Pokémon La Grande Aventure

Pokémon La Grande Aventure : Rouge part remplir son Pokédex et découvre que Kanto est beaucoup moins tranquille que dans ses souvenirs

Dans le manga Pokémon La Grande Aventure, Rouge est persuadé d’être le meilleur Dresseur des environs du Bourg Palette. Il possède déjà un Têtarte, beaucoup de confiance en lui et absolument aucune raison, selon lui, de recevoir des conseils d’un vieux professeur.

Puis il croise Mew.

Le combat dure assez longtemps pour que Rouge comprenne qu’il vient peut-être légèrement de surestimer son niveau.

Cette défaite le conduit chez le Professeur Chen, qui lui confie un Pokédex et l’envoie parcourir Kanto. Rouge doit observer et capturer des Pokémon, mais il découvre rapidement que son voyage ne va pas se résumer à collectionner les Badges puis rentrer à Bourg Palette avec un joli diplôme.

La Team Rocket cherche elle aussi des Pokémon rares. Mew l’intéresse beaucoup. D’ailleurs, des expériences sont menées sur certaines créatures. Des Champions d’Arène cachent des activités franchement moins recommandables que distribuer des Badges. Et le rival de Rouge, Bleu, possède déjà cette agaçante capacité à réfléchir avant d’envoyer son Pokémon au combat.

Hidenori Kusaka et Mato prennent ainsi le monde des premiers jeux Pokémon et en font une véritable aventure suivie, avec ses propres intrigues, ses combats et ses surprises.

Et non, Rouge n’est pas Sacha avec une casquette légèrement différente.

Rouge commence avec beaucoup plus de confiance que de stratégie

Le héros possède quelque chose de très sympathique : il n’est pas présenté immédiatement comme le Dresseur parfait.

Rouge aime les Pokémon et sait déjà se débrouiller avec eux.

Seulement, il se croit nettement meilleur qu’il ne l’est réellement.

Sa rencontre avec Mew lui remet donc rapidement les Poké Balls à l’heure.

Ensuite, le voyage devient un véritable apprentissage.

Rouge doit comprendre les capacités de ses Pokémon, observer ses adversaires et utiliser son environnement. Il gagne encore souvent grâce à son instinct, mais il apprend progressivement qu’envoyer la première attaque qui lui vient en tête n’est pas toujours la stratégie la plus brillante.

Le Pokédex ne sert donc pas uniquement à lui donner une excuse pour voyager.

Rouge découvre réellement les Pokémon au fil de l’histoire.

Et le lecteur avec lui.

Bleu possède un Salamèche, un Pokédex et beaucoup moins de patience pour les improvisations de Rouge

Bleu est le petit-fils du Professeur Chen.

Lui aussi reçoit un Pokédex et part compléter l’encyclopédie.

Mais sa manière de dresser ses Pokémon est presque opposée à celle de Rouge.

Bleu travaille.

Il prépare ses combats.

Aussi, il connaît les types, les techniques et les capacités de son équipe.

Il est sérieux là où Rouge préfère souvent improviser.

Leur rivalité fonctionne donc très bien parce qu’ils ne cherchent pas seulement le même objectif avec deux coiffures différentes.

Rouge doit apprendre à réfléchir davantage tandis que Bleu doit parfois comprendre qu’un Pokémon n’est pas uniquement un ensemble de statistiques à optimiser.

Forcément, aucun des deux n’est pressé d’admettre qu’il pourrait apprendre quelque chose de l’autre.

Ce serait beaucoup trop simple.

Verte comprend très tôt qu’on peut aussi gagner un combat avant même qu’il commence

Puis arrive Verte.

Elle n’a ni la franchise de Rouge ni la rigidité de Bleu.

Verte préfère la ruse.

Elle ment, manipule, vole lorsque cela l’arrange et possède un talent remarquable pour quitter une situation avec exactement ce qu’elle était venue chercher.

Son Carapuce et elle apportent immédiatement une autre manière d’être Dresseur.

Dans un monde où Rouge pense souvent d’abord au combat, Verte rappelle qu’il existe une solution encore plus efficace : s’arranger pour que l’adversaire comprenne trop tard ce qui vient de se passer.

Au début, Rouge apprend cette leçon essentiellement aux dépens de son portefeuille et de sa patience.

Mais lorsque la Team Rocket devient réellement dangereuse, les talents de Verte deviennent nettement plus appréciables.

La Team Rocket du manga fait beaucoup moins rire que Jessie et James

C’est probablement l’une des premières surprises pour quelqu’un qui connaît surtout Pokémon grâce au dessin animé.

Dans La Grande Aventure, la Team Rocket est une véritable organisation criminelle.

Ses membres capturent des Pokémon rares, effectuent des expériences et mettent en place des opérations capables de menacer plusieurs villes.

Giovanni reste évidemment au sommet.

Mais le manga va beaucoup plus loin en impliquant plusieurs personnages que les joueurs des versions Rouge et Bleu connaissent normalement dans un contexte très différent.

Major Bob, Koga et Morgane sont liés à la Team Rocket.

Oui, des Champions d’Arène.

Le Badge remis après le combat n’était donc visiblement pas accompagné d’un contrôle de moralité très poussé.

Voir des Champions d’Arène choisir un camp change complètement Kanto

Dans les jeux, une Arène constitue généralement une étape.

On entre, on résout éventuellement quelques petits obstacles, on bat le Champion, et on récupère son Badge.

Le manga transforme plusieurs Champions en véritables personnages de l’intrigue.

Certains aident Rouge.

D’autres travaillent pour la Team Rocket.

Et plusieurs doivent ensuite prendre position lorsque la situation devient beaucoup plus grave.

Kanto cesse ainsi d’être une succession de huit salles placées sur une carte.

Ses Champions appartiennent à son histoire.

Et lorsqu’une organisation criminelle possède dans ses rangs des personnes capables d’électrocuter, empoisonner ou manipuler mentalement leurs adversaires avec des Pokémon de très haut niveau, le voyage prend vite une autre allure.

