Evangelion
Evangelion : Shinji monte dans l’Eva… mais certainement pas parce qu’il en rêvait
Evangelion nous emmène en 2015, quinze ans après le Second Impact, catastrophe qui a bouleversé la planète. Shinji Ikari, 14 ans, arrive à Tokyo-3 après avoir reçu un message de son père. Cela pourrait presque ressembler à des retrouvailles familiales. Sauf que Gendo Ikari ne l’a pas fait venir pour prendre un café.
Une créature gigantesque appelée Ange attaque la ville. L’organisation NERV possède une arme capable de lui résister : l’Evangelion Unité-01. Il manque simplement quelqu’un pour la piloter.
Ce quelqu’un sera Shinji.
Il n’a aucune formation, ne comprend presque rien à ce qu’on lui demande et découvre que son père l’a rappelé essentiellement parce qu’il a besoin de lui dans le cockpit. Difficile de faire pire comme première journée. Pourtant, ce refus initial, cette peur et cette envie contradictoire d’obtenir enfin l’approbation de Gendo vont devenir le cœur du manga de Yoshiyuki Sadamoto.
Un manga né avant même que l’anime ne débarque à la télévision
On présente souvent le manga comme l’adaptation papier de la célèbre série animée Neon Genesis Evangelion. C’est vrai… mais l’histoire est un peu plus intéressante que cela.
Yoshiyuki Sadamoto était déjà le character designer du projet Evangelion. Il a donc participé à la création visuelle de Shinji, Rei, Asuka et des autres personnages avant de les reprendre lui-même en manga.
La publication commence au Japon dans le Monthly Shonen Ace en 1994, alors que la série télévisée ne sera diffusée qu’à partir de 1995.
Le manga et l’anime sont ainsi deux branches issues du même projet plutôt qu’une simple photocopie de l’un vers l’autre.
Sadamoto conserve les grands événements et l’univers imaginés autour d’Evangelion, mais il modifie le rythme, développe certaines relations différemment et donne parfois à ses personnages des réactions sensiblement différentes.
Si vous connaissez déjà l’anime, il reste donc énormément de raisons de lire le manga.
Une Evangelion n’est pas exactement un gros robot
Dire « les robots d’Evangelion » permet de comprendre rapidement de quoi on parle.
Dire cela devant certains fans peut aussi déclencher une conférence de quarante-cinq minutes.
Car les Eva sont bien plus étranges que de simples machines.
Ces géants humanoïdes portent une imposante armure et sont reliés à des systèmes mécaniques sophistiqués, mais leur nature véritable est en grande partie biologique. Le pilote prend place dans une Entry Plug remplie de LCL et doit atteindre un taux de synchronisation suffisant avec son Eva.
Plus cette synchronisation est forte, plus l’unité répond efficacement.
Seulement, cela signifie aussi que le rapport entre pilote et Eva devient beaucoup plus intime qu’entre un conducteur et son véhicule.
Et lorsque l’Unité-01 décide parfois d’agir sans attendre les ordres de la NERV, l’idée d’une simple machine de guerre devient franchement difficile à défendre.
Misato Katsuragi accueille Shinji chez elle… et le mode d’emploi n’est pas fourni
Misato Katsuragi appartient à la NERV et supervise une partie des opérations contre les Anges.
Sur le terrain, elle peut prendre des décisions rapides lorsque Tokyo-3 est littéralement en train d’exploser autour d’elle.
Chez elle, l’organisation est plus relative.
Misato décide d’héberger Shinji afin qu’il ne vive pas seul. Le garçon découvre alors un appartement occupé par une jeune femme au comportement nettement moins militaire une fois la porte fermée… ainsi que Pen Pen, un pingouin des sources chaudes qui vit tranquillement dans la salle de bain.
Parce qu’après une journée passée à combattre un Ange dans une créature biomécanique géante, découvrir un pingouin domestique est apparemment l’élément normal de la soirée.
La relation entre Misato et Shinji devient pourtant essentielle. Elle tente de lui offrir quelque chose qui ressemble à un foyer, tout en sachant parfaitement qu’elle participe elle-même au système qui l’envoie risquer sa vie.
Rei Ayanami : quelques mots, beaucoup de silences et énormément de questions
Rei Ayanami pilote l’Evangelion Unité-00.
