Pierre Tombal
Pierre Tombal : mourir n’empêche visiblement pas de continuer à râler
Les BD Pierre Tombal nous ouvrent les grilles d’un cimetière où le fossoyeur connaît personnellement une bonne partie de sa clientèle. Les morts discutent, protestent, se chamaillent et sortent parfois de leur tombe. Au milieu de tout ce petit monde, Pierre garde sa pelle, sa casquette et un calme admirable. Il faut dire qu’après quelques années dans le métier, un squelette mécontent devient presque un problème de voisinage.
Raoul Cauvin au scénario et Marc Hardy au dessin réussissent un drôle de numéro d’équilibriste : faire de la mort le sujet principal d’une série familiale sans transformer chaque album en veillée funèbre. Leur spécialité, c’est l’humour noir. On enterre beaucoup de monde, mais rarement une bonne occasion de rire.
Pierre Tombal : fossoyeur, gardien et médiateur de l’au-delà
Pierre Tombal exerce officiellement le métier de fossoyeur. Dans les faits, sa description de poste devrait être beaucoup plus longue. Il creuse les tombes, entretient le cimetière et tente surtout de maintenir un semblant d’ordre parmi ses pensionnaires.
Car les défunts de Cauvin et Hardy n’ont aucune intention de passer l’éternité bien sagement sous leur pierre tombale. Ils conservent leurs caractères, leurs petites manies et parfois leurs vieilles rancunes. Certains regrettent la vie. D’autres découvrent que la mort n’a pas résolu tous leurs problèmes.
Pierre les écoute avec une philosophie toute personnelle. Il peut compatir, ironiser ou remettre quelqu’un à sa place. En revanche, mieux vaut éviter un sujet devant lui : la crémation. Pour un homme qui gagne sa vie en creusant des trous, la concurrence technologique passe assez mal.
La Mort elle-même vient travailler au cimetière
Dans cet univers, la Mort n’est pas seulement une idée abstraite. La Grande Faucheuse possède son caractère, ses humeurs et suffisamment de travail pour ne pas toujours être d’excellente compagnie.
Elle croise régulièrement Pierre et les habitants du cimetière. Les vivants essaient parfois de lui échapper, les morts discutent ses décisions et elle-même peut connaître quelques contrariétés professionnelles. Chez Cauvin, même la Mort peut avoir une mauvaise journée au bureau.
Plus tard, la Vie vient à son tour prendre place dans cet étrange équilibre. Jeune, joyeuse et entourée de fleurs, elle représente à peu près tout ce qui peut agacer sa sinistre collègue. Leur cohabitation donne forcément quelques étincelles.
Pierre se retrouve alors littéralement entre la Vie et la Mort. Pour une fois, le titre d’un album ressemble presque à une fiche de poste.
Des squelettes, des fantômes et beaucoup de jeux de mots
Pierre Tombal fonctionne principalement grâce à des gags et des histoires courtes. Cauvin peut ainsi partir d’une idée très simple : un nouvel enterrement, un fantôme mécontent, un visiteur superstitieux ou un défunt qui découvre les joies de la vie éternelle.
Les titres des albums annoncent déjà la couleur. Histoires d’os, Mort aux dents, La Pelle aux morts, Squelettes en fête ou Des os et des bas montrent que le vocabulaire funéraire devient rapidement un terrain de jeu.
L’humour repose pourtant sur autre chose que les calembours. Cauvin observe aussi les vivants. Notre peur de mourir, nos petites mesquineries et notre obsession pour ce qui pourrait arriver après fournissent une matière presque inépuisable.
Et lorsque les humains deviennent vraiment absurdes, les morts ont souvent l’air étonnamment raisonnables.
Marc Hardy donne une sacrée énergie à un endroit censé être calme
Un cimetière pourrait vite devenir un décor répétitif. Marc Hardy réussit exactement l’inverse. Son dessin nerveux et très expressif remplit les cases de détails, de mouvements et de personnages dont les réactions participent directement au gag.
Ses squelettes ne sont pas de simples tas d’os interchangeables. Ils gesticulent, s’énervent et semblent parfois plus vivants que les visiteurs venus déposer des fleurs. La Mort elle-même devient un véritable personnage de comédie.
Hardy peut également passer d’une tombe tranquille à une vision complètement délirante de l’au-delà en quelques cases. Le macabre reste omniprésent, mais il est traité avec assez de fantaisie pour ne jamais transformer la lecture en cauchemar.