Pikachu n’est pas remis gentiment à Rouge par le Professeur Chen

Autre différence importante : Rouge ne commence pas son aventure avec Pikachu.

Le Pokémon électrique apparaît comme une créature sauvage particulièrement difficile à approcher.

Rouge doit gagner sa confiance.

Pikachu, surnommé Pika, devient ensuite l’un des membres essentiels de son équipe.

Cette relation permet au manga de montrer très tôt que capturer un Pokémon et obtenir réellement sa coopération ne sont pas toujours exactement la même chose.

Rouge peut tenir la Poké Ball.

Encore faut-il que le Pokémon à l’intérieur ait envie de l’écouter.

Le concept paraît légèrement moins compliqué lorsqu’on appuie simplement sur « A » devant une attaque dans le jeu.

Mew apparaît dès le premier chapitre et la Team Rocket sait parfaitement pourquoi elle le cherche

Hidenori Kusaka ne garde pas tous les Pokémon légendaires pour les cinquante dernières pages.

Mew apparaît dès le début.

Rouge essaie de le combattre alors qu’il ne sait pratiquement rien de lui et découvre brutalement l’écart de niveau.

Mais la Team Rocket cherche elle aussi le Pokémon fabuleux.

Ce qui ressemble d’abord à une rencontre extraordinaire prend donc une importance beaucoup plus grande dans le scénario.

Le manga connecte les Pokémon rares, les recherches menées par la Team Rocket et plusieurs événements connus des joueurs.

Parmi eux se trouve évidemment Mewtwo.

La Grande Aventure utilise ainsi des éléments que les premiers jeux laissaient souvent dans quelques dialogues, journaux ou descriptions pour construire de véritables scènes.

Évoli passe lui aussi entre les mains de la Team Rocket, et ce n’est pas pour lui offrir un joli ruban

Rouge rencontre un Évoli utilisé dans les expériences de la Team Rocket.

Le pauvre Pokémon possède une capacité inhabituelle liée à ses évolutions, conséquence directe de ce qu’on lui a fait subir.

L’épisode montre très bien le ton du manga.

Les Pokémon restent adorables, drôles et attachants.

Mais Kusaka n’oublie jamais qu’une organisation criminelle capable d’utiliser ces créatures comme outils peut réellement leur faire du mal.

Rouge ne cherche donc pas uniquement à devenir meilleur.

Il commence aussi à comprendre ce que signifie être responsable des Pokémon qui lui font confiance.

Et là, même son énorme confiance en lui ne suffit plus.

Les combats utilisent les capacités des Pokémon de manière beaucoup plus libre que quatre attaques dans un menu

C’est l’un des vrais plaisirs de La Grande Aventure.

Les Pokémon ne restent pas face à face en attendant gentiment leur tour.

Les Dresseurs utilisent le terrain.

Une attaque peut servir autrement que pour infliger simplement des dégâts.

Un Pokémon peut intervenir physiquement dans l’environnement.

Les types comptent, mais l’imagination du Dresseur aussi.

Du coup, même lorsque l’on connaît parfaitement les premières générations, un affrontement peut encore surprendre.

Kusaka reprend les règles du jeu vidéo puis cherche tout ce qu’on pourrait faire si les Pokémon existaient réellement autour du Dresseur.

Et certains plans feraient probablement lever un sourcil au Professeur Chen.

La Ligue Pokémon donne enfin à Rouge l’occasion de vérifier si son titre autoproclamé était mérité

Depuis le début, Rouge veut devenir le meilleur.

La Ligue Pokémon lui donne donc une occasion assez pratique de le prouver.

Mais les combats qu’il a traversés contre la Team Rocket l’ont déjà énormément changé.

Le garçon du Bourg Palette qui fonçait sur Mew avec son Têtarte ne combat plus exactement de la même manière.

Il connaît mieux son équipe.

Il comprend davantage la stratégie.

Et surtout, Bleu est toujours là.

Leur confrontation apporte une vraie conclusion au premier grand parcours de Rouge.

Le rival du début n’est plus simplement le type agaçant qu’il fallait dépasser.

Il est devenu le Dresseur capable de montrer exactement jusqu’où Rouge a progressé.

Puis le manga fait quelque chose d’assez culotté : il retire Rouge du centre de l’histoire

Après la première grande aventure, on pourrait logiquement continuer avec Rouge comme héros pendant encore plusieurs volumes.

Hidenori Kusaka choisit autre chose.

Rouge reçoit un défi d’Aldo.

Il part l’affronter.

Puis il disparaît.

Seul Pika revient, blessé.

C’est alors qu’un nouveau personnage arrive chez le Professeur Chen.

Jaune.

La mission est claire : retrouver Rouge.

Le changement de protagoniste donne au deuxième arc une vraie personnalité.

On reste à Kanto, avec des personnages connus, mais on ne refait pas simplement le même voyage dans le même ordre.

Jaune ne combat pas du tout comme Rouge

Jaune possède une relation très particulière avec les Pokémon.

Il peut ressentir leurs émotions et les soigner.

En revanche, il n’aime pas les voir souffrir.

Autant dire que partir affronter le Conseil 4 dans ces conditions demande une approche assez différente de celle de Rouge.

Bleu se charge notamment de son entraînement.

Ce qui est une excellente nouvelle si l’on souhaite progresser rapidement.

Un peu moins si l’on espérait un professeur patient qui félicite chaque petite amélioration avec des autocollants.

Jaune apprend à utiliser ses Pokémon sans perdre ce qui le distingue.

Sa douceur n’est pas une faiblesse que le manga doit corriger.

Elle devient au contraire une autre manière d’être Dresseur.

Le Conseil 4 est très loin du comité qui attend gentiment dans quatre salles successives

L’arc Jaune donne un rôle complètement nouveau au Conseil 4.

Olga, Aldo, Agatha et Peter ne servent pas simplement d’ultimes adversaires avant le Champion.

Ils possèdent leur propre projet.

Et ce projet menace directement Kanto.