Lors de leur première rencontre, Shinji découvre une adolescente blessée, silencieuse et prête malgré tout à repartir au combat si Gendo le lui ordonne.
Elle parle peu. Elle semble presque détachée de sa propre sécurité. Et surtout, elle entretient avec Gendo une proximité que Shinji ne comprend absolument pas.
Sadamoto donne progressivement davantage d’espace à sa relation avec Shinji.
De petits gestes prennent alors une importance énorme. Un repas, un sourire rare, une conversation maladroite : avec Rei, quelques cases peuvent suffire pour montrer une évolution que le personnage serait incapable d’expliquer lui-même.
Son identité se trouve également au centre de l’un des secrets majeurs de la NERV.
Plus Shinji cherche à comprendre Rei, plus il se rapproche de choses que son père aurait largement préféré garder derrière plusieurs portes blindées.
Asuka arrive en rouge et considère immédiatement qu’elle est la meilleure
Puis débarque Asuka Langley Soryu, pilote de l’Evangelion Unité-02.
Avec elle, le calme relatif de Shinji et Rei prend fin.
Asuka est brillante, fière, compétitive et parfaitement consciente de ses capacités. Piloter une Eva n’est pas simplement une tâche pour elle : c’est une part centrale de son identité.
Elle supporte donc assez mal de voir Shinji obtenir parfois de meilleurs résultats alors qu’il donne lui-même l’impression de ne pas vraiment vouloir être là.
Leur relation alterne rivalité, attirance, irritation et incompréhension.
Ils peuvent combattre ensemble avec une synchronisation remarquable puis redevenir incapables de se parler normalement quelques minutes plus tard.
Mais derrière l’assurance d’Asuka se cache une peur terrible : si elle cesse d’être la meilleure pilote, que lui reste-t-il ?
Evangelion adore ce genre de question. Le combat géant attire l’œil. Le vrai danger commence souvent lorsqu’un personnage se retrouve seul avec lui-même.
Le Champ AT : la meilleure défense contre un Ange… et une excellente métaphore
Les Anges possèdent une protection appelée Champ AT.
Les Eva peuvent également en produire un.
Sur le champ de bataille, cette barrière peut arrêter une attaque et rendre un ennemi presque impossible à atteindre.
Mais Evangelion ne s’arrête pas à son utilisation militaire.
Le Champ AT devient peu à peu une idée liée à la séparation entre les individus : cette frontière qui permet d’exister en tant que personne, mais empêche aussi d’atteindre totalement quelqu’un d’autre.
Shinji en est l’exemple parfait.
Il veut être accepté. Il souffre énormément du rejet. Pourtant, il préfère souvent garder ses distances plutôt que prendre le risque d’être blessé.
Le fameux « dilemme du hérisson » traverse ainsi ses relations avec Misato, Rei, Asuka et Gendo.
Difficile de faire plus Evangelion : même un bouclier destiné à arrêter un monstre géant finit par parler de la peur d’aimer les gens.
Gendo Ikari n’est vraiment pas candidat au titre de père de l’année
Gendo dirige la NERV.
Froid, distant et capable de regarder son propre fils comme s’il évaluait un équipement dont il vient de recevoir la fiche technique, il influence énormément Shinji malgré son absence affective.
Le paradoxe fait mal.
Shinji lui en veut. Il voudrait s’éloigner de lui. Pourtant, une partie de lui continue de rechercher son approbation.
Gendo poursuit également ses propres objectifs derrière les opérations officielles de la NERV.
Les Anges ne sont qu’une partie du problème.
Derrière l’organisation se trouvent SEELE, le projet de complémentarité de l’Homme et des plans qui remontent au Second Impact.
À mesure que la série avance, une question apparaît : les pilotes combattent-ils réellement pour protéger l’humanité, ou servent-ils simplement de pièces dans un projet dont personne n’a pris la peine de leur expliquer les règles ?
Ritsuko sait beaucoup de choses. Elle ne les raconte pas forcément
Ritsuko Akagi dirige la partie scientifique du programme Evangelion.
Elle connaît les Eva, les systèmes MAGI et une grande partie des secrets techniques de la NERV.
Son lien avec Gendo complique toutefois sérieusement sa position.
