’Artémis ne lui apporte pas seulement des cours.
Il y trouve surtout des compagnons.
Mélie peut être adorable ou vouloir vous arracher la tête, parfois sans beaucoup de préavis
Mélie est une sorcière spécialisée notamment dans le piégeage des Némésis.
Au premier abord, elle se montre douce, polie et accueillante.
Puis son infection intervient.
Elle provoque chez Mélie des changements de personnalité particulièrement violents. La jeune femme compréhensive peut ainsi laisser place à quelqu’un de beaucoup plus agressif.
Ce n’est pas un simple gag que Tony Valente oublie dès qu’un combat sérieux commence.
Son infection a eu des conséquences sur ses relations avec les autres et participe à sa difficulté à créer des liens.
Seth, qui sait lui aussi ce que signifie être jugé avant même d’avoir ouvert la bouche, ne s’arrête pas longtemps au problème.
Leur amitié fonctionne précisément parce que Radiant ne demande pas à ses personnages de devenir « normaux » avant de mériter d’être acceptés.
Bon, lorsque Mélie change brutalement de caractère au mauvais moment, quelques précautions restent malgré tout recommandées.
Doc sait beaucoup de choses et préférerait généralement les expliquer depuis un endroit où personne ne se bat
Doc complète rapidement le groupe.
Ankama le décrit lui-même comme sorcier informateur, chercheur, éboueur… et mort de peur.
C’est assez précis.
Doc peut trouver des renseignements extrêmement utiles, comprendre des situations complexes et aider le groupe à progresser.
En revanche, si un gigantesque Némésis apparaît et que quelqu’un demande un volontaire pour aller vérifier ses dents de plus près, son enthousiasme connaît généralement une baisse brutale.
Cette peur permanente pourrait rendre le personnage agaçant.
Elle devient au contraire une excellente source de comédie parce que Doc est souvent le seul membre du groupe dont l’instinct de survie fonctionne normalement.
Seth voit un danger et veut foncer.
Mélie peut décider de foncer encore plus fort.
Doc, lui, se demande pourquoi personne n’a envisagé l’option consistant à partir très vite dans la direction opposée.
Rumble Town est le moment où Radiant montre qu’il ne sera pas seulement une chasse aux monstres
L’arc de Rumble Town marque une étape importante.
Seth, Mélie et Doc arrivent dans cette ville industrielle pour une mission liée à un Némésis.
Ils découvrent surtout un endroit où l’Inquisition contrôle sévèrement la population et où la présence d’infectés provoque immédiatement la peur.
La situation empire avec l’arrivée d’Hameline, une sorcière liée aux événements tragiques qui ont frappé la ville des années auparavant.
Elle possède surtout quelque chose d’extrêmement inquiétant : des Némésis semblent lui obéir.
Pour Seth, qui partait avec l’idée assez simple « Némésis mauvais, sorciers victimes », c’est un sérieux problème.
L’arc brouille les rôles.
Des sorciers peuvent devenir dangereux. Des membres de l’Inquisition ne réagissent pas tous de la même manière. Quant aux habitants, ils peuvent être victimes et persécuteurs presque simultanément.
Radiant commence alors à demander non pas qui appartient au bon camp, mais ce que chacun décide de faire lorsqu’il a peur.
Hameline comprend les Némésis d’une manière qui dérange beaucoup Seth
Hameline est importante parce qu’elle attaque directement l’une des convictions du héros.
Seth veut détruire le Radiant pour débarrasser le monde des Némésis.
Mais que se passe-t-il lorsqu’un infecté ne les voit pas uniquement comme des monstres ?
Hameline possède sa propre histoire, ses blessures et une relation particulière avec les créatures.
Le conflit devient donc beaucoup moins confortable qu’une bataille contre un monstre géant dont le seul objectif serait de manger le village.
Tony Valente commence ici à montrer une idée qu’il développera encore : les personnages les plus dangereux de Radiant possèdent souvent des raisons que l’on peut comprendre sans pour autant approuver ce qu’ils font.
Pour Seth, c’est compliqué.
Il serait nettement plus simple que les méchants acceptent de porter une pancarte.
Grimm ressemble à quelqu’un qu’on éviterait dans une ruelle, ce qui ne l’empêche pas d’être fascinant
Grimm apparaît comme un sorcier mystérieux entièrement enveloppé de bandelettes.
Son allure n’est déjà pas particulièrement rassurante.
Son comportement améliore rarement la situation.
Il manipule le Fantasia avec une grande maîtrise et semble souvent posséder davantage d’informations qu’il n’en partage.
Très vite, Grimm devient l’un de ces personnages qu’on est content de voir revenir précisément parce qu’on n’est jamais complètement certain de ce qu’il va faire.
Il peut collaborer avec Seth sans devenir pour autant son meilleur copain après trois cases.
Et son mystère tient suffisamment longtemps pour qu’une simple apparition fasse immédiatement remonter plusieurs questions.
Radiant possède beaucoup de personnages bavards.
Grimm prouve qu’on peut aussi attirer l’attention en donnant soigneusement l’impression qu’on connaît la réponse et qu’on n’a aucune intention de la fournir gratuitement.
L’Inquisition est plus intéressante lorsqu’elle ne se résume pas à une armée de fanatiques
Les sorciers sont poursuivis par l’Inquisition, institution puissante qui combat les Némésis mais contrôle également les infectés.
Il serait tentant d’en faire simplement l’armée des méchants.
Tony Valente préfère compliquer les choses.
Dragunov, capitaine de l’Inquisition, en est un bon exemple. Il poursuit Seth et représente une institution que le héros déteste. Pourtant, il se préoccupe réellement de la protection des civils.
À l’intérieur même de l’Inquisition existent différentes personnalités, ambitions et manières de considérer les sorciers.
Ce choix évite au conflit de devenir trop facile.
Certains inquisiteurs commettent des actes terribles. Cela ne signifie pas que chaque homme portant l’uniforme se réveille le matin en se demandant comment être encore plus odieux avant le déjeuner.
Et plus Seth découvre l’organisation, plus il comprend que combattre une institution est beaucoup plus compliqué que vaincre un seul type avec une grosse armure.
