Chainsaw Man

Chainsaw Man : Denji voulait juste une vie normale… il a reçu des tronçonneuses à la place

Au début de Chainsaw Man, le rêve de Denji n’a rien de grandiose. Il aimerait manger correctement, dormir dans un vrai lit, connaître quelques plaisirs ordinaires et peut-être avoir une petite amie. Le minimum, en somme. Seulement voilà : son père lui a laissé une dette énorme, les yakuzas l’exploitent et son meilleur compagnon est un petit démon-tronçonneuse nommé Pochita.

Pour rembourser ce qu’il doit, Denji chasse des démons. Lui et Pochita vivent dans une pauvreté telle qu’un morceau de pain un peu amélioré peut déjà ressembler à un projet d’avenir. Puis une mission tourne au cauchemar. Trahi et laissé pour mort, Denji survit grâce à Pochita, qui fusionne avec lui et devient son cœur.

Il suffit désormais de tirer sur la poignée qui sort de sa poitrine pour faire apparaître Chainsaw Man. Tronçonneuses dans la tête, tronçonneuses au bout des bras, finesse toute relative… mais efficacité remarquable.

Tatsuki Fujimoto pourrait se contenter de cette idée complètement folle. Il fait beaucoup mieux : derrière le sang, l’humour et les démons, il raconte surtout l’histoire d’un garçon qui découvre très tard ce que signifie avoir le droit de vouloir quelque chose pour lui-même.

Pochita : probablement la tronçonneuse la plus adorable de l’histoire du manga

Oui, parlons tout de suite de Pochita.

Parce qu’avant les massacres, les complots et les Devil Hunters, Chainsaw Man commence avec cette drôle de petite créature équipée d’une lame sur le museau et d’une poignée sur le dos.

Pochita est le Démon-Tronçonneuse. Pourtant, sa relation avec Denji n’a rien de terrifiant. Les deux vivent ensemble, travaillent ensemble et partagent le peu qu’ils possèdent. Denji soigne Pochita ; Pochita l’aide à chasser les démons.

Ils n’ont pratiquement rien, mais ils ont l’un l’autre.

C’est justement ce qui rend leur relation aussi importante. Lorsque Denji est tué, Pochita choisit de lui donner son cœur. En échange, il veut que son ami puisse enfin vivre les rêves qu’il lui racontait.

Et là, franchement, difficile de ne pas craquer pour cette petite bestiole. Avec sa poignée, ses quatre pattes et sa tête de tronçonneuse, Pochita réussit l’exploit d’être à la fois une arme de chantier et une créature qu’on aurait envie d’installer sur le canapé.

Denji ne rêve pas de sauver le monde

C’est l’une des choses qui rendent le personnage si différent.

Denji ne commence pas son histoire avec une grande mission. Il ne veut pas devenir Hokage, Roi des Pirates ou numéro un d’une organisation prestigieuse.

Il veut manger à sa faim.

Il veut découvrir ce que les autres considèrent comme normal.

Cette pauvreté explique beaucoup de ses réactions. Denji a grandi sans véritable éducation, sans famille stable et sans personne pour lui apprendre ce qu’une relation saine devrait être. Quand quelqu’un lui offre de la nourriture, de l’attention ou simplement un endroit où dormir, cela peut prendre une importance énorme à ses yeux.

Ses motivations paraissent parfois ridicules ou très adolescentes. Elles le sont. Mais Fujimoto ne s’en moque pas gratuitement.

Denji n’a jamais eu le luxe de développer des rêves compliqués. Il commence donc avec les plus simples, puis découvre progressivement que les obtenir ne suffit pas toujours à rendre heureux.

Makima lui offre exactement ce qui lui manquait… ce qui devrait déjà nous inquiéter un peu

Après sa transformation, Denji rencontre Makima.

Elle travaille pour la Sécurité publique et recrute des Devil Hunters chargés d’affronter les démons qui menacent la population.

Pour Denji, la proposition paraît presque miraculeuse.

