Marry Grave

Marry Grave : Sawyer traverse un monde rempli de monstres avec le cercueil de sa femme sur le dos

Dans le manga Marry Grave, Sawyer Riseman parcourt un monde où les démons ont largement grignoté le territoire des humains. Il affronte des créatures capables de mettre un village entier à genoux, rend service lorsqu’il croise quelqu’un en difficulté et semble prendre les situations les plus dangereuses avec une décontraction assez déconcertante. Il voyage aussi avec un énorme cercueil attaché dans son dos.

À l’intérieur repose Rosalie, sa femme.

Sawyer ne transporte pas sa dépouille par incapacité à faire son deuil. Il cherche les ingrédients nécessaires à une mystérieuse recette permettant de ramener un mort à la vie. Certains poussent dans des endroits improbables. D’autres appartiennent à des monstres qu’il faut d’abord réussir à tuer. Et comme la magie capable de ressusciter quelqu’un intéresse forcément d’autres personnes, son voyage attire progressivement beaucoup plus d’ennuis qu’une simple randonnée romantique.

Hidenori Yamaji construit ainsi une dark fantasy avec une idée immédiatement accrocheuse : un homme déjà mort une fois traverse le monde pour rendre la vie à celle qui s’est sacrifiée pour lui. Oui, leur histoire de couple est légèrement plus compliquée que le choix du restaurant pour l’anniversaire de mariage.

Sawyer est techniquement mort, ce qui règle certains problèmes mais en crée beaucoup d’autres

Le premier secret de Sawyer explique rapidement pourquoi il survit à des situations qui devraient normalement terminer un voyage de manière assez définitive.

C’est un mort-vivant.

Il peut encaisser des blessures particulièrement graves et continuer à avancer. Cela ne signifie pas qu’il ne ressent rien ni qu’il soit invincible. En revanche, son rapport au danger devient assez différent de celui du voyageur moyen.

C’est aussi ce qui rend son caractère aussi sympathique.

Sawyer n’est pas le héros sombre qui passe chaque chapitre à rappeler combien son passé est tragique. Il peut être maladroit, enthousiaste et même franchement drôle. Pourtant, lorsqu’un combat commence, Hidenori Yamaji rappelle brutalement que cet homme transporte beaucoup plus de douleur qu’il ne le montre.

Le décalage fonctionne très bien : Marry Grave peut faire rire avec Sawyer pendant plusieurs pages avant de rappeler pourquoi il porte réellement ce cercueil.

Rosalie n’est pas simplement une femme morte qui attend au fond d’une boîte

Le premier volume pourrait laisser croire que Rosalie sert surtout de motivation au héros.

Ce serait largement sous-estimer le personnage.

À travers les souvenirs et les récits consacrés au passé, Rosalie devient progressivement l’un des véritables piliers de Marry Grave.

Avant que Sawyer ne parte chercher les composants nécessaires à sa résurrection, Rosalie avait elle-même entrepris un voyage comparable.

Car Sawyer est déjà mort auparavant.

Rosalie avait réussi à réunir les éléments du rituel permettant de le ramener à la vie. Seulement, cette magie possède un prix particulièrement cruel : elle a donné sa propre vie comme ultime composant.

Sawyer se retrouve donc vivant grâce à elle, avec désormais la même quête à accomplir dans l’autre sens.

À ce stade, on peut officiellement arrêter de se plaindre quand l’autre oublie de sortir les poubelles.

Le voyage de Sawyer suit les traces laissées par celui de Rosalie

Cette construction donne au manga une structure beaucoup plus intéressante qu’une simple chasse aux ingrédients.

Sawyer avance dans le présent. Mais chaque étape peut également révéler ce que Rosalie a vécu lorsqu’elle parcourait elle-même le monde pour le sauver.

Il rencontre des personnes qui l’ont connue, retrouve des lieux où elle est passée et comprend progressivement des événements dont il ignorait parfois tout.

Les deux voyages se répondent donc à travers le temps.