Peter prend notamment une dimension beaucoup plus importante que celle du Maître des dragons attendant au bout d’un couloir.

Les combats deviennent plus longs, les alliances plus étranges et le conflit finit par réunir des personnages qui avaient auparavant toutes les raisons de s’affronter.

À ce stade, anciens membres de la Team Rocket et héros peuvent même se retrouver du même côté.

Quand Koga devient soudain une personne que l’on est content de voir arriver, c’est que la journée a vraiment mal commencé.

Rouge, Bleu, Verte et Jaune ne sont pas quatre variantes interchangeables du même héros

C’est l’une des grandes forces de cette première saga.

Rouge est instinctif et fonceur.

Bleu est méthodique et discipliné.

Verte privilégie la ruse.

Jaune possède une relation beaucoup plus empathique avec les Pokémon.

Le Pokédex relie leurs aventures, mais chacun incarne une manière différente d’être Dresseur.

Du coup, l’arrivée d’un nouveau personnage ne ressemble pas à un changement de couleur sur la même cartouche.

Le ton lui-même évolue.

L’histoire de Rouge ressemble davantage à un voyage initiatique à travers Kanto.

Celle de Jaune devient une enquête et une course pour retrouver le héros disparu avant que le Conseil 4 n’aille trop loin.

Non, ce manga n’est pas l’adaptation papier du dessin animé

C’est probablement la précision la plus utile pour quelqu’un qui découvre l’ouvrage.

Sacha, Ondine et Pierre ne partent pas ensemble sur les routes.

Le héros s’appelle Rouge.

Son rival est Bleu.

Le manga se construit surtout à partir des jeux vidéo et développe sa propre continuité.

On reconnaît Bourg Palette, le Professeur Chen, la Team Rocket, les Arènes, la Ligue, les Pokémon de Kanto et énormément de lieux familiers.

Mais les événements peuvent être très différents.

Certains Champions changent de rôle.

Les Pokémon légendaires interviennent autrement.

Les organisations possèdent des objectifs plus développés.

Et les combats sont parfois nettement plus brutaux que ce que les téléspectateurs du dessin animé avaient l’habitude de voir.

Connaître Pokémon par cœur ne signifie donc pas connaître l’histoire à l’avance.

La violence est plus franche, sans transformer Pokémon en manga d’horreur

La réputation de Pokémon La Grande Aventure comme version « plus sombre » de Pokémon est réelle, mais il ne faut pas non plus imaginer Pikachu perdu dans un seinen dépressif.

Le manga reste une aventure destinée à un jeune public.

Il y a de l’humour, des Pokémon adorables, des rivalités et beaucoup d’enthousiasme.

En revanche, les dangers sont davantage pris au sérieux.

Un Pokémon peut être réellement blessé.

La Team Rocket commet de vrais crimes.

Les combats peuvent laisser des traces.

Et certains adversaires n’hésitent pas à mettre directement les Dresseurs en danger.

Résultat : lorsqu’un personnage annonce qu’il va s’infiltrer dans une base ennemie, on sait qu’il ne va pas simplement en ressortir après avoir battu trois Nosferapti et trouvé une Potion.

Satoshi Tajiri avait lui-même particulièrement apprécié cette vision du monde Pokémon

Une anecdote revient depuis les premières éditions internationales de Pokémon Adventures, le nom anglophone de Pocket Monsters Special.

Satoshi Tajiri, créateur de Pokémon, a présenté ce manga comme celui qui ressemblait le plus au monde qu’il voulait transmettre.

La remarque prend tout son sens à la lecture.

Les Pokémon sont à la fois compagnons, animaux fantastiques et véritables habitants de leur environnement.

Les Dresseurs doivent apprendre à les comprendre.

Les rencontres imprévues comptent autant que les combats.

Et l’aventure ne donne jamais l’impression que tout l’univers existe uniquement pour attendre que le héros arrive devant une Arène.

Kanto vit autour de Rouge.

Parfois avec lui.

Parfois contre lui.

Mato donne aux premières générations un charme très différent de leurs sprites Game Boy

Les trois volumes français de cette première saga sont dessinés par Mato.

Son trait conserve immédiatement les silhouettes reconnaissables des Pokémon tout en leur donnant énormément d’expression.

Pikachu peut passer de mignon à furieux en une case.

Les grosses créatures paraissent réellement lourdes.

Quant aux scènes comiques, elles profitent beaucoup des visages complètement déformés de Rouge lorsqu’un plan ne se déroule pas comme prévu.

Le dessin possède aussi ce charme particulier des mangas Pokémon de la fin des années 1990.

On reconnaît la première génération, mais elle n’est jamais enfermée dans les illustrations officielles des jeux.

Mato peut faire vivre un Pokémon entre deux attaques, et c’est souvent dans ces petites réactions que l’on s’attache vraiment à l’équipe.

La série japonaise commence en 1997, presque immédiatement après l’explosion des premiers jeux

Pocket Monsters Special débute au Japon en 1997.

Hidenori Kusaka écrit l’histoire et Mato dessine les premiers cycles.

La série suit les générations de jeux tout en construisant sa propre continuité.

Les personnages précédents peuvent donc revenir plus tard et les événements d’un arc avoir des conséquences dans le suivant.

La Grande Aventure consacrée à Rouge, Bleu, Verte et Jaune représente le véritable point de départ de cet univers.

Elle couvre les sept premiers volumes japonais.

Ensuite, l’histoire se déplace vers Johto avec Or, Argent et Cristal.

Mais tout commence ici, avec Rouge qui décide qu’affronter Mew avec beaucoup de confiance constitue probablement un plan suffisant.

Les lecteurs français du début des années 2000 ont une histoire particulière avec ce manga

Pokémon La Grande Aventure n’est pas arrivé pour la première fois en français avec Kurokawa.

Glénat l’avait déjà publié au début des années 2000, en pleine Pokémania.

Cette ancienne édition utilisait notamment plusieurs noms du dessin animé : Rouge devenait ainsi Sacha et Bleu était appelé Régis.

