Junji Ito
Junji Ito : des mangas d’horreur qui trouvent toujours une nouvelle façon de vous mettre mal à l’aise
Les mangas de Junji Ito ont un talent assez particulier : partir d’une chose parfaitement banale et vous donner ensuite une excellente raison de ne plus jamais la regarder de la même manière. Une spirale, un ballon, une fenêtre, un fauteuil, un cheveu ou même un poisson peuvent devenir inquiétants entre ses mains. Et généralement, lorsque vous pensez avoir compris jusqu’où l’idée va aller, Ito trouve encore le moyen de pousser le cauchemar un cran plus loin.
Pas besoin non plus d’être un grand amateur de gore pour accrocher. Bien sûr, Junji Ito sait dessiner un corps qui se déforme de manière franchement mémorable. Pourtant, ses meilleures histoires fonctionnent souvent avant même que l’horreur apparaisse. Il installe une bizarrerie, laisse le personnage s’en approcher et donne au lecteur juste assez d’informations pour comprendre qu’il ferait mieux de partir. Évidemment, personne ne part.
Uzumaki : après ça, vous regarderez les spirales autrement
Uzumaki reste l’une des meilleures portes d’entrée dans son univers. Le principe paraît presque ridicule lorsqu’on le résume : une ville devient obsédée par les spirales. Pourtant, Ito réussit à exploiter cette simple forme encore et encore sans donner l’impression de raconter deux fois la même histoire.
La spirale apparaît dans les objets, les corps, les comportements et même le paysage. Au début, Kirie et Shuichi assistent à des phénomènes étranges. Ensuite, tout Kurouzu semble progressivement tomber sous l’emprise de cette obsession.
Voilà exactement ce que Junji Ito sait faire. Il choisit une idée que personne n’aurait spontanément trouvée terrifiante, puis il la travaille jusqu’à ce que vous commenciez vous aussi à remarquer les spirales autour de vous. Votre escargot de jardin n’avait pourtant rien demandé.
Tomie : belle, insupportable et particulièrement difficile à tuer
Avant Uzumaki, il y avait déjà Tomie. Cette jeune femme d’une beauté fascinante pousse les personnes qui l’entourent à l’obsession, à la jalousie et souvent au meurtre. Le problème ? Même découpée en morceaux, Tomie possède une fâcheuse tendance à revenir.
Et pas forcément seule. Junji Ito transforme rapidement la régénération du personnage en quelque chose de bien plus dérangeant. Chaque nouvelle histoire explore une autre facette de Tomie et de l’effet qu’elle produit sur les autres.
L’anecdote vaut vraiment le détour : Tomie est le personnage avec lequel Junji Ito a commencé sa carrière professionnelle. En 1986, alors qu’il travaillait encore comme prothésiste dentaire, Ito envoie son histoire à un concours lié au magazine Monthly Halloween. Il voulait notamment que Kazuo Umezu, l’un de ses auteurs favoris, puisse lire son travail. Le récit reçoit une distinction et devient son œuvre de début.
Oui, Junji Ito fabriquait des dents avant de dessiner des cauchemars
C’est probablement l’une des meilleures anecdotes sur l’auteur. Avant de vivre du manga, Junji Ito travaillait comme prothésiste dentaire. Trois ans après ses débuts, il quitte finalement ce métier pour se consacrer entièrement au dessin.
Et lorsqu’on regarde son travail sur les corps, cette première carrière devient tout de suite assez amusante. Ito explique lui-même que ses connaissances en anatomie lui servent encore lorsqu’il cherche à rendre une déformation crédible. Il consulte aussi des ouvrages anatomiques pour obtenir davantage de réalisme.
Autrement dit, quand une mâchoire, une langue ou un corps commence à prendre une forme impossible dans l’un de ses mangas, il y a parfois derrière le cauchemar un ancien technicien qui sait parfaitement comment tout devrait fonctionner normalement. Ce qui ne rend absolument pas la scène plus rassurante.
Le corps humain est son terrain de jeu préféré
Junji Ito aime particulièrement ce qu’on appelle le body horror. Un corps s’allonge, gonfle, se tord ou accueille quelque chose qui n’avait rien à faire là. Pourtant, il ne cherche pas seulement à produire une image dégoûtante.
L’auteur joue beaucoup avec l’opposition entre le beau et le monstrueux. Une personne peut paraître parfaitement séduisante avant qu’un détail commence à déranger. Puis ce détail prend toute la place. Ito explique d’ailleurs qu’il cherche précisément à accentuer ce contraste entre beauté et laideur.