Comme beaucoup d’adultes d’Evangelion, Ritsuko possède ses propres blessures et reproduit parfois des comportements qu’elle comprend pourtant parfaitement.
La génération adulte n’est donc pas présentée comme celle qui aurait toutes les réponses.
Misato, Ritsuko, Kaji et Gendo sont souvent aussi perdus que les adolescents, simplement avec davantage de responsabilités et de meilleurs moyens de cacher leurs problèmes.
Ce qui, compte tenu des enjeux, n’est pas particulièrement rassurant.
Toji Suzuhara rappelle que piloter une Eva n’est pas un jeu réservé aux personnages principaux
Toji Suzuhara commence par en vouloir à Shinji.
Sa petite sœur a été blessée pendant un combat de l’Unité-01. Pour lui, le pilote est donc directement lié aux dégâts causés.
Puis il découvre ce que signifie réellement monter dans une Eva.
L’arc autour de Toji fait partie des endroits où le manga de Sadamoto s’écarte nettement de la version animée.
Les conséquences y sont différentes et renforcent fortement la culpabilité de Shinji.
C’est aussi là que l’on comprend que les pilotes ne sont pas simplement trois adolescents exceptionnellement malchanceux choisis au hasard.
La classe de Shinji cache elle-même quelques particularités.
À Tokyo-3, demander à un camarade ce que font ses parents peut parfois ouvrir une conversation beaucoup plus inquiétante que prévu.
Kaji enquête pendant que tout le monde essaie de comprendre de quel côté il est
Ryoji Kaji arrive avec Asuka et possède une capacité assez remarquable à circuler entre plusieurs camps.
Il travaille pour la NERV.
Mais pas seulement.
Kaji enquête sur ce que cachent Gendo, SEELE et les événements liés au Second Impact. Il comprend rapidement que la version officielle de l’histoire possède quelques trous assez gigantesques.
Sadamoto développe notamment certains éléments de son passé que l’anime télévisé n’avait pas racontés de la même manière.
Kaji apporte aussi un regard adulte différent de celui de Gendo.
Il est loin d’être parfait, mais il tente de transmettre quelque chose à Shinji : vivre implique de prendre des décisions sans avoir toutes les réponses.
Ce qui tombe assez mal, puisque la NERV semble avoir construit toute son organisation autour du principe « ne donnons surtout pas toutes les réponses ».
Kaworu Nagisa ne joue pas exactement le même rôle que dans l’anime
Kaworu Nagisa arrive tardivement dans l’histoire.
Il se rapproche de Shinji avec une franchise qui déstabilise complètement ce dernier.
Mais les lecteurs de l’anime remarqueront rapidement que Sadamoto traite leur relation autrement.
Le Shinji du manga réagit différemment à Kaworu, et Kaworu lui-même apparaît souvent plus étrange, plus maladroit face aux émotions humaines et parfois beaucoup moins naturellement rassurant.
Cette interprétation donne une autre couleur à leurs échanges.
On connaît peut-être la fonction générale du personnage.
On ne retrouve pas exactement le même chemin pour y arriver.
C’est l’un des meilleurs exemples de l’intérêt du manga : les différences ne cherchent pas forcément à contredire Evangelion. Elles permettent à Sadamoto de raconter son Evangelion.
Le manga ne remplace ni la série TV, ni The End of Evangelion, ni les Rebuild
L’univers Evangelion possède suffisamment de versions pour rendre une conversation entre fans dangereusement longue.
La série télévisée originale de Hideaki Anno, le film The End of Evangelion, les films Rebuild of Evangelion et le manga de Sadamoto utilisent des personnages et des idées communes.
Mais ils ne doivent pas être empilés comme s’ils racontaient tous exactement la même chose.
Le manga possède son propre rythme, plusieurs événements différents et sa propre conclusion.
Sadamoto rend également certains personnages plus accessibles ou développe davantage leur quotidien. La relation entre Shinji et Rei y occupe notamment une place importante, tandis que d’autres passages prennent une direction différente de l’anime.
Le meilleur conseil reste donc simple : évitez de choisir une version en pensant qu’elle rend les autres inutiles.
Avec Evangelion, comparer fait partie du plaisir.
Yoshiyuki Sadamoto connaît ces personnages depuis leur naissance
Le dessin apporte une valeur énorme au manga.