Cyfandir change complètement d’échelle avec ses Chevaliers-Sorciers
Après Rumble Town et l’Artémis, Seth part vers Cyfandir, territoire des Chevaliers-Sorciers.
Il découvre un univers très différent.
Ici, les sorciers ne vivent pas simplement cachés ou tolérés dans un coin. Ils possèdent leur propre organisation, leurs traditions et une véritable puissance militaire.
C’est également là que le manga introduit Ocoho, apprentie Chevalier-Sorcier appelée à prendre une place importante aux côtés de Seth, Mélie et Doc.
Ocoho possède un caractère bien trempé et une vision de son rôle qui ne correspond pas toujours à celle des autres.
Elle devient rapidement beaucoup plus qu’un personnage ajouté pour compléter l’équipe.
Son histoire permet d’explorer Cyfandir de l’intérieur : ses règles, ses responsabilités et ses contradictions.
Et lorsque l’Inquisition finit par regarder ce royaume avec beaucoup moins de patience, la quête personnelle de Seth se transforme en conflit beaucoup plus vaste.
La reine Boadicée ne risque pas de passer inaperçue dans une salle du trône
Queen Boadicée règne sur Cyfandir.
Et Tony Valente ne lui a pas exactement dessiné une silhouette discrète : Ankama la décrit comme environ cinq fois plus grande qu’un être humain.
Elle maîtrise le Fantasia et gouverne un royaume où les sorciers occupent une place que l’on ne retrouve presque nulle part ailleurs.
Cyfandir permet ainsi au manga de poser une question intéressante.
Que deviennent les infectés lorsqu’ils possèdent enfin un territoire dans lequel ils ne sont pas automatiquement considérés comme suspects ?
La réponse n’est évidemment pas : tout devient parfait.
Le royaume possède ses propres conflits, ses traditions, ses secrets et ses luttes de pouvoir.
Mais pour Seth, voir des sorciers capables de vivre autrement que cachés représente déjà quelque chose d’important.
Ocoho apporte au groupe exactement ce dont il manquait : encore quelqu’un capable de se mettre dans les ennuis
Ocoho est une apprentie de l’Ordre des Chevaliers-Sorciers.
Elle possède une vraie fierté, beaucoup de volonté et une relation très différente de celle de Seth avec la responsabilité.
Là où lui peut foncer simplement parce que quelque chose lui semble injuste, Ocoho doit composer avec son royaume et avec ce que les autres attendent d’elle.
Leur relation évolue donc naturellement au fil des événements.
Elle apporte également un nouveau regard sur la condition des infectés.
Seth a grandi presque en marge du monde. Mélie porte une infection qui perturbe ses relations. Ocoho vient d’un système où les sorciers peuvent au contraire représenter l’autorité.
Radiant évite ainsi de raconter « la vie des infectés » comme s’ils formaient un bloc unique.
Chaque personnage vit sa différence autrement.
Piodon pose un problème assez gênant : Seth n’est peut-être pas aussi seul qu’il le pensait
La quête du Radiant rejoint également le passé du héros.
Piodon apparaît comme un mystérieux sorcier à cornes lié à Seth.
Alma finit par apporter certaines réponses, mais chaque information semble surtout ouvrir deux nouvelles questions.
Pourquoi Seth possède-t-il cette particularité ? D’où vient-il réellement ? Pourquoi certains personnages semblent-ils savoir davantage de choses sur lui que lui-même ?
Ces mystères donnent une deuxième direction à la série.
Seth cherche l’origine des Némésis.
En parallèle, il commence à chercher sa propre origine.
Et quand les deux enquêtes commencent à se rapprocher, ses petites cornes cessent d’être seulement un détail graphique sympathique.
Les Domitors retournent encore la question : et si les Némésis pouvaient être contrôlés ?
Plus tard, le manga développe davantage les Domitors, des sorciers capables d’établir une relation particulière avec les Némésis et de les contrôler.
Évidemment, cette pratique ne plaît pas du tout à l’Inquisition.
Elle perturbe également la vision de Seth.
Depuis le début, il veut trouver l’origine des Némésis pour mettre un terme à leur menace.
Mais plus il découvre leur nature et les différentes relations que certains sorciers entretiennent avec eux, moins il peut se contenter d’une équation aussi simple.
Le monde se divise alors entre ceux qui veulent tuer les créatures, ceux qui veulent les utiliser, ceux qui les étudient et ceux qui considèrent même que le problème principal vient ailleurs.
Pour quelqu’un dont le plan initial tenait à « trouver Radiant, casser Radiant », les dossiers commencent sérieusement à s’empiler.
Bôme place les infectés au centre d’un débat qui n’a plus rien de théorique
Bôme est un autre lieu important de l’univers.
La ville est un centre majeur de l’Inquisition, mais elle abrite également clandestinement des Domitors.
Après les événements de Cyfandir, les dirigeants de l’Inquisition doivent se prononcer sur le sort des infectés.
Le conflit entre sorciers et institution devient donc ouvertement politique.
Faut-il surveiller les infectés ? Les enfermer ? Les utiliser ? Les éliminer ? Peut-on réellement leur faire confiance ?
Et pendant que les responsables discutent de leur avenir, les principaux concernés ont évidemment quelques opinions personnelles sur la question.
Radiant montre ici jusqu’où son univers a grandi depuis Pompo Hills.
Au départ, Seth voulait empêcher les gens de craindre un garçon avec deux cornes.
Désormais, la place de tous les infectés dans la société devient un enjeu de pouvoir.
Le Fantasia ne sert pas seulement à lancer de jolies attaques lumineuses
La magie de Radiant repose sur le Fantasia.
Les sorciers utilisent cette énergie de différentes manières, souvent avec des outils adaptés à leurs capacités.
Tony Valente peut donc créer des styles très variés sans que tout le monde finisse par lancer la même boule d’énergie avec une couleur différente.
Seth possède justement une relation inhabituelle avec cette magie, ce qui explique une partie de l’intérêt que certains personnages lui portent.
Les Chevaliers-Sorciers développent leurs propres techniques. L’Inquisition utilise son arsenal. Les Domitors suivent encore une autre voie.
Les combats restent ainsi liés aux cultures et aux factions du monde.
Et plus l’univers s’étend, plus le Fantasia ressemble à quelque chose que chacun cherche à comprendre, maîtriser ou monopoliser.