Pour Sawyer, récupérer un nouvel ingrédient ne signifie pas uniquement se rapprocher du rituel. Cela peut aussi lui permettre de découvrir une nouvelle partie de la femme qu’il aime.

Et le lecteur reconstitue leur histoire exactement de la même manière.

Plus Sawyer avance vers une éventuelle résurrection de Rosalie, plus le manga remonte vers ce qui les a conduits à s’aimer.

Avant de devenir cet aventurier increvable, Sawyer était surtout un enfant abandonné

Le troisième volume revient largement sur sa jeunesse.

Et le contraste avec l’homme souriant du présent est important.

Le jeune Sawyer n’a pas grandi dans un environnement particulièrement tendre. Son existence est marquée par l’abandon et une impression persistante de ne pas avoir réellement de place quelque part.

Le manga prend alors le temps de montrer les rencontres qui vont changer sa vie.

Ce passé explique beaucoup mieux son attachement à Rosalie. Elle n’est pas simplement « la femme qu’il faut ressusciter pour terminer la quête ».

Elle appartient à la période où Sawyer découvre enfin ce que signifie avoir quelqu’un avec qui construire une vie.

Du coup, son obstination dans le présent devient beaucoup plus compréhensible.

Il ne transporte pas un cercueil parce que ça donne une silhouette très réussie sur une couverture. Il transporte littéralement la vie qu’il refuse d’abandonner.

Cape Side montre enfin Sawyer et Rosalie avant que tout parte horriblement mal

Le manga revient également sur la période où les deux jeunes personnages vivent ensemble à Cape Side.

Ce sont des passages importants parce qu’ils permettent enfin de les regarder autrement que comme les deux victimes d’une énorme tragédie.

Ils discutent, vivent ensemble et voient leurs sentiments évoluer.

Hidenori Yamaji laisse donc véritablement exister leur bonheur avant de montrer ce qui va le détruire.

C’est beaucoup plus efficace que de simplement annoncer au premier chapitre : « il aimait énormément sa femme ».

Le lecteur voit pourquoi.

Et comme on connaît déjà le présent, chaque scène heureuse possède forcément une petite horloge invisible au-dessus de la tête des personnages.

Marry Grave réussit alors quelque chose d’assez cruel : on sait parfaitement que la catastrophe arrive, mais on aimerait quand même que le flashback dure encore quelques chapitres.

Jane peut ressembler à une petite fée jusqu’au moment où elle décide de frapper quelque chose

Jane rejoint progressivement le voyage de Sawyer.

C’est une Dark Fairy, un type de fée extrêmement rare qui possède notamment une force physique phénoménale et une espérance de vie très longue.

Son apparence peut donc légèrement tromper sur ses capacités.

Elle connaissait Rosalie et l’avait rencontrée pendant le voyage que celle-ci avait entrepris pour ressusciter Sawyer.

Lorsque Jane accompagne ensuite Sawyer, elle représente un véritable pont entre les deux quêtes.

Elle possède des souvenirs de Rosalie que son mari n’a pas vécus et comprend mieux que beaucoup d’autres jusqu’où cette femme était prête à aller.

Et dans les combats, Jane n’est certainement pas là pour fournir uniquement les petites ailes décoratives de l’équipe.

Quand une fée de cette taille commence à régler un problème par la force, les monstres découvrent assez vite qu’ils auraient dû lire la description complète de l’espèce.

Les ingrédients du rituel donnent une excellente excuse pour inventer des monstres toujours plus étranges

Le principe de la recette permet à Hidenori Yamaji de faire voyager son héros d’un environnement à l’autre.

Chaque composant possède ses propres difficultés.

Certains demandent d’explorer des lieux dangereux. D’autres impliquent directement des créatures qu’il vaut mieux ne pas rencontrer sans préparation.

Le manga développe ainsi un bestiaire très généreux.