Et son dessin minutieux fait le reste. Plus la situation devient impossible, plus il semble prendre plaisir à la représenter avec précision. C’est souvent ce décalage qui donne le frisson : le phénomène n’a aucun sens, mais le dessin lui donne suffisamment de matière pour que votre cerveau accepte de le regarder.
Vous préférez les histoires courtes ? Junji Ito est particulièrement dangereux dans ce format
Une grosse partie de son œuvre se compose de nouvelles horrifiques. C’est parfait lorsqu’on veut découvrir l’auteur sans se lancer immédiatement dans une longue histoire. Un recueil permet de passer d’une idée complètement différente à une autre en quelques dizaines de pages.
Fragments d’horreur, Les Chefs-d’œuvre de Junji Ito, Carnage, Le Déserteur ou encore Dans l’Ombre réunissent ainsi des récits qui n’utilisent pas tous le même type de peur. Mangetsu a d’ailleurs créé en France une collection entièrement consacrée à l’auteur. L’éditeur y rassemble aujourd’hui une grande partie de son travail.
Le format court convient remarquablement bien à Ito. Une idée étrange apparaît, il la pousse juste assez loin et l’histoire s’arrête parfois au moment précis où votre imagination aurait préféré obtenir une explication supplémentaire.
De plus, vous pouvez picorer. Une histoire avant de dormir ? Aucun problème. Quant à savoir si c’était réellement une bonne idée juste avant d’éteindre la lumière, c’est une autre question.
Soïchi : même Junji Ito sait faire rire… à sa façon
Tout n’est pas constamment sinistre. Avec Soïchi, Ito montre aussi un humour beaucoup plus noir. Le jeune garçon adore les malédictions, mâchouille ses clous et possède une confiance assez impressionnante dans ses propres talents occultes.
Le problème, c’est que ses plans ne fonctionnent pas toujours comme prévu. Soïchi peut donc être inquiétant, ridicule et franchement insupportable dans la même histoire.
Ces récits montrent une autre facette de Junji Ito. Il sait parfaitement que certaines situations horrifiques deviennent tellement excessives qu’elles peuvent aussi faire rire. Au lieu de lutter contre ce côté absurde, il s’en sert.
Et après plusieurs histoires où l’auteur vient de vous retourner l’estomac, retrouver ce gamin persuadé d’être le prince des ténèbres peut presque sembler reposant. Presque.
Frankenstein et les classiques passés dans la moulinette Ito
Junji Ito ne travaille pas uniquement sur ses propres idées. Il s’est également attaqué à Frankenstein de Mary Shelley. Son trait convient évidemment très bien à une histoire dans laquelle un homme assemble un corps avec des morceaux de cadavres.
Mais l’intérêt ne vient pas seulement du monstre. Ito garde le drame, l’obsession scientifique et la relation entre la créature et Victor Frankenstein. Ensuite, son dessin apporte cette précision anatomique et cette noirceur qui collent naturellement au récit.
Cette adaptation lui a d’ailleurs valu une reconnaissance internationale importante : l’édition anglaise de Frankenstein a remporté un Eisner Award en 2019. Depuis, Junji Ito a reçu plusieurs autres Eisner Awards et sa reconnaissance dépasse largement le seul marché japonais.
Gyo : parce que les requins n’étaient apparemment pas assez inquiétants dans l’eau
Gyo montre encore une autre manière de partir d’une idée complètement folle. Cette fois, d’étranges créatures marines apparaissent sur la terre ferme grâce à des sortes de pattes mécaniques. Et oui, cela inclut des poissons beaucoup plus gros qu’on préférerait continuer à voir nager loin du canapé.
Mais évidemment, Ito ne s’arrête pas à « des poissons marchent ». L’origine du phénomène, l’odeur qui l’accompagne et la manière dont celui-ci évolue rendent rapidement l’histoire beaucoup plus répugnante.
C’est une bonne série à essayer si vous voulez voir jusqu’où l’auteur peut pousser un concept grotesque tout en gardant un premier degré absolu. Chez Junji Ito, personne ne regarde un requin monté sur pattes en disant : « bon, c’est un peu ridicule ». Tout le monde comprend que la journée vient de très mal commencer.
Pas besoin de lire les mangas de Junji Ito dans un ordre précis
Cette catégorie regroupe différentes œuvres de Junji Ito, et c’est justement l’un des plaisirs de son catalogue. Vous pouvez choisir selon le type d’horreur qui vous attire.