Sadamoto n’a pas reçu une feuille avec « voici Shinji, merci de le dessiner ». Il est le créateur du design principal des personnages de l’anime original.
Ses silhouettes fines, ses visages et sa façon d’utiliser les regards sont donc intimement liés à l’identité visuelle d’Evangelion.
Sur papier, il peut cependant travailler autrement.
Les silences s’étirent. Un regard peut occuper une case entière. Les scènes de combat utilisent des compositions très lisibles, tandis que les moments intimes reposent souvent sur des gestes minuscules.
Les Eva bénéficient également du format manga. Le contraste entre leurs formes presque humaines et leurs armures mécaniques reste fascinant, surtout lorsque l’une d’elles commence à se comporter d’une manière qu’une machine ne devrait vraiment pas connaître.
Une histoire complète en 14 tomes, aujourd’hui aussi disponible en Perfect Edition
Neon Genesis Evangelion est un manga complet en 14 tomes.
La publication de Sadamoto commence en 1994 dans le Monthly Shonen Ace, puis passe au Young Ace. La prépublication s’achève en 2013 et le quatorzième volume paraît au Japon en 2014.
En France, Glénat Manga a publié ces 14 volumes.
Une Perfect Edition complète en 7 tomes permet également de redécouvrir l’œuvre dans un format plus grand. Chaque volume regroupe l’équivalent de deux tomes de l’édition originale.
Cette édition convient particulièrement bien au dessin de Sadamoto et permet de réunir toute son interprétation d’Evangelion dans une collection plus compacte.
Quatorze volumes d’un côté, sept gros volumes de l’autre.
Dans les deux cas, Shinji devra tout de même monter dans l’Eva.
Evangelion parle de sauver l’humanité. Surtout, il demande pourquoi on aurait envie de vivre avec elle
Les Anges donnent au récit son urgence.
Le projet de complémentarité lui donne son ampleur.
Mais Evangelion reste avant tout une histoire de personnes qui voudraient se rapprocher des autres sans savoir comment faire.
Shinji fuit avant de revenir. Asuka demande de l’attention tout en repoussant ceux qui pourraient la comprendre. Rei cherche ce qui fait d’elle une personne. Misato joue l’adulte fonctionnelle alors qu’elle traîne ses propres ruines derrière elle. Gendo a choisi une réponse radicale à la perte et passe une bonne partie de l’histoire à en faire payer le prix aux autres.
Le manga peut montrer un Ange immense détruisant Tokyo-3, puis rendre une conversation dans une cuisine tout aussi douloureuse.
C’est probablement là que réside son étrangeté durable.
Evangelion ne demande pas seulement comment empêcher la fin du monde.
Il demande ce qu’on fait ensuite, quand le plus difficile reste encore de réussir à vivre avec les autres.
Lire plus sur Evangelion
Yoshiyuki Sadamoto propose avec Neon Genesis Evangelion sa propre interprétation de l’univers dont il avait conçu les personnages pour l’animation.
Des Eva, des Anges… mais surtout des personnages incapables de dire simplement ce qu’ils ressentent
Shinji rejoint la NERV pour piloter l’Unité-01 et découvre rapidement qu’aucune victoire contre les Anges ne règle ses véritables problèmes. Son père reste distant, Rei demeure entourée de mystères et l’arrivée d’Asuka transforme encore davantage les relations au sein du groupe.
À mesure que les attaques se succèdent, la nature des Evangelion, l’origine des Anges et le véritable objectif de SEELE apparaissent peu à peu.
Mais Sadamoto accorde autant d’importance aux liens entre ses personnages qu’aux grandes révélations.
Son manga possède d’ailleurs plusieurs différences notables avec l’anime : certaines destinées changent, Kaworu est abordé autrement et la conclusion suit sa propre voie.
L’histoire est complète en 14 tomes. Glénat propose également une Perfect Edition en 7 volumes doubles, idéale pour profiter du trait de Sadamoto dans un format plus généreux.
Retrouvez ici nos mangas Evangelion de Yoshiyuki Sadamoto. Une œuvre où l’humanité possède des forteresses souterraines, des créatures biomécaniques gigantesques et des superordinateurs… mais toujours aucune technologie capable d’obliger Shinji et Gendo à avoir une conversation familiale normale.