Les infections sont des différences visibles, gênantes ou parfois franchement infernales
L’une des meilleures idées de Tony Valente vient de la manière dont les infections fonctionnent.
Elles ne donnent pas simplement à chaque sorcier « son super-pouvoir ».
Elles peuvent aussi devenir un handicap, une transformation physique ou une particularité difficile à vivre.
Seth porte ses cornes.
Mélie subit ses changements de personnalité.
D’autres infectés vivent encore des conséquences très différentes.
Tony Valente a expliqué avoir pensé ces infections en rapport avec le parcours de ses personnages et avec la manière dont chacun doit vivre sa propre différence.
Le pouvoir magique n’efface donc jamais complètement la condition de paria.
On peut être capable de combattre un monstre géant et malgré tout se faire regarder de travers en entrant dans un village.
Quelque part, c’est presque vexant. Le Némésis de quinze mètres ne paie probablement même pas ses impôts, mais c’est le garçon à cornes qui inquiète tout le monde.
Tony Valente mélange le shonen japonais avec des idées qui viennent clairement d’Europe
Radiant utilise énormément de codes familiers du shonen : un héros impulsif, un voyage, une équipe qui s’agrandit, des pouvoirs, des rivalités, des organisations et des combats de plus en plus ambitieux.
Mais Tony Valente ne cherche pas à faire croire que l’œuvre a été dessinée à Tokyo.
Ses références incluent aussi les contes européens, l’histoire de l’Inquisition et des éléments de l’actualité politique.
Le résultat donne au monde une saveur particulière.
Les villes, les institutions, les chevaliers, les procès en sorcellerie et les différentes formes d’autorité se mélangent à une narration très influencée par le manga japonais.
L’auteur cite notamment One Piece parmi ses grandes références.
Ça se sent surtout dans son plaisir à créer un vaste monde et à laisser les personnages rencontrer des cultures, des pouvoirs et des groupes très différents au fil du voyage.
Radiant possède donc un passeport français, mais il parle couramment shonen.
Au départ, Tony Valente pensait pouvoir raconter Radiant en trois tomes
L’anecdote est assez savoureuse lorsqu’on voit l’ampleur prise par l’univers.
Avant de commencer Radiant, Tony Valente envisageait initialement une histoire de seulement trois volumes.
Puis Seth a visiblement décidé que trouver l’origine de tous les Némésis, comprendre les infectés, affronter l’Inquisition et régler plusieurs conflits politiques ne rentrerait pas confortablement dans ce format.
L’univers s’est développé.
De nouvelles régions sont apparues, les personnages secondaires ont pris davantage de place et les différentes factions ont transformé la quête initiale en quelque chose de beaucoup plus vaste.
C’est souvent un bon signe dans une série d’aventure : on sent que le monde ne sert plus simplement de décor derrière le héros.
Il commence à produire ses propres histoires.
Radiant est devenu une petite anomalie française au Japon
Le parcours éditorial de la série est assez exceptionnel.
Ankama lance Radiant en France en 2013.
Le manga trouve ensuite un éditeur japonais et devient, selon Ankama, le premier manga de création française publié au Japon. La version japonaise paraît directement en volumes, sans passer par une prépublication en magazine.
La série reçoit également le soutien de mangakas japonais connus comme Hiro Mashima, créateur de Fairy Tail, et Yusuke Murata, dessinateur de One-Punch Man.
Ce n’est déjà pas banal.
Mais l’histoire va encore plus loin.
Le manga français finit par devenir suffisamment installé au Japon pour que la NHK décide d’en produire une adaptation animée.
Autrement dit : un Français dessine un manga influencé par les Japonais, les Japonais le publient, puis ils en font un anime.
La boucle avait visiblement envie d’être complète.
L’anime japonais arrive en 2018
Radiant est adapté en série animée à partir d’octobre 2018 pour la NHK.
L’adaptation connaîtra deux saisons.
Pour une œuvre créée directement en France par un auteur français, voir Seth, Mélie, Doc et les Némésis revenir sous la forme d’un anime japonais constitue évidemment une étape assez particulière.
L’anime reprend les grandes bases du manga mais possède aussi son propre rythme et certains développements.
Le dessin original de Tony Valente reste cependant l’endroit où son monde possède toute sa personnalité : décors chargés, créatures très différentes, silhouettes immédiatement reconnaissables et expressions capables de passer du sérieux à la grimace en quelques cases.
Et lorsqu’un Némésis remplit une double page, on comprend vite pourquoi l’auteur aime avoir un peu d’espace.
Radiant avait déjà commencé à collectionner les récompenses dès ses débuts
Le succès japonais n’est pas arrivé complètement par surprise.
Dès 2014, Radiant remporte le Prix Manga Canal BD.
La série reçoit aussi le prix de la Meilleure BD au style manga décerné par les lecteurs d’AnimeLand cette même année.
Plus tard, certains volumes seront également sélectionnés dans des compétitions jeunesse du Festival d’Angoulême.
Ces distinctions montrent surtout que l’œuvre a rapidement dépassé le simple argument « regardez, un Français fait du manga ».
Parce qu’après quelques chapitres, cette curiosité disparaît.
On ne continue pas Radiant pour vérifier si Tony Valente connaît bien les codes japonais.
On continue pour savoir ce qui attend Seth, ce que cache l’Inquisition et si quelqu’un va enfin découvrir où se trouve ce fichu Radiant.
The Art of Radiant permet aussi de voir tout ce qu’il y a derrière les pages
Pour les dix ans de la série, Tony Valente a consacré un énorme artbook à son univers : The Art of Radiant.
L’ouvrage rassemble plus de trois cents pages de recherches et d’illustrations.
On y retrouve le travail de conception derrière les personnages, les lieux et l’univers graphique de la série.
Le livre est bilingue français-anglais et permet surtout de mesurer l’évolution du dessin depuis les débuts.
C’est intéressant avec Radiant parce que Tony Valente construit énormément par le visuel.
Une faction doit pouvoir être reconnue à son équipement. Une région doit posséder sa propre personnalité. Même les Némésis ne ressemblent pas simplement à une série de gros lézards auxquels on aurait changé les cornes.