Envie d’une histoire longue qui devient progressivement incontrôlable ? Uzumaki constitue un excellent choix. Vous préférez un personnage récurrent aussi fascinant qu’insupportable ? Essayez Tomie. Pour plusieurs cauchemars dans le même volume, les recueils sont parfaits. Et si vous voulez découvrir son humour noir, Soïchi attend déjà avec ses clous.
Il n’existe donc pas vraiment de mauvais endroit pour commencer. Le plus difficile consiste plutôt à savoir quel genre de chose vous avez envie de ne plus pouvoir oublier après avoir refermé le livre.
Pourquoi Junji Ito mérite vraiment le détour
Parce qu’il ne se contente pas de dessiner « des trucs horribles ». Son vrai talent consiste à trouver une idée extrêmement simple et à la pousser dans une direction à laquelle personne n’avait envie de penser.
Une spirale devient une malédiction. Une belle jeune femme refuse de rester morte. Un ballon prend un visage. Des poissons décident que l’océan ne leur suffit plus. Sur le papier, certains concepts pourraient presque sembler idiots. Puis Junji Ito les dessine et le sourire disparaît assez vite.
Son œuvre convient aussi très bien à ceux qui pensent ne pas aimer le manga d’horreur. Les histoires courtes permettent de tester sans gros engagement, tandis que les titres plus longs montrent jusqu’où il peut développer une obsession.
Alors choisissez votre cauchemar. Tomie, Uzumaki, Soïchi, Frankenstein ou l’un de ses nombreux recueils : le seul vrai point commun, c’est que Junji Ito trouvera probablement quelque chose que vous regardiez encore normalement avant de commencer.
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Junji Ito débute professionnellement avec Tomie après avoir travaillé comme prothésiste dentaire. Depuis, il explore aussi bien l’horreur corporelle que le surnaturel, l’absurde ou l’angoisse du quotidien, avec des œuvres comme Uzumaki, Gyo, Soïchi et de nombreux recueils. Un dernier conseil : si vous commencez soudain à voir des spirales partout après avoir refermé un Junji Ito, ne les comptez surtout pas. On sait tous comment ce genre d’idée finit chez lui.
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Junji Ito Frankenstein
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Junji Ito : des mangas d’horreur qui trouvent toujours une nouvelle façon de vous mettre mal à l’aise
Les mangas de Junji Ito ont un talent assez particulier : partir d’une chose parfaitement banale et vous donner ensuite une excellente raison de ne plus jamais la regarder de la même manière. Une spirale, un ballon, une fenêtre, un fauteuil, un cheveu ou même un poisson peuvent devenir inquiétants entre ses mains. Et généralement, lorsque vous pensez avoir compris jusqu’où l’idée va aller, Ito trouve encore le moyen de pousser le cauchemar un cran plus loin.
Pas besoin non plus d’être un grand amateur de gore pour accrocher. Bien sûr, Junji Ito sait dessiner un corps qui se déforme de manière franchement mémorable. Pourtant, ses meilleures histoires fonctionnent souvent avant même que l’horreur apparaisse. Il installe une bizarrerie, laisse le personnage s’en approcher et donne au lecteur juste assez d’informations pour comprendre qu’il ferait mieux de partir. Évidemment, personne ne part.
Uzumaki : après ça, vous regarderez les spirales autrement
Uzumaki reste l’une des meilleures portes d’entrée dans son univers. Le principe paraît presque ridicule lorsqu’on le résume : une ville devient obsédée par les spirales. Pourtant, Ito réussit à exploiter cette simple forme encore et encore sans donner l’impression de raconter deux fois la même histoire.
La spirale apparaît dans les objets, les corps, les comportements et même le paysage. Au début, Kirie et Shuichi assistent à des phénomènes étranges. Ensuite, tout Kurouzu semble progressivement tomber sous l’emprise de cette obsession.
Voilà exactement ce que Junji Ito sait faire. Il choisit une idée que personne n’aurait spontanément trouvée terrifiante, puis il la travaille jusqu’à ce que vous commenciez vous aussi à remarquer les spirales autour de vous. Votre escargot de jardin n’avait pourtant rien demandé.
Tomie : belle, insupportable et particulièrement difficile à tuer
Avant Uzumaki, il y avait déjà Tomie. Cette jeune femme d’une beauté fascinante pousse les personnes qui l’entourent à l’obsession, à la jalousie et souvent au meurtre. Le problème ? Même découpée en morceaux, Tomie possède une fâcheuse tendance à revenir.