Enfin, presque jamais. Si votre voisin de cimetière commence à sortir de son cercueil, refermez peut-être l’album avant de dormir.
Une série complète de Cauvin et Hardy
Les aventures de Pierre apparaissent dans le Journal de Spirou en 1983. Le premier album, Les 44 premiers trous, paraît ensuite chez Dupuis en 1986.
Le duo Cauvin-Hardy reste aux commandes pendant toute la série. Cette continuité donne à Pierre Tombal une identité particulièrement forte : même fossoyeur, même cimetière, mais une quantité impressionnante de nouvelles façons de plaisanter avec l’inévitable.
La série principale forme aujourd’hui un ensemble complet de 32 albums. Le dernier, Fin de bail au cimetière, paraît en 2016. Un titre de conclusion assez approprié pour un personnage qui aura passé sa carrière à gérer les problèmes de logement les plus définitifs qui soient.
Lire plus sur Pierre Tombal
Raoul Cauvin fait de la mort un miroir de la vie quotidienne. Ses défunts restent jaloux, amoureux, grincheux ou vaniteux. Changer d’état civil n’améliore donc pas forcément le caractère.
La série peut également rire de sujets que l’on évite habituellement à table : enterrements, vieillesse, fantômes, accidents ou peur de disparaître. Le ton reste pourtant accessible. En 2000, Pierre Tombal reçoit le Grand Prix de l’Humour Noir, une récompense qui semble avoir été inventée spécialement pour lui.
Au fil des albums, le cimetière s’enrichit encore avec la Grande Faucheuse, la Vie et même Marie, la jeune cousine de Pierre qui vient lui apporter une forme de concurrence professionnelle. Comme quoi, même dans les pompes funèbres, les histoires de famille peuvent devenir compliquées.
Avec ses calembours, ses squelettes bavards et son fossoyeur presque impossible à impressionner, Pierre Tombal reste l’une des séries les plus singulières de Raoul Cauvin. Une BD capable de faire rire avec un cercueil sans oublier qu’au fond, les plus drôles dans un cimetière sont souvent ceux qui sont encore debout.
Voici le seul résultat
Pierre Tombal : mourir n’empêche visiblement pas de continuer à râler
Les BD Pierre Tombal nous ouvrent les grilles d’un cimetière où le fossoyeur connaît personnellement une bonne partie de sa clientèle. Les morts discutent, protestent, se chamaillent et sortent parfois de leur tombe. Au milieu de tout ce petit monde, Pierre garde sa pelle, sa casquette et un calme admirable. Il faut dire qu’après quelques années dans le métier, un squelette mécontent devient presque un problème de voisinage.
Raoul Cauvin au scénario et Marc Hardy au dessin réussissent un drôle de numéro d’équilibriste : faire de la mort le sujet principal d’une série familiale sans transformer chaque album en veillée funèbre. Leur spécialité, c’est l’humour noir. On enterre beaucoup de monde, mais rarement une bonne occasion de rire.
Pierre Tombal : fossoyeur, gardien et médiateur de l’au-delà
Pierre Tombal exerce officiellement le métier de fossoyeur. Dans les faits, sa description de poste devrait être beaucoup plus longue. Il creuse les tombes, entretient le cimetière et tente surtout de maintenir un semblant d’ordre parmi ses pensionnaires.
Car les défunts de Cauvin et Hardy n’ont aucune intention de passer l’éternité bien sagement sous leur pierre tombale. Ils conservent leurs caractères, leurs petites manies et parfois leurs vieilles rancunes. Certains regrettent la vie. D’autres découvrent que la mort n’a pas résolu tous leurs problèmes.
Pierre les écoute avec une philosophie toute personnelle. Il peut compatir, ironiser ou remettre quelqu’un à sa place. En revanche, mieux vaut éviter un sujet devant lui : la crémation. Pour un homme qui gagne sa vie en creusant des trous, la concurrence technologique passe assez mal.
La Mort elle-même vient travailler au cimetière
Dans cet univers, la Mort n’est pas seulement une idée abstraite. La Grande Faucheuse possède son caractère, ses humeurs et suffisamment de travail pour ne pas toujours être d’excellente compagnie.