Le monde doit donner l’impression d’exister bien au-delà du chemin emprunté par Seth.
L’univers de Radiant a fini par devenir suffisamment vaste pour accueillir d’autres histoires
Le monde ne se limite d’ailleurs plus uniquement au voyage principal de Seth.
Radiant – Cyfandir Chronicles explore par exemple le royaume des Chevaliers-Sorciers après les événements qui l’ont profondément transformé. Tony Valente en signe l’histoire tandis que Naokuren assure le dessin.
Plus récemment, Radiant – Fabula Fantasia, entièrement réalisé par Tony Valente, remonte beaucoup plus loin dans l’histoire de cet univers et peut se lire indépendamment de l’aventure principale.
Ces récits montrent surtout combien le décor initial a grandi.
Cyfandir, l’Inquisition, le Fantasia et les différentes populations ne sont plus uniquement des étapes placées entre Seth et son objectif.
Radiant est devenu un monde capable de raconter des histoires même lorsque son héros principal regarde ailleurs.
Pourquoi commencer Radiant ?
Parce qu’au premier regard, tout est là pour un bon shonen d’aventure : un héros cornu, des monstres gigantesques, de la magie, une quête presque impossible et une bande de compagnons assez mal assortis pour produire de très bons gags.
Mais Radiant devient surtout intéressant lorsqu’il commence à compliquer cette recette.
Les Némésis sont dangereux, pourtant la peur qu’ils provoquent permet aussi aux humains de persécuter ceux qui ont survécu à leur contact.
L’Inquisition protège réellement certaines populations, mais elle peut également devenir une machine d’oppression.
Les infectés sont victimes de préjugés sans être automatiquement irréprochables. Certains rêvent de paix, d’autres veulent se venger et d’autres encore cherchent à contrôler les créatures.
Au milieu de tout ça, Seth conserve une idée presque naïve : il doit exister une solution qui permette aux gens d’arrêter de vivre dans la peur les uns des autres.
Il prend des coups, découvre régulièrement que le monde est beaucoup plus compliqué que prévu et continue quand même.
C’est ce qui donne à Radiant son énergie.
On peut venir pour le dessin et les combats, rester pour Mélie, Doc, Ocoho, Grimm ou Dragunov et finir par s’intéresser autant aux conflits entre factions qu’à l’emplacement du Radiant lui-même.
Et si Seth vous propose un jour de partir avec lui chercher le berceau légendaire de toutes les créatures monstrueuses tombant du ciel, demandez peut-être combien de personnes savent où il se trouve.
Si la réponse est « personne », vous venez probablement de rejoindre l’équipe.
Lire plus
Radiant est le shonen créé en France par Tony Valente. Seth, jeune sorcier infecté reconnaissable à ses deux cornes, parcourt le monde avec Mélie, Doc, Ocoho et leurs alliés pour trouver le mystérieux berceau des Némésis, tandis que l’Inquisition et plusieurs factions se disputent l’avenir des infectés. Un dernier conseil : lorsque Seth annonce « j’ai une idée », laissez-lui quelques mètres d’avance. Ça ne supprimera pas la catastrophe, mais vous serez peut-être en dehors du cratère.
5 résultats affichés
-

Coffret Radiant tome 09 à 12
49,90CHF -

Coffret Radiant tome 13 à 16
49,90CHF -

Radiant tome 14
12,70CHF -

Radiant tome 15
12,70CHF -

Radiant tome 16
12,70CHF
Radiant : Seth veut détruire le berceau des Némésis, mais le vrai monstre n’est pas toujours celui qui tombe du ciel
Dans le manga Radiant, d’énormes créatures appelées Némésis tombent du ciel et ravagent tout sur leur passage. Ceux qui entrent en contact avec elles meurent généralement. Quelques rares survivants restent pourtant en vie, marqués à jamais par une infection. On les appelle les infectés. Et comme l’être humain possède un talent remarquable pour avoir peur de ce qu’il ne comprend pas, ces survivants deviennent souvent des parias.
Seth est l’un d’eux. Deux petites cornes dépassent de son crâne, il pratique la magie et il a grandi avec Alma, la sorcière qui l’a recueilli après une attaque de Némésis. Son idée pour résoudre le problème est d’une simplicité très shonen : plutôt que d’attendre que les monstres continuent à tomber, il va trouver l’endroit d’où ils viennent.
Cet endroit mythique porte un nom : le Radiant.
Seth veut le trouver et le détruire afin que les Némésis cessent d’apparaître. Sur le trajet, il va surtout découvrir un monde où les monstres ne sont qu’une partie du problème. L’Inquisition traque les sorciers, les populations craignent les infectés, plusieurs factions possèdent leur propre idée de ce qu’il faudrait faire des Némésis et même les alliés de Seth cachent parfois des choses franchement compliquées.
Tony Valente part donc d’une grande chasse aux monstres et construit progressivement une aventure sur la peur, la différence et la manière dont une société fabrique elle-même certains de ses ennemis. Avec, heureusement, assez de magie, de bastons et de personnages complètement barrés pour éviter que tout cela ressemble à un cours de sociologie avec des chapeaux pointus.
Seth possède deux cornes qui ne l’aident pas vraiment à convaincre les gens qu’il n’est pas dangereux
Être infecté signifie avoir survécu au contact d’un Némésis, mais cette survie laisse des traces.
Chez Seth, elles sont particulièrement visibles : deux cornes poussent sur son crâne.
Pour un garçon qui aimerait convaincre les humains que les sorciers ne sont pas des monstres, l’apparence n’est donc pas exactement de son côté.
Son caractère non plus, parfois.
Seth agit avant de réfléchir, fonce lorsqu’il pense pouvoir aider quelqu’un et possède un talent certain pour créer un problème en essayant d’en résoudre un autre.
Pourtant, cette impulsivité cache un idéal assez simple. Il veut pouvoir combattre les Némésis sans être traité comme l’un d’eux.
Il refuse surtout d’accepter que la peur des humains soit une fatalité.
Ce mélange d’entêtement, de naïveté et de vraie générosité fait fonctionner le personnage. Seth n’est pas intéressant parce qu’il serait l’apprenti sorcier le plus subtil du monde. Il l’est parce qu’il continue à vouloir rapprocher des gens qui passent une bonne partie de leur temps à lui expliquer qu’ils préfèrent se détester.