Elle se lisait également dans le sens occidental.

Surtout, sa publication s’est interrompue avant que l’arc Jaune puisse être proposé intégralement sous cette forme.

Pour les lecteurs qui possédaient ces anciens volumes, la frustration a donc duré un certain temps.

Plus d’une décennie plus tard, l’histoire revient en français avec une traduction refaite, les noms Rouge, Bleu, Verte et Jaune ainsi que le sens de lecture japonais.

Cette fois, la première aventure pouvait enfin aller jusqu’au bout.

Kurokawa a fait tenir sept volumes japonais dans trois gros tomes français

L’édition française actuelle de Pokémon La Grande Aventure est complète en 3 tomes.

Ce ne sont pas trois petits volumes correspondant aux trois premiers japonais.

Kurokawa a créé de grosses compilations réunissant l’intégralité des sept volumes originaux consacrés aux arcs Rouge/Bleu et Jaune.

Le premier tome dépasse les cinq cents pages.

Le deuxième tourne autour de quatre cent soixante pages.

Le troisième repasse au-dessus des cinq cents.

Autrement dit, lorsqu’un lecteur prend le premier volume en pensant « trois tomes, ça va être vite lu », il découvre rapidement que Kurokawa avait une définition assez généreuse du mot tome.

Les trois livres forment néanmoins une histoire complète.

Rouge accomplit son premier grand parcours, puis l’arc Jaune conduit l’intrigue jusqu’à son affrontement avec le Conseil 4.

Les couvertures françaises possèdent elles aussi une petite histoire

Kurokawa n’a pas simplement repris trois couvertures japonaises au hasard pour fabriquer ses compilations.

Le deuxième volume utilise notamment une illustration de Mato réalisée à l’époque de la série mais qui n’avait finalement pas servi pour une couverture japonaise.

Le travail éditorial permet donc à cette édition française de posséder sa propre identité.

Les trois grands volumes rouge, bleu et jaune forment également un ensemble immédiatement reconnaissable en bibliothèque.

Et pour une fois que Rouge, Bleu et Jaune peuvent rester côte à côte sans lancer une attaque Pokémon, autant profiter du calme.

Pika finit même par surfer, parce que Pokémon adore transformer une idée improbable en tradition

L’arc Jaune contient un joli morceau d’histoire Pokémon.

Lors d’un affrontement contre Peter, Jaune et Pika se retrouvent sur l’eau.

Grâce à la capacité Clonage, Pikachu utilise une projection qui lui sert de planche pour se déplacer à la surface.

Le fameux Pikachu surfeur est devenu au fil des années une image récurrente de la franchise, avec des apparitions dans les jeux et le Jeu de Cartes.

The Pokémon Company elle-même est revenue sur cette scène du manga pour évoquer cette longue tradition.

Voir un Pikachu transformer une technique de combat en planche de surf paraît parfaitement normal après quelques décennies de Pokémon.

Essayez tout de même de l’expliquer à quelqu’un qui n’a jamais touché à la licence.

Le Pokédex peut très facilement finir par se transformer en classeur

Rouge passe une bonne partie de son voyage à chercher de nouvelles espèces, compléter son Pokédex et découvrir ce que chaque Pokémon peut faire.

Ce plaisir de la collection dépasse évidemment le manga.

Pikachu, Mew, Mewtwo, Dracaufeu, Florizarre, Tortank et des générations entières de créatures se retrouvent aussi dans les cartes à collectionner Pokémon, avec leurs illustrations, leurs raretés et leurs différentes extensions.

Le principe reste finalement assez fidèle à l’idée qui obsède Rouge : il y en a toujours une autre à chercher.

Le Pokédex a simplement été remplacé par un classeur.

Et malheureusement, le Professeur Chen ne fournit pas les pochettes gratuitement.

Pourquoi commencer Pokémon La Grande Aventure ?

Parce que c’est probablement l’une des meilleures manières de redécouvrir Kanto lorsqu’on connaît déjà les jeux et le dessin animé.

Tout paraît familier.

Bourg Palette.

Le Professeur Chen.

Pikachu.

Les trois Pokémon de départ.

La Team Rocket.

Les Champions d’Arène.

Mew.

Mewtwo.

Le Conseil 4.

Mais Hidenori Kusaka mélange toutes ces pièces autrement.

Rouge n’est pas Sacha. Bleu n’est pas simplement Régis. Verte possède sa propre place et Jaune finit même par prendre le rôle principal pendant une grande partie de l’histoire.

La Team Rocket devient réellement dangereuse.

Des Champions passent du mauvais côté.

Les Pokémon utilisent leurs capacités de manière inventive et les combats peuvent se décider sur une idée plutôt que sur la simple différence de niveau.

Et surtout, l’aventure avance vite.

Les trois gros volumes contiennent énormément d’événements sans donner l’impression de faire traîner Rouge pendant cent cinquante épisodes avant la prochaine Arène.

Pour quelqu’un qui a grandi avec Pokémon Rouge et Bleu, il y a forcément une bonne dose de nostalgie.

Cependant, pour un lecteur plus jeune, ça fonctionne aussi simplement comme un très bon manga d’aventure où le monde Pokémon possède davantage de surprises qu’il n’en a l’air.

Et si vous pensez déjà connaître toute la première génération par cœur, attendez de voir qui travaille pour la Team Rocket.

Votre vieux Badge Foudre risque soudain de vous paraître légèrement suspect.

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Pokémon La Grande Aventure réunit en 3 gros tomes français les sept premiers volumes japonais de Pocket Monsters Special, scénarisés par Hidenori Kusaka et dessinés par Mato. Rouge, Bleu, Verte puis Jaune y traversent Kanto entre Pokédex, Team Rocket, Pokémon légendaires et Conseil 4. Un dernier conseil : si Rouge vous affirme qu’il peut battre un Pokémon inconnu parce qu’il est « le meilleur Dresseur de Bourg Palette », laissez-le essayer. Mew s’est déjà chargé du service après-vente.