Un travail régulier. Des repas. Un toit. Une femme qu’il trouve immédiatement fascinante. Après sa vie précédente, il n’en faut pas beaucoup plus pour qu’il accepte.

Makima possède cependant une présence étrange dès ses premières scènes. Elle parle doucement, semble toujours parfaitement maîtresse de la situation et comprend très vite comment obtenir ce qu’elle veut de Denji.

Fujimoto joue énormément avec cette relation.

Le jeune homme croit enfin entrer dans la vie dont il rêvait. Le lecteur, lui, commence assez vite à regarder Makima en se demandant si le prix du repas gratuit n’arrivera pas plus tard sur l’addition.

Aki, Denji et Power : la colocation que personne n’aurait volontairement organisée

Une bonne partie du charme de Chainsaw Man vient d’un appartement.

Aki Hayakawa est un Devil Hunter sérieux, discipliné et concentré sur son objectif. Il déteste les comportements irresponsables et prend son métier très au sérieux.

On lui confie Denji.

C’est déjà beaucoup.

Puis arrive Power.

Power est le Fiélon du Sang, un démon ayant pris possession d’un corps humain. Elle possède une confiance en elle absolument remarquable, surtout lorsqu’elle raconte des choses dont la relation avec la vérité reste assez détendue.

Elle aime son chat Miaouche, déteste certaines contraintes élémentaires de la vie en communauté et peut transformer une conversation banale en concours d’ego sans prévenir.

Aki se retrouve donc à partager son quotidien avec Denji et Power.

Le résultat ressemble parfois moins à une unité d’élite de chasseurs de démons qu’à un père célibataire épuisé hébergeant deux enfants sauvages.

Et pourtant, quelque chose se construit entre eux.

Les repas, les disputes, les petites habitudes et les moments complètement ordinaires finissent par devenir essentiels. Fujimoto sait très bien que pour faire mal au lecteur, il faut d’abord lui donner quelque chose auquel tenir.

Power : mentir avec autant d’assurance devrait presque compter comme un superpouvoir

Impossible de réduire Power à la partenaire bruyante de Denji.

Elle est égoïste, imprévisible, souvent de mauvaise foi et capable de modifier très rapidement sa version des faits lorsque la précédente commence à lui poser problème.

Naturellement, elle est formidable.

Son pouvoir lui permet d’utiliser son propre sang pour créer des armes. Mais ses meilleurs moments ne viennent pas toujours des combats.

Power fonctionne parce qu’elle possède une personnalité énorme. Elle ne cherche pas à devenir plus sympathique pour faire plaisir aux autres.

Sa relation avec Denji évolue d’ailleurs d’une manière assez différente de ce que leur première rencontre pourrait laisser imaginer.

Et derrière toute cette agitation, son attachement à Miaouche montre très tôt qu’elle est capable de liens beaucoup plus profonds que ses grandes déclarations narcissiques ne le suggèrent.

Les démons naissent de nos peurs

L’univers de Chainsaw Man repose sur une idée simple et très efficace : les démons sont associés aux peurs humaines.

Plus une peur est profondément ancrée, plus le démon correspondant peut devenir redoutable.

Cela laisse à Tatsuki Fujimoto une liberté énorme.

Certains noms paraissent presque ordinaires. D’autres suffisent à faire comprendre que les personnages vont probablement passer un très mauvais moment.

Cette logique évite surtout le traditionnel catalogue de monstres interchangeables. Derrière chaque démon se trouve une idée que les humains craignent.

Le Démon-Flingue, par exemple, occupe très vite une place majeure dans l’histoire et dans la vie d’Aki.

À l’autre extrémité du spectre, Fujimoto peut parfaitement introduire une créature sur un concept inattendu puis la rendre mémorable en quelques pages.

Les contrats : un démon ne travaille généralement pas gratuitement

Les humains peuvent conclure des contrats avec des démons.

Le principe est pratique. La facture l’est souvent beaucoup moins.

Un Devil Hunter peut obtenir un pouvoir en échange d’une contrepartie. Selon le démon et le contrat, le prix demandé varie énormément.