Alma a élevé Seth et maîtrise déjà parfaitement la technique du « tu vas encore faire une connerie »
Alma est la sorcière qui a sauvé Seth lorsqu’il était enfant et l’a ensuite pris sous son aile.
Elle connaît les Némésis, chasse les créatures qui menacent sa région et possède surtout beaucoup plus d’expérience que son jeune protégé.
Autant dire qu’elle voit venir certaines catastrophes longtemps avant lui.
Leur relation apporte immédiatement quelque chose de chaleureux à Radiant. Alma n’est pas seulement le maître qui fournit deux techniques avant de disparaître pour laisser le héros partir à l’aventure.
Elle représente la famille de Seth.
Et lorsqu’il décide de chercher le Radiant, il ne part pas parce qu’il déteste sa vie avec elle. Il veut justement résoudre le problème qui condamne tous les infectés à vivre sous la menace des Némésis et sous le regard hostile des autres humains.
Seulement, expliquer à Alma qu’on va partir trouver un endroit légendaire dont personne ne connaît l’emplacement pour détruire la source de tous les monstres demande un niveau de confiance en soi assez remarquable.
Seth ne manque heureusement pas de ce genre de ressource.
Le Radiant est peut-être une légende, mais Seth n’a jamais laissé un détail pareil gâcher un bon plan
Personne ne vient remettre à Seth une jolie carte avec une croix rouge et « berceau des Némésis » écrit dessus.
Le Radiant est un lieu dont l’existence même reste mystérieuse.
Pourtant, Seth part du principe que si les Némésis viennent quelque part, alors leur origine doit pouvoir être trouvée.
Sa quête possède donc un côté très aventureux : rechercher des informations, rencontrer d’autres sorciers et explorer des régions dont chacune possède ses propres règles.
Le monde imaginé par Tony Valente est formé notamment d’îlots et de territoires très différents. On passe d’un environnement rural aux installations de l’Institut Artémis, puis à une ville industrielle ou à un royaume gouverné par des Chevaliers-Sorciers.
Le voyage ne consiste donc jamais uniquement à marcher dans la même forêt en attendant que le prochain Némésis sorte derrière un arbre.
Et surtout, chaque nouvelle région permet de voir une autre manière de considérer les infectés.
L’Institut Artémis prouve que même les sorciers ont besoin d’une administration
En quittant Alma, Seth rejoint notamment l’Institut Artémis, un lieu où vivent de nombreux sorciers.
Il y rencontre plusieurs personnages qui vont devenir essentiels à son voyage.
Parmi eux se trouve Yaga, qui l’aide à mieux utiliser sa magie.
Parce qu’un autre problème accompagne Seth : il possède un rapport au Fantasia, l’énergie magique de cet univers, qui ne fonctionne pas exactement comme celui des autres sorciers.
Il doit donc apprendre à contrôler quelque chose qu’il utilise déjà de manière très instinctive.
Le résultat donne parfois l’impression d’essayer d’enseigner le code de la route à quelqu’un qui sait déjà conduire très vite mais qui considère les panneaux comme de jolies décorations.
Heureusement, l’Artémis ne lui apporte pas seulement des cours.
Il y trouve surtout des compagnons.
Mélie peut être adorable ou vouloir vous arracher la tête, parfois sans beaucoup de préavis
Mélie est une sorcière spécialisée notamment dans le piégeage des Némésis.
Au premier abord, elle se montre douce, polie et accueillante.
Puis son infection intervient.
Elle provoque chez Mélie des changements de personnalité particulièrement violents. La jeune femme compréhensive peut ainsi laisser place à quelqu’un de beaucoup plus agressif.
Ce n’est pas un simple gag que Tony Valente oublie dès qu’un combat sérieux commence.
Son infection a eu des conséquences sur ses relations avec les autres et participe à sa difficulté à créer des liens.
Seth, qui sait lui aussi ce que signifie être jugé avant même d’avoir ouvert la bouche, ne s’arrête pas longtemps au problème.
Leur amitié fonctionne précisément parce que Radiant ne demande pas à ses personnages de devenir « normaux » avant de mériter d’être acceptés.
Bon, lorsque Mélie change brutalement de caractère au mauvais moment, quelques précautions restent malgré tout recommandées.
Doc sait beaucoup de choses et préférerait généralement les expliquer depuis un endroit où personne ne se bat
Doc complète rapidement le groupe.
Ankama le décrit lui-même comme sorcier informateur, chercheur, éboueur… et mort de peur.
C’est assez précis.
Doc peut trouver des renseignements extrêmement utiles, comprendre des situations complexes et aider le groupe à progresser.
En revanche, si un gigantesque Némésis apparaît et que quelqu’un demande un volontaire pour aller vérifier ses dents de plus près, son enthousiasme connaît généralement une baisse brutale.
Cette peur permanente pourrait rendre le personnage agaçant.
Elle devient au contraire une excellente source de comédie parce que Doc est souvent le seul membre du groupe dont l’instinct de survie fonctionne normalement.
Seth voit un danger et veut foncer.
Mélie peut décider de foncer encore plus fort.
Doc, lui, se demande pourquoi personne n’a envisagé l’option consistant à partir très vite dans la direction opposée.
Rumble Town est le moment où Radiant montre qu’il ne sera pas seulement une chasse aux monstres
L’arc de Rumble Town marque une étape importante.
Seth, Mélie et Doc arrivent dans cette ville industrielle pour une mission liée à un Némésis.
Ils découvrent surtout un endroit où l’Inquisition contrôle sévèrement la population et où la présence d’infectés provoque immédiatement la peur.
La situation empire avec l’arrivée d’Hameline, une sorcière liée aux événements tragiques qui ont frappé la ville des années auparavant.
Elle possède surtout quelque chose d’extrêmement inquiétant : des Némésis semblent lui obéir.
Pour Seth, qui partait avec l’idée assez simple « Némésis mauvais, sorciers victimes », c’est un sérieux problème.
L’arc brouille les rôles.
Des sorciers peuvent devenir dangereux. Des membres de l’Inquisition ne réagissent pas tous de la même manière. Quant aux habitants, ils peuvent être victimes et persécuteurs presque simultanément.