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Evangelion : Shinji monte dans l’Eva… mais certainement pas parce qu’il en rêvait
Evangelion nous emmène en 2015, quinze ans après le Second Impact, catastrophe qui a bouleversé la planète. Shinji Ikari, 14 ans, arrive à Tokyo-3 après avoir reçu un message de son père. Cela pourrait presque ressembler à des retrouvailles familiales. Sauf que Gendo Ikari ne l’a pas fait venir pour prendre un café.
Une créature gigantesque appelée Ange attaque la ville. L’organisation NERV possède une arme capable de lui résister : l’Evangelion Unité-01. Il manque simplement quelqu’un pour la piloter.
Ce quelqu’un sera Shinji.
Il n’a aucune formation, ne comprend presque rien à ce qu’on lui demande et découvre que son père l’a rappelé essentiellement parce qu’il a besoin de lui dans le cockpit. Difficile de faire pire comme première journée. Pourtant, ce refus initial, cette peur et cette envie contradictoire d’obtenir enfin l’approbation de Gendo vont devenir le cœur du manga de Yoshiyuki Sadamoto.
Un manga né avant même que l’anime ne débarque à la télévision
On présente souvent le manga comme l’adaptation papier de la célèbre série animée Neon Genesis Evangelion. C’est vrai… mais l’histoire est un peu plus intéressante que cela.
Yoshiyuki Sadamoto était déjà le character designer du projet Evangelion. Il a donc participé à la création visuelle de Shinji, Rei, Asuka et des autres personnages avant de les reprendre lui-même en manga.
La publication commence au Japon dans le Monthly Shonen Ace en 1994, alors que la série télévisée ne sera diffusée qu’à partir de 1995.
Le manga et l’anime sont ainsi deux branches issues du même projet plutôt qu’une simple photocopie de l’un vers l’autre.
Sadamoto conserve les grands événements et l’univers imaginés autour d’Evangelion, mais il modifie le rythme, développe certaines relations différemment et donne parfois à ses personnages des réactions sensiblement différentes.
Si vous connaissez déjà l’anime, il reste donc énormément de raisons de lire le manga.
Une Evangelion n’est pas exactement un gros robot
Dire « les robots d’Evangelion » permet de comprendre rapidement de quoi on parle.
Dire cela devant certains fans peut aussi déclencher une conférence de quarante-cinq minutes.
Car les Eva sont bien plus étranges que de simples machines.
Ces géants humanoïdes portent une imposante armure et sont reliés à des systèmes mécaniques sophistiqués, mais leur nature véritable est en grande partie biologique. Le pilote prend place dans une Entry Plug remplie de LCL et doit atteindre un taux de synchronisation suffisant avec son Eva.
Plus cette synchronisation est forte, plus l’unité répond efficacement.
Seulement, cela signifie aussi que le rapport entre pilote et Eva devient beaucoup plus intime qu’entre un conducteur et son véhicule.
Et lorsque l’Unité-01 décide parfois d’agir sans attendre les ordres de la NERV, l’idée d’une simple machine de guerre devient franchement difficile à défendre.
Misato Katsuragi accueille Shinji chez elle… et le mode d’emploi n’est pas fourni
Misato Katsuragi appartient à la NERV et supervise une partie des opérations contre les Anges.
Sur le terrain, elle peut prendre des décisions rapides lorsque Tokyo-3 est littéralement en train d’exploser autour d’elle.
Chez elle, l’organisation est plus relative.
Misato décide d’héberger Shinji afin qu’il ne vive pas seul. Le garçon découvre alors un appartement occupé par une jeune femme au comportement nettement moins militaire une fois la porte fermée… ainsi que Pen Pen, un pingouin des sources chaudes qui vit tranquillement dans la salle de bain.
Parce qu’après une journée passée à combattre un Ange dans une créature biomécanique géante, découvrir un pingouin domestique est apparemment l’élément normal de la soirée.
La relation entre Misato et Shinji devient pourtant essentielle. Elle tente de lui offrir quelque chose qui ressemble à un foyer, tout en sachant parfaitement qu’elle participe elle-même au système qui l’envoie risquer sa vie.
Rei Ayanami : quelques mots, beaucoup de silences et énormément de questions
Rei Ayanami pilote l’Evangelion Unité-00.