Aki utilise plusieurs de ces accords au cours de son travail.

Cette mécanique donne aux combats une tension particulière. Posséder une technique puissante ne signifie pas pouvoir l’utiliser sans conséquence.

Avant chaque affrontement, il faut donc se demander ce que le personnage est réellement prêt à sacrifier.

Denji représente évidemment un cas très différent : Pochita n’a pas conclu avec lui une relation fondée sur une transaction froide. Leur lien existait bien avant la fusion.

Une fois encore, le petit démon-tronçonneuse marque des points.

Himeno, Kobeni et Kishibe : travailler à la Sécurité publique n’est pas exactement un emploi stable

Autour du trio principal gravitent plusieurs Devil Hunters mémorables.

Himeno, partenaire expérimentée d’Aki, connaît parfaitement le prix de ce métier. Elle apporte une maturité différente aux jeunes recrues tout en étant loin d’avoir réglé tous ses propres problèmes.

Kobeni Higashiyama paraît quant à elle perpétuellement à deux secondes de la crise de nerfs.

Ce qui est parfaitement compréhensible.

Son travail consiste tout de même à affronter des démons capables de massacrer une équipe en quelques instants. Sa réaction ressemble finalement davantage à celle qu’aurait une personne normale dans cet univers.

Puis il y a Kishibe.

Avec lui, l’entraînement quitte rapidement la catégorie « développement personnel ». Il considère qu’un bon Devil Hunter doit posséder certaines qualités très particulières, et sa méthode pour les enseigner ne figure probablement dans aucun manuel moderne de ressources humaines.

Quand Chainsaw Man devient soudain beaucoup moins drôle

Fujimoto adore changer de ton sans prévenir.

Une scène peut commencer par une discussion ridicule sur la nourriture ou les toilettes, puis basculer brutalement.

Cette imprévisibilité constitue une grande partie de la force du manga.

Les personnages meurent dans un monde dangereux. Les conséquences ne disparaissent pas systématiquement après quelques chapitres. Et Denji, malgré ses pouvoirs, n’est pas protégé contre tout ce qui peut le briser autrement qu’en morceaux.

Le manga parle ainsi de deuil, de manipulation, de solitude et de désir sans abandonner son humour complètement absurde.

C’est ce mélange qui rend Chainsaw Man difficile à ranger.

Oui, un homme avec trois tronçonneuses peut découper un démon gigantesque en projetant du sang partout.

Mais quelques pages de petit-déjeuner entre Aki, Denji et Power peuvent parfois rester davantage en tête.

Reze : et si Denji pouvait simplement être un adolescent normal ?

La rencontre avec Reze pose à Denji une question qu’il rencontre rarement : à quoi ressemblerait une vie différente ?

Loin de la Sécurité publique et des ordres de Makima, certaines possibilités commencent à apparaître.

Fujimoto ralentit alors suffisamment pour laisser respirer le personnage.

Évidemment, nous sommes toujours dans Chainsaw Man.

Espérer que cette parenthèse se transforme tranquillement en comédie romantique sans aucun démon, explosion ou traumatisme demanderait un optimisme impressionnant.

Mais cette partie fonctionne justement parce qu’elle touche directement au rêve de Denji : être considéré comme une personne avant d’être considéré comme Chainsaw Man.

Le dessin de Fujimoto ne cherche pas à être joli à chaque case

Tatsuki Fujimoto possède un dessin très reconnaissable.

Ses scènes d’action peuvent devenir brutales, rapides et volontairement chaotiques. Il préfère souvent transmettre le mouvement et l’impact plutôt que figer chaque personnage dans une pose parfaite.

Puis il ralentit complètement.

Deux personnages parlent dans une pièce. Quelqu’un regarde par une fenêtre. Une case s’attarde sur un visage sans dialogue.

Cette mise en scène doit beaucoup au cinéma, passion que Fujimoto laisse constamment transparaître dans son travail.

Il sait également utiliser la répétition d’images ou les grands silences pour créer un malaise que plusieurs paragraphes d’explication auraient probablement détruit.