Radiant commence alors à demander non pas qui appartient au bon camp, mais ce que chacun décide de faire lorsqu’il a peur.
Hameline comprend les Némésis d’une manière qui dérange beaucoup Seth
Hameline est importante parce qu’elle attaque directement l’une des convictions du héros.
Seth veut détruire le Radiant pour débarrasser le monde des Némésis.
Mais que se passe-t-il lorsqu’un infecté ne les voit pas uniquement comme des monstres ?
Hameline possède sa propre histoire, ses blessures et une relation particulière avec les créatures.
Le conflit devient donc beaucoup moins confortable qu’une bataille contre un monstre géant dont le seul objectif serait de manger le village.
Tony Valente commence ici à montrer une idée qu’il développera encore : les personnages les plus dangereux de Radiant possèdent souvent des raisons que l’on peut comprendre sans pour autant approuver ce qu’ils font.
Pour Seth, c’est compliqué.
Il serait nettement plus simple que les méchants acceptent de porter une pancarte.
Grimm ressemble à quelqu’un qu’on éviterait dans une ruelle, ce qui ne l’empêche pas d’être fascinant
Grimm apparaît comme un sorcier mystérieux entièrement enveloppé de bandelettes.
Son allure n’est déjà pas particulièrement rassurante.
Son comportement améliore rarement la situation.
Il manipule le Fantasia avec une grande maîtrise et semble souvent posséder davantage d’informations qu’il n’en partage.
Très vite, Grimm devient l’un de ces personnages qu’on est content de voir revenir précisément parce qu’on n’est jamais complètement certain de ce qu’il va faire.
Il peut collaborer avec Seth sans devenir pour autant son meilleur copain après trois cases.
Et son mystère tient suffisamment longtemps pour qu’une simple apparition fasse immédiatement remonter plusieurs questions.
Radiant possède beaucoup de personnages bavards.
Grimm prouve qu’on peut aussi attirer l’attention en donnant soigneusement l’impression qu’on connaît la réponse et qu’on n’a aucune intention de la fournir gratuitement.
L’Inquisition est plus intéressante lorsqu’elle ne se résume pas à une armée de fanatiques
Les sorciers sont poursuivis par l’Inquisition, institution puissante qui combat les Némésis mais contrôle également les infectés.
Il serait tentant d’en faire simplement l’armée des méchants.
Tony Valente préfère compliquer les choses.
Dragunov, capitaine de l’Inquisition, en est un bon exemple. Il poursuit Seth et représente une institution que le héros déteste. Pourtant, il se préoccupe réellement de la protection des civils.
À l’intérieur même de l’Inquisition existent différentes personnalités, ambitions et manières de considérer les sorciers.
Ce choix évite au conflit de devenir trop facile.
Certains inquisiteurs commettent des actes terribles. Cela ne signifie pas que chaque homme portant l’uniforme se réveille le matin en se demandant comment être encore plus odieux avant le déjeuner.
Et plus Seth découvre l’organisation, plus il comprend que combattre une institution est beaucoup plus compliqué que vaincre un seul type avec une grosse armure.
Cyfandir change complètement d’échelle avec ses Chevaliers-Sorciers
Après Rumble Town et l’Artémis, Seth part vers Cyfandir, territoire des Chevaliers-Sorciers.
Il découvre un univers très différent.
Ici, les sorciers ne vivent pas simplement cachés ou tolérés dans un coin. Ils possèdent leur propre organisation, leurs traditions et une véritable puissance militaire.
C’est également là que le manga introduit Ocoho, apprentie Chevalier-Sorcier appelée à prendre une place importante aux côtés de Seth, Mélie et Doc.
Ocoho possède un caractère bien trempé et une vision de son rôle qui ne correspond pas toujours à celle des autres.
Elle devient rapidement beaucoup plus qu’un personnage ajouté pour compléter l’équipe.
Son histoire permet d’explorer Cyfandir de l’intérieur : ses règles, ses responsabilités et ses contradictions.
Et lorsque l’Inquisition finit par regarder ce royaume avec beaucoup moins de patience, la quête personnelle de Seth se transforme en conflit beaucoup plus vaste.
La reine Boadicée ne risque pas de passer inaperçue dans une salle du trône
Queen Boadicée règne sur Cyfandir.
Et Tony Valente ne lui a pas exactement dessiné une silhouette discrète : Ankama la décrit comme environ cinq fois plus grande qu’un être humain.
Elle maîtrise le Fantasia et gouverne un royaume où les sorciers occupent une place que l’on ne retrouve presque nulle part ailleurs.
Cyfandir permet ainsi au manga de poser une question intéressante.
Que deviennent les infectés lorsqu’ils possèdent enfin un territoire dans lequel ils ne sont pas automatiquement considérés comme suspects ?
La réponse n’est évidemment pas : tout devient parfait.
Le royaume possède ses propres conflits, ses traditions, ses secrets et ses luttes de pouvoir.
Mais pour Seth, voir des sorciers capables de vivre autrement que cachés représente déjà quelque chose d’important.
Ocoho apporte au groupe exactement ce dont il manquait : encore quelqu’un capable de se mettre dans les ennuis
Ocoho est une apprentie de l’Ordre des Chevaliers-Sorciers.
Elle possède une vraie fierté, beaucoup de volonté et une relation très différente de celle de Seth avec la responsabilité.
Là où lui peut foncer simplement parce que quelque chose lui semble injuste, Ocoho doit composer avec son royaume et avec ce que les autres attendent d’elle.
Leur relation évolue donc naturellement au fil des événements.
Elle apporte également un nouveau regard sur la condition des infectés.
Seth a grandi presque en marge du monde. Mélie porte une infection qui perturbe ses relations. Ocoho vient d’un système où les sorciers peuvent au contraire représenter l’autorité.
Radiant évite ainsi de raconter « la vie des infectés » comme s’ils formaient un bloc unique.
Chaque personnage vit sa différence autrement.
Piodon pose un problème assez gênant : Seth n’est peut-être pas aussi seul qu’il le pensait
La quête du Radiant rejoint également le passé du héros.
Piodon apparaît comme un mystérieux sorcier à cornes lié à Seth.
Alma finit par apporter certaines réponses, mais chaque information semble surtout ouvrir deux nouvelles questions.