Démons, créatures fantastiques et monstres de toutes formes remplissent les cinq volumes. Yamaji aime particulièrement dessiner des corps massifs, des gueules énormes et des silhouettes suffisamment étranges pour qu’on comprenne immédiatement que Sawyer ne vient pas croiser un lapin de forêt.

Cette variété empêche la quête de devenir mécanique.

On connaît le but général, mais pas ce que le prochain ingrédient va exiger.

Et avec Sawyer, la solution finit assez souvent par inclure un plan approximatif, beaucoup de détermination et une quantité de dégâts matériels qui n’avait probablement pas été prévue au départ.

La recette des morts est beaucoup trop précieuse pour rester un secret tranquille

Une magie capable de ressusciter réellement une personne ne peut évidemment pas intéresser uniquement un veuf amoureux.

Le rituel devient progressivement un enjeu pour d’autres personnages.

C’est logique : dans un monde où la mort est omniprésente et où les monstres ont repoussé l’humanité dans ses retranchements, la possibilité de faire revenir quelqu’un représente un pouvoir immense.

Elle peut naître de l’amour, comme chez Sawyer et Rosalie.

Elle peut aussi attirer des personnes beaucoup moins sympathiques.

Le manga élargit ainsi peu à peu la quête personnelle de Sawyer sans perdre son moteur principal.

Lui ne cherche pas à vaincre la mort pour devenir puissant. Il veut simplement retrouver une seule personne.

C’est précisément ce qui le différencie de ceux qui regardent la recette et commencent déjà à imaginer tout ce qu’ils pourraient en faire.

Marry Grave aime la dark fantasy mais refuse de passer cinq tomes à faire la tête

Le monde est pourtant franchement sombre.

L’humanité est menacée. Les démons circulent partout. Des villages peuvent être attaqués et la mort apparaît très régulièrement.

Malgré cela, Hidenori Yamaji conserve beaucoup d’humour.

Sawyer y est pour énormément.

Son optimisme, ses réactions et sa capacité à continuer à plaisanter malgré sa situation empêchent le manga de devenir constamment pesant.

Jane apporte également une excellente dynamique lorsqu’elle rejoint l’aventure.

Le résultat est donc une fantasy sombre dans son univers et ses enjeux, mais beaucoup plus lumineuse dans son personnage principal.

On peut passer d’une grosse créature démembrée à une scène comique sans que le changement paraisse artificiel.

Et c’est probablement la meilleure manière de résumer Sawyer : sa vie est une tragédie, mais lui refuse de devenir un personnage tragique à plein temps.

Les combats profitent énormément du dessin de Hidenori Yamaji

Marry Grave est aussi un manga particulièrement agréable à feuilleter.

Hidenori Yamaji possède un trait très détaillé, particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de construire des monstres, des décors de fantasy ou des scènes de confrontation.

Sawyer peut affronter des adversaires énormes sans que les planches deviennent illisibles.

Les créatures ont souvent assez de détails pour donner envie de s’arrêter sur leur design, tandis que les personnages gardent des expressions très vivantes.

Cette dernière qualité est essentielle pour l’humour.

Yamaji peut dessiner une créature particulièrement inquiétante puis faire immédiatement basculer Sawyer dans une réaction beaucoup plus cartoon.

Le manga réussit donc à conserver une vraie identité graphique sans opposer les passages sérieux aux gags.

L’auteur avait déjà exploré un autre univers fantastique avec Atlantid

Marry Grave n’est pas la première série de Hidenori Yamaji.

Avant elle, l’auteur avait signé Atlantid, une aventure steampunk située dans le Londres de la révolution industrielle.

On y trouvait déjà son goût pour les univers visuellement chargés, les machines, l’aventure et les éléments fantastiques.

Avec Marry Grave, il quitte cependant la vapeur et la technologie rétro pour aller beaucoup plus franchement vers la dark fantasy.

Les monstres prennent davantage de place et la relation entre Sawyer et Rosalie devient le véritable cœur du récit.