Le résultat donne à Chainsaw Man un rythme étrange mais très personnel : parfois frénétique, parfois presque immobile.

Une première grande histoire qui sait exactement quand fermer la porte

Les onze premiers volumes construisent une grande partie du parcours de Denji au sein de la Sécurité publique.

Les éléments introduits autour de Pochita, Makima, Aki, Power et des capacités de Chainsaw Man finissent par se rejoindre d’une manière que Fujimoto avait préparée bien plus tôt qu’on pourrait le croire.

Certains détails du début prennent alors un sens complètement différent.

C’est aussi pour cela que Chainsaw Man se relit particulièrement bien.

Une phrase qui semblait simplement étrange, un comportement de Makima ou une particularité de Pochita peuvent devenir beaucoup plus intéressants lorsqu’on connaît ce qui se cache derrière.

Fujimoto ne donne pas toujours les réponses au moment où les questions apparaissent. Il préfère parfois laisser une porte fermée assez longtemps pour qu’on oublie qu’elle était là.

Après Tatsuki Fujimoto, difficile de regarder une tronçonneuse normalement

Chainsaw Man est écrit et dessiné par Tatsuki Fujimoto, également auteur de Fire Punch, Look Back et Goodbye Eri.

Le manga a commencé sa publication japonaise chez Shueisha dans le Weekly Shonen Jump, avant de poursuivre son parcours sur Shonen Jump+.

En français, l’œuvre est publiée sous le label Crunchyroll Manga, après ses premières éditions Kazé.

Une adaptation animée produite par MAPPA a également donné vie à Denji, Pochita, Makima, Aki et Power. L’histoire de Reze a ensuite bénéficié de sa propre adaptation au cinéma.

Tout ça grâce à un garçon couvert de dettes et à un petit démon avec une poignée sur le dos.

Comme quoi, il ne faut jamais sous-estimer Pochita.

Lire plus sur Chainsaw Man

Au premier regard, Chainsaw Man ressemble à une énorme blague sanguinolente : un garçon tire sur une poignée, des tronçonneuses lui poussent sur le corps et les démons passent un très mauvais quart d’heure.

Mais Tatsuki Fujimoto s’intéresse surtout à ce qui arrive lorsque quelqu’un qui n’a jamais rien possédé commence enfin à obtenir ce qu’il désirait.

Denji apprend surtout à distinguer ses propres envies de celles qu’on lui donne

La faim guide d’abord Denji. Puis viennent le confort, l’attirance, l’affection, la famille et le besoin d’être reconnu.

Pochita se trouve au commencement de ce parcours. En lui donnant son cœur, il permet à Denji de continuer à vivre, mais surtout d’essayer enfin de réaliser ses rêves.

Makima, Aki et Power donnent ensuite des formes très différentes à cette nouvelle existence. L’une exerce sur lui une fascination immense. Les deux autres finissent par transformer un appartement en quelque chose qui ressemble dangereusement à une famille.

Autour d’eux, les démons rendent chaque journée imprévisible. Ils naissent des peurs humaines, concluent des contrats avec certains chasseurs et peuvent prendre des formes que seul Fujimoto semble capable de trouver parfaitement normales.

Le manga mélange ainsi action, horreur et humour sans perdre son personnage principal. Même lorsque les enjeux deviennent énormes, Denji reste ce garçon qui découvre encore des choses que d’autres ont apprises bien avant lui.

Et puis il y a Pochita. Petit, orange dans son incarnation animée, équipé d’une tronçonneuse et objectivement beaucoup trop mignon pour la quantité de problèmes cosmiques liés à son existence.

Retrouvez ici nos mangas Chainsaw Man de Tatsuki Fujimoto. Une série pour ceux qui aiment les personnages imprévisibles, les démons franchement bizarres, l’humour noir et les histoires capables de vous faire rire d’une absurdité totale juste avant de vous rappeler brutalement que vous vous étiez attaché à tout ce petit monde.