Pourquoi Seth possède-t-il cette particularité ? D’où vient-il réellement ? Pourquoi certains personnages semblent-ils savoir davantage de choses sur lui que lui-même ?
Ces mystères donnent une deuxième direction à la série.
Seth cherche l’origine des Némésis.
En parallèle, il commence à chercher sa propre origine.
Et quand les deux enquêtes commencent à se rapprocher, ses petites cornes cessent d’être seulement un détail graphique sympathique.
Les Domitors retournent encore la question : et si les Némésis pouvaient être contrôlés ?
Plus tard, le manga développe davantage les Domitors, des sorciers capables d’établir une relation particulière avec les Némésis et de les contrôler.
Évidemment, cette pratique ne plaît pas du tout à l’Inquisition.
Elle perturbe également la vision de Seth.
Depuis le début, il veut trouver l’origine des Némésis pour mettre un terme à leur menace.
Mais plus il découvre leur nature et les différentes relations que certains sorciers entretiennent avec eux, moins il peut se contenter d’une équation aussi simple.
Le monde se divise alors entre ceux qui veulent tuer les créatures, ceux qui veulent les utiliser, ceux qui les étudient et ceux qui considèrent même que le problème principal vient ailleurs.
Pour quelqu’un dont le plan initial tenait à « trouver Radiant, casser Radiant », les dossiers commencent sérieusement à s’empiler.
Bôme place les infectés au centre d’un débat qui n’a plus rien de théorique
Bôme est un autre lieu important de l’univers.
La ville est un centre majeur de l’Inquisition, mais elle abrite également clandestinement des Domitors.
Après les événements de Cyfandir, les dirigeants de l’Inquisition doivent se prononcer sur le sort des infectés.
Le conflit entre sorciers et institution devient donc ouvertement politique.
Faut-il surveiller les infectés ? Les enfermer ? Les utiliser ? Les éliminer ? Peut-on réellement leur faire confiance ?
Et pendant que les responsables discutent de leur avenir, les principaux concernés ont évidemment quelques opinions personnelles sur la question.
Radiant montre ici jusqu’où son univers a grandi depuis Pompo Hills.
Au départ, Seth voulait empêcher les gens de craindre un garçon avec deux cornes.
Désormais, la place de tous les infectés dans la société devient un enjeu de pouvoir.
Le Fantasia ne sert pas seulement à lancer de jolies attaques lumineuses
La magie de Radiant repose sur le Fantasia.
Les sorciers utilisent cette énergie de différentes manières, souvent avec des outils adaptés à leurs capacités.
Tony Valente peut donc créer des styles très variés sans que tout le monde finisse par lancer la même boule d’énergie avec une couleur différente.
Seth possède justement une relation inhabituelle avec cette magie, ce qui explique une partie de l’intérêt que certains personnages lui portent.
Les Chevaliers-Sorciers développent leurs propres techniques. L’Inquisition utilise son arsenal. Les Domitors suivent encore une autre voie.
Les combats restent ainsi liés aux cultures et aux factions du monde.
Et plus l’univers s’étend, plus le Fantasia ressemble à quelque chose que chacun cherche à comprendre, maîtriser ou monopoliser.
Les infections sont des différences visibles, gênantes ou parfois franchement infernales
L’une des meilleures idées de Tony Valente vient de la manière dont les infections fonctionnent.
Elles ne donnent pas simplement à chaque sorcier « son super-pouvoir ».
Elles peuvent aussi devenir un handicap, une transformation physique ou une particularité difficile à vivre.
Seth porte ses cornes.
Mélie subit ses changements de personnalité.
D’autres infectés vivent encore des conséquences très différentes.
Tony Valente a expliqué avoir pensé ces infections en rapport avec le parcours de ses personnages et avec la manière dont chacun doit vivre sa propre différence.
Le pouvoir magique n’efface donc jamais complètement la condition de paria.
On peut être capable de combattre un monstre géant et malgré tout se faire regarder de travers en entrant dans un village.
Quelque part, c’est presque vexant. Le Némésis de quinze mètres ne paie probablement même pas ses impôts, mais c’est le garçon à cornes qui inquiète tout le monde.
Tony Valente mélange le shonen japonais avec des idées qui viennent clairement d’Europe
Radiant utilise énormément de codes familiers du shonen : un héros impulsif, un voyage, une équipe qui s’agrandit, des pouvoirs, des rivalités, des organisations et des combats de plus en plus ambitieux.
Mais Tony Valente ne cherche pas à faire croire que l’œuvre a été dessinée à Tokyo.
Ses références incluent aussi les contes européens, l’histoire de l’Inquisition et des éléments de l’actualité politique.
Le résultat donne au monde une saveur particulière.
Les villes, les institutions, les chevaliers, les procès en sorcellerie et les différentes formes d’autorité se mélangent à une narration très influencée par le manga japonais.
L’auteur cite notamment One Piece parmi ses grandes références.
Ça se sent surtout dans son plaisir à créer un vaste monde et à laisser les personnages rencontrer des cultures, des pouvoirs et des groupes très différents au fil du voyage.
Radiant possède donc un passeport français, mais il parle couramment shonen.
Au départ, Tony Valente pensait pouvoir raconter Radiant en trois tomes
L’anecdote est assez savoureuse lorsqu’on voit l’ampleur prise par l’univers.
Avant de commencer Radiant, Tony Valente envisageait initialement une histoire de seulement trois volumes.
Puis Seth a visiblement décidé que trouver l’origine de tous les Némésis, comprendre les infectés, affronter l’Inquisition et régler plusieurs conflits politiques ne rentrerait pas confortablement dans ce format.
L’univers s’est développé.
De nouvelles régions sont apparues, les personnages secondaires ont pris davantage de place et les différentes factions ont transformé la quête initiale en quelque chose de beaucoup plus vaste.
C’est souvent un bon signe dans une série d’aventure : on sent que le monde ne sert plus simplement de décor derrière le héros.
Il commence à produire ses propres histoires.
Radiant est devenu une petite anomalie française au Japon
Le parcours éditorial de la série est assez exceptionnel.
Ankama lance Radiant en France en 2013.