Lors de leur première rencontre, Shinji découvre une adolescente blessée, silencieuse et prête malgré tout à repartir au combat si Gendo le lui ordonne.
Elle parle peu. Elle semble presque détachée de sa propre sécurité. Et surtout, elle entretient avec Gendo une proximité que Shinji ne comprend absolument pas.
Sadamoto donne progressivement davantage d’espace à sa relation avec Shinji.
De petits gestes prennent alors une importance énorme. Un repas, un sourire rare, une conversation maladroite : avec Rei, quelques cases peuvent suffire pour montrer une évolution que le personnage serait incapable d’expliquer lui-même.
Son identité se trouve également au centre de l’un des secrets majeurs de la NERV.
Plus Shinji cherche à comprendre Rei, plus il se rapproche de choses que son père aurait largement préféré garder derrière plusieurs portes blindées.
Asuka arrive en rouge et considère immédiatement qu’elle est la meilleure
Puis débarque Asuka Langley Soryu, pilote de l’Evangelion Unité-02.
Avec elle, le calme relatif de Shinji et Rei prend fin.
Asuka est brillante, fière, compétitive et parfaitement consciente de ses capacités. Piloter une Eva n’est pas simplement une tâche pour elle : c’est une part centrale de son identité.
Elle supporte donc assez mal de voir Shinji obtenir parfois de meilleurs résultats alors qu’il donne lui-même l’impression de ne pas vraiment vouloir être là.
Leur relation alterne rivalité, attirance, irritation et incompréhension.
Ils peuvent combattre ensemble avec une synchronisation remarquable puis redevenir incapables de se parler normalement quelques minutes plus tard.
Mais derrière l’assurance d’Asuka se cache une peur terrible : si elle cesse d’être la meilleure pilote, que lui reste-t-il ?
Evangelion adore ce genre de question. Le combat géant attire l’œil. Le vrai danger commence souvent lorsqu’un personnage se retrouve seul avec lui-même.
Le Champ AT : la meilleure défense contre un Ange… et une excellente métaphore
Les Anges possèdent une protection appelée Champ AT.
Les Eva peuvent également en produire un.
Sur le champ de bataille, cette barrière peut arrêter une attaque et rendre un ennemi presque impossible à atteindre.
Mais Evangelion ne s’arrête pas à son utilisation militaire.
Le Champ AT devient peu à peu une idée liée à la séparation entre les individus : cette frontière qui permet d’exister en tant que personne, mais empêche aussi d’atteindre totalement quelqu’un d’autre.
Shinji en est l’exemple parfait.
Il veut être accepté. Il souffre énormément du rejet. Pourtant, il préfère souvent garder ses distances plutôt que prendre le risque d’être blessé.
Le fameux « dilemme du hérisson » traverse ainsi ses relations avec Misato, Rei, Asuka et Gendo.
Difficile de faire plus Evangelion : même un bouclier destiné à arrêter un monstre géant finit par parler de la peur d’aimer les gens.
Gendo Ikari n’est vraiment pas candidat au titre de père de l’année
Gendo dirige la NERV.
Froid, distant et capable de regarder son propre fils comme s’il évaluait un équipement dont il vient de recevoir la fiche technique, il influence énormément Shinji malgré son absence affective.
Le paradoxe fait mal.
Shinji lui en veut. Il voudrait s’éloigner de lui. Pourtant, une partie de lui continue de rechercher son approbation.
Gendo poursuit également ses propres objectifs derrière les opérations officielles de la NERV.
Les Anges ne sont qu’une partie du problème.
Derrière l’organisation se trouvent SEELE, le projet de complémentarité de l’Homme et des plans qui remontent au Second Impact.
À mesure que la série avance, une question apparaît : les pilotes combattent-ils réellement pour protéger l’humanité, ou servent-ils simplement de pièces dans un projet dont personne n’a pris la peine de leur expliquer les règles ?
Ritsuko sait beaucoup de choses. Elle ne les raconte pas forcément
Ritsuko Akagi dirige la partie scientifique du programme Evangelion.
Elle connaît les Eva, les systèmes MAGI et une grande partie des secrets techniques de la NERV.
Son lien avec Gendo complique toutefois sérieusement sa position.