FILTRES

4 résultats affichés

Chainsaw Man : Denji voulait juste une vie normale… il a reçu des tronçonneuses à la place

Au début de Chainsaw Man, le rêve de Denji n’a rien de grandiose. Il aimerait manger correctement, dormir dans un vrai lit, connaître quelques plaisirs ordinaires et peut-être avoir une petite amie. Le minimum, en somme. Seulement voilà : son père lui a laissé une dette énorme, les yakuzas l’exploitent et son meilleur compagnon est un petit démon-tronçonneuse nommé Pochita.

Pour rembourser ce qu’il doit, Denji chasse des démons. Lui et Pochita vivent dans une pauvreté telle qu’un morceau de pain un peu amélioré peut déjà ressembler à un projet d’avenir. Puis une mission tourne au cauchemar. Trahi et laissé pour mort, Denji survit grâce à Pochita, qui fusionne avec lui et devient son cœur.

Il suffit désormais de tirer sur la poignée qui sort de sa poitrine pour faire apparaître Chainsaw Man. Tronçonneuses dans la tête, tronçonneuses au bout des bras, finesse toute relative… mais efficacité remarquable.

Tatsuki Fujimoto pourrait se contenter de cette idée complètement folle. Il fait beaucoup mieux : derrière le sang, l’humour et les démons, il raconte surtout l’histoire d’un garçon qui découvre très tard ce que signifie avoir le droit de vouloir quelque chose pour lui-même.

Pochita : probablement la tronçonneuse la plus adorable de l’histoire du manga

Oui, parlons tout de suite de Pochita.

Parce qu’avant les massacres, les complots et les Devil Hunters, Chainsaw Man commence avec cette drôle de petite créature équipée d’une lame sur le museau et d’une poignée sur le dos.

Pochita est le Démon-Tronçonneuse. Pourtant, sa relation avec Denji n’a rien de terrifiant. Les deux vivent ensemble, travaillent ensemble et partagent le peu qu’ils possèdent. Denji soigne Pochita ; Pochita l’aide à chasser les démons.

Ils n’ont pratiquement rien, mais ils ont l’un l’autre.

C’est justement ce qui rend leur relation aussi importante. Lorsque Denji est tué, Pochita choisit de lui donner son cœur. En échange, il veut que son ami puisse enfin vivre les rêves qu’il lui racontait.

Et là, franchement, difficile de ne pas craquer pour cette petite bestiole. Avec sa poignée, ses quatre pattes et sa tête de tronçonneuse, Pochita réussit l’exploit d’être à la fois une arme de chantier et une créature qu’on aurait envie d’installer sur le canapé.

Denji ne rêve pas de sauver le monde

C’est l’une des choses qui rendent le personnage si différent.

Denji ne commence pas son histoire avec une grande mission. Il ne veut pas devenir Hokage, Roi des Pirates ou numéro un d’une organisation prestigieuse.

Il veut manger à sa faim.

Il veut découvrir ce que les autres considèrent comme normal.

Cette pauvreté explique beaucoup de ses réactions. Denji a grandi sans véritable éducation, sans famille stable et sans personne pour lui apprendre ce qu’une relation saine devrait être. Quand quelqu’un lui offre de la nourriture, de l’attention ou simplement un endroit où dormir, cela peut prendre une importance énorme à ses yeux.

Ses motivations paraissent parfois ridicules ou très adolescentes. Elles le sont. Mais Fujimoto ne s’en moque pas gratuitement.

Denji n’a jamais eu le luxe de développer des rêves compliqués. Il commence donc avec les plus simples, puis découvre progressivement que les obtenir ne suffit pas toujours à rendre heureux.

Makima lui offre exactement ce qui lui manquait… ce qui devrait déjà nous inquiéter un peu

Après sa transformation, Denji rencontre Makima.

Elle travaille pour la Sécurité publique et recrute des Devil Hunters chargés d’affronter les démons qui menacent la population.

Pour Denji, la proposition paraît presque miraculeuse.