Plus tard, Yamaji reviendra encore à la fantasy avec Soara et les bâtisseurs fantastiques, où les créatures ne sont cette fois plus seulement là pour être combattues : elles ont aussi besoin de maisons.

Il faut croire qu’après avoir passé cinq tomes à dessiner des monstres en train de casser des bâtiments, l’auteur a fini par se demander qui allait reconstruire derrière.

La série tient en 5 tomes et ne traîne jamais son cercueil

Marry Grave est une série complète en 5 tomes, écrite et dessinée par Hidenori Yamaji.

Le manga a été prépublié au Japon dans le Weekly Shonen Sunday de Shogakukan. L’éditeur japonais confirme que l’intégralité tient bien en cinq volumes.

En France, Kana a publié la série complète dans sa collection Shonen Kana. Le premier tome est arrivé en mars 2019 et le cinquième en février 2020.

Cette brièveté donne au manga un rythme très particulier.

Il n’a pas le temps de multiplier les détours pendant quinze arcs. Sawyer cherche ses composants, les révélations sur Rosalie arrivent rapidement et le passé des personnages prend de plus en plus de place à mesure que l’on approche de la conclusion.

Le cinquième tome conduit donc réellement la quête jusqu’à son terme.

Et vu la taille du cercueil, c’est appréciable que Sawyer n’ait pas eu besoin de le porter pendant soixante-dix volumes.

Le titre lui-même résume parfaitement l’histoire

Marry Grave joue évidemment sur la proximité entre le mariage et la tombe.

Chez Sawyer et Rosalie, les deux sont presque inséparables.

Leur amour provoque deux voyages successifs à travers le monde et chacun refuse à son tour d’accepter la mort de l’autre comme une conclusion définitive.

C’est ce qui évite au manga de n’être qu’une aventure à concept.

Le cercueil attire immédiatement le regard. Les monstres font le spectacle. La recette fournit la quête.

Mais au fond, tout repose sur deux personnes qui ont chacune décidé que mourir n’était pas une excuse suffisante pour abandonner l’autre.

Romantique ? Certainement.

Raisonnable ? Beaucoup moins.

Pourquoi commencer Marry Grave ?

Parce que son idée tient en une phrase et donne immédiatement envie d’ouvrir le premier tome : un mort-vivant transporte le cercueil de sa femme à travers un monde de monstres pour réunir les ingrédients capables de la ressusciter.

Ensuite, Hidenori Yamaji ne se contente pas de cette bonne accroche.

Le voyage de Sawyer répond à celui accompli auparavant par Rosalie. Les flashbacks construisent réellement leur relation. Jane apporte une nouvelle dynamique. Le bestiaire permet au dessin de Yamaji de se lâcher et la quête avance suffisamment vite pour que chaque volume apporte de nouvelles réponses.

Mais le vrai charme vient de Sawyer.

Avec un autre héros, cette histoire pourrait être extrêmement dépressive. Lui continue d’avancer avec une énergie presque absurde, aide les gens qu’il croise et traite son immortalité comme un problème pratique plutôt que comme une raison de réciter un monologue sous la pluie.

Si vous cherchez une dark fantasy courte, complète, pleine de monstres et portée par une vraie histoire d’amour, les cinq tomes font très bien le travail.

Et après Marry Grave, une chose devient évidente : « jusqu’à ce que la mort nous sépare » était manifestement une clause que Sawyer et Rosalie n’avaient pas l’intention de respecter.

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Marry Grave est une dark fantasy complète en 5 tomes écrite et dessinée par Hidenori Yamaji. Sawyer Riseman, mort-vivant au caractère étonnamment joyeux, parcourt un monde envahi de monstres avec le cercueil de Rosalie sur le dos et une seule idée en tête : réunir les composants capables de la ressusciter. Un dernier conseil : si Sawyer vous demande de l’aider à porter ses bagages, vérifiez d’abord ce qu’il appelle exactement « bagages ». Un cercueil rempli n’entre pas vraiment dans la catégorie voyage léger.