FILTRES

Voici le seul résultat

Pokémon La Grande Aventure : Rouge part remplir son Pokédex et découvre que Kanto est beaucoup moins tranquille que dans ses souvenirs

Dans le manga Pokémon La Grande Aventure, Rouge est persuadé d’être le meilleur Dresseur des environs du Bourg Palette. Il possède déjà un Têtarte, beaucoup de confiance en lui et absolument aucune raison, selon lui, de recevoir des conseils d’un vieux professeur.

Puis il croise Mew.

Le combat dure assez longtemps pour que Rouge comprenne qu’il vient peut-être légèrement de surestimer son niveau.

Cette défaite le conduit chez le Professeur Chen, qui lui confie un Pokédex et l’envoie parcourir Kanto. Rouge doit observer et capturer des Pokémon, mais il découvre rapidement que son voyage ne va pas se résumer à collectionner les Badges puis rentrer à Bourg Palette avec un joli diplôme.

La Team Rocket cherche elle aussi des Pokémon rares. Mew l’intéresse beaucoup. D’ailleurs, des expériences sont menées sur certaines créatures. Des Champions d’Arène cachent des activités franchement moins recommandables que distribuer des Badges. Et le rival de Rouge, Bleu, possède déjà cette agaçante capacité à réfléchir avant d’envoyer son Pokémon au combat.

Hidenori Kusaka et Mato prennent ainsi le monde des premiers jeux Pokémon et en font une véritable aventure suivie, avec ses propres intrigues, ses combats et ses surprises.

Et non, Rouge n’est pas Sacha avec une casquette légèrement différente.

Rouge commence avec beaucoup plus de confiance que de stratégie

Le héros possède quelque chose de très sympathique : il n’est pas présenté immédiatement comme le Dresseur parfait.

Rouge aime les Pokémon et sait déjà se débrouiller avec eux.

Seulement, il se croit nettement meilleur qu’il ne l’est réellement.

Sa rencontre avec Mew lui remet donc rapidement les Poké Balls à l’heure.

Ensuite, le voyage devient un véritable apprentissage.

Rouge doit comprendre les capacités de ses Pokémon, observer ses adversaires et utiliser son environnement. Il gagne encore souvent grâce à son instinct, mais il apprend progressivement qu’envoyer la première attaque qui lui vient en tête n’est pas toujours la stratégie la plus brillante.

Le Pokédex ne sert donc pas uniquement à lui donner une excuse pour voyager.

Rouge découvre réellement les Pokémon au fil de l’histoire.

Et le lecteur avec lui.

Bleu possède un Salamèche, un Pokédex et beaucoup moins de patience pour les improvisations de Rouge

Bleu est le petit-fils du Professeur Chen.

Lui aussi reçoit un Pokédex et part compléter l’encyclopédie.

Mais sa manière de dresser ses Pokémon est presque opposée à celle de Rouge.

Bleu travaille.

Il prépare ses combats.

Aussi, il connaît les types, les techniques et les capacités de son équipe.

Il est sérieux là où Rouge préfère souvent improviser.

Leur rivalité fonctionne donc très bien parce qu’ils ne cherchent pas seulement le même objectif avec deux coiffures différentes.

Rouge doit apprendre à réfléchir davantage tandis que Bleu doit parfois comprendre qu’un Pokémon n’est pas uniquement un ensemble de statistiques à optimiser.

Forcément, aucun des deux n’est pressé d’admettre qu’il pourrait apprendre quelque chose de l’autre.

Ce serait beaucoup trop simple.

Verte comprend très tôt qu’on peut aussi gagner un combat avant même qu’il commence

Puis arrive Verte.

Elle n’a ni la franchise de Rouge ni la rigidité de Bleu.

Verte préfère la ruse.

Elle ment, manipule, vole lorsque cela l’arrange et possède un talent remarquable pour quitter une situation avec exactement ce qu’elle était venue chercher.

Son Carapuce et elle apportent immédiatement une autre manière d’être Dresseur.

Dans un monde où Rouge pense souvent d’abord au combat, Verte rappelle qu’il existe une solution encore plus efficace : s’arranger pour que l’adversaire comprenne trop tard ce qui vient de se passer.

Au début, Rouge apprend cette leçon essentiellement aux dépens de son portefeuille et de sa patience.

Mais lorsque la Team Rocket devient réellement dangereuse, les talents de Verte deviennent nettement plus appréciables.

La Team Rocket du manga fait beaucoup moins rire que Jessie et James

C’est probablement l’une des premières surprises pour quelqu’un qui connaît surtout Pokémon grâce au dessin animé.

Dans La Grande Aventure, la Team Rocket est une véritable organisation criminelle.

Ses membres capturent des Pokémon rares, effectuent des expériences et mettent en place des opérations capables de menacer plusieurs villes.

Giovanni reste évidemment au sommet.

Mais le manga va beaucoup plus loin en impliquant plusieurs personnages que les joueurs des versions Rouge et Bleu connaissent normalement dans un contexte très différent.

Major Bob, Koga et Morgane sont liés à la Team Rocket.

Oui, des Champions d’Arène.

Le Badge remis après le combat n’était donc visiblement pas accompagné d’un contrôle de moralité très poussé.

Voir des Champions d’Arène choisir un camp change complètement Kanto

Dans les jeux, une Arène constitue généralement une étape.

On entre, on résout éventuellement quelques petits obstacles, on bat le Champion, et on récupère son Badge.

Le manga transforme plusieurs Champions en véritables personnages de l’intrigue.

Certains aident Rouge.

D’autres travaillent pour la Team Rocket.

Et plusieurs doivent ensuite prendre position lorsque la situation devient beaucoup plus grave.

Kanto cesse ainsi d’être une succession de huit salles placées sur une carte.

Ses Champions appartiennent à son histoire.

Et lorsqu’une organisation criminelle possède dans ses rangs des personnes capables d’électrocuter, empoisonner ou manipuler mentalement leurs adversaires avec des Pokémon de très haut niveau, le voyage prend vite une autre allure.