Et pas forcément seule. Junji Ito transforme rapidement la régénération du personnage en quelque chose de bien plus dérangeant. Chaque nouvelle histoire explore une autre facette de Tomie et de l’effet qu’elle produit sur les autres.
L’anecdote vaut vraiment le détour : Tomie est le personnage avec lequel Junji Ito a commencé sa carrière professionnelle. En 1986, alors qu’il travaillait encore comme prothésiste dentaire, Ito envoie son histoire à un concours lié au magazine Monthly Halloween. Il voulait notamment que Kazuo Umezu, l’un de ses auteurs favoris, puisse lire son travail. Le récit reçoit une distinction et devient son œuvre de début.
Oui, Junji Ito fabriquait des dents avant de dessiner des cauchemars
C’est probablement l’une des meilleures anecdotes sur l’auteur. Avant de vivre du manga, Junji Ito travaillait comme prothésiste dentaire. Trois ans après ses débuts, il quitte finalement ce métier pour se consacrer entièrement au dessin.
Et lorsqu’on regarde son travail sur les corps, cette première carrière devient tout de suite assez amusante. Ito explique lui-même que ses connaissances en anatomie lui servent encore lorsqu’il cherche à rendre une déformation crédible. Il consulte aussi des ouvrages anatomiques pour obtenir davantage de réalisme.
Autrement dit, quand une mâchoire, une langue ou un corps commence à prendre une forme impossible dans l’un de ses mangas, il y a parfois derrière le cauchemar un ancien technicien qui sait parfaitement comment tout devrait fonctionner normalement. Ce qui ne rend absolument pas la scène plus rassurante.
Le corps humain est son terrain de jeu préféré
Junji Ito aime particulièrement ce qu’on appelle le body horror. Un corps s’allonge, gonfle, se tord ou accueille quelque chose qui n’avait rien à faire là. Pourtant, il ne cherche pas seulement à produire une image dégoûtante.
L’auteur joue beaucoup avec l’opposition entre le beau et le monstrueux. Une personne peut paraître parfaitement séduisante avant qu’un détail commence à déranger. Puis ce détail prend toute la place. Ito explique d’ailleurs qu’il cherche précisément à accentuer ce contraste entre beauté et laideur.
Et son dessin minutieux fait le reste. Plus la situation devient impossible, plus il semble prendre plaisir à la représenter avec précision. C’est souvent ce décalage qui donne le frisson : le phénomène n’a aucun sens, mais le dessin lui donne suffisamment de matière pour que votre cerveau accepte de le regarder.
Vous préférez les histoires courtes ? Junji Ito est particulièrement dangereux dans ce format
Une grosse partie de son œuvre se compose de nouvelles horrifiques. C’est parfait lorsqu’on veut découvrir l’auteur sans se lancer immédiatement dans une longue histoire. Un recueil permet de passer d’une idée complètement différente à une autre en quelques dizaines de pages.
Fragments d’horreur, Les Chefs-d’œuvre de Junji Ito, Carnage, Le Déserteur ou encore Dans l’Ombre réunissent ainsi des récits qui n’utilisent pas tous le même type de peur. Mangetsu a d’ailleurs créé en France une collection entièrement consacrée à l’auteur. L’éditeur y rassemble aujourd’hui une grande partie de son travail.
Le format court convient remarquablement bien à Ito. Une idée étrange apparaît, il la pousse juste assez loin et l’histoire s’arrête parfois au moment précis où votre imagination aurait préféré obtenir une explication supplémentaire.
De plus, vous pouvez picorer. Une histoire avant de dormir ? Aucun problème. Quant à savoir si c’était réellement une bonne idée juste avant d’éteindre la lumière, c’est une autre question.
Soïchi : même Junji Ito sait faire rire… à sa façon
Tout n’est pas constamment sinistre. Avec Soïchi, Ito montre aussi un humour beaucoup plus noir. Le jeune garçon adore les malédictions, mâchouille ses clous et possède une confiance assez impressionnante dans ses propres talents occultes.
Le problème, c’est que ses plans ne fonctionnent pas toujours comme prévu. Soïchi peut donc être inquiétant, ridicule et franchement insupportable dans la même histoire.
Ces récits montrent une autre facette de Junji Ito. Il sait parfaitement que certaines situations horrifiques deviennent tellement excessives qu’elles peuvent aussi faire rire. Au lieu de lutter contre ce côté absurde, il s’en sert.