Un travail régulier. Des repas. Un toit. Une femme qu’il trouve immédiatement fascinante. Après sa vie précédente, il n’en faut pas beaucoup plus pour qu’il accepte.

Makima possède cependant une présence étrange dès ses premières scènes. Elle parle doucement, semble toujours parfaitement maîtresse de la situation et comprend très vite comment obtenir ce qu’elle veut de Denji.

Fujimoto joue énormément avec cette relation.

Le jeune homme croit enfin entrer dans la vie dont il rêvait. Le lecteur, lui, commence assez vite à regarder Makima en se demandant si le prix du repas gratuit n’arrivera pas plus tard sur l’addition.

Aki, Denji et Power : la colocation que personne n’aurait volontairement organisée

Une bonne partie du charme de Chainsaw Man vient d’un appartement.

Aki Hayakawa est un Devil Hunter sérieux, discipliné et concentré sur son objectif. Il déteste les comportements irresponsables et prend son métier très au sérieux.

On lui confie Denji.

C’est déjà beaucoup.

Puis arrive Power.

Power est le Fiélon du Sang, un démon ayant pris possession d’un corps humain. Elle possède une confiance en elle absolument remarquable, surtout lorsqu’elle raconte des choses dont la relation avec la vérité reste assez détendue.

Elle aime son chat Miaouche, déteste certaines contraintes élémentaires de la vie en communauté et peut transformer une conversation banale en concours d’ego sans prévenir.

Aki se retrouve donc à partager son quotidien avec Denji et Power.

Le résultat ressemble parfois moins à une unité d’élite de chasseurs de démons qu’à un père célibataire épuisé hébergeant deux enfants sauvages.

Et pourtant, quelque chose se construit entre eux.

Les repas, les disputes, les petites habitudes et les moments complètement ordinaires finissent par devenir essentiels. Fujimoto sait très bien que pour faire mal au lecteur, il faut d’abord lui donner quelque chose auquel tenir.

Power : mentir avec autant d’assurance devrait presque compter comme un superpouvoir

Impossible de réduire Power à la partenaire bruyante de Denji.

Elle est égoïste, imprévisible, souvent de mauvaise foi et capable de modifier très rapidement sa version des faits lorsque la précédente commence à lui poser problème.

Naturellement, elle est formidable.

Son pouvoir lui permet d’utiliser son propre sang pour créer des armes. Mais ses meilleurs moments ne viennent pas toujours des combats.

Power fonctionne parce qu’elle possède une personnalité énorme. Elle ne cherche pas à devenir plus sympathique pour faire plaisir aux autres.

Sa relation avec Denji évolue d’ailleurs d’une manière assez différente de ce que leur première rencontre pourrait laisser imaginer.

Et derrière toute cette agitation, son attachement à Miaouche montre très tôt qu’elle est capable de liens beaucoup plus profonds que ses grandes déclarations narcissiques ne le suggèrent.

Les démons naissent de nos peurs

L’univers de Chainsaw Man repose sur une idée simple et très efficace : les démons sont associés aux peurs humaines.

Plus une peur est profondément ancrée, plus le démon correspondant peut devenir redoutable.

Cela laisse à Tatsuki Fujimoto une liberté énorme.

Certains noms paraissent presque ordinaires. D’autres suffisent à faire comprendre que les personnages vont probablement passer un très mauvais moment.

Cette logique évite surtout le traditionnel catalogue de monstres interchangeables. Derrière chaque démon se trouve une idée que les humains craignent.

Le Démon-Flingue, par exemple, occupe très vite une place majeure dans l’histoire et dans la vie d’Aki.

À l’autre extrémité du spectre, Fujimoto peut parfaitement introduire une créature sur un concept inattendu puis la rendre mémorable en quelques pages.

Les contrats : un démon ne travaille généralement pas gratuitement

Les humains peuvent conclure des contrats avec des démons.

Le principe est pratique. La facture l’est souvent beaucoup moins.

Un Devil Hunter peut obtenir un pouvoir en échange d’une contrepartie. Selon le démon et le contrat, le prix demandé varie énormément.