Pikachu n’est pas remis gentiment à Rouge par le Professeur Chen

Autre différence importante : Rouge ne commence pas son aventure avec Pikachu.

Le Pokémon électrique apparaît comme une créature sauvage particulièrement difficile à approcher.

Rouge doit gagner sa confiance.

Pikachu, surnommé Pika, devient ensuite l’un des membres essentiels de son équipe.

Cette relation permet au manga de montrer très tôt que capturer un Pokémon et obtenir réellement sa coopération ne sont pas toujours exactement la même chose.

Rouge peut tenir la Poké Ball.

Encore faut-il que le Pokémon à l’intérieur ait envie de l’écouter.

Le concept paraît légèrement moins compliqué lorsqu’on appuie simplement sur « A » devant une attaque dans le jeu.

Mew apparaît dès le premier chapitre et la Team Rocket sait parfaitement pourquoi elle le cherche

Hidenori Kusaka ne garde pas tous les Pokémon légendaires pour les cinquante dernières pages.

Mew apparaît dès le début.

Rouge essaie de le combattre alors qu’il ne sait pratiquement rien de lui et découvre brutalement l’écart de niveau.

Mais la Team Rocket cherche elle aussi le Pokémon fabuleux.

Ce qui ressemble d’abord à une rencontre extraordinaire prend donc une importance beaucoup plus grande dans le scénario.

Le manga connecte les Pokémon rares, les recherches menées par la Team Rocket et plusieurs événements connus des joueurs.

Parmi eux se trouve évidemment Mewtwo.

La Grande Aventure utilise ainsi des éléments que les premiers jeux laissaient souvent dans quelques dialogues, journaux ou descriptions pour construire de véritables scènes.

Évoli passe lui aussi entre les mains de la Team Rocket, et ce n’est pas pour lui offrir un joli ruban

Rouge rencontre un Évoli utilisé dans les expériences de la Team Rocket.

Le pauvre Pokémon possède une capacité inhabituelle liée à ses évolutions, conséquence directe de ce qu’on lui a fait subir.

L’épisode montre très bien le ton du manga.

Les Pokémon restent adorables, drôles et attachants.

Mais Kusaka n’oublie jamais qu’une organisation criminelle capable d’utiliser ces créatures comme outils peut réellement leur faire du mal.

Rouge ne cherche donc pas uniquement à devenir meilleur.

Il commence aussi à comprendre ce que signifie être responsable des Pokémon qui lui font confiance.

Et là, même son énorme confiance en lui ne suffit plus.

Les combats utilisent les capacités des Pokémon de manière beaucoup plus libre que quatre attaques dans un menu

C’est l’un des vrais plaisirs de La Grande Aventure.

Les Pokémon ne restent pas face à face en attendant gentiment leur tour.

Les Dresseurs utilisent le terrain.

Une attaque peut servir autrement que pour infliger simplement des dégâts.

Un Pokémon peut intervenir physiquement dans l’environnement.

Les types comptent, mais l’imagination du Dresseur aussi.

Du coup, même lorsque l’on connaît parfaitement les premières générations, un affrontement peut encore surprendre.

Kusaka reprend les règles du jeu vidéo puis cherche tout ce qu’on pourrait faire si les Pokémon existaient réellement autour du Dresseur.

Et certains plans feraient probablement lever un sourcil au Professeur Chen.

La Ligue Pokémon donne enfin à Rouge l’occasion de vérifier si son titre autoproclamé était mérité

Depuis le début, Rouge veut devenir le meilleur.

La Ligue Pokémon lui donne donc une occasion assez pratique de le prouver.

Mais les combats qu’il a traversés contre la Team Rocket l’ont déjà énormément changé.

Le garçon du Bourg Palette qui fonçait sur Mew avec son Têtarte ne combat plus exactement de la même manière.

Il connaît mieux son équipe.

Il comprend davantage la stratégie.

Et surtout, Bleu est toujours là.

Leur confrontation apporte une vraie conclusion au premier grand parcours de Rouge.

Le rival du début n’est plus simplement le type agaçant qu’il fallait dépasser.

Il est devenu le Dresseur capable de montrer exactement jusqu’où Rouge a progressé.

Puis le manga fait quelque chose d’assez culotté : il retire Rouge du centre de l’histoire

Après la première grande aventure, on pourrait logiquement continuer avec Rouge comme héros pendant encore plusieurs volumes.

Hidenori Kusaka choisit autre chose.

Rouge reçoit un défi d’Aldo.

Il part l’affronter.

Puis il disparaît.

Seul Pika revient, blessé.

C’est alors qu’un nouveau personnage arrive chez le Professeur Chen.

Jaune.

La mission est claire : retrouver Rouge.

Le changement de protagoniste donne au deuxième arc une vraie personnalité.

On reste à Kanto, avec des personnages connus, mais on ne refait pas simplement le même voyage dans le même ordre.

Jaune ne combat pas du tout comme Rouge

Jaune possède une relation très particulière avec les Pokémon.

Il peut ressentir leurs émotions et les soigner.

En revanche, il n’aime pas les voir souffrir.

Autant dire que partir affronter le Conseil 4 dans ces conditions demande une approche assez différente de celle de Rouge.

Bleu se charge notamment de son entraînement.

Ce qui est une excellente nouvelle si l’on souhaite progresser rapidement.

Un peu moins si l’on espérait un professeur patient qui félicite chaque petite amélioration avec des autocollants.

Jaune apprend à utiliser ses Pokémon sans perdre ce qui le distingue.

Sa douceur n’est pas une faiblesse que le manga doit corriger.

Elle devient au contraire une autre manière d’être Dresseur.

Le Conseil 4 est très loin du comité qui attend gentiment dans quatre salles successives

L’arc Jaune donne un rôle complètement nouveau au Conseil 4.

Olga, Aldo, Agatha et Peter ne servent pas simplement d’ultimes adversaires avant le Champion.

Ils possèdent leur propre projet.

Et ce projet menace directement Kanto.