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Marry Grave : Sawyer traverse un monde rempli de monstres avec le cercueil de sa femme sur le dos

Dans le manga Marry Grave, Sawyer Riseman parcourt un monde où les démons ont largement grignoté le territoire des humains. Il affronte des créatures capables de mettre un village entier à genoux, rend service lorsqu’il croise quelqu’un en difficulté et semble prendre les situations les plus dangereuses avec une décontraction assez déconcertante. Il voyage aussi avec un énorme cercueil attaché dans son dos.

À l’intérieur repose Rosalie, sa femme.

Sawyer ne transporte pas sa dépouille par incapacité à faire son deuil. Il cherche les ingrédients nécessaires à une mystérieuse recette permettant de ramener un mort à la vie. Certains poussent dans des endroits improbables. D’autres appartiennent à des monstres qu’il faut d’abord réussir à tuer. Et comme la magie capable de ressusciter quelqu’un intéresse forcément d’autres personnes, son voyage attire progressivement beaucoup plus d’ennuis qu’une simple randonnée romantique.

Hidenori Yamaji construit ainsi une dark fantasy avec une idée immédiatement accrocheuse : un homme déjà mort une fois traverse le monde pour rendre la vie à celle qui s’est sacrifiée pour lui. Oui, leur histoire de couple est légèrement plus compliquée que le choix du restaurant pour l’anniversaire de mariage.

Sawyer est techniquement mort, ce qui règle certains problèmes mais en crée beaucoup d’autres

Le premier secret de Sawyer explique rapidement pourquoi il survit à des situations qui devraient normalement terminer un voyage de manière assez définitive.

C’est un mort-vivant.

Il peut encaisser des blessures particulièrement graves et continuer à avancer. Cela ne signifie pas qu’il ne ressent rien ni qu’il soit invincible. En revanche, son rapport au danger devient assez différent de celui du voyageur moyen.

C’est aussi ce qui rend son caractère aussi sympathique.

Sawyer n’est pas le héros sombre qui passe chaque chapitre à rappeler combien son passé est tragique. Il peut être maladroit, enthousiaste et même franchement drôle. Pourtant, lorsqu’un combat commence, Hidenori Yamaji rappelle brutalement que cet homme transporte beaucoup plus de douleur qu’il ne le montre.

Le décalage fonctionne très bien : Marry Grave peut faire rire avec Sawyer pendant plusieurs pages avant de rappeler pourquoi il porte réellement ce cercueil.

Rosalie n’est pas simplement une femme morte qui attend au fond d’une boîte

Le premier volume pourrait laisser croire que Rosalie sert surtout de motivation au héros.

Ce serait largement sous-estimer le personnage.

À travers les souvenirs et les récits consacrés au passé, Rosalie devient progressivement l’un des véritables piliers de Marry Grave.

Avant que Sawyer ne parte chercher les composants nécessaires à sa résurrection, Rosalie avait elle-même entrepris un voyage comparable.

Car Sawyer est déjà mort auparavant.

Rosalie avait réussi à réunir les éléments du rituel permettant de le ramener à la vie. Seulement, cette magie possède un prix particulièrement cruel : elle a donné sa propre vie comme ultime composant.

Sawyer se retrouve donc vivant grâce à elle, avec désormais la même quête à accomplir dans l’autre sens.

À ce stade, on peut officiellement arrêter de se plaindre quand l’autre oublie de sortir les poubelles.

Le voyage de Sawyer suit les traces laissées par celui de Rosalie

Cette construction donne au manga une structure beaucoup plus intéressante qu’une simple chasse aux ingrédients.

Sawyer avance dans le présent. Mais chaque étape peut également révéler ce que Rosalie a vécu lorsqu’elle parcourait elle-même le monde pour le sauver.

Il rencontre des personnes qui l’ont connue, retrouve des lieux où elle est passée et comprend progressivement des événements dont il ignorait parfois tout.

Les deux voyages se répondent donc à travers le temps.