Elle croise régulièrement Pierre et les habitants du cimetière. Les vivants essaient parfois de lui échapper, les morts discutent ses décisions et elle-même peut connaître quelques contrariétés professionnelles. Chez Cauvin, même la Mort peut avoir une mauvaise journée au bureau.
Plus tard, la Vie vient à son tour prendre place dans cet étrange équilibre. Jeune, joyeuse et entourée de fleurs, elle représente à peu près tout ce qui peut agacer sa sinistre collègue. Leur cohabitation donne forcément quelques étincelles.
Pierre se retrouve alors littéralement entre la Vie et la Mort. Pour une fois, le titre d’un album ressemble presque à une fiche de poste.
Des squelettes, des fantômes et beaucoup de jeux de mots
Pierre Tombal fonctionne principalement grâce à des gags et des histoires courtes. Cauvin peut ainsi partir d’une idée très simple : un nouvel enterrement, un fantôme mécontent, un visiteur superstitieux ou un défunt qui découvre les joies de la vie éternelle.
Les titres des albums annoncent déjà la couleur. Histoires d’os, Mort aux dents, La Pelle aux morts, Squelettes en fête ou Des os et des bas montrent que le vocabulaire funéraire devient rapidement un terrain de jeu.
L’humour repose pourtant sur autre chose que les calembours. Cauvin observe aussi les vivants. Notre peur de mourir, nos petites mesquineries et notre obsession pour ce qui pourrait arriver après fournissent une matière presque inépuisable.
Et lorsque les humains deviennent vraiment absurdes, les morts ont souvent l’air étonnamment raisonnables.
Marc Hardy donne une sacrée énergie à un endroit censé être calme
Un cimetière pourrait vite devenir un décor répétitif. Marc Hardy réussit exactement l’inverse. Son dessin nerveux et très expressif remplit les cases de détails, de mouvements et de personnages dont les réactions participent directement au gag.
Ses squelettes ne sont pas de simples tas d’os interchangeables. Ils gesticulent, s’énervent et semblent parfois plus vivants que les visiteurs venus déposer des fleurs. La Mort elle-même devient un véritable personnage de comédie.
Hardy peut également passer d’une tombe tranquille à une vision complètement délirante de l’au-delà en quelques cases. Le macabre reste omniprésent, mais il est traité avec assez de fantaisie pour ne jamais transformer la lecture en cauchemar.
Enfin, presque jamais. Si votre voisin de cimetière commence à sortir de son cercueil, refermez peut-être l’album avant de dormir.
Une série complète de Cauvin et Hardy
Les aventures de Pierre apparaissent dans le Journal de Spirou en 1983. Le premier album, Les 44 premiers trous, paraît ensuite chez Dupuis en 1986.
Le duo Cauvin-Hardy reste aux commandes pendant toute la série. Cette continuité donne à Pierre Tombal une identité particulièrement forte : même fossoyeur, même cimetière, mais une quantité impressionnante de nouvelles façons de plaisanter avec l’inévitable.
La série principale forme aujourd’hui un ensemble complet de 32 albums. Le dernier, Fin de bail au cimetière, paraît en 2016. Un titre de conclusion assez approprié pour un personnage qui aura passé sa carrière à gérer les problèmes de logement les plus définitifs qui soient.
Lire plus sur Pierre Tombal
Raoul Cauvin fait de la mort un miroir de la vie quotidienne. Ses défunts restent jaloux, amoureux, grincheux ou vaniteux. Changer d’état civil n’améliore donc pas forcément le caractère.
La série peut également rire de sujets que l’on évite habituellement à table : enterrements, vieillesse, fantômes, accidents ou peur de disparaître. Le ton reste pourtant accessible. En 2000, Pierre Tombal reçoit le Grand Prix de l’Humour Noir, une récompense qui semble avoir été inventée spécialement pour lui.
Au fil des albums, le cimetière s’enrichit encore avec la Grande Faucheuse, la Vie et même Marie, la jeune cousine de Pierre qui vient lui apporter une forme de concurrence professionnelle. Comme quoi, même dans les pompes funèbres, les histoires de famille peuvent devenir compliquées.
Avec ses calembours, ses squelettes bavards et son fossoyeur presque impossible à impressionner, Pierre Tombal reste l’une des séries les plus singulières de Raoul Cauvin. Une BD capable de faire rire avec un cercueil sans oublier qu’au fond, les plus drôles dans un cimetière sont souvent ceux qui sont encore debout.