Peter prend notamment une dimension beaucoup plus importante que celle du Maître des dragons attendant au bout d’un couloir.

Les combats deviennent plus longs, les alliances plus étranges et le conflit finit par réunir des personnages qui avaient auparavant toutes les raisons de s’affronter.

À ce stade, anciens membres de la Team Rocket et héros peuvent même se retrouver du même côté.

Quand Koga devient soudain une personne que l’on est content de voir arriver, c’est que la journée a vraiment mal commencé.

Rouge, Bleu, Verte et Jaune ne sont pas quatre variantes interchangeables du même héros

C’est l’une des grandes forces de cette première saga.

Rouge est instinctif et fonceur.

Bleu est méthodique et discipliné.

Verte privilégie la ruse.

Jaune possède une relation beaucoup plus empathique avec les Pokémon.

Le Pokédex relie leurs aventures, mais chacun incarne une manière différente d’être Dresseur.

Du coup, l’arrivée d’un nouveau personnage ne ressemble pas à un changement de couleur sur la même cartouche.

Le ton lui-même évolue.

L’histoire de Rouge ressemble davantage à un voyage initiatique à travers Kanto.

Celle de Jaune devient une enquête et une course pour retrouver le héros disparu avant que le Conseil 4 n’aille trop loin.

Non, ce manga n’est pas l’adaptation papier du dessin animé

C’est probablement la précision la plus utile pour quelqu’un qui découvre l’ouvrage.

Sacha, Ondine et Pierre ne partent pas ensemble sur les routes.

Le héros s’appelle Rouge.

Son rival est Bleu.

Le manga se construit surtout à partir des jeux vidéo et développe sa propre continuité.

On reconnaît Bourg Palette, le Professeur Chen, la Team Rocket, les Arènes, la Ligue, les Pokémon de Kanto et énormément de lieux familiers.

Mais les événements peuvent être très différents.

Certains Champions changent de rôle.

Les Pokémon légendaires interviennent autrement.

Les organisations possèdent des objectifs plus développés.

Et les combats sont parfois nettement plus brutaux que ce que les téléspectateurs du dessin animé avaient l’habitude de voir.

Connaître Pokémon par cœur ne signifie donc pas connaître l’histoire à l’avance.

La violence est plus franche, sans transformer Pokémon en manga d’horreur

La réputation de Pokémon La Grande Aventure comme version « plus sombre » de Pokémon est réelle, mais il ne faut pas non plus imaginer Pikachu perdu dans un seinen dépressif.

Le manga reste une aventure destinée à un jeune public.

Il y a de l’humour, des Pokémon adorables, des rivalités et beaucoup d’enthousiasme.

En revanche, les dangers sont davantage pris au sérieux.

Un Pokémon peut être réellement blessé.

La Team Rocket commet de vrais crimes.

Les combats peuvent laisser des traces.

Et certains adversaires n’hésitent pas à mettre directement les Dresseurs en danger.

Résultat : lorsqu’un personnage annonce qu’il va s’infiltrer dans une base ennemie, on sait qu’il ne va pas simplement en ressortir après avoir battu trois Nosferapti et trouvé une Potion.

Satoshi Tajiri avait lui-même particulièrement apprécié cette vision du monde Pokémon

Une anecdote revient depuis les premières éditions internationales de Pokémon Adventures, le nom anglophone de Pocket Monsters Special.

Satoshi Tajiri, créateur de Pokémon, a présenté ce manga comme celui qui ressemblait le plus au monde qu’il voulait transmettre.

La remarque prend tout son sens à la lecture.

Les Pokémon sont à la fois compagnons, animaux fantastiques et véritables habitants de leur environnement.

Les Dresseurs doivent apprendre à les comprendre.

Les rencontres imprévues comptent autant que les combats.

Et l’aventure ne donne jamais l’impression que tout l’univers existe uniquement pour attendre que le héros arrive devant une Arène.

Kanto vit autour de Rouge.

Parfois avec lui.

Parfois contre lui.

Mato donne aux premières générations un charme très différent de leurs sprites Game Boy

Les trois volumes français de cette première saga sont dessinés par Mato.

Son trait conserve immédiatement les silhouettes reconnaissables des Pokémon tout en leur donnant énormément d’expression.

Pikachu peut passer de mignon à furieux en une case.

Les grosses créatures paraissent réellement lourdes.

Quant aux scènes comiques, elles profitent beaucoup des visages complètement déformés de Rouge lorsqu’un plan ne se déroule pas comme prévu.

Le dessin possède aussi ce charme particulier des mangas Pokémon de la fin des années 1990.

On reconnaît la première génération, mais elle n’est jamais enfermée dans les illustrations officielles des jeux.

Mato peut faire vivre un Pokémon entre deux attaques, et c’est souvent dans ces petites réactions que l’on s’attache vraiment à l’équipe.

La série japonaise commence en 1997, presque immédiatement après l’explosion des premiers jeux

Pocket Monsters Special débute au Japon en 1997.

Hidenori Kusaka écrit l’histoire et Mato dessine les premiers cycles.

La série suit les générations de jeux tout en construisant sa propre continuité.

Les personnages précédents peuvent donc revenir plus tard et les événements d’un arc avoir des conséquences dans le suivant.

La Grande Aventure consacrée à Rouge, Bleu, Verte et Jaune représente le véritable point de départ de cet univers.

Elle couvre les sept premiers volumes japonais.

Ensuite, l’histoire se déplace vers Johto avec Or, Argent et Cristal.

Mais tout commence ici, avec Rouge qui décide qu’affronter Mew avec beaucoup de confiance constitue probablement un plan suffisant.

Les lecteurs français du début des années 2000 ont une histoire particulière avec ce manga

Pokémon La Grande Aventure n’est pas arrivé pour la première fois en français avec Kurokawa.

Glénat l’avait déjà publié au début des années 2000, en pleine Pokémania.

Cette ancienne édition utilisait notamment plusieurs noms du dessin animé : Rouge devenait ainsi Sacha et Bleu était appelé Régis.