Le manga trouve ensuite un éditeur japonais et devient, selon Ankama, le premier manga de création française publié au Japon. La version japonaise paraît directement en volumes, sans passer par une prépublication en magazine.
La série reçoit également le soutien de mangakas japonais connus comme Hiro Mashima, créateur de Fairy Tail, et Yusuke Murata, dessinateur de One-Punch Man.
Ce n’est déjà pas banal.
Mais l’histoire va encore plus loin.
Le manga français finit par devenir suffisamment installé au Japon pour que la NHK décide d’en produire une adaptation animée.
Autrement dit : un Français dessine un manga influencé par les Japonais, les Japonais le publient, puis ils en font un anime.
La boucle avait visiblement envie d’être complète.
L’anime japonais arrive en 2018
Radiant est adapté en série animée à partir d’octobre 2018 pour la NHK.
L’adaptation connaîtra deux saisons.
Pour une œuvre créée directement en France par un auteur français, voir Seth, Mélie, Doc et les Némésis revenir sous la forme d’un anime japonais constitue évidemment une étape assez particulière.
L’anime reprend les grandes bases du manga mais possède aussi son propre rythme et certains développements.
Le dessin original de Tony Valente reste cependant l’endroit où son monde possède toute sa personnalité : décors chargés, créatures très différentes, silhouettes immédiatement reconnaissables et expressions capables de passer du sérieux à la grimace en quelques cases.
Et lorsqu’un Némésis remplit une double page, on comprend vite pourquoi l’auteur aime avoir un peu d’espace.
Radiant avait déjà commencé à collectionner les récompenses dès ses débuts
Le succès japonais n’est pas arrivé complètement par surprise.
Dès 2014, Radiant remporte le Prix Manga Canal BD.
La série reçoit aussi le prix de la Meilleure BD au style manga décerné par les lecteurs d’AnimeLand cette même année.
Plus tard, certains volumes seront également sélectionnés dans des compétitions jeunesse du Festival d’Angoulême.
Ces distinctions montrent surtout que l’œuvre a rapidement dépassé le simple argument « regardez, un Français fait du manga ».
Parce qu’après quelques chapitres, cette curiosité disparaît.
On ne continue pas Radiant pour vérifier si Tony Valente connaît bien les codes japonais.
On continue pour savoir ce qui attend Seth, ce que cache l’Inquisition et si quelqu’un va enfin découvrir où se trouve ce fichu Radiant.
The Art of Radiant permet aussi de voir tout ce qu’il y a derrière les pages
Pour les dix ans de la série, Tony Valente a consacré un énorme artbook à son univers : The Art of Radiant.
L’ouvrage rassemble plus de trois cents pages de recherches et d’illustrations.
On y retrouve le travail de conception derrière les personnages, les lieux et l’univers graphique de la série.
Le livre est bilingue français-anglais et permet surtout de mesurer l’évolution du dessin depuis les débuts.
C’est intéressant avec Radiant parce que Tony Valente construit énormément par le visuel.
Une faction doit pouvoir être reconnue à son équipement. Une région doit posséder sa propre personnalité. Même les Némésis ne ressemblent pas simplement à une série de gros lézards auxquels on aurait changé les cornes.
Le monde doit donner l’impression d’exister bien au-delà du chemin emprunté par Seth.
L’univers de Radiant a fini par devenir suffisamment vaste pour accueillir d’autres histoires
Le monde ne se limite d’ailleurs plus uniquement au voyage principal de Seth.
Radiant – Cyfandir Chronicles explore par exemple le royaume des Chevaliers-Sorciers après les événements qui l’ont profondément transformé. Tony Valente en signe l’histoire tandis que Naokuren assure le dessin.
Plus récemment, Radiant – Fabula Fantasia, entièrement réalisé par Tony Valente, remonte beaucoup plus loin dans l’histoire de cet univers et peut se lire indépendamment de l’aventure principale.
Ces récits montrent surtout combien le décor initial a grandi.
Cyfandir, l’Inquisition, le Fantasia et les différentes populations ne sont plus uniquement des étapes placées entre Seth et son objectif.
Radiant est devenu un monde capable de raconter des histoires même lorsque son héros principal regarde ailleurs.
Pourquoi commencer Radiant ?
Parce qu’au premier regard, tout est là pour un bon shonen d’aventure : un héros cornu, des monstres gigantesques, de la magie, une quête presque impossible et une bande de compagnons assez mal assortis pour produire de très bons gags.
Mais Radiant devient surtout intéressant lorsqu’il commence à compliquer cette recette.
Les Némésis sont dangereux, pourtant la peur qu’ils provoquent permet aussi aux humains de persécuter ceux qui ont survécu à leur contact.
L’Inquisition protège réellement certaines populations, mais elle peut également devenir une machine d’oppression.
Les infectés sont victimes de préjugés sans être automatiquement irréprochables. Certains rêvent de paix, d’autres veulent se venger et d’autres encore cherchent à contrôler les créatures.
Au milieu de tout ça, Seth conserve une idée presque naïve : il doit exister une solution qui permette aux gens d’arrêter de vivre dans la peur les uns des autres.
Il prend des coups, découvre régulièrement que le monde est beaucoup plus compliqué que prévu et continue quand même.
C’est ce qui donne à Radiant son énergie.
On peut venir pour le dessin et les combats, rester pour Mélie, Doc, Ocoho, Grimm ou Dragunov et finir par s’intéresser autant aux conflits entre factions qu’à l’emplacement du Radiant lui-même.
Et si Seth vous propose un jour de partir avec lui chercher le berceau légendaire de toutes les créatures monstrueuses tombant du ciel, demandez peut-être combien de personnes savent où il se trouve.
Si la réponse est « personne », vous venez probablement de rejoindre l’équipe.
Lire plus
Radiant est le shonen créé en France par Tony Valente. Seth, jeune sorcier infecté reconnaissable à ses deux cornes, parcourt le monde avec Mélie, Doc, Ocoho et leurs alliés pour trouver le mystérieux berceau des Némésis, tandis que l’Inquisition et plusieurs factions se disputent l’avenir des infectés. Un dernier conseil : lorsque Seth annonce « j’ai une idée », laissez-lui quelques mètres d’avance. Ça ne supprimera pas la catastrophe, mais vous serez peut-être en dehors du cratère.