Aki utilise plusieurs de ces accords au cours de son travail.

Cette mécanique donne aux combats une tension particulière. Posséder une technique puissante ne signifie pas pouvoir l’utiliser sans conséquence.

Avant chaque affrontement, il faut donc se demander ce que le personnage est réellement prêt à sacrifier.

Denji représente évidemment un cas très différent : Pochita n’a pas conclu avec lui une relation fondée sur une transaction froide. Leur lien existait bien avant la fusion.

Une fois encore, le petit démon-tronçonneuse marque des points.

Himeno, Kobeni et Kishibe : travailler à la Sécurité publique n’est pas exactement un emploi stable

Autour du trio principal gravitent plusieurs Devil Hunters mémorables.

Himeno, partenaire expérimentée d’Aki, connaît parfaitement le prix de ce métier. Elle apporte une maturité différente aux jeunes recrues tout en étant loin d’avoir réglé tous ses propres problèmes.

Kobeni Higashiyama paraît quant à elle perpétuellement à deux secondes de la crise de nerfs.

Ce qui est parfaitement compréhensible.

Son travail consiste tout de même à affronter des démons capables de massacrer une équipe en quelques instants. Sa réaction ressemble finalement davantage à celle qu’aurait une personne normale dans cet univers.

Puis il y a Kishibe.

Avec lui, l’entraînement quitte rapidement la catégorie « développement personnel ». Il considère qu’un bon Devil Hunter doit posséder certaines qualités très particulières, et sa méthode pour les enseigner ne figure probablement dans aucun manuel moderne de ressources humaines.

Quand Chainsaw Man devient soudain beaucoup moins drôle

Fujimoto adore changer de ton sans prévenir.

Une scène peut commencer par une discussion ridicule sur la nourriture ou les toilettes, puis basculer brutalement.

Cette imprévisibilité constitue une grande partie de la force du manga.

Les personnages meurent dans un monde dangereux. Les conséquences ne disparaissent pas systématiquement après quelques chapitres. Et Denji, malgré ses pouvoirs, n’est pas protégé contre tout ce qui peut le briser autrement qu’en morceaux.

Le manga parle ainsi de deuil, de manipulation, de solitude et de désir sans abandonner son humour complètement absurde.

C’est ce mélange qui rend Chainsaw Man difficile à ranger.

Oui, un homme avec trois tronçonneuses peut découper un démon gigantesque en projetant du sang partout.

Mais quelques pages de petit-déjeuner entre Aki, Denji et Power peuvent parfois rester davantage en tête.

Reze : et si Denji pouvait simplement être un adolescent normal ?

La rencontre avec Reze pose à Denji une question qu’il rencontre rarement : à quoi ressemblerait une vie différente ?

Loin de la Sécurité publique et des ordres de Makima, certaines possibilités commencent à apparaître.

Fujimoto ralentit alors suffisamment pour laisser respirer le personnage.

Évidemment, nous sommes toujours dans Chainsaw Man.

Espérer que cette parenthèse se transforme tranquillement en comédie romantique sans aucun démon, explosion ou traumatisme demanderait un optimisme impressionnant.

Mais cette partie fonctionne justement parce qu’elle touche directement au rêve de Denji : être considéré comme une personne avant d’être considéré comme Chainsaw Man.

Le dessin de Fujimoto ne cherche pas à être joli à chaque case

Tatsuki Fujimoto possède un dessin très reconnaissable.

Ses scènes d’action peuvent devenir brutales, rapides et volontairement chaotiques. Il préfère souvent transmettre le mouvement et l’impact plutôt que figer chaque personnage dans une pose parfaite.

Puis il ralentit complètement.

Deux personnages parlent dans une pièce. Quelqu’un regarde par une fenêtre. Une case s’attarde sur un visage sans dialogue.

Cette mise en scène doit beaucoup au cinéma, passion que Fujimoto laisse constamment transparaître dans son travail.