Elle se lisait également dans le sens occidental.

Surtout, sa publication s’est interrompue avant que l’arc Jaune puisse être proposé intégralement sous cette forme.

Pour les lecteurs qui possédaient ces anciens volumes, la frustration a donc duré un certain temps.

Plus d’une décennie plus tard, l’histoire revient en français avec une traduction refaite, les noms Rouge, Bleu, Verte et Jaune ainsi que le sens de lecture japonais.

Cette fois, la première aventure pouvait enfin aller jusqu’au bout.

Kurokawa a fait tenir sept volumes japonais dans trois gros tomes français

L’édition française actuelle de Pokémon La Grande Aventure est complète en 3 tomes.

Ce ne sont pas trois petits volumes correspondant aux trois premiers japonais.

Kurokawa a créé de grosses compilations réunissant l’intégralité des sept volumes originaux consacrés aux arcs Rouge/Bleu et Jaune.

Le premier tome dépasse les cinq cents pages.

Le deuxième tourne autour de quatre cent soixante pages.

Le troisième repasse au-dessus des cinq cents.

Autrement dit, lorsqu’un lecteur prend le premier volume en pensant « trois tomes, ça va être vite lu », il découvre rapidement que Kurokawa avait une définition assez généreuse du mot tome.

Les trois livres forment néanmoins une histoire complète.

Rouge accomplit son premier grand parcours, puis l’arc Jaune conduit l’intrigue jusqu’à son affrontement avec le Conseil 4.

Les couvertures françaises possèdent elles aussi une petite histoire

Kurokawa n’a pas simplement repris trois couvertures japonaises au hasard pour fabriquer ses compilations.

Le deuxième volume utilise notamment une illustration de Mato réalisée à l’époque de la série mais qui n’avait finalement pas servi pour une couverture japonaise.

Le travail éditorial permet donc à cette édition française de posséder sa propre identité.

Les trois grands volumes rouge, bleu et jaune forment également un ensemble immédiatement reconnaissable en bibliothèque.

Et pour une fois que Rouge, Bleu et Jaune peuvent rester côte à côte sans lancer une attaque Pokémon, autant profiter du calme.

Pika finit même par surfer, parce que Pokémon adore transformer une idée improbable en tradition

L’arc Jaune contient un joli morceau d’histoire Pokémon.

Lors d’un affrontement contre Peter, Jaune et Pika se retrouvent sur l’eau.

Grâce à la capacité Clonage, Pikachu utilise une projection qui lui sert de planche pour se déplacer à la surface.

Le fameux Pikachu surfeur est devenu au fil des années une image récurrente de la franchise, avec des apparitions dans les jeux et le Jeu de Cartes.

The Pokémon Company elle-même est revenue sur cette scène du manga pour évoquer cette longue tradition.

Voir un Pikachu transformer une technique de combat en planche de surf paraît parfaitement normal après quelques décennies de Pokémon.

Essayez tout de même de l’expliquer à quelqu’un qui n’a jamais touché à la licence.

Le Pokédex peut très facilement finir par se transformer en classeur

Rouge passe une bonne partie de son voyage à chercher de nouvelles espèces, compléter son Pokédex et découvrir ce que chaque Pokémon peut faire.

Ce plaisir de la collection dépasse évidemment le manga.

Pikachu, Mew, Mewtwo, Dracaufeu, Florizarre, Tortank et des générations entières de créatures se retrouvent aussi dans les cartes à collectionner Pokémon, avec leurs illustrations, leurs raretés et leurs différentes extensions.

Le principe reste finalement assez fidèle à l’idée qui obsède Rouge : il y en a toujours une autre à chercher.

Le Pokédex a simplement été remplacé par un classeur.

Et malheureusement, le Professeur Chen ne fournit pas les pochettes gratuitement.

Pourquoi commencer Pokémon La Grande Aventure ?

Parce que c’est probablement l’une des meilleures manières de redécouvrir Kanto lorsqu’on connaît déjà les jeux et le dessin animé.

Tout paraît familier.

Bourg Palette.

Le Professeur Chen.

Pikachu.

Les trois Pokémon de départ.

La Team Rocket.

Les Champions d’Arène.

Mew.

Mewtwo.

Le Conseil 4.

Mais Hidenori Kusaka mélange toutes ces pièces autrement.

Rouge n’est pas Sacha. Bleu n’est pas simplement Régis. Verte possède sa propre place et Jaune finit même par prendre le rôle principal pendant une grande partie de l’histoire.

La Team Rocket devient réellement dangereuse.

Des Champions passent du mauvais côté.

Les Pokémon utilisent leurs capacités de manière inventive et les combats peuvent se décider sur une idée plutôt que sur la simple différence de niveau.

Et surtout, l’aventure avance vite.

Les trois gros volumes contiennent énormément d’événements sans donner l’impression de faire traîner Rouge pendant cent cinquante épisodes avant la prochaine Arène.

Pour quelqu’un qui a grandi avec Pokémon Rouge et Bleu, il y a forcément une bonne dose de nostalgie.

Cependant, pour un lecteur plus jeune, ça fonctionne aussi simplement comme un très bon manga d’aventure où le monde Pokémon possède davantage de surprises qu’il n’en a l’air.

Et si vous pensez déjà connaître toute la première génération par cœur, attendez de voir qui travaille pour la Team Rocket.

Votre vieux Badge Foudre risque soudain de vous paraître légèrement suspect.

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Pokémon La Grande Aventure réunit en 3 gros tomes français les sept premiers volumes japonais de Pocket Monsters Special, scénarisés par Hidenori Kusaka et dessinés par Mato. Rouge, Bleu, Verte puis Jaune y traversent Kanto entre Pokédex, Team Rocket, Pokémon légendaires et Conseil 4. Un dernier conseil : si Rouge vous affirme qu’il peut battre un Pokémon inconnu parce qu’il est « le meilleur Dresseur de Bourg Palette », laissez-le essayer. Mew s’est déjà chargé du service après-vente.