Comme beaucoup d’adultes d’Evangelion, Ritsuko possède ses propres blessures et reproduit parfois des comportements qu’elle comprend pourtant parfaitement.
La génération adulte n’est donc pas présentée comme celle qui aurait toutes les réponses.
Misato, Ritsuko, Kaji et Gendo sont souvent aussi perdus que les adolescents, simplement avec davantage de responsabilités et de meilleurs moyens de cacher leurs problèmes.
Ce qui, compte tenu des enjeux, n’est pas particulièrement rassurant.
Toji Suzuhara rappelle que piloter une Eva n’est pas un jeu réservé aux personnages principaux
Toji Suzuhara commence par en vouloir à Shinji.
Sa petite sœur a été blessée pendant un combat de l’Unité-01. Pour lui, le pilote est donc directement lié aux dégâts causés.
Puis il découvre ce que signifie réellement monter dans une Eva.
L’arc autour de Toji fait partie des endroits où le manga de Sadamoto s’écarte nettement de la version animée.
Les conséquences y sont différentes et renforcent fortement la culpabilité de Shinji.
C’est aussi là que l’on comprend que les pilotes ne sont pas simplement trois adolescents exceptionnellement malchanceux choisis au hasard.
La classe de Shinji cache elle-même quelques particularités.
À Tokyo-3, demander à un camarade ce que font ses parents peut parfois ouvrir une conversation beaucoup plus inquiétante que prévu.
Kaji enquête pendant que tout le monde essaie de comprendre de quel côté il est
Ryoji Kaji arrive avec Asuka et possède une capacité assez remarquable à circuler entre plusieurs camps.
Il travaille pour la NERV.
Mais pas seulement.
Kaji enquête sur ce que cachent Gendo, SEELE et les événements liés au Second Impact. Il comprend rapidement que la version officielle de l’histoire possède quelques trous assez gigantesques.
Sadamoto développe notamment certains éléments de son passé que l’anime télévisé n’avait pas racontés de la même manière.
Kaji apporte aussi un regard adulte différent de celui de Gendo.
Il est loin d’être parfait, mais il tente de transmettre quelque chose à Shinji : vivre implique de prendre des décisions sans avoir toutes les réponses.
Ce qui tombe assez mal, puisque la NERV semble avoir construit toute son organisation autour du principe « ne donnons surtout pas toutes les réponses ».
Kaworu Nagisa ne joue pas exactement le même rôle que dans l’anime
Kaworu Nagisa arrive tardivement dans l’histoire.
Il se rapproche de Shinji avec une franchise qui déstabilise complètement ce dernier.
Mais les lecteurs de l’anime remarqueront rapidement que Sadamoto traite leur relation autrement.
Le Shinji du manga réagit différemment à Kaworu, et Kaworu lui-même apparaît souvent plus étrange, plus maladroit face aux émotions humaines et parfois beaucoup moins naturellement rassurant.
Cette interprétation donne une autre couleur à leurs échanges.
On connaît peut-être la fonction générale du personnage.
On ne retrouve pas exactement le même chemin pour y arriver.
C’est l’un des meilleurs exemples de l’intérêt du manga : les différences ne cherchent pas forcément à contredire Evangelion. Elles permettent à Sadamoto de raconter son Evangelion.
Le manga ne remplace ni la série TV, ni The End of Evangelion, ni les Rebuild
L’univers Evangelion possède suffisamment de versions pour rendre une conversation entre fans dangereusement longue.
La série télévisée originale de Hideaki Anno, le film The End of Evangelion, les films Rebuild of Evangelion et le manga de Sadamoto utilisent des personnages et des idées communes.
Mais ils ne doivent pas être empilés comme s’ils racontaient tous exactement la même chose.
Le manga possède son propre rythme, plusieurs événements différents et sa propre conclusion.
Sadamoto rend également certains personnages plus accessibles ou développe davantage leur quotidien. La relation entre Shinji et Rei y occupe notamment une place importante, tandis que d’autres passages prennent une direction différente de l’anime.
Le meilleur conseil reste donc simple : évitez de choisir une version en pensant qu’elle rend les autres inutiles.
Avec Evangelion, comparer fait partie du plaisir.
Yoshiyuki Sadamoto connaît ces personnages depuis leur naissance
Le dessin apporte une valeur énorme au manga.