Et après plusieurs histoires où l’auteur vient de vous retourner l’estomac, retrouver ce gamin persuadé d’être le prince des ténèbres peut presque sembler reposant. Presque.
Frankenstein et les classiques passés dans la moulinette Ito
Junji Ito ne travaille pas uniquement sur ses propres idées. Il s’est également attaqué à Frankenstein de Mary Shelley. Son trait convient évidemment très bien à une histoire dans laquelle un homme assemble un corps avec des morceaux de cadavres.
Mais l’intérêt ne vient pas seulement du monstre. Ito garde le drame, l’obsession scientifique et la relation entre la créature et Victor Frankenstein. Ensuite, son dessin apporte cette précision anatomique et cette noirceur qui collent naturellement au récit.
Cette adaptation lui a d’ailleurs valu une reconnaissance internationale importante : l’édition anglaise de Frankenstein a remporté un Eisner Award en 2019. Depuis, Junji Ito a reçu plusieurs autres Eisner Awards et sa reconnaissance dépasse largement le seul marché japonais.
Gyo : parce que les requins n’étaient apparemment pas assez inquiétants dans l’eau
Gyo montre encore une autre manière de partir d’une idée complètement folle. Cette fois, d’étranges créatures marines apparaissent sur la terre ferme grâce à des sortes de pattes mécaniques. Et oui, cela inclut des poissons beaucoup plus gros qu’on préférerait continuer à voir nager loin du canapé.
Mais évidemment, Ito ne s’arrête pas à « des poissons marchent ». L’origine du phénomène, l’odeur qui l’accompagne et la manière dont celui-ci évolue rendent rapidement l’histoire beaucoup plus répugnante.
C’est une bonne série à essayer si vous voulez voir jusqu’où l’auteur peut pousser un concept grotesque tout en gardant un premier degré absolu. Chez Junji Ito, personne ne regarde un requin monté sur pattes en disant : « bon, c’est un peu ridicule ». Tout le monde comprend que la journée vient de très mal commencer.
Pas besoin de lire les mangas de Junji Ito dans un ordre précis
Cette catégorie regroupe différentes œuvres de Junji Ito, et c’est justement l’un des plaisirs de son catalogue. Vous pouvez choisir selon le type d’horreur qui vous attire.
Envie d’une histoire longue qui devient progressivement incontrôlable ? Uzumaki constitue un excellent choix. Vous préférez un personnage récurrent aussi fascinant qu’insupportable ? Essayez Tomie. Pour plusieurs cauchemars dans le même volume, les recueils sont parfaits. Et si vous voulez découvrir son humour noir, Soïchi attend déjà avec ses clous.
Il n’existe donc pas vraiment de mauvais endroit pour commencer. Le plus difficile consiste plutôt à savoir quel genre de chose vous avez envie de ne plus pouvoir oublier après avoir refermé le livre.
Pourquoi Junji Ito mérite vraiment le détour
Parce qu’il ne se contente pas de dessiner « des trucs horribles ». Son vrai talent consiste à trouver une idée extrêmement simple et à la pousser dans une direction à laquelle personne n’avait envie de penser.
Une spirale devient une malédiction. Une belle jeune femme refuse de rester morte. Un ballon prend un visage. Des poissons décident que l’océan ne leur suffit plus. Sur le papier, certains concepts pourraient presque sembler idiots. Puis Junji Ito les dessine et le sourire disparaît assez vite.
Son œuvre convient aussi très bien à ceux qui pensent ne pas aimer le manga d’horreur. Les histoires courtes permettent de tester sans gros engagement, tandis que les titres plus longs montrent jusqu’où il peut développer une obsession.
Alors choisissez votre cauchemar. Tomie, Uzumaki, Soïchi, Frankenstein ou l’un de ses nombreux recueils : le seul vrai point commun, c’est que Junji Ito trouvera probablement quelque chose que vous regardiez encore normalement avant de commencer.
Lire plus
Junji Ito débute professionnellement avec Tomie après avoir travaillé comme prothésiste dentaire. Depuis, il explore aussi bien l’horreur corporelle que le surnaturel, l’absurde ou l’angoisse du quotidien, avec des œuvres comme Uzumaki, Gyo, Soïchi et de nombreux recueils. Un dernier conseil : si vous commencez soudain à voir des spirales partout après avoir refermé un Junji Ito, ne les comptez surtout pas. On sait tous comment ce genre d’idée finit chez lui.