Il sait également utiliser la répétition d’images ou les grands silences pour créer un malaise que plusieurs paragraphes d’explication auraient probablement détruit.

Le résultat donne à Chainsaw Man un rythme étrange mais très personnel : parfois frénétique, parfois presque immobile.

Une première grande histoire qui sait exactement quand fermer la porte

Les onze premiers volumes construisent une grande partie du parcours de Denji au sein de la Sécurité publique.

Les éléments introduits autour de Pochita, Makima, Aki, Power et des capacités de Chainsaw Man finissent par se rejoindre d’une manière que Fujimoto avait préparée bien plus tôt qu’on pourrait le croire.

Certains détails du début prennent alors un sens complètement différent.

C’est aussi pour cela que Chainsaw Man se relit particulièrement bien.

Une phrase qui semblait simplement étrange, un comportement de Makima ou une particularité de Pochita peuvent devenir beaucoup plus intéressants lorsqu’on connaît ce qui se cache derrière.

Fujimoto ne donne pas toujours les réponses au moment où les questions apparaissent. Il préfère parfois laisser une porte fermée assez longtemps pour qu’on oublie qu’elle était là.

Après Tatsuki Fujimoto, difficile de regarder une tronçonneuse normalement

Chainsaw Man est écrit et dessiné par Tatsuki Fujimoto, également auteur de Fire Punch, Look Back et Goodbye Eri.

Le manga a commencé sa publication japonaise chez Shueisha dans le Weekly Shonen Jump, avant de poursuivre son parcours sur Shonen Jump+.

En français, l’œuvre est publiée sous le label Crunchyroll Manga, après ses premières éditions Kazé.

Une adaptation animée produite par MAPPA a également donné vie à Denji, Pochita, Makima, Aki et Power. L’histoire de Reze a ensuite bénéficié de sa propre adaptation au cinéma.

Tout ça grâce à un garçon couvert de dettes et à un petit démon avec une poignée sur le dos.

Comme quoi, il ne faut jamais sous-estimer Pochita.

Lire plus sur Chainsaw Man

Au premier regard, Chainsaw Man ressemble à une énorme blague sanguinolente : un garçon tire sur une poignée, des tronçonneuses lui poussent sur le corps et les démons passent un très mauvais quart d’heure.

Mais Tatsuki Fujimoto s’intéresse surtout à ce qui arrive lorsque quelqu’un qui n’a jamais rien possédé commence enfin à obtenir ce qu’il désirait.

Denji apprend surtout à distinguer ses propres envies de celles qu’on lui donne

La faim guide d’abord Denji. Puis viennent le confort, l’attirance, l’affection, la famille et le besoin d’être reconnu.

Pochita se trouve au commencement de ce parcours. En lui donnant son cœur, il permet à Denji de continuer à vivre, mais surtout d’essayer enfin de réaliser ses rêves.

Makima, Aki et Power donnent ensuite des formes très différentes à cette nouvelle existence. L’une exerce sur lui une fascination immense. Les deux autres finissent par transformer un appartement en quelque chose qui ressemble dangereusement à une famille.

Autour d’eux, les démons rendent chaque journée imprévisible. Ils naissent des peurs humaines, concluent des contrats avec certains chasseurs et peuvent prendre des formes que seul Fujimoto semble capable de trouver parfaitement normales.

Le manga mélange ainsi action, horreur et humour sans perdre son personnage principal. Même lorsque les enjeux deviennent énormes, Denji reste ce garçon qui découvre encore des choses que d’autres ont apprises bien avant lui.

Et puis il y a Pochita. Petit, orange dans son incarnation animée, équipé d’une tronçonneuse et objectivement beaucoup trop mignon pour la quantité de problèmes cosmiques liés à son existence.

Retrouvez ici nos mangas Chainsaw Man de Tatsuki Fujimoto. Une série pour ceux qui aiment les personnages imprévisibles, les démons franchement bizarres, l’humour noir et les histoires capables de vous faire rire d’une absurdité totale juste avant de vous rappeler brutalement que vous vous étiez attaché à tout ce petit monde.