Sadamoto n’a pas reçu une feuille avec « voici Shinji, merci de le dessiner ». Il est le créateur du design principal des personnages de l’anime original.
Ses silhouettes fines, ses visages et sa façon d’utiliser les regards sont donc intimement liés à l’identité visuelle d’Evangelion.
Sur papier, il peut cependant travailler autrement.
Les silences s’étirent. Un regard peut occuper une case entière. Les scènes de combat utilisent des compositions très lisibles, tandis que les moments intimes reposent souvent sur des gestes minuscules.
Les Eva bénéficient également du format manga. Le contraste entre leurs formes presque humaines et leurs armures mécaniques reste fascinant, surtout lorsque l’une d’elles commence à se comporter d’une manière qu’une machine ne devrait vraiment pas connaître.
Une histoire complète en 14 tomes, aujourd’hui aussi disponible en Perfect Edition
Neon Genesis Evangelion est un manga complet en 14 tomes.
La publication de Sadamoto commence en 1994 dans le Monthly Shonen Ace, puis passe au Young Ace. La prépublication s’achève en 2013 et le quatorzième volume paraît au Japon en 2014.
En France, Glénat Manga a publié ces 14 volumes.
Une Perfect Edition complète en 7 tomes permet également de redécouvrir l’œuvre dans un format plus grand. Chaque volume regroupe l’équivalent de deux tomes de l’édition originale.
Cette édition convient particulièrement bien au dessin de Sadamoto et permet de réunir toute son interprétation d’Evangelion dans une collection plus compacte.
Quatorze volumes d’un côté, sept gros volumes de l’autre.
Dans les deux cas, Shinji devra tout de même monter dans l’Eva.
Evangelion parle de sauver l’humanité. Surtout, il demande pourquoi on aurait envie de vivre avec elle
Les Anges donnent au récit son urgence.
Le projet de complémentarité lui donne son ampleur.
Mais Evangelion reste avant tout une histoire de personnes qui voudraient se rapprocher des autres sans savoir comment faire.
Shinji fuit avant de revenir. Asuka demande de l’attention tout en repoussant ceux qui pourraient la comprendre. Rei cherche ce qui fait d’elle une personne. Misato joue l’adulte fonctionnelle alors qu’elle traîne ses propres ruines derrière elle. Gendo a choisi une réponse radicale à la perte et passe une bonne partie de l’histoire à en faire payer le prix aux autres.
Le manga peut montrer un Ange immense détruisant Tokyo-3, puis rendre une conversation dans une cuisine tout aussi douloureuse.
C’est probablement là que réside son étrangeté durable.
Evangelion ne demande pas seulement comment empêcher la fin du monde.
Il demande ce qu’on fait ensuite, quand le plus difficile reste encore de réussir à vivre avec les autres.
Lire plus sur Evangelion
Yoshiyuki Sadamoto propose avec Neon Genesis Evangelion sa propre interprétation de l’univers dont il avait conçu les personnages pour l’animation.
Des Eva, des Anges… mais surtout des personnages incapables de dire simplement ce qu’ils ressentent
Shinji rejoint la NERV pour piloter l’Unité-01 et découvre rapidement qu’aucune victoire contre les Anges ne règle ses véritables problèmes. Son père reste distant, Rei demeure entourée de mystères et l’arrivée d’Asuka transforme encore davantage les relations au sein du groupe.
À mesure que les attaques se succèdent, la nature des Evangelion, l’origine des Anges et le véritable objectif de SEELE apparaissent peu à peu.
Mais Sadamoto accorde autant d’importance aux liens entre ses personnages qu’aux grandes révélations.
Son manga possède d’ailleurs plusieurs différences notables avec l’anime : certaines destinées changent, Kaworu est abordé autrement et la conclusion suit sa propre voie.
L’histoire est complète en 14 tomes. Glénat propose également une Perfect Edition en 7 volumes doubles, idéale pour profiter du trait de Sadamoto dans un format plus généreux.
Retrouvez ici nos mangas Evangelion de Yoshiyuki Sadamoto. Une œuvre où l’humanité possède des forteresses souterraines, des créatures biomécaniques gigantesques et des superordinateurs… mais toujours aucune technologie capable d’obliger Shinji et Gendo à avoir une conversation familiale normale.