Pour Sawyer, récupérer un nouvel ingrédient ne signifie pas uniquement se rapprocher du rituel. Cela peut aussi lui permettre de découvrir une nouvelle partie de la femme qu’il aime.

Et le lecteur reconstitue leur histoire exactement de la même manière.

Plus Sawyer avance vers une éventuelle résurrection de Rosalie, plus le manga remonte vers ce qui les a conduits à s’aimer.

Avant de devenir cet aventurier increvable, Sawyer était surtout un enfant abandonné

Le troisième volume revient largement sur sa jeunesse.

Et le contraste avec l’homme souriant du présent est important.

Le jeune Sawyer n’a pas grandi dans un environnement particulièrement tendre. Son existence est marquée par l’abandon et une impression persistante de ne pas avoir réellement de place quelque part.

Le manga prend alors le temps de montrer les rencontres qui vont changer sa vie.

Ce passé explique beaucoup mieux son attachement à Rosalie. Elle n’est pas simplement « la femme qu’il faut ressusciter pour terminer la quête ».

Elle appartient à la période où Sawyer découvre enfin ce que signifie avoir quelqu’un avec qui construire une vie.

Du coup, son obstination dans le présent devient beaucoup plus compréhensible.

Il ne transporte pas un cercueil parce que ça donne une silhouette très réussie sur une couverture. Il transporte littéralement la vie qu’il refuse d’abandonner.

Cape Side montre enfin Sawyer et Rosalie avant que tout parte horriblement mal

Le manga revient également sur la période où les deux jeunes personnages vivent ensemble à Cape Side.

Ce sont des passages importants parce qu’ils permettent enfin de les regarder autrement que comme les deux victimes d’une énorme tragédie.

Ils discutent, vivent ensemble et voient leurs sentiments évoluer.

Hidenori Yamaji laisse donc véritablement exister leur bonheur avant de montrer ce qui va le détruire.

C’est beaucoup plus efficace que de simplement annoncer au premier chapitre : « il aimait énormément sa femme ».

Le lecteur voit pourquoi.

Et comme on connaît déjà le présent, chaque scène heureuse possède forcément une petite horloge invisible au-dessus de la tête des personnages.

Marry Grave réussit alors quelque chose d’assez cruel : on sait parfaitement que la catastrophe arrive, mais on aimerait quand même que le flashback dure encore quelques chapitres.

Jane peut ressembler à une petite fée jusqu’au moment où elle décide de frapper quelque chose

Jane rejoint progressivement le voyage de Sawyer.

C’est une Dark Fairy, un type de fée extrêmement rare qui possède notamment une force physique phénoménale et une espérance de vie très longue.

Son apparence peut donc légèrement tromper sur ses capacités.

Elle connaissait Rosalie et l’avait rencontrée pendant le voyage que celle-ci avait entrepris pour ressusciter Sawyer.

Lorsque Jane accompagne ensuite Sawyer, elle représente un véritable pont entre les deux quêtes.

Elle possède des souvenirs de Rosalie que son mari n’a pas vécus et comprend mieux que beaucoup d’autres jusqu’où cette femme était prête à aller.

Et dans les combats, Jane n’est certainement pas là pour fournir uniquement les petites ailes décoratives de l’équipe.

Quand une fée de cette taille commence à régler un problème par la force, les monstres découvrent assez vite qu’ils auraient dû lire la description complète de l’espèce.

Les ingrédients du rituel donnent une excellente excuse pour inventer des monstres toujours plus étranges

Le principe de la recette permet à Hidenori Yamaji de faire voyager son héros d’un environnement à l’autre.

Chaque composant possède ses propres difficultés.

Certains demandent d’explorer des lieux dangereux. D’autres impliquent directement des créatures qu’il vaut mieux ne pas rencontrer sans préparation.

Le manga développe ainsi un bestiaire très généreux.

Démons, créatures fantastiques et monstres de toutes formes remplissent les cinq volumes. Yamaji aime particulièrement dessiner des corps massifs, des gueules énormes et des silhouettes suffisamment étranges pour qu’on comprenne immédiatement que Sawyer ne vient pas croiser un lapin de forêt.

Cette variété empêche la quête de devenir mécanique.

On connaît le but général, mais pas ce que le prochain ingrédient va exiger.

Et avec Sawyer, la solution finit assez souvent par inclure un plan approximatif, beaucoup de détermination et une quantité de dégâts matériels qui n’avait probablement pas été prévue au départ.

La recette des morts est beaucoup trop précieuse pour rester un secret tranquille

Une magie capable de ressusciter réellement une personne ne peut évidemment pas intéresser uniquement un veuf amoureux.

Le rituel devient progressivement un enjeu pour d’autres personnages.

C’est logique : dans un monde où la mort est omniprésente et où les monstres ont repoussé l’humanité dans ses retranchements, la possibilité de faire revenir quelqu’un représente un pouvoir immense.

Elle peut naître de l’amour, comme chez Sawyer et Rosalie.

Elle peut aussi attirer des personnes beaucoup moins sympathiques.

Le manga élargit ainsi peu à peu la quête personnelle de Sawyer sans perdre son moteur principal.

Lui ne cherche pas à vaincre la mort pour devenir puissant. Il veut simplement retrouver une seule personne.

C’est précisément ce qui le différencie de ceux qui regardent la recette et commencent déjà à imaginer tout ce qu’ils pourraient en faire.

Marry Grave aime la dark fantasy mais refuse de passer cinq tomes à faire la tête

Le monde est pourtant franchement sombre.

L’humanité est menacée. Les démons circulent partout. Des villages peuvent être attaqués et la mort apparaît très régulièrement.

Malgré cela, Hidenori Yamaji conserve beaucoup d’humour.

Sawyer y est pour énormément.

Son optimisme, ses réactions et sa capacité à continuer à plaisanter malgré sa situation empêchent le manga de devenir constamment pesant.

Jane apporte également une excellente dynamique lorsqu’elle rejoint l’aventure.

Le résultat est donc une fantasy sombre dans son univers et ses enjeux, mais beaucoup plus lumineuse dans son personnage principal.

On peut passer d’une grosse créature démembrée à une scène comique sans que le changement paraisse artificiel.

Et c’est probablement la meilleure manière de résumer Sawyer : sa vie est une tragédie, mais lui refuse de devenir un personnage tragique à plein temps.

Les combats profitent énormément du dessin de Hidenori Yamaji

Marry Grave est aussi un manga particulièrement agréable à feuilleter.

Hidenori Yamaji possède un trait très détaillé, particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de construire des monstres, des décors de fantasy ou des scènes de confrontation.

Sawyer peut affronter des adversaires énormes sans que les planches deviennent illisibles.

Les créatures ont souvent assez de détails pour donner envie de s’arrêter sur leur design, tandis que les personnages gardent des expressions très vivantes.

Cette dernière qualité est essentielle pour l’humour.

Yamaji peut dessiner une créature particulièrement inquiétante puis faire immédiatement basculer Sawyer dans une réaction beaucoup plus cartoon.

Le manga réussit donc à conserver une vraie identité graphique sans opposer les passages sérieux aux gags.

L’auteur avait déjà exploré un autre univers fantastique avec Atlantid

Marry Grave n’est pas la première série de Hidenori Yamaji.

Avant elle, l’auteur avait signé Atlantid, une aventure steampunk située dans le Londres de la révolution industrielle.

On y trouvait déjà son goût pour les univers visuellement chargés, les machines, l’aventure et les éléments fantastiques.

Avec Marry Grave, il quitte cependant la vapeur et la technologie rétro pour aller beaucoup plus franchement vers la dark fantasy.

Les monstres prennent davantage de place et la relation entre Sawyer et Rosalie devient le véritable cœur du récit.

Plus tard, Yamaji reviendra encore à la fantasy avec Soara et les bâtisseurs fantastiques, où les créatures ne sont cette fois plus seulement là pour être combattues : elles ont aussi besoin de maisons.

Il faut croire qu’après avoir passé cinq tomes à dessiner des monstres en train de casser des bâtiments, l’auteur a fini par se demander qui allait reconstruire derrière.

La série tient en 5 tomes et ne traîne jamais son cercueil

Marry Grave est une série complète en 5 tomes, écrite et dessinée par Hidenori Yamaji.

Le manga a été prépublié au Japon dans le Weekly Shonen Sunday de Shogakukan. L’éditeur japonais confirme que l’intégralité tient bien en cinq volumes.

En France, Kana a publié la série complète dans sa collection Shonen Kana. Le premier tome est arrivé en mars 2019 et le cinquième en février 2020.

Cette brièveté donne au manga un rythme très particulier.

Il n’a pas le temps de multiplier les détours pendant quinze arcs. Sawyer cherche ses composants, les révélations sur Rosalie arrivent rapidement et le passé des personnages prend de plus en plus de place à mesure que l’on approche de la conclusion.

Le cinquième tome conduit donc réellement la quête jusqu’à son terme.

Et vu la taille du cercueil, c’est appréciable que Sawyer n’ait pas eu besoin de le porter pendant soixante-dix volumes.

Le titre lui-même résume parfaitement l’histoire

Marry Grave joue évidemment sur la proximité entre le mariage et la tombe.

Chez Sawyer et Rosalie, les deux sont presque inséparables.

Leur amour provoque deux voyages successifs à travers le monde et chacun refuse à son tour d’accepter la mort de l’autre comme une conclusion définitive.

C’est ce qui évite au manga de n’être qu’une aventure à concept.

Le cercueil attire immédiatement le regard. Les monstres font le spectacle. La recette fournit la quête.

Mais au fond, tout repose sur deux personnes qui ont chacune décidé que mourir n’était pas une excuse suffisante pour abandonner l’autre.

Romantique ? Certainement.

Raisonnable ? Beaucoup moins.

Pourquoi commencer Marry Grave ?

Parce que son idée tient en une phrase et donne immédiatement envie d’ouvrir le premier tome : un mort-vivant transporte le cercueil de sa femme à travers un monde de monstres pour réunir les ingrédients capables de la ressusciter.

Ensuite, Hidenori Yamaji ne se contente pas de cette bonne accroche.

Le voyage de Sawyer répond à celui accompli auparavant par Rosalie. Les flashbacks construisent réellement leur relation. Jane apporte une nouvelle dynamique. Le bestiaire permet au dessin de Yamaji de se lâcher et la quête avance suffisamment vite pour que chaque volume apporte de nouvelles réponses.

Mais le vrai charme vient de Sawyer.

Avec un autre héros, cette histoire pourrait être extrêmement dépressive. Lui continue d’avancer avec une énergie presque absurde, aide les gens qu’il croise et traite son immortalité comme un problème pratique plutôt que comme une raison de réciter un monologue sous la pluie.

Si vous cherchez une dark fantasy courte, complète, pleine de monstres et portée par une vraie histoire d’amour, les cinq tomes font très bien le travail.

Et après Marry Grave, une chose devient évidente : « jusqu’à ce que la mort nous sépare » était manifestement une clause que Sawyer et Rosalie n’avaient pas l’intention de respecter.

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Marry Grave est une dark fantasy complète en 5 tomes écrite et dessinée par Hidenori Yamaji. Sawyer Riseman, mort-vivant au caractère étonnamment joyeux, parcourt un monde envahi de monstres avec le cercueil de Rosalie sur le dos et une seule idée en tête : réunir les composants capables de la ressusciter. Un dernier conseil : si Sawyer vous demande de l’aider à porter ses bagages, vérifiez d’abord ce qu’il appelle exactement « bagages ». Un cercueil rempli n’entre pas vraiment dans la catégorie voyage léger.